Question d'origine :
Bonjour,
Je lis actuellement une bande dessinée, "À qui profite l’exil ?", de Taina Tervonen. Est notamment décrit le terrible naufrage, au large de l'Italie, en 2015, d'un bateau dans lequel plus de 800 personnes s'étaient entassées et dont seulement une petite trentaine ont survécu.
Le Tunisien Mohammed Ali Malek et le Syrien Mahmoud Bikhit, les deux migrants qui avaient été désignés par les passeurs comme capitaine et second du bateau, ont été condamnés ensuite à de la prison et une amende (de plusieurs millions d'euros) pour le premier, pour homicide. On sait que souvent ces personnes sont autant victimes que les autres, car forcées à se mettre à la barre (parfois battues par les passeurs ou menacées de mort si elles refusent), ou contraintes par leur manque d'argent. C'est ce qu'avait visiblement plaidé M. Malek
Ce drame et ses suites (repêchage de l'épave et recherche des centaines de corps et de leur identité ) s'etaient déroulés dans une certaine indifférence médiatique.. et aujourd'hui j'aurais aimé connaître la suite de cette affaire, notamment :
- ce que sont devenu les deux jeunes condamnés. Sont-ils sortis de prison, et ont-ils pu survivre à cette épreuve, trouver une vie "normale" ?
- les avancées sur les recherches et l'identification des migrants décédés : sait-on si certains ont pu être rendus à leur famille malgré l'extrême difficulté de retrouver les personnes ?
Merci d'avance si vous trouvez des informations.
Pauline
Réponse du Guichet
A ce jour, après plusieurs années de recherche complexe, plusieurs centaines de personnes migrantes sur les 1000 disparues lors du naufrage du 18 avril 2015 ont été identifiées.
Bonjour,
Malgré nos recherches, nous n’avons pas trouvé d’information récente concernant la situation de Mohammed Ali Malek et Mahmoud Bikhit, reconnus coupables du naufrage d’un chalutier en méditerranée et de la mort de plus de 800 personnes, migrants clandestins, le 18 avril 2015. Mohammed Ali Malek, capitaine, a été condamné à dix-huit ans de prison. Mahmoud Bikhit, son second à bord, a été condamné à cinq ans de prison.
En 2016, une dépêche de l’AFP, reprise dans la presse, indiquait que « les corps sont désormais enterrés dans des cimetières de Sicile, après un relevé minutieux de tous les éléments pouvant aider leurs proches à les identifier : échantillons ADN, documents, vêtements, tatouages, cicatrices... »
A la suite de cette catastrophe, un important travail d’identification des victimes a débuté. Dans un article paru dans Le Monde diplomatique de septembre 2025, Paolo Valenti expliquait :
« Plus d'un an plus tard [après le naufrage], sur décision gouvernementale, la marine italienne parvient à récupérer l'épave et l'entrepose dans une ancienne base militaire à Melilli, en Sicile. L'équipe de Mme Cattaneo se voit alors confier la mission d'identifier les victimes […] Le travail d'autopsie, de prélèvement d'échantillons d'ADN et d'inventaire des restes et des effets personnels dure trois mois. Dans le hangar de Melilli s'affairent côte à côte des étudiants en médecine légale envoyés par des universités de toute l'Italie, des agents de la police judiciaire, des pompiers et des membres de la marine […] Après Melilli, la mission se poursuit (à ce jour encore) au laboratoire de Milan ainsi que dans les pays d'origine des victimes, où la Croix-Rouge tente de retrouver les familles afin de recueillir des informations et des éléments matériels utiles pour l'identification finale. »
Cristina Cattaneo, médecin légiste italien, a travaillé pendant de nombreuses années à l’identification des corps des noyés retrouvés autour et dans l'épave.
Jose Pablo Baraybar, anthropologue légiste au CICR (Comité International de la Croix-Rouge), a réuni et étudié les données telles que passeports, carnets d’école ou de vaccination, permis de conduire, numéros de téléphones notés sur un bout de papier… pour établir une liste des passagers présents à bord du chalutier qui a coulé. En 2022, il déclarait lors d’une interview pour le site InfoMigrants : « on a compté environ 500 noms de migrants présents à bord, soit plus ou moins la moitié des passagers. Cela nous a pris plus de quatre ans. C’est un travail très long et complexe. »
Pour en savoir plus sur le travail d’identification des personnes migrantes disparues, nous vous suggérons :
- Paola Díaz et Anna Rahel Fischer, « Établir les faits de mort et de disparition de migrants aux frontières du Nord global », in : Filippo Furri et Linda Haapajärvi (dir.), Dossier« “People not numbers” : Retrouver la trace des morts aux frontières », De facto [En ligne], 38 | Juin 2024, mis en ligne le 19 juin 2024.
- Relier les rives : sur les traces des morts en Méditerranée / Carolina Kobelinsky, Filippo Furri. Editions La Découverte, 2024.
- Rachid Koraïchi, José Pablo Baraybar, Filippo Furri, Silvia Di Meo, « Les morts en migration, les disparus et leur identification », 11 janvier 2024.
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