Quelles sont vos informations sur la prise de vue de la plus ancienne photo connue de Lyon ?
Question d'origine :
Bonjour,
récemment, un article du Progrès montrait la plus ancienne photo connue de Lyon, un daguerréotype de 1840(?) procédé Lumière, montrant un pont sur la Saône.
Ma première question porte sur l'emplacement d'où cette photo a pu être prise; en effet,elle est dans l'axe du pont photographié, et en hauteur. Y avait il un autre pont, en aval, suffisamment haut pour accueillir le photographe? Lequel?
J'écarte l'hypothèse d'une photo prise depuis une montgolfière, trop délicate à manœuvrer en centre ville, et surtout avec des mouvements incompatibles avec le long temps de pose nécessaire pour cette technique sur verre.
Enfin, j'aimerai avoir vos commentaires sur la vue elle-même, le vieux pont (du Change?) la passerelle St Vincent, plus moderne, qu'on aperçoit derrière et qui a coexisté avec ce très ancien pont, et les immeubles de la Croix-Rousse au dernier plan (la maison Brunet...?)
Merci pour vos lumières :)
Vincent
PS J'espère que vous pourrez insérer cette fameuse photo dans votre réponse, n'ayant pas pu le faire moi-même.
Réponse du Guichet
Cette photo semble avoir été prise depuis le domicile de Félix Richard qui habitait quai Saint-Antoine.
Bonjour,
Voici tout d'abord la photographie dont il est question : Le vieux pont du Change, Lyon. Vers 1840 extraite de notre base Numelyo.

Il s'agit d'une acquisition récente de la Bibliothèque municipale de Lyon. La page intitulée Acquisition : la plus ancienne photographie de Lyon rejoint les collections de la Bml explique :
Sous l’impulsion de Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture, la Bibliothèque a fait l’acquisition la semaine dernière d’un daguerréotype présenté comme la plus ancienne photographie connue de Lyon.
Elle représente l’ancien pont du Change construit sur la Saône au XIème siècle. Il se situait dans l’axe de l’église Saint-Nizier et de la place d’Albon (anciennement place du Change). Détruit en 1974, ce pont a été remplacé par le pont Maréchal Juin, bâti en aval, dans le prolongement de la rue Grenette.
Le cliché a été pris au tout début des années 1840. Il vient compléter nos collections photographiques riches de nombreux documents. La Bibliothèque a déjà fait l’acquisition en 2020 d’un autre daguerréotype, qui représente le chantier de construction du nouveau pont depuis la colline de Fourvière, pris vers 1845.
Ce daguerréotype sera mis en ligne sur Numelyo et devrait donner lieu ultérieurement à une action de valorisation des riches collections photographiques lyonnaises, en partenariat avec d’autres institutions culturelles patrimoniales (Archives municipales, Musée Gadagne).
Vous vous interrogez sur l'emplacement de cette prise de vue.
Un article indique que cette photographie a pu être prise depuis le domicile de Félix Richard, situé Quai Saint-Antoine :
Réalisée par Félix Richard, un ingénieur, physicien et opticien lyonnais âgé d’une trentaine d’années à l’époque, l’image a en fait été prise grâce à un daguerréotype, l’un des tout premiers procédés photographiques de l’histoire, inventé en 1839.
Cet appareil en bois de 50 kilos au temps de pose très long permettait de « fixer une image sur une plaque de cuivre, enduite d’une émulsion d’argent et développée aux vapeurs d’iode ». Félix Richard en possédait ainsi un à son domicile, situé quai Saint-Antoine, depuis lequel il a pu capturer cet instant.
source : Cette précieuse photo est considérée comme la première de Lyon : voici son histoire / Ludivine Caporal - ActuLyon - 9 novembre 2025
Nous sommes effectivement de cet avis. Plusieurs vues similaires représentent le pont du Change dessiné depuis les quais.
Une gravure a été réalisée de ce pont depuis le quai des Célestins : Veüe de Lyon, quand on est sur le quais des Celestins, détail du pont, gravure par Israël Silvestre, 1650
Voir aussi cette Illustration de Jean-Marie Refflé.
La lithographie intitulée Le Pont de Pierre et la Mort-qui-Trompe propose un même angle de vue.
Dans une lithographie réalisée depuis l'église Saint Louis, on peut apprécier la perspective depuis l'autre côté du pont : Pont de Saône, de Pierre ou du Change, puis de Nemours. Il semble plausible que le daguerréotype ait été pris depuis le quai Saint Antoine.
On retrouve effectivement Félix Richard, opticien, résidant au n°11 quai Saint Antoine dans le recensement de 1841.
Quelles infrastructures voit-on en arrière-plan ?
On aperçoit le dôme de l'église Saint Bruno des Chartreux en haut à gauche. A sa droite, nous pensons, comme vous, qu'il s'agit de la maison Brunet. Le site de l'inventaire nous dit :
"L’immeuble dit Brunet, du nom de son promoteur, est construit en 1825 (annoncé également entre 1810 et 1825). Il est représentatif des immeubles-ateliers dit de Canuts de la première moitié du XIXe siècle. Son organisation en fonction des chiffres du calendrier (365 fenêtres, 52 appartements, 7 étages, 4 allées) a fait sa célébrité."
A droite de l'image, on retrouve la Tour Pitrat.
La Tour Pitrat est une tour d'observation située à Lyon sur le plateau de La Croix-Rousse. Elle fut construite en 1827 et 1828 par Antoine-Mathieu Pitrat (1776-1859) et détruite en 1874 pour raison de sécurité.
Voir le site de l'Inventaire général du patrimoine culturel.
Derrière le pont du Change, on aperçoit le Pont de la Feuillée et la Passerelle Saint-Vincent.
Bonne journée
Complément(s) de réponse
Bonjour,
Nous avons demandé une relecture de notre réponse à notre spécialiste de l'histoire de Lyon et des photographies de Lyon qui nous a apporté le complément d'information suivant. Nous l'en remercions.
L'achat de ce daguerréotype fait suite à un premier achat de la BML en salle de vente en 2020. Ils constituent les deux seuls exemples de daguerréotypes lyonnais conservés à ce jour à la Bibliothèque municipale de Lyon.
Si l'adresse de Félix Richard était effectivement située quai Saint-Antoine, il est en effet plus que probable qu’il s’agisse du lieu de prise de vue. Sur cette période du XIXe siècle, au moins un autre photographe a travaillé directement depuis son atelier. Jean-Francois Ambruster (1835-1912) réalise ainsi de nombreuses prises de vue depuis un immeuble situé place Croix-Paquet, notamment de magnifiques panoramas de la rive gauche du Rhône et de la presqu'ile (voir Fonds Chomarat et AM Lyon ... et un autre exemplaire acquis il y quelques années par le fonds ancien mais visiblement non catalogué).
Je confirme l'identification en arrière-plan du dôme des Chartreux, de le maison Brunet dite aussi "aux 365 fenêtres" (plus imposant immeuble visible sur cette photo) et de la tour Pitrat qui se détache au sommet de la colline sur la droite. Je confirme également les ponts La Feuillée et Saint-Vincent, bien qu'il s'agisse ici des ancêtres de ceux que nous connaissons aujourd'hui : le pont La Feuillée ayant par exemple été reconstruit au moins à deux reprises, une première fois en 1910-12 afin de pouvoir supporter le passage des nouvelles lignes de tramways, et une seconde fois en 1945 suite à sa démolition par les armées d'occupation en déroute (comme la plupart des ponts de Lyon). Mais le sujet principal de cette photo reste bien entendu l'ancien pont du Change et sa première arche, côté rive gauche, dite "arche des merveilles" (voir l'évocation de la fête des merveilles et de l’arche éponyme dans le "Lyon de nos pères" de Vingtrinier). Ce pont a une longue histoire et sa présence sur cet emplacement est attestée depuis XIe siècle. Reconstruit à plusieurs reprises, on le connaitra sous le nom de Pont de Pierre (XIIIe s), pont de Saône (1680), pont de Nemours (1844), pont de la Liberté (1849), puis à nouveau pont du Changé en 1875. Endommagé à la Libération de Lyon en septembre 1944, il est définitivement démoli en 1974 (la ville étant sous administration Pradel), pour des questions de navigation fluviale, et remplacé en aval par le Pont surélevé du Maréchal-Juin que nous connaissons encore aujourd'hui.
Attention cependant : contrairement à ce que dit notre lecteur, ce daguerréotype n'est pas un procédé Lumière. Ceci pour la bonne raison que les frères Lumière, Auguste et Louis, sont nés une bonne vingtaine d'années plus tard ; quant à leur père Antoine, il venait tout juste de naître en 1840 ! Les plaques Lumière produites à Lyon - dites "plaques bleues" Lumière - n'apparaissent que dans le dernier quart du XXe siècle mais n'ont aucun rapport avec ce procédé photographique...
Pour l'historique de ce daguerréotype, toutes les informations dont nous disposons sont rassemblées dans le catalogue de vente de la Maison Oger-Blanchet (vente du 08/11/2023, catal. no.306).
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