Où étaient enterrées les personnes exécutées pendant la Terreur à Lyon ?
Question d'origine :
Pendant la Terreur, de nombreux lyonnais ont été exécutés. Les restes des victimes ont été pour partie enterrées dans un ossuaire désormais localisé dans la Crypte des Brotteaux, mais il m'a été indiqué que d'autres avaient pu être jetés avec de la Chaux dans les caves des immeubles proches de la place des Terreaux et notamment rue Valfenière.
Réponse du Guichet
Les cadavres des guillotinés de la place des Terreaux ont été dans un premier temps enterrés dans le cimetière Saint-Pierre de la rue de l'Âne (qui est l'ancien nom de la rue Valfrenière). Face à la saturation de ce cimetière et aux risques d'insalubrité, les corps ont ensuite été transportés jusqu'aux fosses du quartier des Brotteaux. Nous n'avons pas trouvé mention d'inhumation de corps dans des caves d'immeubles du quartier des Terreaux qui servaient de lieux de détention.
Bonjour,
Sous la Terreur, 1 865 lyonnais et lyonnaises ont été exécutés : guillotinés, fusillés ou tués sous le feu des canons. Que faisait-on ensuite de leur corps ? Un article nous apporte quelques éléments d'information :
Depuis le début de l’année 1793, républicains modérés et radicaux s’affrontent pour le contrôle du pouvoir municipal à Lyon. Le 29 mai 1793, au terme de violents combats de rue dans la Presqu’île, les sections modérées renversent la municipalité jacobine. Dans les semaines qui suivent, les nouvelles autorités se soulèvent contre la Convention, accusée de ne plus véritablement représenter la nation après l’élimination des Girondins survenue le 2 juin. Les révoltés
lyonnais constituent une coalition politique hétéroclite où dominent les républicains modérés. Des officiers royalistes, comme le comte de Précy, commandant en chef de l’armée lyonnaise, ont infiltré la force armée chargée de défendre la ville mais ils dissimulent leurs intentions, en attendant de voir évoluer la situation. Après un long siège, Lyon finit par capituler le 9 octobre et la répression commence.D’octobre 1793 à avril 1794, 1.865 personnes, de tous âges et de toutes conditions, sont exécutées pour leur participation à la rébellion ou pour des activités jugées contre-révolutionnaires. Dans un premier temps, les combattants capturés sont fusillés tandis que les membres des administrations rebelles sont guillotinés, sur la place Bellecour puis sur la place des Terreaux. À partir de novembre, la répression s’élargit à tous les contre-révolutionnaires potentiels présents dans la ville. Les uns sont guillotinés sur la place des Terreaux, les autres fusillés dans la plaine des Brotteaux, sur la rive gauche du Rhône. C’est là que, les 4 et 5 décembre 1793, environ deux cents condamnés sont exécutés par le moyen de canons chargés à mitraille, afin de désengorger plus rapidement les prisons. Les cimetières de la ville sont rapidement saturés et les corps des condamnés finissent par être rassemblés dans des fosses communes creusées aux Brotteaux, à proximité des lieux d’exécution.
source : Chopelin Paul. Le monument des Brotteaux à Lyon : construction et dilution d’une mémoire « blanche » de la Terreur. In: « Blancs » et contre-révolutionnaires en Europe : espaces, réseaux, cultures et mémoires (fin XVIIIe-début XXe siècles) : France, Italie, Espagne, Portugal. Rome : École Française de Rome, 2011. pp. 177-196. (Publications de l'École française de Rome, 454)
Face à la saturation des cimetières, des corps ont-il été enterrés dans des caves de la rue Valfenière ?
Malgré nos recherches, nous n'avons pas trouvé mention de caves d'immeubles dans lesquels on aurait enterré les corps des condamnés. Les cadavres des guillotinés de la place des Terreaux ont dans un premier temps été inhumés dans le cimetière situé rue de l'Âne.
C'est ce qu'indique l'ouvrage du Baron Achille Raverat Lyon sous la Révolution :
Il ne faudrait pas croire que la fusillade fit délaisser la guillotine, et que la plaine des Brotteaux fit déserter la place des Terreaux. Hélas ! non ; ces deux genres de supplice marchaient concurremment ; seulement la guillotine était réservée à certains personnages et aux femmes.
On n'enterrait plus depuis longtemps les suppliciés aux cimetières communs, devenus insuffisants. Le cimetière de la rue de l'Ane renfermait dans un espace infiniment étroit et resserré une quantité considérable de cadavres entassés sans précaution et jetés dans des caveaux sans être recouverts, ce qui pouvait produire de très graves accidents par suite de l'infection pestilentielle qui s'élevait de ces caveaux. On creusa donc des fosses çà et là sur les divers lieux des exécutions, aux Brotteaux. Les cadavres des cimetières de la ville y étaient transportés et jetés dans ces fosses enduites d'un peu de chaux et recouvertes d'une mince couche de terre.
Bientôt après, on eut recours au procédé plus expéditif de jeter les cadavres dans le Rhône, "afin, dit Dorfeuille dans son rapport au comité de Salut public, que les ondes ensanglantées aillent annoncer aux villes riveraines la vengeance de la Convention et l'extermination des Lyonnais rebelles à la Loi."
Or, la rue de l'Âne est l'ancienne appellation de la rue Valfenière.
Voir le document des archives municipales de Lyon : fichier des voies de Lyon, ainsi que notre précédente réponse sur Le cimetière de l'âne.
Voici également ce qui est indiqué sur le site des archives municipales de Lyon : 1794, le cimetière de Saint-Pierre (rue de l'Ane) étant plein et dangereux, le Conseil municipal décide que les corps des guillotinés seront désormais enterrés aux Brotteaux.
S'il est bien fait mention de caves autour de la place des Terreaux c'est pour retenir les condamnés. L. de Longevialle dans son ouvrage intitulé "Dans les prisons de la Terreur" indique que :
"... ceux dont le sort n'avait pas encore été décidé, étaient enfermés dans la Grande Salle, la Salle des Fêtes actuelle. On faisait prendre aux autres, à ceux qui seraient libérés ou condamnés, l'escalier tournant, situé dans le pavillon nord-ouet, et qui monte des sous-sols jusqu'à cette partie des combles de l'Hôtel de Ville où se trouvent actuellement les Archives municipales. Parvenues au bas de cet escalier, dans les caves, on faisait tourner à gauche les rares bénéficiaires des arrêts d'élargissement, et on les consuisait dans la cave située à l'angle de la place des Terreaux et de la rue Puits-Gaillot, qu'ils quittaient après les formalités de levée d'écrou. Cette cave fut, pour cette raison, nommée "la bonne Cave". Les condamnés eux, tournaient à droite et ils étaient enfermés dans la cave située à l'angle de la place des Terreaux et de la rue Lafont. C'était la "Mauvaise cave", de laquelle, à de très rares exceptions, ils ne sortaient que pour marcher au supplice".
source : Lyon pendant la Révolution 1789-1793 / Albert Champdor
Pour approfondir le sujet, nous vous invitons à consulter ces documents :
- Lyon en Révolution [Livre] : collections du Musée Gadagne, Lyon / Sophie Wahnich
- Révolution française [Livre] : Lyon en 1794 / notes et documents publiés par Albert Metzger ; et révisés par Joseph Vaësen
- Révolution française [Livre] : Lyon en 1795 / notes et documents publiés par Albert Metzger ; et révisés par Joseph Vaesen
- Le monument religieux des Brotteaux. 01 [Livre] : Historique de la Commission : listes des victimes du siège de Lyon / [publ. par Lyon 89]
- 1793, le siège de Lyon [Livre] : entre mythes et réalités / Michel Biard
Vous pouvez aussi vous rendre aux archives municipales de Lyon pour en savoir plus.
Bonne journée.
Lug, pionnier lyonnais des super-héros