En 1620 Châteauroux était elle une "place forte protestante" selon l'édit de Nantes ?
Question d'origine :
Bonjour,
je voudrais savoir si Chateauroux était une place forte protestante (selon les termes de l'édit de Nantes) en 1620. Qu'en était-il également de Bourges ? Ou bien était-ce des villes avec une forte population protestante ?
Merci d'avance de vos réponses !
Réponse du Guichet
Les sources consultées pour nos recherches ne nomment pas Châteauroux comme place forte ou place de sûreté protestante. Bourges aurait été donnée comme place de sûreté par Henri III en 1588 mais l'Edit de Nantes de 1598 mentionne cette ville uniquement comme lieu de bailliage.
Bonjour,
L’Édit de Nantes fut signé par le roi de France Henri IV en 1598 alors que le royaume était ravagé par les Guerres de religion opposant catholiques et protestants depuis 1562.
L’édit de Nantes (1598)
C’est l’acte majeur du roi Henri IV car il institue la coexistence religieuse entre catholiques et protestants et impose la paix en France après 36 ans de guerre civile.
Un acte de souveraineté
C’est un acte de souveraineté voulu et imposé par le roi Henri IV, en dépit de nombreuses difficultés. En cela il se distingue des édits antérieurs dont il s’inspire mais qui ont été aussitôt remis en cause. Son but immédiat est la paix civile, mais son objectif avoué reste l’unité religieuse du royaume. Dans le préambule, le roi souhaite que « l’établissement d’une bonne paix » permette à ses « sujets de la religion prétendue réformée » de revenir à la « vraie religion », la sienne, « la religion catholique, apostolique et romaine ».
L’élaboration de l’édit a été une affaire très délicate. Elle a nécessité de longues négociations. Il s’agissait de rassurer tant les catholiques que les protestants et de redonner confiance à tous. Il en résulte un compromis. L’édit institue l’égalité civile entre catholiques et protestants, il fixe les conditions de coexistence entre catholiques et protestants, mais la pratique du culte protestant est limitée.
Source : L’édit de Nantes (1598), Musée protestant
Les édits antérieurs dont il est question dans cet extrait ont été l'occasion d'octroyer des places de sûreté aux protestants.
Le document de Pierre-Jean Souriac, Une solution armée de coexistence. Les places de sûreté protestantes comme élément de pacification des guerres de Religion ainsi que la page Les Places de sûreté protestantes du Musée protestant nous en apprennent plus sur ces places également nommées places fortes :
C'est en 1570, lors de la troisième paix de Religion, celle de Saint-Germain, que pour la première fois les réformés obtinrent le droit de conserver quatre places fortes : La Rochelle, Montauban, Cognac, La Charité. Deux des principales villes du parti, et deux autres qui venaient de s'illustrer durant le dernier épisode guerrier1 . Dès lors, les édits de paix prolongèrent cette concession devenue indispensable à l'élaboration de la coexistence que cherchait à construire l'Etat monarchique : huit places furent accordées aux protestants en 1576, une quinzaine en 1577 pour deux à cinq ans. Cependant, le grand moment des places de sûreté fut l'Edit de Nantes par lequel a été accordée aux réformés du royaume l'intégralité des lieux qu'ils tenaient à l'été 1597.
Source : Pierre-Jean Souriac. Une solution armée de coexistence. Les places de sûreté protestantes comme élément de pacification des guerres de Religion. La coexistence confessionnelle à l'épreuve. Études sur les relations entre protestants et catholiques dans la France moderne, resea, pp.51-69, 2009, Chrétiens et Sociétés, Documents et Mémoires n° 9. 〈halshs-00434222〉
Dans une France majoritairement catholique et déchirée par les guerres de religion (1562-1598), les protestants obtiennent des places fortes pour garantir leur sécurité. La création de ces « places de sûreté » permet l’organisation du pouvoir politique et militaire de la communauté huguenote. Leur implantation géographique correspond, pour l’essentiel, à celle des Églises réformées, c’est-à-dire l’Ouest et le Sud-Ouest de la France, Languedoc et Dauphiné.
Les édits de Beaulieu (1576) et de Poitiers (1577)
En 1576, à la fin de la 5e guerre de religion, l’édit de Beaulieu reprend l’idée des places de sûreté ; il octroie aux protestants huit villes fortes, sans précision de durée : Issoire, Périgueux, Serres, Nyons, Seyne, Beaucaire, Mas-Grenier (autrefois appelé Mas-de-Verdun) et Aigues-Mortes.
Le Traité de Nérac (1579)
Le traité de Nérac, signé en février 1579 en temps de paix, après la 6e guerre, confirme l’édit de Poitiers en donnant aux protestants au total quatorze places de sûreté, pour une durée de six ou sept mois selon les cas. Mais une fois l’échéance terminée, la communauté huguenote refuse de rendre les places : elle considère désormais les places non plus seulement comme des refuges, mais comme une force armée d’opposition aux forces catholiques.
Le traité de Fleix, qui met fin à la 7e guerre en novembre 1580, confirme celui de Nérac.
Source : Les Places de sûreté protestantes, Musée protestant
La consultation rapide de chaque édit indiqué dans L'édit de Nantes et ses antécédents (1562-1598), édition réalisée par les élèves de l'École des chartes sous la direction de Bernard Barbiche à l'occasion du quatrième centenaire de l'édit de Nantes, ne mentionne que la ville de Bourges comme lieu de bailliage :
XIII, 15Suivant aussi l’edict fait pour la reduction du sieur mareschal de La Chastre3, en chacun des bailliages d’Orleans et Bourges ne sera ordonné qu’un lieu de bailliage pour l’exercice de lad. Religion, lequel neantmoins pourra estre continué es lieux où il leur est permis de le continuer par led. edict de Nantes.
Source : L'édit de Nantes et ses antécédents (1562-1598), 1598, XIII. Édit de Nantes. Articles particuliers.
A Paris, lors de la journée dite des Barricades le 14 mai 1588, le triomphe de la Ligue fut aussi celui des Guise. Henri III, contraint de reconnaître la Sainte-Union, dut donner Bourges comme place de sûreté.Source : Les Grandes Heures du Berry / Jean-Charles Varennes, éditions Perrin, 1987, p.212
GÉNÉRALITÉ DE BOURGES
Argenton, sr de S' Germain
Beaupré 25Source : de Dainville François. Cartes des places protestantes en 1620, dessinées à la fin du règne de Louis XIII. In: Journal des savants, 1968, n°4. pp. 214-243.
La géographie de ces places a été maintes fois décrite. Elle recouvre les zones de force du protestantisme. Effectivement, le souverain s’était basé sur la liste des « places, villes et châteaux qu’ils tenaient en août 1597 ». Il s’agit donc de villes de l’Ouest (La Rochelle, Thouars, Loudun, Saint-Jean d’Angély), du Sud-Ouest (Nérac, Sainte-Foy-la-Grande, Tonneins, Clairac, Montauban), du Languedoc (Castres, Mazamet, Montpellier, Nîmes, Alès), des pays du Rhône (Privas, Montélimar, Die, Livron), mais aussi de sites plus dispersés dans le Comté de Foix et sur la Loire. Il n’y a donc pas de place de sûreté dans le nord du Royaume.
Bonne journée et belle nouvelle année !