Je cherche des représentations avec commentaire du signe juif Haï au Moyen-Âge ou plus récentes
Question d'origine :
Bonjour,
Je m’intéresse actuellement sur un plan historique, au signe juif Haï dont la signification est « Vivant » et par ordre d’idée : « Vie ». Ce signe, de droite à gauche est composé par les lettres Het et Yod. Les deux lettres doivent logiquement fusionner pour former ce signe. De nos jours il existe différents bijoux de joaillerie le représentant. Des variantes existent dans la forme du Yod et dans sa fusion avec le Het qui le précède.
On trouve sur le net la forme ici présente en piège-jointe mais d’autres formes ne sont pas sans évoquer, dans l’idée, pour le Yod, une trompe d’éléphant bien que l’animal ne semble aucunement lié à ce signe.
Il est reconnu que ce signe trouve son origine dans le Livre de la Genèse (16-14) où est évoqué le « Puits pour le vivant, mon voyant » (traduction André Chouraqui) lorsque le traducteur a pris la décision de traduire le nom hébreu de ce puits : « Lahaï-roï » ou « Lachaï-roï ». Le « H » ou « Het » se prononce ici comme la Jota espagnole.
Sur le net nous découvrons que ce signe était déjà utilisé au Moyen-Âge notamment en Espagne. Mais aucun site ne semble proposer de représentations de cette époque.
Serait-il possible que le Guichet du Savoir puisse découvrir quelque(s) représentation(s) avec commentaire, de cette époque ou bien d’une époque plus récente ?
Il serait également intéressant de savoir avec quel autre signe il était à l’époque représenté.
D’avance je vous remercie.
Cordialement.
Réponse du Guichet
Faute d'informations sur l'histoire de ce signe et de sa représentation dans nos collections et sur internet, nous vous conseillons de vous tourner vers des spécialistes de l’hébreu, du judaïsme ou de la culture yiddish pour en apprendre davantage. Néanmoins, un article d'un journal juif américain expliquait en 2012 que ce signe n'aurait réellement émergé dans la culture juive qu'au cours du 20ème siècle par le biais notamment de la bijouterie. Toujours selon cet article, le mot "haï" (ou "chai" en anglais), pourrait recouvrir d'autres interprétations ce qui pourrait justifier ses occurences dans des textes anciens.
Bonjour,
Votre question porte sur l'histoire de la représentation et de la graphie du mot juif "haï" (qui signifie "vivant" en hébreux) et en particulier à l'époque médiévale en Espagne, où, selon certaines sources, il aurait été utilisé.
Nos recherches menées sur internet, et en particulier des sources anglaises, font bien remonter l'association de ce symbole à l'Espagne médiévale. La page Wikipédia Chai (symbol), renvoie à ce petit texte d'Ariela Pelaia (What Does the Chai Symbol Signify ? sur Learn Religion) qui se réfère ensuite au journal juif The Forward, mais sans qu'enfin nous trouvions l'article d'origine...
La plupart des sites qui évoquent l'histoire de ce symbole commercialisent des bijoux, ce qui ne peut constituer une source sûre.
Malgré plusieurs fausses pistes, il semble que le journal Forward ait finalement réussi à nous mettre sur l'une des voies d'explication possibles. Dans un article intitulé Exploring “Chai” Culture et publié en 2012, le quotidien s’est efforcé de retracer l’origine de ces amulettes et bijoux ornés de ce symbole hébraïque. Il posait alors cette question : Simple effet de mode ou véritable symbole pluriséculaire de la culture juive ?
D'après l'auteur, ces amulettes n'auraient fait leur apparition qu'au XXème siècle. Pourtant, l'occurrence du mot "haï" (ou chai en anglais) serait bien plus ancienne et remonterait jusqu'au 18ème siècle. Ce mot pouvait alors recouvrir une toute autre signification, aussi bien "18" qu'un équivalent du mot "multiple" :
En effet, le chai n'est absolument pas une amulette juive traditionnelle, et les pendentifs chai n'ont probablement fait leur apparition qu'il y a une cinquantaine d'années, lorsque des bijoutiers fantaisie ont commencé à les produire. Le grand-père du film « Les Mauvais Juifs » appartiendrait donc à la première génération à en porter un. Avant cela, le chai n'existait tout simplement pas.
Employé hors de son sens courant, le mot « chai » peut signifier simplement « 18 », comme dans une phrase hébraïque (ou yiddish ou anglaise) telle que : « J’ai donné chai dollars au fonds de matza de ma synagogue pour la Pâque. » Cela s’explique par le fait que la valeur numérique de la lettre hébraïque het est huit et celle de yod dix, et bien que la façon habituelle d’écrire « 18 » soit yod-het , het-yod donne le même résultat et a l’avantage d’être associé à la vie.
Dans son sens de « 18 », le terme « chai » était traditionnellement employé dans la vie juive presque exclusivement pour exprimer des dons ou des cadeaux, souvent exprimés en multiples, comme dans : « Il a donné trois fois chai [dollars] au fils de Sam pour sa bar-mitsva. » Dans certaines synagogues orthodoxes, où il est d’usage de participer à des enchères pour avoir le privilège d’accomplir diverses tâches rituelles liées au rouleau de la Torah, on utilise fréquemment des multiples également. Je possède une liste de prix pour les Fêtes de Tichri, publiée par la synagogue Young Israel-Chabad du comté de Pinellas, en Floride, avec des suggestions d’« enchères initiales » telles que : « Le port de chais n’est apparu qu’il y a un demi-siècle. Lecture de la Torah à la synagogue : 5 x chai » ; « Troisième Aliyah [appel à la bénédiction de la Torah] : 10 x chai ». « Hagba [soulever le rouleau de la Torah du pupitre avant qu'il ne soit enroulé et refermé] — 20 x Chai », etc. Une fois les enchères lancées, on suppose que la limite est le ciel x chai.
Mais jusqu'à quand remonte, dans l'histoire juive, cet usage du terme « chai » ? La plus ancienne occurrence que j'ai pu trouver (ce qui ne signifie pas que les chercheurs ne peuvent pas faire mieux) remonte aux premières générations de rabbins hassidiques d'Europe de l'Est, et plus précisément au rabbin Menahem Nachum de Tchernobyl (1730-1797), disciple dans sa jeunesse du Baal Shem Tov, fondateur du mouvement hassidique.
(traduit de l'Anglais vers le français avec la traduction intégrée de Google).
Source : Exploring ‘Chai’ Culture, Forward, 2012.
L'avis de spécialistes de l’hébreu, du judaïsme ou de la culture yiddish pourrait vous permettre de trancher la question. Nous n'infirmons pas vos dires sur le livre de la Genèse (consulté en bibliothèque et en ligne, Genèse 16-14) et l'origine de ce signe. Mais les traductions des textes bibliques de l’Hébreu au Français n'intégrant pas notre arc de compétence, nous préférons vous orienter vers des connaisseurs pour poursuivre vos investigations :
- Le Centre Medem et sa bibliothèque.
- La bibliothèque de l'Alliance israélite universelle à Paris.
- Le Centre européen du Judaïsme.
De notre côté, la lecture de ces documents n'a pas permis de ressortir d'autres informations, le signe "Haï" étant la plupart du temps absent des dictionnaires et des listes de mots et signes inclus dans ces documents :
Dictionnaire araméen-hébreu-français / par le rabbin Ezra Tsion Melamed ; trad. française Rav Jean-Jacques Gugenheim (Colbo,1996)
Dictionnaire encyclopédique du judaïsme / publié sous la direction de Geoffrey Wigoder (R. Laffont, 1996)
Dictionnaire de civilisation juive : auteurs, œuvres, notions / Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa (Larousse, 1997)
Les symboles du Judaïsme / textes de Marc-Alain Ouaknin ; photographie de Laziz Hamani (Editions Assouline, 1999)
Dictionnaire des mondes juifs / Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa (Larousse, 2008)
L'écriture hébraïque : alphabet, variantes et adaptations calligraphiques / Gabriele Mandel Khân (Flammarion, 2012)
Art et histoire du judaïsme : un abécédaire / MAHJ, Musée d'art et d'histoire du judaïsme / sous la direction de Paul Salmona (Musée d'art et d'histoire du judaïsme : Flammarion, DL 2018)
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