A quoi servaient les caisses à eau dans la première moitié du 19ème siècle ?
Question d'origine :
Cher guichet,
J'ai vu que dans la première moitié du XIXe siècle , des maitres de forges fabriquent des caisses à eau . Actuellement elles servent à recueillir des eaux pluviales des maisons. A cette époque était-ce le cas ou bien il y avait d'autres utilisations ?
Cordialement.
Réponse du Guichet
La caisse à eau a connu et connaît encore de multiples usages. Dans la première moitié du XIXe siècle, les caisses à eau étaient utilisées dans les cuisines et les toilettes des mas provençaux ou des appartements bourgeois. Dans les montgolfières et sur les bateaux elles servaient pour stocker l'eau potable. Sur les navires elles participaient à l'équilibre du bateau et elles pouvaient être utilisées pour conserver des biscuits. Dans les sous-marins, les caisses à eau nommées ballasts servent à lester le bâtiment pour qu'il puisse plonger. Les locomotives à vapeur dont la locomotive-tender avaient aussi besoin de caisses à eau pour se mouvoir. Le travail des mines nécessitait également cet équipement pour puiser ou pomper les eaux d'infiltration ainsi que bien plus tard, en pisciculture, un incubateur vertical destiné à traiter les œufs et alevins.
Bonjour,
Si aujourd'hui les caisses ou boîtes à eau sont utilisées pour récupérer les eaux pluviales, elles avaient autrefois de multiples usages dont certains sont encore d'actualité.
Fin XIXe - mi XXe, elles servaient au stockage d'eau douce dans les cuisines des mas provençaux.
Caisses à eau et cuisine/WC
L'article Pile, potager, placard : l’équipement de la cuisine marseillaise, fin XIXe-mi-XXe siècle, consacre une partie de ses parties à la caisse à eaux :
La caisse à eau
À la fin du XIXe siècle, l’alimentation en eau des étages des maisons se fait par gravitation. L’eau vient du canal de la Durance puis du canal de Provence. La distribution dite « à la jauge » est alors mise en place. La Société des eaux pose un réseau capillaire devant les maisons. Selon la mémoire orale, elle aurait installé l’eau dans les étages à condition que l’on aménage au moins un lieu d’aisance dans la maison, alors commun. À moins que l’on en installe un par étage, parfois dans des guérites en brique aménagées sur les balcons des cuisines, à l’arrière.
Les branchements des appartements ont des robinets de jauge. La jauge est un diaphragme calibré qui assure un faible débit continu d’eau. Il correspond à l’abonnement dit « au dixième de module » (864 litres par jour, 315 m3 par an), qui correspond à une moyenne d’un ou deux logements. D’où la nécessité de stocker l’eau dans un réservoir, la caisse à eau. Ce sont des réservoirs de bois doublés intérieurement de zinc, souvent établis sur les placards et « soupentes » des cuisines. Dans les WC, ou dans les cuisines étroites, la caisse est établie sur des consoles de fer (fig. 6).
Dans les maisons bourgeoises construites à la fin du XIXe siècle, les caisses à eau des appartements pouvaient être regroupées dans une pièce commune, la « salle des eaux », située au dernier étage, celui des chambres de bonne ou bien installées dans les combles. Ce peut être alors de grandes caisses de fonte doublées intérieurement de zinc. Les caisses étaient équipées d’un dispositif très simple les empêchant de déborder. L’arrivée de l’eau étant continuelle, une surverse renvoyait l’eau excédentaire dans le réseau d’évacuation.
Source : Bertrand Régis. Pile, potager, placard : l’équipement de la cuisine marseillaise, fin XIXe-mi-XXe siècle. In: Les cuisines. Actes du 138e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Se nourrir : pratiques et stratégies alimentaires », Rennes, 2013. Paris : Editions du CTHS, 2016. pp. 21-35. (Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, 138-6)
Des caisses à eaux étaient aussi embarquées sur les bateaux au XIXe siècle, avant l'installation des cuisines distillatoires.
Caisses à eau, bateaux, montgolfière et sous-marins
L'article La Recouvrance : une goélette pour Brest, publié par Le chasse-marée, revue du monde maritime, raconte les différentes étapes de la reconstruction d'une goélette aviso des années 1830.

Garneray, 1821
On y apprend que des caisses à eau étaient situées dans la cale et qu'elles participaient à l'assiette du bateau :
La cale
« La cale est divisée en un certain nombre de tranches par des cloisons, généralement transversales — mais la Levrette, après sa modification de 1841, en possédera aussi de longitudinales dans sa partie milieu. Leur affectation peut varier d’une unité à l’autre, à l’exception de la soute aux poudres qui se trouve obligatoirement placée sous le carré des officiers, des puits de l’archipompe et des chaînes toujours à la hauteur du grand mât. Les caisses à eau, elles aussi, conservent le même emplacement, en deux rangs pour celles de mille litres, en un seul pour les cuves d’une capacité supérieure qui remplaceront les premières. »
[...]
Les vivres
« Les vivres entassés dans la cale — ou, en partie, dans l’entrepont — participent aussi à l’assiette du bâtiment. Et d’une façon plus importante encore que le lest car l’ensemble, si l’on compte aussi l’eau, les boissons, le charbon et le bois de chauffage pour la cuisson, représente un poids qui dépasse de 65 % ce dernier : 28 tonnes (l’approvisionnement réglementaire pour quatre-vingt-dix jours) contre 17. Les vivres ont toutefois cette particularité singulière de diminuer au fil du temps. Ainsi pour une traversée de quarante-six jours comme celle de Terre-Neuve à Lorient, la Daphné va-t-elle embarquer 15 tonnes de vivres, dont elle perdra 300 kilos chaque jour. Mieux vaut savoir gérer ces données pour maintenir la goélette dans ses lignes tout au long du voyage.
« Ce problème est particulièrement sensible. à bord de ces petites goélettes de 25 mètres de long qui peuvent embarquer jusqu’à soixante-huit personnes pour une traversée qui dure parfois trois mois. A la fin d’une telle campagne, le bâtiment a perdu près de 20% de son poids initial. Sa stabilité peut donc être compromise car, en revanche, le poids de la mâture, des agrès et de l’artillerie reste, lui, dans les hauts, et ne subit aucune réduction. Aux Antilles, quand elle croise dans les îles, la Daphné a rarement plus de trente à quarante-cinq jours de vivres. Mais le capitaine Jules Collier estime qu’elle marche mieux lorsqu’elle est davantage chargée. C’est pourquoi il ajoute souvent au lest de gueuses une tonne et demie de pierres, arrimées dans la cale avant et parfois dans les ailes. Il fait également remplir d’eau de mer les caisses à eau et les tierçons vides (les tierçons sont des futailles d’une contenance de deux tiers de barrique, plus maniables que celles-ci quand il faut faire de l’eau à l’aide des embarcations). »
Mais c'est dans la thèse de Géraldine Barron, Entre tradition et innovation: itinéraire d’un marin, Edmond Pâris (1806-1893), dirigée par Marie-Noëlle Bourguet, Université Paris-Diderot (paris 7) Sorbonne Paris Cité, 2015, que nous est donnée leur véritable utilité. Nous y trouvons plusieurs fois mention de caisses à eau embarquées sur la corvette L'Astrolabe que le chef de quart Pâris rejoignit le 4 avril 1826, sous le commandement de Dumont d’Urville :
L’expédition Baudin avait marqué la fin des campagnes de découverte sous l’Empire. Dès 1816, le gouvernement de la Restauration affirme sa volonté de reprendre la tradition des grands voyages afin de faire reparaître le drapeau français sur les mers d’où l’Angleterre l’a chassé ; il entend redorer le blason de la marine en la mettant au service de la science. Des missions hydrographiques sont menées par Roussin le long des côtes d’Afrique et par Gauttier-Duparc en Méditerranée et en mer Noire ; en 1817, la Cybèle, capitaine de Kergariou, et l’Uranie sous le commandement de Freycinet, prennent la mer pour compléter les découvertes géographiques du Naturaliste et du Géographe, réaliser des travaux scientifiques et protéger le commerce. Soucieux de ne pas revivre l’enfer de l’expédition Baudin, Freycinet choisit soigneusement son équipage et son état-major, n’embarquant qu’un nombre très limité de civils. Désireux de donner à son expédition l’éclat scientifique qu’elle mérite et convaincu de la nécessité de contrôler les tâches des officiers afin d’obtenir des résultats exploitables, il rédige un mémoire destiné à guider les officiers dans leurs tâches et observations quotidiennes, à la mer comme à terre. Ce « protocole d’enquête » embrasse l’ensemble des observations à faire au cours du voyage dans un souci d’exhaustivité ; chaque officier est prié de le suivre pendant son quart. La préparation du voyage est révélatrice de nouvelles pratiques qui seront suivies par l’essentiel des officiers circumnavigateurs de la Restauration : instructions ministérielles précises, instructions scientifiques établies par l’Académie des sciences, refus d’embarquer des savants civils, un seul bâtiment, choix soigneux de l’équipage et de l’état-major et utilisation des derniers perfectionnements en matière maritime : câbles-chaînes, caisses à eau en fer, conserves d’Appert, etc.
I.1.2. L’Astrolabe et ses hommes
« C’était un petit navire de 31m,50, bien assorti aux voyages dangereux, en ce qu’il se comportait bien à la mer, ne tirait pas trop d’eau et avait la chance de pouvoir sauver son équipage dans ses chaloupes, en cas de naufrage. Il était un de nos premiers navires pourvus de caisses à eau en tôle, ce qui contribua beaucoup à la santé de l’équipage jusqu’à Vanikoro. »
[...]
40 Si l’on en croit Catherine Junges (« Charles Dupin, ingénieur du Génie maritime », in Charles Dupin (1784- 1873). Ingénieur, savant, économiste, pédagogue et parlementaire du Premier au Second Empire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 51.), Dupin a favorisé l’introduction en France des caisses à eau en fer, dont la maison Bersolle aurait obtenu le marché pour la Marine.
[...]
L’Archimède dispose malgré tout d’un matériel de pointe autorisé par le caractère exceptionnel de sa mission. Pâris demande en particulier l’autorisation d’embarquer des plombs de sonde inventés par Lecoente, approuvés par le Conseil des travaux, pour les tester pendant la campagne. Autre innovation d’importance du point de vue du tonnage et de l’hygiène : une cuisine distillatoire, la seconde embarquée sur un navire de guerre français. La distillation de l’eau de mer n’est ni une idée ni même une invention récente. Déjà envisagée au XVIIIe siècle, cette solution au problème de l’eau a paradoxalement beaucoup de mal à s’imposer dans la marine. Les conséquences de la consommation d’eau pure sur la santé des marins font l’objet de débats et de longues expériences, mais le doute sur l’innocuité d’une consommation exclusive d’eau distillée n’est pas le seul obstacle à sa généralisation : « le problème entier consistait […] dans l’invention d’un appareil distillatoire qui ne tint aucune place, n’exigeât aucun surcroît de combustible, d’une construction légère et solide à la fois, et dont la manœuvre pût être confiée aux mains les plus inexpérimentées » ; car en effet, à quoi bon produire de l’eau douce à partir d’eau de mer si le dispositif de production occupe un tonnage supérieur à celui des caisses à eau et impose d’embarquer plus de charbon ? Ce problème est résolu par les industriels nantais Peyre et Rocher qui soumettent leur projet au Conseil des travaux en 1837. Le très circonspect Conseil rejette la proposition qui n’est finalement adoptée que deux ans plus tard, après de nouvelles expériences et essais cliniques sur la santé des équipages. Faisant office à la fois de cuisine et d’alambic, remplaçant sans perte de place la cuisine traditionnellement placée sur le pont, ces cuisines distillatoires sont peu à peu installées sur des navires de guerre dans les années 1840. La Marine commande dix-neuf appareils à Peyre et Rocher en 1842, notamment pour équiper ses paquebots transatlantiques. Le premier est affecté à l’Aube, corvette destinée à la station de Nouvelle-Zélande, en 1840. Le second, celui de l’Archimède, fournit quotidiennement 500 à 600 litres d’eau pure, tournant la page des caisses à eau aux propriétés douteuses pour la conservation, des corvées d’eau lors des relâches, enfin des risques de maladies entériques liées à la mauvaise qualité de l’eau. Malgré ses passagers, l’Archimède peut se contenter facilement des quatre caisses à eau embarquées à Brest49 puisque la cuisine produit des quantités suffisantes pour la consommation courante du navire. Pâris se félicite de cet équipement, d’autant qu’aucun homme ne s’en est plaint, et souligne l’avantage militaire d’une complète autonomie en eau alliée à une très faible consommation de combustible. Il loue surtout la simplicité de l’appareil qui ne nécessite dans l’équipage aucune « sorte de petit savant »50 mais peut être utilisé par le coq et réparée par le chaudronnier.
[...]
49 Dix caisses à eau ont dû être débarquées à Brest pour faire de la place pour les marchandises des représentants du commerce, et deux caisses supplémentaires ont été rongées par l’oxydation, ne laissant à disposition des hommes de l’Archimède que quatre caisses.
Vraisemblablement ces caisses à eau qui servaient donc de réservoir d'eau potable pouvaient également être employées pour la conservation de biscuits selon Géraldine Barron (6 août 2013), L’hivernage de Kinburn : mise à l’épreuve de la “marine nouvelle” Marine, science, technique :
Le premier soin des militaires est de fortifier les abords du fort ; celui des marins de se positionner afin de pouvoir balayer la presqu’île de leurs tirs. Pour Pâris il s’agit également de s’installer au sur la presqu’île pour passer l’hiver : « A terre on a réparé les petites maisons de la quarantaine très détériorées par le tems et les boulets. Elles servent d’habitation à une partie de l’infanterie de marine et à des maîtres. A côté nous avons élevé deux vastes parcs aux bœufs dont l’un entouré de caisses à eau pleines de biscuit et couvert par une toile soutenue au moyen de fermes. C’est une véritable étable contenant plus de cent têtes ; l’autre est une simple tente et peut contenir près du double. Au-delà est le peu de charbon que nous possédons. »
Et c'est dans des caisses à eau que les trois anglais en montgolfière de Jules Verne conservent leur eau potable dans Cinq semaines en ballon : voyage de découvertes en Afrique par trois Anglais, 1863. Extraits numérisés sur Google livres.
Dans les sous-marins, dont le concept remonte à l'Antiquité, sont également utilisées des caisses à eau nommées ballasts :
Le premier sous-marin opérationnel est à visée militaire : c'est le Turtle, une machine en forme d'œuf propulsée manuellement par une seule personne, conçue par l'ingénieur américain David Bushnell et son frère. L'engin est temporairement submersible, grâce aux réservoirs ballasts, peut se déplacer de façon autonome, via deux hélices de propulsion et transporte à l'arrière une charge explosive à retardement délestable.
Source : (Histoire des sous-marins, Wikipédia)

Détail d'une miniature d'Alexandre descendu dans la mer dans un tonneau, avec un chat et un coq, au début du chapitre 65.
Source : Historia de proelis dans une traduction française (Le Livre et le vraye hystoire du bon roy Alixandre), 1420.
La British Library, Public domain, via Wikimedia Commons
Ballast ou water-ballast, CNRTL
water-ballast n.m. d'apr. angl. MAR. "réservoir de plongée" - FEW (18, 14a), 1922, Lar. ; ND2, 20e ; PR[72], ø d ; absent TLF.
1882 - J. Verne, L'Ecole des Robinsons, I, 54 - Bachmann, 33.1907 - «Nom donné aux caisses à eau des sous-marins. ([...] Quand le sous-marin en plongée doit remonter à la surface, il suffit au moyen d'une chasse d'air énergique de vider les water-ballast.)» Lar. mensuel, déc., 160b - Rom. Jahrb., 21, 215.
Le Sous-marin, Gloubik sciences, explique le principe des ballasts :
Le moyen le plus simple, qui reste le principal, pour obtenir la plongée, consiste à lester le navire d’une quantité d’eau suffisante pour annuler ou fortement réduire la flottabilité. Tout le monde connaît le petit appareil de physique qu’on appelle un ludion, et où ce principe est appliqué. Le ludion plonge ou émerge suivant que la quantité d’eau qu’on y a introduite lui donne une flottabilité négative ou positive. Mais ici, le problème est plus difficile à résoudre, parce que le sous-marin doit s’arrêter dans sa descente à la profondeur voulue, qui est toujours très limitée, alors que le ludion, le plus souvent et sans inconvénients, tombe au fond du récipient qui sert à l’expérience.
On comprend sans peine qu’on n’en puisse laisser faire autant à notre sous-marin dans l’immense récipient qu’est la mer. Mais il ne s’agit pas de cela. Dès qu’il s’enfonce, il entre dans des eaux supportant la pression des couches supérieures et il reçoit lui-même de toutes parts cette pression, qui est celle du milieu. Elle augmente très vite avec la profondeur. La coque, surface élastique, fléchit. Les résultats de cette flexion sont d’abord de réduire le volume du flotteur. Si cette réduction était trop considérable et trop rapide, les moyens de délester le bateau deviendraient impuissants à rétablir l’équilibre entre le poids du sous-marin et celui du volume d’eau sans cesse diminuant qu’il déplacerait. Il va sans dire que d’aussi grandes déformations ne se produiraient pas sans faire franchir aux tôles de la coque leur limite d’élasticité. Le sous-marin s’aplatirait définitivement, il serait écrasé.
Quels sont ses besoins ? Il faut qu’en plongée, il ne risque pas de heurter les bâtiments de surface sans les voir. Comme leur profondeur ne dépasse guère, pour les plus grands, 10 m en dessous de la surface de l’eau, il suffit que le sous-marin puisse naviguer avec une quinzaine de mètres d’eau au-dessus de ses parties les plus élevées. Pour plus de sûreté, on le construit pour une immersion de 30 m. À ce point, le bas de sa propre coque est à environ 45 m sous la surface.
Naturellement, les essais comportent des expériences un peu plus dures. On fait descendre les sous-marins jusqu’à 50 ou 60 m, on est même allé au delà. Ce n’est toujours là que la tranche tout à fait superficielle de la mer.
Pour emmagasiner la quantité d’eau nécessaire au lest d’immersion, deux systèmes ont été appliqués. Dans le premier, les caisses à eau, ce qu’on appelle le water-ballast, étaient comprises dans le flotteur sous-marin, principalement dans les fonds, mais aussi sur les côtés.
[...]
Où mettre les caisses à eau ? On n’a vraiment plus la place dans le flotteur d’immersion. On les met à l’extérieur. Le submersible Laubeuf est un bateau à double coque, deux bateaux l’un dans l’autre, un pour chaque espèce de navigation. Le ballast, c’est l’intervalle entre les deux coques. Veut-on plonger, on en remplit la partie utile, en même temps qu’on ferme toutes les ouvertures supérieures, jusque-là ouvertes à l’air. Naturellement, chacune des deux coques est close et étanche. On est parvenu à l’aire entrer ainsi des masses liquides considérables dans les ballasts en peu de minutes. Ce n’est pas cet obstacle qui a été le plus difficile à vaincre pour la plongée rapide : nous en verrons un autre bientôt, qui tient au moteur de surface.
Pour avancer, un autre type de machine a besoin de caisses à eau.
Caisses à eau et locomotive à vapeur
La locomotive à vapeur, locomotive-tender, transportait elle-même les réserves d'eau et de combustible nécessaires à sa marche :
Une locomotive-tender est une locomotive à vapeur dont les réserves d'eau et de combustible ne sont pas emportées sur un tender tracté, mais sur la locomotive elle-même.
Sur ce type de locomotive, les réservoirs d'eau (appelés aussi caisses à eau) sont disposés de chaque côté de la chaudière à l'emplacement des tabliers. Le charbon est stocké dans une soute accolée à l'abri, généralement à l'arrière, mais sur les locomotives pour voie étroite de petites dimensions, la soute à charbon est logée dans la partie arrière de la caisse à eau, côté chauffeur.
Certaines locomotives-tenders de manœuvres britanniques et américaines appelées saddle tank, présentent la particularité d'avoir une unique caisse à eau qui enjambe le corps de la chaudière, ce qui augmente sensiblement le volume d'eau transportable et donc l'autonomie du véhicule.
Source : Locomotive-tender, Wikipédia
Voir aussi :
- Soixante ans de traction à vapeur sur les réseaux français : 1907-1967 / Lucien Maurice Vilain Gallica
- Les locomotives à l'Exposition universelle de 1878 / Anatole Mallet, 1879 catalogue du Cnum, Conservatoire numérique des Arts et Métiers
Le travail des mines nécessitait également des caisses à eau pour puiser ou pomper les eaux d'infiltration.
Caisses à eau et mines
Les eaux des mines sont épuisées dans la plupart des cas, au moyen des machines d'extraction. Pour ce mode d'épuisement, on substitue aux cages d'extraction des caisses à eau, disposées comme il a été indiqué dans la première partie du matériel des houillères . D'autres fois, pour éviter la substitution des caisses à eau aux cages , on fait entrer dans les cages elles-mêmes, des caisses à eau montées sur roulettes.
On peut enlever par des caisses, 2 ou 3 mètres cubes d'eau à chaque voyage.
Mais dans ce mode d'épuisement, il se perd un temps notable à chaque manœuvre. Il faut, en effet, amener la caisse à eau sur les taquets du clichage pour que le vidage commence, et ce vidage , par une soupape de section réduite, exige une station assez longue.
On a cherché à réduire la perte de temps par diverses dispositions , et celle qui a été récemment appliquée aux houillères de Blanzy nous paraît devoir être particulièrement recommandée. Planche XX.
Cette disposition a pour effet d'utiliser pour le vidage des caisses à eau tout le temps disponible dès que la caisse sort de l'orifice du puits, sans qu'il soit besoin d'attendre qu'elle soit reposée sur les taquets du clichage.
Pour atteindre ce but, la caisse à eau, arrivée à la hauteur convenable et avant d'être arrêtée, rencontre un châssis mobile qui l'accompagne jusqu'à la limite de son ascension; ce châssis porte le heurtoir qui a fait lever la soupape .
Le vidage a commencé dès le premier choc du heurtoir; il s'achève sans qu'il soit besoin de poserla caisse à eau sur les taquets du clichage, de sorte que cette caisse est renvoyée au fond au moment où le vidage est complet, sans le double mouvement nécessaire pour la manœuvre des taquets .
L'économie de temps est ainsi bien évidente ; en voici les résultats pratiques pour un épuisement effectué au puits de Lucy, près Montceau-les-Mines.
Le puits a 200 mètres de profondeur ; l'épuisement par caisses avec l'ancien système, permettait de faire 30 manœuvres par heure, c'est-à-dire de vider 30 caisses de 25 hectolitres, soit 750 hectolitres par heure. Cette quantité étant insuffisante, les caisses furent disposées ainsi qu'il est indiqué Planche XX. Les châssis mobiles, guidés par des tringles, déterminent la levée de la soupape de fond au moyen d'un levier, et le vidage commence ainsi qu'il a été dit plus haut, dès que la caisse est à la hauteur convenable.
Les récepteurs de l'eau sont disposés de manière à recevoir le jet latéral, sans qu'il y ait déperdition, et la caisse se vide pendant son mouvement d'ascension et de descente, au-dessus des taquets, sans avoir besoin d'être amenée à une position fixe.
Grâce à cette disposition, le nombre des ascensions a été porté facilement à 50 par heure, c'est-à-dire à 1,250 hectolitres. Lorsqu'on est pressé, on peut même aller à 60 voyages, soit 1,500 hectolitres par heure. 1,200 hectolitres par heure représentent un épuisement déjà considérable, et, dans beaucoup de cas, les dispositions prises par la Compagnie de Blanzy, et représentées Planche XX, peuvent retarder ou même éviter l'installation coûteuse d'une colonne d'épuisement.
En ce qui concerne les machines d'exhaure que l'on monte aujourd'hui, nous n'avons à signaler aucune condition nouvelle dans leur construction. Ces machines sont en général très-fortes ; d'abord, parce que le perfectionnement des épuisements par bennes ou caisses à eau dispense d'en monter de faibles, en second lieu, parce que les mines vont toujours s'approfondissant en étendant de plus en plus leurs travaux.
Ajoutons également que l'on aborde des entreprises d'avaleresses à très-grand diamètre, et dans des conditions de plus en plus difficiles sous le rapport de l'abondance et de la pression des niveaux à traverser.
Source : Supplément au Matériel des houillères en France et en Belgique : roulage souterrain, extraction, aérage, épuisement des eaux, transports et manutentions au jour, lavage des charbons menus et fabrication des agglomérés : avec un second atlas de 40 planches / par Amédée Burat,... Paris, Baudry : Noblet, 1865. disponible au catalogue Brise-es, Ressources des bibliothèques de l'enseignement supérieur de Saint Étienne
En ligne, version numérisée par Google livres.
Caisses à eau et pisciculture
Un document technique daté de septembre 1958 donne la description d'une innovation pour la pisciculture de truites et saumons. Il s'agit d'un incubateur vertical destiné à traiter les œufs et alevins qui aura pour effet d'augmenter le rendement économique. Des pièces de cet incubateur sont des caisses à eau :
B. — Incubateurs (fig. I, II et V).
Les incubateurs au nombre de 24, sont constitués par des seaux en plastique du commerce de 12 litres de capacité. Ces seaux sont équipés d'une cheminée de descente de l'eau, en plastique, en deux parties (Lucoflex de 19/25 millimètres), et d'un plateau circulaire formant faux fond à trois centimètres au-dessus du fond (Lucoflex ou Afcodur à perforations de 2 millimètres). Les deux parties de la cheminée de descente (n° 11 et 46) sont raccordées à force, au besoin à chaud, sur un morceau de tube de même matière de 17/20 millimètres (n" 45), et pincent entre elles le plateau circulaire perforé formant faux fond (n° 12).
L'eau d'alimentation arrive par les cheminées de descente (11 et 11'), passe en remontant au travers des plateaux circulaires (12 et 12') sur lesquels reposent les œufs, puis déborde librement. Chaque seau, bien rempli, peut contenir 80 à 90.000 œufs de truite de bonne taille moyenne, soit une capacité totale de 2 millions d'œufs environ pour l'ensemble des 24 seaux.
C. — Alimentation normale.
L'eau, exempte de tout dépôt appréciable, et filtrée au besoin, arrive par la canalisation (1) dans la caisse de mise en charge à haute pression (2).
Le débit en excès s'écoule par le trop plein (3) dans la caisse de mise en charge à basse pression (32) puis par le trop plein (33).
Le débit utilisé parvient à la caisse de distribution (7) par deux tubes de plastique souple de 14/18. En (6) et (6') le plastique est remplacé par deux tubes de caoutchouc de 14/18 sur lesquels sont placées deux pinces de MoHR (F) et (F') permettant le réglage de l'ensemble des 24 débits d'alimentation.
De la caisse de distribution (7) partent 12 tubes d'alimentation pour la rangée des 12 seaux supérieurs (8, 9, 10, 11) et 12 tubes d'alimentation pour la rangée des 12 seaux inférieurs (8', 9', 10', 13 et 11 ').
Comme toutes les caisses à eau sous pression (7, 30, 23, 27, 20) la caisse (7) est en bois de teck. Les tubes de distribution qui en partent, en plastique souple de 7/10, y sont enfoncés à force après avoir été eux-mêmes chemisés à force par un tube en plastique rigide de 6/8 (fig. IV). L'extrémité aval de ces tubes est pourvue d'un gicleur en plastique à ouverture de 5 millimètres (44 fig. Y).
Chaque étage de seaux (38) et (38 ^ étant légèrement incliné, d'une part sur son axe longitudinal, d'autre part vers la droite du dessin, l'eau usée est évacuée par les goulottes (35) et (35').
Source : Dispositif vertical d'incubation en masse par Richard Vibert, Ingénieur Principal des Eaux et Forêts, Directeur de la Station d'Hydrobiologie appliquée de Biarritz, 1958
A lire aussi si vous souhaitez pousser plus loin vos investigations sur les caisses à eau :
- Objets du passé : au temps des caisses à eau, Les Nouvelles Calédoniennes, 13 mars 2024
- Note sur les cuisines et appareils distillatoires et les caisses à eau à bord des navires à vapeur [Texte imprimé] : suivie des lois et décrets concernant les dits bâtiments / par A. Ortolan,..., 1858
- La corvette à vapeur l’Archimède au bout du monde, allegro ma non troppo. Géraldine Barron chercheur associé au CRHAEL/HLLI, Université du Littoral Côte d’Opale et à ICT, Université Paris Diderot, 2016
- Les chaudières à vapeur aux Etats-Unis, Compte-rendu de mission du Or-lng. F. Munzinger. résumé dans la revue Gluckauf (n° 39 du 26-9 1925).
Bonne journée
En mai, fais de l’upcyclé