Pourquoi tout le monde rigole sur la photo de l'arrestation de Sada Abe le 20 mai 1936 ?
Question d'origine :
Bonsoir
J'aurais voulu savoir pourquoi sur la photo de l'arrestation de Sada Abe le 20 mai 1936 tout le monde rigole ?
Réponse du Guichet
« Je l'aimais tellement que je le voulais pour moi seule »
Le crime passionnel de Abe Sada est relaté dans de nombreux documents mais aucune explication n'est apportée quant à ce cliché plutôt étrange de ces sourires énigmatiques.
Bonjour,
L'énigme du sourire de la Joconde vient de trouver son pendant japonais. Les documents que nous avons consultés n'ont pas pu fournir d'explication probante à cette "rigolade" pour le moins incongrue lors de l'arrestation de Abe Sada.
Abe Sada est une ex-geisha japonaise ayant sombré dans la prostitution qui, après avoir étranglé l'amant dont elle est tombée amoureuse, l'émascule, le 18 mai 1936. Elle est arrêtée par la police deux jours plus tard dans un hôtel. Cette arrestation est racontée dans la notice Wikipedia qui lui est consacrée :
Le 19 mai 1936, Abe sort faire les boutiques et va au cinéma. Sous un pseudonyme, elle séjourne dans une auberge de Shinagawa le 20 mai, où elle se fait masser et boit trois bouteilles de bière. Elle passe la journée à écrire des lettres d'adieu à Ōmiya et Ishida. Elle prévoit de se suicider une semaine après le meurtre et pratique la nécrophilie [...] Ça n'a pas fonctionné, même si j'ai continué d'essayer et d'essayer. Ensuite, j'ai décidé de m'enfuir à Osaka, en gardant le pénis d'Ishida tout le temps. À la fin, je sauterai d'une falaise du mont Ikoma tout en tenant son pénis ».
À 16 heures, des inspecteurs de police, méfiants quant au pseudonyme sous lequel Abe s'est enregistrée, débarquent dans sa chambre. « Ne soyez pas si formel », leur dit-elle, « Vous cherchez Sada Abe, n'est-ce pas ? Eh bien, c'est moi. Je suis Sada Abe ». Mais alors que les policiers doutent toujours, elle leur montre les organes génitaux d'Ishida comme preuve.
Abe est arrêtée et interrogée pendant huit séances. Lorsqu'on lui demande pourquoi elle a sectionné les organes génitaux d'Ishida, elle répond : « Parce que je ne pouvais pas prendre sa tête ou son corps avec moi. Je voulais prendre la partie de lui qui me rappelait les souvenirs les plus vifs ». L'officier qui l'interroge est frappé par sa réaction lorsqu'on lui demande pourquoi elle avait tué Ishida : « Elle est devenue immédiatement excitée et ses yeux ont brillé d'une manière étrange ». Sa réponse est : « Je l'aimais tellement, je le voulais pour moi toute seule. Mais comme nous n'étions pas mari et femme, tant qu'il vivrait, il pourrait être embrassé par d'autres femmes. Je savais que si je le tuais, aucune autre femme ne pourrait plus jamais le toucher, alors je l'ai tué ».
Lire aussi :
Japon : qui est Sada Abe, la geisha qui a inspiré L’Empire des sens ? / Laure Dubesset-Chatelain - Géo - 30 juillet 2018
Geisha, Harlot, Strangler, Star A Woman, Sex, and Morality in Modern Japan / William Johnston · 2005
The Disturbing Case of the Killer Geisha Sada Abe | On This Day in Japan She strangled Kichizo Ishida to death before cutting off his penis and testicles / Matthew Hernon - Tokyo Weekender - May 18, 2024
Deux vidéos parlent de cette photographie et s'interrogent sur cette bonhommie affichée par les protagonistes sans apporter d'explication précise et sourcée :
Vers 56 minutes de ce documentaire : Japan's Most Infamous Killer Geisha: Abe Sada
et vers 18:55 minutes de celui-ci : The BRUTAL & TRAGIC Tale of Abe Sada: The KILLER GEISHA
Un article de Rue 89 indique :
En 1936, Sada Abe est restée enfermée dans une chambre avec son amant pendant six jours, à faire l'amour. Et rien d'autre.
« Au terme de ce marathon, Sada Abe ne pouvait rien faire d'autre que de tuer son amant. [...] Elle ne voulait pas de demi-mesure. Elle ne voulait que le koi, dans toute son intensité. »
Elle l'étrangle le 18 mai 1936, est arrêtée, prise en photo. Et sur les clichés, elle sourit.
« Elle sourit comme une femme qui triomphe. Elle sourit comme peu de femmes sourient, radieuse éclatante. »
Agnès Giard raconte :
« Sur la photo, ce que personne ne savait au moment où elle a été prise, Abe Sada portait le pénis de son amant sur elle, glissé dans l'obi de son kimono. »
[...]
La photo de Sada Abe en 1936 (DR)
Plus tard, la journaliste conclut le récit qu'elle fait de ce fait divers en comparant Sada Abe à des héroïnes de contes de fée traditionnels :
« Ces femmes-là préféreraient trancher dans le vif que de se contenter d'un compromis. »
Sada Abe, une folle ? Au Japon, son acte a été admiré et l'est encore. Elle a eu et aurait encore des fans. Pour ce geste d'éternité. Cet amour à jamais figé.
source : De la passion et du sexe au Japon : « On ne dit pas l’amour, on le fait » / Renée Greusard - Rue 89 - 17 mars 2013
D'après des informations biographiques sur internet, Sada finit par être découverte dans sa chambre par les enquêteurs, le 20 mai 1936. Un policier découvrit les organes tranchés, toujours emballés dans du papier-journal, dans le sac à main de Sada. Mais il existe une autre version, aux allures d'histoire pour faire peur, que certains Japonais racontent avec une sorte de délice: ils affirment que lorsque Sada fut prise en photo après son arrestation, elle portait les trophées sanglants cachés dans la ceinture de son kimono... «C'est à ce moment-là qu'elle a été prise en photo et sur l'image on distingue nettement qu'il y a quelque chose de glissé dans son obi», rajoutent-ils. Voici cette photo autour de laquelle tourne la légende :
La photo présente ceci d'étonnant qu'on ne dirait pas, à la voir, qu'il s'agit d'une arrestation. Sada, radieuse, comme auréolée par son sourire, est entourée par des policiers qui rient. Tout le monde a l'air heureux. Surtout elle, flamme vivante à laquelle les hommes semblent se réchauffer...
source : L'histoire de Sada Abe, la tueuse de «L'Empire des sens» / Agnès Giard - Libération - 17/01/2013
Le détachement dont elle fait preuve lors de son arrestation interroge. Les trois bouteilles de bières et le massage l'auront peut-être assez détendue pour blaguer avec les officiers de police...
En tous cas, son histoire a inspiré de nombreuses œuvres artistiques dont la plus fameuse est le film L'Empire des sens de Nagisa Ōshima sorti en 1976.
Bonne journée.
Notre histoire mérite une fin heureuse