Quelle est cette statue en métal située boulevard du parc d'Artillerie (Lyon 7ème) ?
Question d'origine :
Bonjour,
Il y a une sculpture de métal sur un parking/rond-point boulevard du parc d'Artillerie dans le 7e. Elle semble être une œuvre d'art et j'aimerais en savoir plus sur elle. Pouvez-vous m'éclairer sur l'artiste, l’oeuvre et comment elle a atterri là ?
Merci !
Réponse du Guichet
Cette sculpture est une œuvre de René Roche (1932-1992) nommée "Signal spatial" puis "Liberté". Initialement installée place Jean-Macé, elle a finalement été déplacée dans le quartier de Gerland face à l'hostilité des riverains.
Bonjour,
"Signal spatial" est une sculpture de René Roche, achetée par la Ville de Lyon pour le prix de 70 000 F et mise en place le 17 septembre 1980, à l'angle nord-est de la place Jean-Macé, au droit de la rue Elie Rochette. Dès avril 1981 les habitants élèvent des protestations contre la présence de cette sculpture. Malgré les efforts de son auteur et de ses nombreux soutiens, elle sera finalement déboulonnée et installée boulevard de l'Artillerie, dans le quartier de Gerland, en 1985.
L'histoire de cette œuvre de René Roche, "Signal spatial", est plutôt atypique. Elle nous est relatée dans L'art contemporain dans les espaces publics : territoire du Grand Lyon, 1978-2008 de Marianne Homiridis et Perrine Lacroix (cartes, Alain Bublex) aux pages 125 et 126. Quelques extraits :
Lors des travaux de la ligne B du métro, la Semaly décide de financer l'acquisition d'une sculpture pour réaménager la partie nord-est de la place Jean-Macé. Une commission, composée de représentants de la Ville de Lyon, dont André Mure, adjoint à la Culture, d'architectes et de techniciens de la Semaly et de René Deroudille et Jean-jacques Lerrand, critiques d'art, retient le projet de René Roche. "L'artiste conçoit un projet global.
Signal Spatial donne des indices de directions facilement matérialisables : chacun de ses axes suit l'orientation des rues qui prennent naissance place Jean-Macé. La sculpture, accompagnée au sol d'une mosaïque, a été proposée en fonction du lieu et conçue comme un point de ralliement, un symbole. C'est à l'issue d'une observation des habitants du quartier, dans leurs mouvements, leur façon d'occuper l'espace, qu'elle fut élaborée. René Roche a voulu en faire une création qui vive au rythme des promeneurs et qui soit une invitation à s'asseoir sur les bancs situés autour. Construite à la dimension du passant, elle doit lui servir de point de repère."
La sculpture est mise en place le 17 septembre 1980. Dès avril 1981, les habitants élèvent des protestations contre sa présence. Une pétition est adressée le 11 mai 1981 au maire de Lyon. La presse qui s'est emparée de la polémique reste favorable à l'artiste. Et les membres de l'ACAL multiplient leurs soutiens.
André Mure organise le 6 mai un débat avec la population du quartier, l'artiste et les membres de la commission. Le débat est houleux et le face à face tourne court. Cet échec n'arrête pas la volonté de l'artiste. [...] Malgré la qualité de ses efforts, la polémique se renforce. En janvier 1982, le conseil d'arrondissement du 7e et Francisque Collomb décident du transfert de la sculpture dans le quartier de Gerland. La réplique de René Roche est forte, il rappelle que cette sculpture a été conçue pour un environnement spécifique et accuse l'aspect politique de cette décision. Pendant plusieurs mois, l'artiste et ses partisans (UAP, MAPRA...) militent contre le déplacement de l’œuvre. Le 19 mai 1983, le conseil du 7e avec son nouveau maire André Fulchiron émet un avis favorable à son transfert à Gerland, par 20 voix pour et 4 voix contre, à la suite de quoi le maire de Lyon donne son accord pour le démontage. Pendant le déboulonnage par les services techniques, René Roche s'installe avec Jacques Boyko au sommet de Signal Spatial montant la garde pendant cinq jours et cinq nuits et arborant le message "liberté de création". Le démontage paraissant de plus en plus difficile à effectuer, la mairie fait appel aux services de police pour l'enlèvement de la sculpture dans la nuit du 20 au 21 décembre 1983. Les partisans de l'artiste, anonymes, artistes, élus de gauche du 7e arrondissement et de Villeurbanne, personnalités du monde de l'art sont écartés par les fonctionnaires de police tandis que René Roche et Jacques Boyko menacent de sauter dans le vide. Épuisés et sous la menace des forces de l'ordre, ils cèdent et descendent à l'aide de la nacelle des pompiers. [...]
Le juge des référés est saisi de l'affaire. Au terme de l'ordonnance rendue le 17 janvier 1984, il est déclaré incompétent en l'absence de "voie de fait". En effet, si le droit moral de l’œuvre appartient bien au sculpteur, le droit de propriété revient à la Ville de Lyon qui peut l'exercer en déplaçant la sculpture à condition de ne pas porter atteinte au respect de l’œuvre (droit d'auteur). [...]
"C'est une triste histoire d'hommes que celle de la place Jean-Macé" déclare René Roche "En tant qu'artiste je ne peux pas demander à tous de penser comme je pense. C'est toutefois le principe de l'Art dans toute sa liberté qui éclate aujourd'hui. L'art peut avoir des fonctions politiques. La politique, elle, n'aura jamais de fonctions artistiques. Or, le propre de l'Art est de ne jamais faire l'unanimité mais d'exister pour les hommes qui se doivent d'avoir ou de donner les moyens de connaître de comprendre ou de sentir".
Nous vous recommandons également la lecture de l'ouvrage intitulé René Roche : l'oeuvre graphique peint et sculpté de Sylvie Duperray-Bardeau aux pages 145 à 154 pour aller plus loin.
Bonne journée.
Lug, pionnier lyonnais des super-héros