Comment et en combien de temps pouvait-on aller des Pyrénées centrales au Chili en 1903 ?
Question d'origine :
Bonjour. Dans le cadre de recherches généalogiques, je trouve un ancêtre né en 1885 dans les Pyrénées qui est parti au Chili où il est enregistré par un consulat en 1903. Comment pouvait-on aller des Pyrénées centrales au Chilio à l'époque ? Et en combien de temps ? Merci.
Réponse du Guichet
En 1903, le voyage des Pyrénées centrales au Chili se faisait principalement par train jusqu'à un port français comme Bordeaux (1 demi journée de voyage en moyenne), puis par paquebot à vapeur vers l'Amérique du Sud, avec des escales atlantiques. L'itinéraire typique passait par des compagnies comme les Messageries Maritimes, avec des départs depuis Bordeaux vers Buenos Aires (3 semaines de voyage en moyenne), suivi d'un trajet mixte train/terrestre ou maritime de plusieurs jours jusqu'au Chili (environ 5 jours pour le trajet mixte à 10-15 jours pour la voie maritime).
Cet itinéraire mixte nécessitait vraisemblablement un mois de voyage en moyenne.
Bonjour,
En 1903, le voyage des Pyrénées centrales au Chili se faisait principalement par train jusqu'à un port français comme Bordeaux, puis par paquebot à vapeur vers l'Amérique du Sud, avec des escales atlantiques. L'itinéraire typique passait par des compagnies comme les Messageries Maritimes, avec des départs depuis Bordeaux vers Buenos Aires, suivi d'un trajet mixte train/terrestre ou maritime de plusieurs jours jusqu'au Chili.
Les paquebots transatlantiques, en tant que navires à propulsion mécanique par machine à vapeur destinés au transport de passagers et de marchandises sur de longues distances, ont émergé au début du XIXe siècle, avec des navires américains comme le Savannah (1819, traversée partielle de l'Atlantique) et le navire anglais le Great Western (1838), premier vapeur conçu pour des liaisons régulières transatlantiques. En France, les Messageries Maritimes exploitèrent ces technologies dès les années 1850 pour des lignes vers l'Amérique du Sud et l'Asie, rendant les voyages comme ceux vers le Chili plus fiables en 1903 :
C'est à Marseille, le grand port de la Méditerranée que tout a commencé en 1851. Un petit armateur Marseille, Albert Rostand, proposa à Ernest Simons, directeur d'une compagnie de messageries terrestres, les Messageries Nationales, de s'associer pour créer une compagnie maritime de Messageries, qui prit le nom de Messageries Nationales, puis Messageries Impériales, pour devenir en 1871 la Compagnie des Messageries Maritimes. [...]
En 1860, la compagnie des Messageries Maritimes, qui avait abandonné son projet de ligne vers les États-unis, décide de mettre en place une ligne postale régulière vers l'Amérique du Sud. Partant de Bordeaux, les navires iront dans un premier temps jusqu'à Rio de Janeiro, en passant par Lisbonne et le Sénégal. [...] Cette ligne fonctionnera sans interruption jusqu'en 1912, avec une extension des voyages directs jusqu'à Buenos Aires.
Source : L'encyclopédie des Messageries Maritimes
L'itinéraire principal passait donc par différentes étapes :
1/ Des Pyrénées à Bordeaux : Train via Toulouse avec une demi-journée en moyenne de temps de voyage.
En 1903, les trains reliant les Pyrénées centrales (comme Pau ou Tarbes) à Bordeaux exploitaient la ligne de la Compagnie des chemins de fer du Midi et du Canal du Midi (Midi), via Toulouse, sur le réseau déjà établi depuis les années 1850-1860. L'annuaire Chaix (premier indicateur horaire des chemins de fer), conservé à la BnF et numérisé partiellement donne des indications sur le temps de voyage, sensiblement autour de 10h en moyenne. L'année 1878 numérisé, du Guide-indicateur illustré des chemins de fer d'Orléans et du Midi (contenant les services officiels, les correspondances et la description des principales localités du réseau) montre à la page 6, les prix par classe ainsi que les différentes correspondances associées aux horaires pour le voyage de Toulouse à Bordeaux, de 5h du matin à 16h27 du soir (soit 11h30 environ).
2/ De Bordeaux à Buenos Aires, vraisemblablement par les Paquebots des Messageries Maritimes destinés à la ligne de l'Atlantique Sud à l'époque : 3 semaines en moyenne de temps de voyage.
Il y a le Paquebot le Chili :
Lancé le 14 Octobre 1894 à La Ciotat, comme son sistership la CORDILLÈRE. D'abord affecté aux lignes d'Amérique du Sud au départ de Bordeaux. [...] Échoué dans le port de Bordeaux en avril 1903, renfloué en juillet, grâce au navire suédois de sauvetage HERAKLES, tous ses aménagements intérieurs sont refaits. Il est alors le plus rapide des paquebots affectés à cette ligne de Buenos-Aires.
Vous trouverez d'ailleurs, en consultant la source sus-citée, une image du Paquebot Le Chili arrivant à Buenos Aires en 1904 et un lien vers un récit de voyage de Bordeaux à Buenos Aires en 1909, publié en 1933 par un certain Edmond Garnier. Voici un extrait de son récit :
Le voyage de Bordeaux à Buenos-Aires durait trois semaines. Les départs étaient au nombre de deux par mois, de sorte qu’en comptant les arrêts aux deux têtes de ligne, il y avait toujours quatre courriers en service et un au repos.
Destinés à la ligne de l'Atlantique Sud à la même époque, il y a aussi le paquebot la Cordillère (lancé à la Ciotat le 12 octobre 1895, construit sur le même modèle que le Chili), et Le Magellan (transféré en 1903 sur la ligne Bordeaux-Buenos-Aires, premier départ le 6 mars 1903 et restant sur cette ligne jusqu'en 1912).
Le site de presse en ligne de la BnF, Retronews, donne accès à des articles de journaux datant de 1903 et évoquant ces 4 paquebots des Messageries Maritimes à destination de l'Amérique du Sud, notamment l'échouement en Garonne du Chili, le 24 avril 1903. Nous vous proposons une sélection, à compléter par vos soins :
- L'Écho de Châtelaillon et la Lune de Fouras réunis, 3 mai 1903, p. 2/8 : sur le naufrage du paquebot Chili la nuit du 24 avril 1903.
- Le Réveil, 25 avr. 1903, p. 1/4 : Le naufrage est décrit, ainsi que les dégâts et l'interrogation sur le relais assuré par le paquebot le Magellan pour effectuer ce voyage supprimé.


- La Croix de Saintonge et d'Aunis, 27 déc. 1903, p. 3/4 : on y apprend que le paquebot La Cordillière "venant de Bordeaux, Lisbonne, etc. [...] a suivi pour Buenos Aires".
À noter que L’établissement public de coopération culturelle Frenchlines situé au Havre a réalisé une opération de numérisation des revues des compagnies maritimes (1920-1974) conservées dans sa bibliothèque : le résultat de cette campagne (29 828 vues) est aujourd’hui accessible en ligne sur le site internet des Archives nationales du monde du travail (ANMT).
3/ De Buenos Aires (Argentine, océan Atlantique) à Valparaiso (Chili, océan Pacifique) probablement via un itinéraire mixte, combinant train et passage terrestre par diligences, mules, étapes à pied/cheval : 10 jours en moyenne de temps de voyage.
En 1903, le trajet de Buenos Aires à Valparaíso au Chili n'était pas encore possible par un chemin de fer continu transandin, cette liaison ferroviaire complète n'ayant été inaugurée qu'en 1910. Les voyageurs utilisaient probablement un itinéraire mixte combinant :
- train jusqu'à Mendoza (1 journée environ, cette durée étant une estimation déduite des données techniques de la ligne, 1 000 km à 40-50 km/h rapportées par Wikipédia) ;
- puis un passage terrestre par les Andes via diligences, mules ou étapes à pied/cheval à travers le col Uspallata (3 à 7 jours selon météo et convois si l'on s'en tient aux routes historiques), avant de reprendre le train côté chilien vers Valparaíso (4 à 6 heures) : ces estimations peuvent être déduites du document : "The Transandine Railway: a Hundred Year Long Financial Hole", issu des actes du IV Coloquio Internacional sobre el Patrimonio Industrial de Iberoamérica (Semmering 2004), analysant l'histoire économique et technique du Ferrocarril Trasandino argento-chilien (1887-1910), y compris les étapes partielles de 1903.
La notice Wikipédia consacrée au Chemin de fer Mendoza à Valparaiso explique en effet qu'à partir de 1891, date où la voie du côté argentin fait parvenir jusqu'à Uspallata, l'entreprise avance avec une extrême lenteur car il reste à franchir des cols élevés :
La voie ferrée transandine entre Valparaíso (Chili, côte Pacifique) et Mendoza (Argentine) fait partie de la ligne Valparaíso – Buenos Aires (Argentine, côte Atlantique) dont le projet remonte à 1874. La ligne Valparaíso – Buenos Aires a été livrée pour une mise en exploitation le 5 avril 1910 et inaugurée officiellement le 25 mai 1910. [...]
En 1891, la voie du côté argentin parvient jusqu'à Uspallata, au pied de la cordillère des Andes, via Mendoza. Il reste alors à franchir le passage le plus difficile : le col de la Cumbre à 3 750 m d'altitude, entre l'Aconcagua au nord – plus haut sommet de la cordillère des Andes – et le Juncal (es) au sud, à la frontière des deux pays. [...] À partir de 1894 les hésitations du gouvernement chilien et l'abondance des neiges rendent l'avancée très lente et coûteuse...
Des lignes chiliennes locales maritimes reliaient également Buenos Aires et Valparaiso, mais le temps de trajet était probablement plus long, de 10 à 15 jours vraisemblablement, si l'on se base sur les données de la page Wikipédia Chemin de fer Mendoza à Valparaiso, qui fait contraster les 36 heures du train transandin complet (post-1910) avec les 11 jours et 5 630 km du trajet par mer entre les deux mêmes points, passant par le cap Horn.
Pour résumer, votre ancêtre a vraissemblablement voyagé en moyenne 1 mois pour rejoindre le Chili depuis les Pyrénées centrales en 1903, via un itinéraire probablement mixte, entre trains, voies maritimes et voies terrestres.
Bien à vous
La sorcière au bûcher