A qui profitent les revenus générés par le prix de l'électricité en France ?
Question d'origine :
Je lis le texte suivant:
"La France possède un trésor : son parc nucléaire. Avec une disponibilité retrouvée de 56 GW en ce début 2026 et un coût de production complet autour de 60 €/MWh, nous devrions jouir de l'électricité la moins chère d'Europe. Dans un monde rationnel, cet avantage compétitif servirait à réindustrialiser le pays. Mais dans l'Europe du bloc central, c'est interdit. Au nom de la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée », nous restons arrimés à un marché européen dysfonctionnel où le prix est marginalement dicté par le gaz et le charbon.
Le nouveau mécanisme de régulation « post-ARENH », entré en vigueur ce 1er janvier, est une usine à gaz technocratique conçue pour échouer. Les seuils de déclenchement de la taxation de la rente nucléaire ont été fixés à des niveaux si élevés (78-80 €/MWh) que le mécanisme de redistribution ne se déclenche pas actuellement. Résultat : alors que les coûts de production d'EDF sont bas, le consommateur français continue de payer un prix de marché « contaminé » par les coûts énergétiques de nos voisins.
Pire, nous exportons massivement notre électricité décarbonée (92 TWh en 2025) pour soutenir le réseau allemand, fragilisé par sa sortie idéologique du nucléaire et l'intermittence de ses éoliennes. L'Allemagne bénéficie de la stabilité de notre réseau sans en payer le prix réel, tout en nous refusant le droit de financer notre futur nucléaire avec des mécanismes d'État protecteurs. La France subventionne la transition énergétique ratée de son voisin tout en s'interdisant de jouir de son propre avantage comparatif. C'est une aberration économique qui confine au suicide industriel."
Ma question est:
Puisque le consommateur français surpaye son kWh par rapport au coût de production par EdF, où va l'argent ainsi collecté, qui en profite, est-ce la France ou l'Europe ?
Réponse du Guichet
Le versement pour le nucléaire universel (VNU), entré en vigueur au 1er janvier 2026, doit servir à redistribuer aux consommateurs les éventuels surprofits d'EDF sur la rente nucléaire. Les seuils élevés de la VNU semblent toutefois favoriser les capacités d'investissement d'EDF dans le système énergétique au détriment d'une redistribution au consommateur.
Bonjour,
Depuis 2011, le dispositif de l'ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) obligeait EDF à vendre jusqu’à 100 TWh par an à 42 euros/MWh – soit environ un tiers de sa production d’électricité nucléaire – aux fournisseurs alternatifs concurrents, afin de permettre à tous les Français de bénéficier de la rente d’un parc atomique déjà largement amorti. L'accès régulé à l'électricité nucléaire a pris fin au 31 décembre 2025.
Avec l'ouverture de l'intégralité de la production d'électricité nucléaire au marché, les prix vont subir de fortes fluctuations, étant susceptibles de baisser drastiquement en cas de surproduction comme d'exploser en cas de crise. Deux dispositifs ont toutefois été prévus :
Avec la fin de l’ARENH débute une nouvelle ère où les consommateurs vont être exposés aux aléas des prix du marché de l’électricité. Après de nombreux débats, deux mesures principales ont été prises pour limiter cette exposition, à savoir :
- la mise en place d’un dispositif de prélèvement/reversement d’une partie des rentes de la production nucléaire qui seront dégagées lors d’épisodes de prix élevés (dispositif baptisé Versement Nucléaire Universel ou VNU) ;
- en plus, pour les ménages, le maintien du tarif règlementé de vente, le TRVe, (qui, selon la législation européenne, aurait dû être supprimé), avec un mode de calcul de la partie énergie par lissage des prix du marché sur les deux dernières années.
source : Fin de l’ARENH : des consommateurs exposés à la volatilité des prix de marché ? / Dominique Finon, Économiste de l’énergie et du climat Directeur de recherches émérite, CIRED (Ponts-ParisTech & CNRS) - Connaissance des énergies
Le VNU prévoit de taxer une partie des profits qu'EDF réalisera en vendant son électricité lorsque son prix dépasse un certain seuil. Ces bénéfices seront ensuite redistribués aux consommateurs. Lorsque l'électricité nucléaire sera vendue au-delà de 78 euros le MWh, 50 % des revenus de l'énergéticien seront prélevés. Au-delà de 110 euros le MWh, l'impôt passera à 90 % des revenus d'EDF.
Si les seuils de déclenchement du VNU sont élevés c'est semble-t-il pour permettre à EDF d'investir dans son parc nucléaire :
Les seuils qui sont fixés tous les trois ans par décret pourront varier entre 5 et 25 €/MWh au-dessus de 60,3 €/MWh pour le seuil de taxation, et entre 35 et 55 €/MWh pour le seuil d’écrêtement. Cette méthode introduit une bonne dose d’arbitraire, critiquée notamment par François Lévêque qui se demande au nom de quoi le gouvernement arbitrera une année en faveur des consommateurs et une autre année en faveur d’EDF pour qu’elle puisse constituer suffisamment de ressources financières pour investir dans le nucléaire.
L’arbitraire de la méthode ne peut guère faciliter la compréhension de l’objectif redistributif du dispositif. L’arrêté de décembre qui vient de fixer le seuil de taxation à 78 €/MWh et celui d’écrêtement à 110 €/MWh, est ainsi plutôt en faveur des intérêts d’EDF pour qu’elle conserve la part la plus grande part possible de sa rente qui est prévue par les règles du dispositif.
source : Fin de l’ARENH : des consommateurs exposés à la volatilité des prix de marché ? / Dominique Finon, Économiste de l’énergie et du climat Directeur de recherches émérite, CIRED (Ponts-ParisTech & CNRS) - Connaissance des énergies
Lire aussi pour aller plus loin, quelques articles :
- Prix de l'électricité : Les conséquences du coût de production de l’électricité nucléaire / Fabrice Pouliquen - Que choisir - 02 octobre 2025
- Fin de la régulation de l’électricité : quels prix pour les ménages ? / François Lévêque, Professeur d’économie, Mines Paris - PSL.
- Surprofits d’EDF et VNU : complexité inutile, équité discutable / François Lévêque, Professeur d’économie, Mines Paris - PSL.
et ces rapports :
- Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du règlement, par la commission des affaires économiques sur le prix de l’électricité, la compétitivité des entreprises et l’action de l’État (M. Philippe Bolo et M. Maxime Laisney), n° 1902 / Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du règlement, par la commission des affaires économiques sur le prix de l’électricité, la compétitivité des entreprises et l’action de l’État, n° 1902, déposé le vendredi 10 octobre 2025.
- Le modèle économique d’Électricité de France (EDF) / Rapport finances et comptes publics de la Cour des comptes - 24.09.2025
- Bilan électrique 2024 : rapport complet / Réseau de transport d'électricité
- Bilan prévisionnel Édition 2025 Période 2025-2035 / Réseau de transport d'électricité
Bonne journée.
En mai, fais de l’upcyclé