Combien de communions annuelles pratiquaient nos ancêtres ?
Question d'origine :
Cher guichet,
Je voudrais avoir des précisions sur le nombre de communions annuelles pratiquées par nos ancêtres au XVIIe et XVIIIe siècles chez le catholique moyen d'abord puis ensuite aux XIXe - première moitié du XXe siècle, suivant le milieu rural ou urbain, le milieu etc.
Merci pour le travail fait par votre équipe.
Réponse du Guichet
Les statistiques concernant la communion n'existent pas vraiment contrairement peut être, à ceux sur le baptême. Aussi il est difficile de pouvoir vous apporter une réponse.
Bonjour,
Si nous comprenons bien votre question, vous souhaitez connaitre le nombre de personnes ayant effectué leur communion (rite qui intervient après le baptême entre 7 et 12 ans), et ce entre le XVIIe et le XXe siècle.
Il n'existe pas à proprement parler de suivi statistique de ce sacrement au niveau national, sur les siècles concernés. Quelques chiffres peuvent apparaitre dans les études sur les pratiques religieuses catholiques à une époque donnée. Néanmoins, ces chiffres correspondent aux statistiques d'un village ou d'une région précise. Ils ne donnent pas un aperçu global et national du rite de la communion à travers les siècles.
Voici néanmoins quelques éléments qui pourront vous aider à vous faire une idée de l'évolution des pratiques catholiques en France durant les siècles mentionnés.
Commençons par citer ici une précédente réponse que nous avons apportée concernant le nombre actuel de baptêmes et de communions solennelles en France métropolitaine et son évolution depuis les années 60.
Jusqu’au XIIe siècle, on célébrait en même temps le baptême et la communion. Il s’agissait d'une communion par le vin. A partir de 1215, le 4e concile du Latran reporte la première communion à « l’âge de discrétion » soit entre 12 et 14 ans. Il n' y avait pas de cérémonie particulière. Depuis le XVIIe siècle, elle devient plus solennelle. Elle a été instituée afin de combattre le jansénisme (mouvement religieux s’opposant à l’Église catholique et à l’absolutisme royal). Elle est célébrée à 12 ans.
Au XVIIIe siècle, la communion se généralise en France. Filles et garçons portaient le cierge et renonçaient à Satan. Les progrès de la scolarisation des enfants étaient liés aux efforts de catéchisation.
Les communions se déroulent généralement en mai et juin : une fête collective printanière. Les enfants lors de la première communion reçoivent le corps du Christ sous forme d'hostie consacrée par le prêtre lors d'une messe appelée Eucharistie (sacrement dit de l’Eucharistie).
Nous vous conseillons la lecture de l'ouvrage La Première Communion : quatre siècles d'histoire / sous la dir. de J. Delumeau. Et particulièrement les chapitres suivant:
- Le premier rituel de la première Communion XVI-XVIIe siècle
- Fonctionnement et enjeux d'une institution chrétienne au XVIIIe siècle
- Education et première Communion au XVIIIe siècle
De même, le livre Le sacrement oublié : histoire de la confirmation, XVIe-XXe siècle propose quelques cas précis d'étude statistique dans des villages, qui peuvent vous éclairer quant aux chiffres. Mais globalement, on peut dire que des tendances se dégagent et sont mentionnées dans les ouvrages et articles cités ici, mais il n'y a pas de chiffres rapportés pour chaque siècle.
Au XIXe siècle, la vie dans les campagnes françaises est imprégnée de catholicisme. Celui-ci structure l’existence et le quotidien de la plupart des ruraux. La piété dans les campagnes se caractérise par la vitalité de la religion populaire, qui se nourrit à la fois de l’enseignement dispensé par le clergé et des pratiques culturelles héritées, que leurs opposants jugent parfois superstitieuses. Au cours de la période, cette piété devient plus festive et plus sentimentale, alors que triomphe l’ultramontanisme, un courant dans lequel elle se conjugue avec un soutien affirmé au pape. La communion fréquente, l’intérêt renouvelé pour les saints et pour le Christ, le succès du culte du Sacré-Cœur et l’essor des pèlerinages illustrent ces transformations spirituelles. Elles témoignent d’une certaine vitalité du catholicisme, néanmoins menacé localement par des manifestations d’anticléricalisme ou de désaffection religieuse, surtout à la fin du XIXe siècle.
L'article L’histoire sociale des sacrements au XIXe siècle : un premier bilan du croisement de la démographie historique, de l’histoire sociale et de l’histoire religieuse de Vincent Gourdon précise d'emblée le manque de recensement systématique pour le comptage des communions :
" En dehors des actes de baptême, le recours aux registres paroissiaux reste beaucoup plus sporadique. La confirmation, qui n'était pas administrée à l'ensemble de la population et qui ne correspondait pas à un moment clairement identifié et fixe du parcours de vie, n'a longtemps suscité aucune recherche, ni en histoire sociale, ni en démographie historique, ni même en histoire religieuse.
En France, le développement d'études comparables pâtit de la rareté des listes de confirmés jusqu'aux années 1860-1870, mais aussi et surtout de la disparition des parrains de confirmation pendant l'essentiel du siècle, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'une décision romaine, en 1879, n'exige des évêques leur rétablissement . Notons que les prénoms de confirmation ou les âges, fluctuants selon les lieux et les époques, auxquels les enfants étaient confirmés, offrent d'autres perspectives d'analyse dont les historiens de la famille commencent tout juste à se saisir .
Quant aux registres de mariage catholique du XIXe siècle, l'intérêt que leur porte le monde académique dépend étroitement de la législation matrimoniale en vigueur. Là où la loi conserve l'enregistrement religieux de l'état civil, les actes catholiques constituent par définition une source fondamentale pour les historiens démographes, les historiens de la famille et les spécialistes d'histoire sociale. En revanche, lorsqu'apparaît un état civil laïcisé (sous la Révolution en France ou en Belgique ; en 1889 en Espagne), le regard se détourne vers lui ."
Dans l'ouvrage Les anges dans nos campagnes, peinture religieuse au XIXe siècle dans le Lot sous la direction de Louis Peyrusse on peut lire dans le chapitre Le catholicisme au XIXe siècle : une religion qui rythme...
" Le baptême est le premier sacrement donné au chrétien ; il marque l’entrée du nouveau-né dans l’Église. On aurait pu croire que les idées antireligieuses de la Révolution auraient affecté cette pratique, il n’en est rien. Au XIXe siècle, la proportion des non-baptisés reste faible. Si la première communion devient systématique à partir de la deuxième moitié du siècle grâce à un enseignement religieux plus efficace, il faut noter cependant que les enfants fréquentent moins l’église après cette cérémonie."
Pour Guillaume Cuchet, le déclin du catholicisme français, s’il a commencé dès le XIXe siècle, s’est accéléré brutalement pendant les années 1960, paradoxalement entraîné par la modernisation du clergé qui souhaitait pourtant s’adapter à la modernité. Il explique ce phénomène dans son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Cet article du magazine La Vie décrypte d'ailleurs son propos.
Notons que les derniers chiffres donnés par l’Église catholique illustrent toujours cette baisse inexorable. Nombre de confirmations en 1990: 91 281/ 1995: 85 649/ 2000: 62 003/ 2005: 49 516/ 2010: 46 475/ 2015: 43 627/ 2019: 41 205.
Vous retrouverez d'ailleurs sur le site de l'Eglise catholique, les chiffres les plus récents.

Pour aller plus loin :
La première communion contemporaine: un rite de passage de l’enfance ? / Laurence Hérault
L'histoire sociale des sacrements au XIXe siècle : un premier bilan du croisement de la démographie historique, de l'histoire sociale et de l'histoire religieuse in Revue d'histoire du XIXe siècle 2024(69).
La Première Communion : quatre siècles d'histoire / sous la dir. de J. Delumeau
Le sacrement oublié : histoire de la confirmation, XVIe-XXe siècle / sous la direction de Michaël Gasperoni et Vincent Gourdon
Bonnes lectures !
Laissez le feu brûler