Je cherche de la documentation sur le projet de construction d'un palais de justice à Lyon
Question d'origine :
Bonjour,
Je cherche de la documentation sur le projet de construction d'un palais de justice à Lyon sur une "île" artificielle au milieu de la saône, proposé par l'architecte Baltard avant la rénovation du palais de justice historique.
Ce projet qui n'a jamais vu le jour est mentionné dans les rues de lyon numéro 116 "La cité des projets abandonnés"
Merci !
Réponse du Guichet
Pierre-Louis Baltard, architecte, propose en 1830 d’établir le nouveau Palais de Justice sur l’emplacement des roches de la Saône, à hauteur du Pont du Change (disparu aujourd’hui) sur une île artificielle desservie par deux ponts. Son projet suscite de vives critiques et sera finalement rejeté.
Depuis le Moyen Âge, c’est au Palais de Roanne, situé en bordure de Saône, à proximité de la cathédrale Saint Jean que se rend la justice à Lyon. Or à la fin du XVIIIe siècle, le bâtiment ne répond plus aux besoins des institutions judiciaires :
Avec la disparition des juridictions d’Ancien Régime et la réorganisation des institutions judiciaires, une fois de plus les magistrats et hommes de lois doivent affronter le difficile problème de loger les différentes instances dans des bâtiments qui n’ont pas été conçus pour elles. En outre, pendant la période révolutionnaire, les commissions de justice populaire et les tribunaux révolutionnaires avaient siégé dans les locaux qui s’offraient à eux. A l’extrême fin du XVIIIe siècle, il fallut songer à réunir les différentes instances au palais de Roanne ou à proximité : la tâche fut délicate ; en voulant éviter l’éparpillement, on fit le constat de l’incapacité des lieux à rassembler l’ensemble et à concrétiser l’image d’un palais de justice unique.
Par ailleurs, le palais est dans un état de délabrement avancé :
Les inspections successives des bâtiments montrèrent leur vétusté et l’état alarmant du bâti. […]. Pendant plusieurs années, la justice fut vagabonde et la vie judiciaire rythmée par des déménagements successifs, parfois provoqués par des effondrements de plancher, comme ce fut le cas au cours de l’an VIII dans l’hôtel de Fléchères.
Source : La justice à Lyon, d'un palais à l'autre, XVIIe-XXie siècle. Pré-inventaire des monuments et richesses artistiques du Rhône, 1995.
Il est donc décidé en 1804 de construire un nouvel édifice sur le même emplacement et pour ce faire, on fait appel à l’architecte Louis-Cécile Flacheron. Il propose plusieurs plans successifs dans les années qui suivent mais aucun n’aboutit. Sa dernière proposition étant plus ambitieuse que les précédentes, les membres du Conseil Général pensent qu’il serait sage d’ouvrir un concours public.
Louis-Pierre Baltard, architecte parisien, inspecteur des Bâtiments Civils est envoyé à Lyon en 1823 par le ministère de l’Intérieur pour donner son avis et faire une proposition. C’est ce qu’il fait, mais son projet d’un édifice surélevé avec une façade à colonnades est abandonné faute d’argent.
Un concours est finalement organisé en 1827. Deux architectes parisiens (L.-P. Baltard et F. Debret ) et cinq architectes lyonnais (A.-M. Chenavard, V. Farge, F. Falconnet, R. Dardel et E. Holetard) sont choisis pour concourir. C’est le projet de L.P. Baltard qui est retenu.
Or, alors que l’architecte doit produire des plans et des devis pour le futur palais, la question de l’exigüité du site est remise sur la table.
Louis-Pierre Baltard propose alors deux autres implantations qui selon lui correspondraient davantage à l’idée qu’il se fait d’un palais de justice, l’un sur « les roches de la Saône » et l’autre place Louis XVIII (actuelle place Carnot).
Il pense sincèrement qu’une suite favorable sera donnée au projet des « roches de la Saône » estimant cette solution moins onéreuse ne posant pas le délicat problème des expropriations. Ce dernier argument retient l’attention de la commission réunie autour du préfet (membres des tribunaux et du Conseil municipal) qui ordonne des relevés, des sondages et des études du lit de la Saône entre le pont du Change et la « ligne capitale du pont à projeter sur le prolongement de la rue Grenette jusqu’au quai Villeroy ». Le rapport de l’ingénieur Favier est assez favorable au projet. […]
Baltard propose plusieurs versions qui présentent dans leur ensemble les mêmes caractéristiques ; une place importante est accordée à la construction de deux ouvrages d’art qui impliquent la reconstruction complète du pont du Change et le lancement d’un nouveau pont dans le prolongement de la rue Grenette. […]
Dans ces projets Baltard attire l’attention sur la régularité des façades qui se révèle impossible sur le site du palais de Roanne et « l’embellissement pour les deux rives ». En outre, il propose d’installer dans les galeries du rez-de-chaussée, des boutiques, « qui offriraient au public et au commerce un lieu de réunion et de vente d’objets précieux… ». En somme, Baltard veut créer au sein même de la ville un nouveau centre pour la justice et le commerce de luxe à une époque où le renouvellement et l’expansion économiques sont à l’ordre du jour de la politique urbaine.Baltard insiste longuement sur cette île artificielle incomparable à ses yeux et en tout point opposée à l’ancien. »
Source : La justice à Lyon, d'un palais à l'autre, XVIIe-XXie siècle. Pré-inventaire des monuments et richesses artistiques du Rhône, 1995. (p.133)
Ces roches font référence à un affleurement rocheux sur la Saône à hauteur du pont du Change. Le plan de Lyon de 1714 inspiré par celui Simon Maupin le rend bien visible :
Description au naturel de la Ville de Lyon et paisages alentours d'icelle. Plan orienté à l'ouest de Lyon, inspiré du plan scénographique vers 1550, qui correspond à à une mise à jour par Froment du plan de Simon Maupin publié en 1625.Gravure à l'eau-forte par V. Guigou, imprimée par Froment. Archives municipales de Lyon. Wikimedia.org
Pierre-Louis Baltard rédige un mémoire pour défendre son idée :
Projet du Palais-de-Justice de la ville de Lyon, et Mémoire sur le choix de son emplacement, accompagné de onze planches gravées. Baltard, 1830
Ce document est accessible sur Numelyo, malheureusement la numérisation est ancienne et les plans ne sont pas lisibles.
Toutefois, il est possible de venir consulter les plans de ce projet et les estampes réalisées par Baltard en vous rendant dans la salle des collections anciennes et spécialisées de la bibliothèque de la Part-Dieu : Plan d'ensemble du projet de pont et d'édifices publics à ériger sur les roches du pont du Change. Baltard.Brunet et Cie; juin 1843
Nous vous proposons également en pièce jointe une reproduction partielle des plans issue de l’ouvrage La justice à Lyon : d’un palais à l’autre, XVIIe-XXe siècle.(p.132) cité plus haut.
Son projet est cependant très mal accueilli et abondamment critiqué.
Il propose alors un autre projet de construction sur la place Louis XVIII (actuelle place Carnot) dont vous trouverez les détails dans un mémoire rédigé par les « propriétaires de la partie méridionale de cette ville » en 1830 : De la reconstruction du Palais de Justice à Lyon, sur la place Louis XVIII . Mémoire adressé au gouvernement, au département du Rhône, à la ville de Lyon et à ses habitans, par les propriétaires de la partie méridionale de cette ville. imp. de G. Rossary, 1830. Disponible sur Gallica.
Puis dans un deuxième mémoire rédigé par lui-même en 1831: Palais de Justice de Lyon. Sa reconstruction sur la place Louis XVIII : 2ème mémoire.
Mais l’idée de dessaisir le quartier Saint Jean de son Palais de Justice ne plaisait pas, en effet, ce projet rencontra de nombreux détracteurs qui soit craignaient de voir le quartier Saint Jean dépérir avec le départ de l’activité judiciaire, soit trouvaient le quartier près de Perrache indigne de recevoir un édifice aussi prestigieux.
En 1832, Pierre-Louis Baltard communique les plans définitifs du palais aux fameuses 24 colonnes sur l'emplacement qu'on lui connaît aujourd'hui, bâtiment achevé en 1847, un an après la mort de Baltard.
Pour aller plus loin sur le sujet, voici les sources que nous vous proposons :
- Louis-Pierre et Victor Baltard de Pierre Pinon
- La justice à Lyon : d'un palais à l'autre, XVIIe-XXe siècle sous la direction de Dominique Bertin.
- Le Palais de justice des 24 colonnes , photos de Robert Putinier ; texte de Olivier Viout
Pièces jointes
Lug, pionnier lyonnais des super-héros