Est-ce que l'île de Salahat mentionnée dans Sindbad le marin existe ?
Question d'origine :
Je travaille sur Sindbad le marin et je voudrais savoir si l'île de Salahat qui est mentionnée dans le troisième voyage existe vraiment et si oui où elle se situe.
"Nous courûmes la mer quelque temps ; nous touchâmes à plusieurs îles, et nous abordâmes enfin à celle de Salahat"
Je vous remercie par avance.
Bien à vous,
Isabelle de L.
Réponse du Guichet
L'île de Salabat, Salahat ou Selâhath où se rend Sindbad le marin lors de son troisième voyage semble avoir existé. Elle se situe en Malaisie mais nous n'avons pas pu la localiser précisément.
Bonjour,
Dans la version du troisième voyage des aventures merveilleuses de Sindbad le marin / adaptation par Mlle Latappy, 1910, publiée sur Gallica, bibliothèque numérique de la BnF, il est question de l'île de Salabat et non de Salahat ou Selâhath comme indiqué dans Sinbad le marin, Le troisième voyage, Wikipédia :
Nous continuâmes notre voyage en mer pendant quelque temps ; nous touchâmes à plusieurs îles, et nous débarquâmes enfin dans celle de Salabat d’où l'on tire le bois de sandal, si employé en médecine. p.35
Qu'est-ce donc que le bois de sandal ? Un article, Clavé, J. “Les essences forestières des colonies anglaises a l’exposition de londres.” revue des deux mondes (1829-1971), vol. 42, no. 3, 1862, pp. 647–76. JSTOR, indique pages numériques 25-26, que le bois de santal se nommait également bois de sandal :
Un autre bois également employé dans l'ébénisterie est le bois de sandal ou santal ( santalum album), qui est en même temps un des plus odorants que l'on connaisse.
La BmL possède dans ses collections l'ouvrage à destination d'un public scolaire, Sindbad le marin : Les Mille et Une Nuits / traduction par Antoine Galland ; présentation, notes et dossier Marie-Louise Astre,... ; édition mise à jour par Laure Humeau-Sermage,... Celui-ci est en partie numérisé sur Google livres. On y lit l'indication que "Salahat d'où l'on tire le santal, se situe près de la côte de Java." Voici donc un premier élément de réponse mais continuons notre recherche pour confirmer cela.
C'est entre 1704 et 1707 que parut l'ouvrage Les Mille et Unes nuits en plusieurs volumes, traduit par Antoine Galland auquel il ajouta plusieurs contes rapportés par Hanna Dyâb (1691-1766) :
Il y ajoute en revanche plusieurs contes, comme ceux de Sinbad le marin, d’Ali Baba et les quarante voleurs ou d’Aladin ou la lampe merveilleuse, que lui a racontés son assesseur syrien Hanna Dyâb.
Source : Quand l’Occident découvrait les « Mille et une nuits », Retronews
Nous avons donc cherché où était localisée l'île de Salabat, Salahat ou Selâhath au XVIIIe siècle même s'il est probable que ce conte soit plus ancien.
L'ouvrage Relations de voyages et textes géographiques arabes, persans et turks relatifs à l'Extrême-Orient du VIIIe au XVIIIe siècle. Tome I-II / traduits, revus et annotés par Gabriel Ferrand, numérisé par Google livres, mentionne Salahat dans la partie Les iles de la mer de Chine mais pour désigner une ville, pas une île :
L'île de Djâba. Elle renferme la ville de Salâhat ; elle a un roi qui vit dans une grande opulence, vêtu de robes dorées, coiffé d'une toque d'or rehaussée de pierreries. Cette île produit la noix indienne, la banane, le sucre, le sandal, la lavande, le girofle — Vis-à-vis d'elle est une montagne au sommet de laquelle brûle un feu qui s'élève jusqu'à cent coudées et est large d'autant. Il est visible la nuit comme flamme et le jour comme fumée.
Mais pages 335, 338 et 342, il est bien question d'une île de la mer de l'Inde (p.342).
Dans une autre version numérisée de cet ouvrage, nous pouvons lire l'île de Salahat produit beaucoup de bois de sandal..., p.186.
Le Nouveau dictionnaire universel, usuel et complet de géographie moderne, 5. N.p., H. Langlois, 1839, indique que Salahat est un volcan de l'île de Salahat dans l'archipel asiatique, voisine de Sumatra.
Goukowsky Paul, dans Les juments du roi Erythras. In: Revue des Études Grecques, tome 87, fascicule 414-418, Janvier-décembre 1974. pp. 111-137, note que
S. Lévy avait attiré l'attention sur une île de la mer du Sud, la montagne Rsabha, où pousse le santal, bois réservé aux rois — montrant qu'il s'agissait probablement de Salahat (109), dépendance insulaire de Java, célèbre par son bois odorant exporté vers Geylan, l'Inde occidentale et l'Iran.
(109) S. Lévy (1918), p. 34-5 et 106-111. Le santal de Salahat est également signalé par Ibn Khordâdbeh (Ferrand, p. 28 ; cf. Tibbets (1957), p. 16) et par Edrïsï (Ferrand, p. 186). Sur l'importation de santal en Perse à l'époque de Cosmas, cf. D. Whitehouse-A. Williamson (1973), p. 43-44.
Ces trois dernières propositions se recoupent et situent l'île de Salahat en Malaisie, soit dans ce secteur :
Sur une ancienne carte de la mer des Indes conservée à la BNF et numérisée par Gallica, nous pouvons voir qu'une multitude d'îles plus ou moins grandes cernent celles de Sumatra, Java et Borneo :

Sans doute s'agit-il de l'une d'elle. Malgré des recherches plus poussées nous ne trouvons pas de localisation plus précise mais il est aussi possible que cette île ait changé de nom.
Enfin vous lirez sans doute avec intérêt Ben Naoum, Ahmed. « Sindbad le Marin : le voyage, les limites de soi et du monde ». Bouleversants voyages, édité par Paul Carmignani, Presses universitaires de Perpignan, 2000, notamment cet extrait :
... toute l’histoire de Sindbad et toutes les aventures qu’il connaît, ont lieu dans les îles de l’Océan Indien et, accessoirement, en Mer de Chine28. Outre les escales pour se reposer, s’occuper d’intendance personnelle et faire de l’eau en îles désertes, tous les exutoires de naufrages, toutes les souffrances, et les extraordinaires dangers, ont des îles pour cadre. La toponymie marine est, comme on le sait, celle de lieux marins qui conjoignent la terre : golfes ; baies, anses, estuaires, plages et caps, etc. Autrement, elle concerne les îles et les archipels. La préférence affirmée pour les îles de l’Océan Indien, par rapport aux ports continentaux n’entraîne pas une territorialisation systématique par l’acte de langage qu’est la dénomination. SM ne donne que quelques noms d’îles dont la plus connue est Serandib29. D’autres noms sont cités, qui varient selon les traductions : les îles de Cassel, Roha, et Salahat ; l’Ile des Cloches qui, dans le texte de Galland, est « à dix journées de bateau de Serandib et à six de Kela [en actuelle Malaisie], » Les îles sont nommées pour autant qu’elles soient remarquables par les richesses qui s’y trouvent et qui, surtout, sont utiles à un marchand de Baghdad. SM donne à son auditoire une leçon d’ethnographie sur les spéculations et sur les techniques précises de collecte du camphre. Il décrit, en marchand averti, toutes les denrées rares en Arabie et dans le reste du monde à l’est de Baghdad. Dans l’île de Salahata30, les bois de santal et d’aloès sont abondants et de première qualité. Kela est connue pour ses mines de plomb, ses bambous et son camphre31. Ces informations sont complétées par une liste de produits rares, que les marchands importaient à Baghdad, à Damas ou au Caire pour les réexpédier vers le Maghreb, l’Andalousie et l’Europe32.
Bonne journée.
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