Pourquoi y a-t-il des astérisques à la place des noms de lieux dans les romans victoriens ?
Question d'origine :
Y a-t-il une raison pour laquelle, dans les romans de l'époque victorienne (vu plusieurs fois mais je viens par exemple de le voir dans Jane Eyre), les noms de lieux trop précis sont remplacés par des astérisques ? Est-ce que c'est une tendance pour ne pas trop ancrer l'histoire dans le réel, ou est-ce qu'il y a une question de censure derrière ?
Merci !
Réponse du Guichet
Dissimuler un nom propre derrière un tiret ou un astérisque s'avérait être un procédé littéraire fréquent au 19e siècle. Nous avons essayé de démêler le vrai du faux.
Bonjour,
Si les forums de littérature se font l’écho, à de nombreuses reprises, de votre interrogation, il est, en revanche, peu aisé d’identifier une réponse qui émanerait d’une source fiable.
Cette source à priori fiable, nous l’avons trouvée en la personne du romancier américain John Barth.
En substance, ce dernier nous explique qu’il était très fréquent au 19e siècle lorsque quelqu’un portait une attaque contre une personne de masquer le nom de celle-ci par un tiret et d’en conserver juste l’initiale. Ainsi l’offenseur se prémunissait d’éventuelles poursuites judiciaires pour diffamation. Au passage, on peut noter que ce dernier faisait aussi coup double. Car, en laissant l’initiale, il permettait également au public de deviner l’identité masquée.
A cette même époque, le roman est un genre naissant. Et les premiers romans font souvent le pari de brouiller la frontière entre réalité et fiction. C’est ainsi que Robinson Crusoë de Defoe se présentait comme l’œuvre de Crusoë lui-même et donc comme un authentique récit de voyage.
C’est donc tout naturellement que le roman a repris ce code qui consistait à dissimuler les noms de personne et de lieux. Cela permettait de créer l'illusion que l’auteur le faisait par tact ou pour éviter des poursuites judiciaires.Il ne s'agissait donc pas d'une censure.
En conclusion, Charlotte Brontë recourait à cette dissimulation des noms propres pour contribuer au réalisme supposé de ses romans auprès d’un public habitué à cette convention.
Il est à noter que cette technique littéraire se retrouve également dans les oeuvres romanesques de Dostoievski, Tchekhov ou encore Victor Hugo.
Bonnes lectures.
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