Je souhaite comprendre ce que contiennent ces actes de mariage du 17e et 18e siècles
Question d'origine :
Bonjour
Je fais un tarvail sur les 17 et 18 e sdans ma commune rurale et j'ai trouvé dans des actes de mariage des draps en "meytadis" et des aunes de toile de "trali" ? je en sais pas ce que c'est .
De plus dans les actes de mariages les parents donnent dse sommes mais les répartissent sur plusiuers années à venir. Est-ce dse avances sur héritage?
J'aimerais savoir ce que recouvre exactement le terme ed "laboureur" sont ils tous propriétairse ou dse métayers ayant un attelage peut être laboureur?
MERCI
Claire V.
Réponse du Guichet
Le "tralis" est une toile croisée et épaisse qui était utilisée pour fabriquer serviettes, nappes, sacs et vêtements paysans. Bien qu'absent des dictionnaires consultés, il se pourrait que le mot "meytadis" soit une graphie locale pour "métis", un tissu ancien composé de lin et de chanvre encore aujourd'hui prisé dans la literie. Dans les contrats de mariage sous l'Ancien régime, une stratégie voulait parfois que ces dots soient en effet échelonnées sur plusieurs années, autant pour des raisons économiques que pour s'assurer que l'union aboutisse bien sur une descendance. Nous en trouvons des exemples dans les Pyrénées ou dans le Puy-de-Dôme. Enfin, un "laboureur" était le plus souvent un notable rural, propriétaire d'une parcelle et d'un attelage bien que leur situation puisse varier d'une période ou d'un territoire à l'autre.
Bonjour,
Le "tralis" serait un type de toile un peu grossière qui servait à fabriquer des objets du quotidien. Dans le Dictionnaire provençal-français ou Dictionnaire de la langue d'oc, ancienne et moderne de S J. Honnorat (1847), nous en trouvons la définition suivante : "Tralis : Toile croisée dont on fait des serviettes, des essuie-mains, des nappes etc."
Trelis, treilis, tralis, tarlis, sont une "espèce de grosse toile ; toile croisée dont on fait des serviettes" dans Lou Trésor dóu Felibrige ou dictionnaire provençal-français de Frédéric Mistral (1881)
L'ouvrage Les étoffes : dictionnaire historique de Elisabeth Hardouin-Fugier, Bernard Berthod, Martine Chavent-Fusar (Les Éditions de l'Amateur, 1994) offre la définition la plus complète :
"Treillis (Trélic, Trélis, Tréliz, Tréllis, Trilly) : Le mot viendrait du latin "Trilix", à trois fils, dont la forme populaire est "tricilius". Au XIVème siècle on trouve "treilliz" puis "tresliz", qui signifie "mailles enlacées". Le tissu est originaire de Saint Gall en Suisse, où l'on fabrique le treillis dit d'Allemagne, sorte de toile teinte en noir, gommée, calandrée, satinée ou lustrée, fine et fort appréciée en particulier pour les coiffes de chapeau, les vestes et les doublures. Elle sert aussi de dessus de pourpoint dans le petit deuil, de justaucorps pour la chasse, et en Amérique du nord on l'utilise pour les guêtres et les culottes des valets, des paysans et des manœuvres. Jusqu'au XXème siècle, le mot désigne une grosse toile de chanvre pour sacs et vêtements grossiers pour paysans et manœuvres. On fabrique des treillis en Normandie, dans le Perche et dans le Maine ainsi qu'en Forez et dans le Bourbonnais. Les pièces ont une cinquantaine de long. Au XXème siècle c'est une tenue militaire."
Une "aune" est une "ancienne unitée de longueur appliquée surtout au mesurage des étoffes" (CNRTL - aune).
"Meytadis, est absent de nos recherches en ligne, du CNRTL et même du Grand Corpus des dictionnaires [du 9e au 20e siècle] (Classiques Garnier numériques)." Cependant,"Meytadis" pourrait être une graphie locale du mot métis, c’est‑à‑dire une toile mêlant le lin et le chanvre (ou lin et coton un peu plus tard), un mélange très fréquent pour les draps et le linge aux 18ème et 19ème siècles. Ces draps sont aujourd'hui encore très recherchés pour leur qualité, leur confort et leur robustesse : Linge de maison ancien : pourquoi les draps de nos grands-mères sont invincibles.
Le paiement échelonné d'une dot sur plusieurs années était une pratique courante sous l'Ancien Régime. Dans les faits, les parents promettaient la dot ou la somme mais la versaient sur plusieurs années avec un échelonnement sur 2-3 ans ou plus. Ces versements offraient non seulement un avantage économique, mais aussi la possibilité de garder la main sur ses biens en cas d’absence de descendance. Nous trouvons un exemple de ces pratiques dans l'article de Rolande Bonnain, Le mariage dans les Pyrénées centrales, 1769-1836 (Publications de l'EHESS, 1986) :
Le montant de la dot était consigné dans le contrat mais elle n’était pas versée ce jour-là. Dans un cas sur cinq, et toujours dans les familles les plus aisées, le tiers ou la moitié était versé le lendemain des noces, le reste étant reporté à deux ou trois ans après la première échéance, et ensuite par pactes annuels.
Dans les autres cas, on promettait — après de laborieuses tractations — une somme d’argent et le premier acompte n’était versé que deux à trois ans après les noces, le reliquat étant toujours payé par pactes annuels d’un montant variant entre 30 et 100 livres. Ces précautions étaient prises autant par manque de numéraire que pour être sûr de n’avoir pas à reverser la dot si le couple restait sans enfants. Les deux parties trouvaient chacune intérêt à cet échelonnement. A notre avis, l’importance des conceptions prénuptiales s’explique par la crainte des maisons recevantes de rendre la dot en cas de non -postérité. On tolérait la fréquentation avant le mariage pour être sûr de la fécondité de la future. La crainte de reverser la dot explique aussi l’adoption des neveux et des nièces lorsqu’il n’y avait pas de descendance.
Une autre étude, conduite dans des archives de contrats de mariage des gendarmes au XIXème siècle dans le Puy de Dome révèle des pratiques similaires,
Les trente-huit contrats dépouillés révèlent l’effort matériel consenti pour respecter les exigences officielles et réussir à insérer le gendarme dans la parentèle. Malgré la pénurie de liquidités en milieu rural, les versements monétaires comptent pour 60 % de la valeur totale, avec une moyenne de 995 francs. Les paiements s’effectuent généralement durant trois ans. Cet échelonnement démontre la faiblesse financière des familles, contraintes à une surenchère administrative. Ponctuellement, les dons monétaires les plus importants suscitent des investissements, comme des prêts d’argent . Les biens mobiliers arrivent en deuxième position, avec une proportion ad valorem de 39 %. Il s’agit surtout des vêtements, linges et meubles composant le trousseau de l’épouse. Les biens immobiliers concernent cinq actes. Formant une part infime des capitaux attribués au jeune couple, les donations foncières ne confirment que partiellement l’image du gendarme-paysan. La pleine propriété demeure rare, car les concessions se font sous la forme d’un droit viager d’usufruit. La dot reste, pour l’épouse, « le prix de l’exclusion des terres».
Source : Cartayrade, C. (2003). Le marié était en bleu : les mariages de gendarmes dans le Puy-de-Dôme au xixe siècle. Sociétés & Représentations, 16(2), 269-279 ( sur Cairn).
Enfin, concernant le laboureur sous l'ancien régime, on peut lire sur Wikipedia, qui cite l'ouvrage de Jérôme Fehrenbach, Les fermiers, la classe sociale oubliée, Paris, Passés Composés/Humensis, 2023
Sous l’Ancien Régime en France, les laboureurs sont des paysans qui se sont enrichis et disposent d'un attelage de labour. Certains, les fermiers et les métayers, ont réussi à échapper partiellement au système de la féodalité, en effet ces catégories de paysans louent leurs terres et ne sont plus dans la dépendance du seigneur à la différence des paysans censiers. Ils sont considérés comme des notables des campagnes, très présents dans les assemblées villageoises et, parfois, interlocuteurs directs du seigneur du lieu.
Sur Genéanet, la généalogiste du Sygene Marie-Hélène Leray, explique que si le laboureur est le plus souvent un paysan qui possède sa propre parcelle, les conditions de vie de ces hommes pouvaient être à géométrie variable selon les lieux et les époques :
La frontière entre le statut de laboureur et celui de cultivateur est très mince et diffère selon l’époque et le lieu.
Avant la période révolutionnaire, le laboureur est le plus souvent un paysan qui possède sa parcelle et exploite plusieurs hectares. Il a un cheval ou des bœufs et une charrue qui lui permettent de retourner la terre et d’effectuer tous les travaux de labourage.
Dans certaines régions, il est coutumier qu’il offre ses services à ses voisins. Les plus riches sont possesseurs d’un cheptel, d’outils agricoles et emploient des domestiques et des journaliers agricoles.
Mais la situation du laboureur pauvre est assez proche de celle du journalier. Ils sont appelés parfois laboureur à bras, qui n’ont d’autres moyens de travail que ceux-ci.
Le cultivateur désigne celui qui cultive la terre, le plus souvent pour le compte d’un propriétaire. Le terme apparaît dans les actes, vers le milieu du XVIIIe siècle et petit à petit va supplanter celui de laboureur.
Source : Quelle est la différence entre un laboureur et un cultivateur ?, Geneanet.
Bonne journée.
DANS NOS COLLECTIONS :
Ça pourrait vous intéresser :
Pourquoi le co-acquéreur d’un immeuble n’est pas mentionné...
Homo criminalis :