En France, quelle est la proportion de naissances issues de PMA ?
Question d'origine :
Bonjour Cher Guichet,
Serait-il possible de savoir quelle est la proportion de naissances en France issues de PMA par rapport au nombre de naissances totales et quelles sont les raisons de cette situation ?
Réponse du Guichet
La PMA représente près de 4 % des naissances en France, soit un enfant sur 25 et augmente de manière continue depuis 1982 (à l'exception de la période du Covid), même si la France se situe dans la moyenne européenne et plutôt en dessous des pays les plus avancés en matière de PMA tels que l'Espagne.
Si, depuis 2021, la loi permet théoriquement une approche plus inclusive, des inégalités persistent. En cause, un système de soin insuffisamment réorganisé pour le don de gamètes en particulier, des inégalités sociales persistantes ainsi que des pratiques et des représentations médicales discriminantes, notamment pour les femmes seules et les couples homosexuels. Par ailleurs, le nombre de donneurs de spermatozoïdes reste insuffisant et les délais d'attente assez élevés. Ceci expliquant que la PMA à l’étranger, notamment en Espagne, persiste malgré le changement législatif.
Toutefois, l'augmentation de la PMA est continue et régulière en France de par l'ouverture législative de 2021, des avancées médicales, une augmentation de l’âge moyen des premières tentatives de grossesse et un plan de lutte contre l'infertilité qui devient un enjeu de santé publique.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir quelle est la proportion de naissances en France issues de PMA par rapport au nombre de naissances totales et quelles sont les raisons de cette situation.
Dans une interview réalisée en juillet 2025 avec Élise de La Rochebrochard et Virginie Rozée, chercheures à l’Ined, le site de l'Institut National des Études Démographiques, indiquait que la procréation médicalement assistée (PMA) représente près de 4 % des naissances en France, soit un enfant sur 25 et augmente de manière continue depuis 1982 (à l'exception de la période du Covid), même si les données de remboursement rendent compte de fortes inégalités sociales :
La proportion d’enfants conçus par PMA augmente de manière continue et régulière depuis la naissance en 1982 du premier bébé français issu d’une fécondation in vitro (FIV). L’année 2020 fait exception : durant la pandémie à Covid-19, les centres de PMA ont été fermés durant le premier confinement entre mi-mars et mi-mai 2020 entraînant une baisse de l’activité de PMA.
En France, l’accès à la PMA est facilité par sa prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie (dans la limite de six inséminations artificielles et de quatre FIV pour une grossesse). Les données de remboursement des traitements de l’infertilité montrent que, entre 2007 et 2018, ce sont les traitements après 34 ans qui ont le plus augmenté. Ces données suggèrent aussi de fortes inégalités sociales, avec à la fois un moindre accès à la FIV et des arrêts très précoces de traitement plus fréquents, même si le cadre législatif est très favorable. [...]
Source : Procréation médicalement assistée (PMA) : vers plus de justice reproductive ? (Ined)
À noter que la loi 2021 élargit l'accès à la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes lesbiennes, levant ainsi le critère d'infertilité médicale dans l'objectif de réduire le décalage entre les demandes sociales et le cadre législatif et limiter les recours à la PMA à l’étranger, considérés à risques juridiques et sanitaires :
Jusqu’en 2021 en France, les conditions légales d’accès étaient restrictives puisque la PMA était réservée aux couples hétérosexuels, vivants, en âge reproductif, et avec une infertilité médicalement constatée. Cette situation tranchait avec celle d’autres pays européens où la PMA était légale pour toutes les personnes quelle que soit leur situation conjugale, que l’infertilité soit médicale ou non.
Cet encadrement fait écho à la « norme procréative », qui définit socialement qui, avec qui, comment et quand avoir des enfants : être en couple hétérosexuel stable, ni trop jeune, ni trop âgé et avoir un enfant conçu par ce couple. Les personnes souhaitant un enfant mais ne réunissant pas ces critères normatifs, étaient exclues de la PMA . Certaines renonçaient à leur projet parental, d’autres mettaient en place des stratégies de contournement de la loi, parmi lesquelles les recours à une PMA à l’étranger.
En 2021, la loi de bioéthique a été révisée, ouvrant l’accès à la PMA aux femmes seules et aux couples de de femmes lesbiennes. Le critère d’infertilité médicale a ainsi été levé, tout comme le strict anonymat des donneurs et donneuses de gamètes. Cette révision de la loi avait pour objectif de réduire le décalage entre les demandes sociales et le cadre législatif, et ainsi de limiter les recours à la PMA à l’étranger, considérés à risques juridiques et sanitaires.
Source : Procréation médicalement assistée (PMA) : vers plus de justice reproductive ? (Ined)
Si la loi permet théoriquement une approche plus inclusive, des inégalités persistent. En cause, un système de soin insuffisamment réorganisé pour le don de gamètes en particulier, ainsi que des pratiques et des représentations médicales discriminantes. Ceci expliquant que la PMA à l’étranger persiste malgré le changement législatif :
Cette loi permet une approche plus inclusive des projets parentaux dans leur diversité. Mais les travaux scientifiques montrent que pour que cette inclusivité soit effective, les évolutions législatives devraient être accompagnées d’une réorganisation du système de soins, en particulier pour le don de gamètes, et d’une réflexion sur la déconstruction de la norme dominante de la « bonne maternité ». Dans notre recherche AMPsf, les entretiens menés avec des personnes ayant eu recours à la PMA mettent en évidence des délais d’attente inégaux pour bénéficier d’un don de gamètes et une prise en charge médicale, selon la situation conjugale, le poids, l’âge ou la race. Les femmes seules souhaitant avoir un enfant grâce à la PMA continuent de rencontrer des difficultés. [...]
Ces discriminations et exclusions expliquent, en partie, pourquoi la PMA à l’étranger persiste malgré le changement législatif, avec toutes les inégalités et difficultés que revêtent ces recours. Il est primordial que les recherches se poursuivent sur ce sujet, entre autres dans une démarche participative avec les associations mobilisées pour faire évoluer les pratiques et les représentations sur le terrain.
Source : Procréation médicalement assistée (PMA) : vers plus de justice reproductive ? (Ined)
Sur le sujet, vous pouvez lire également :
40 ans après la naissance du premier « bébé-éprouvette » français, plus de 400 000 enfants conçus par FIV / Elise de la Rochebrochard, 2022, The Conversation.
En 2023, 4% des enfants nés en France ont été conçus par PMA (publié le 2 décembre 2025, revue Genethique).
La France se situe ainsi dans la moyenne européenne, mais plutôt en dessous des pays les plus avancés en matière de PMA, tels que l'Espagne qui a développé une politique de la PMA tournée vers l’international. Comme en témoignent les données que l’on trouve dans le rapport le plus récent de la Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie (ESHRE) publiée dans la revue Human reproduction : ART in Europe, 2020.
L’Agence de la biomédecine indique que le nombre de donneurs de spermatozoïdes reste insuffisant :
Le nombre de candidats au don de spermatozoïdes reste quant à lui toujours trop insuffisant (676 en 2023 contre 714 en 2022) pour faire face à la demande massive de prise en charge. Au moins 1 400 donneurs par an seraient nécessaires pour y répondre.
L'article Bioéthique : l'ouverture de la PMA à toutes les femmes (Vie publique, sept. 2023) met en avant des délais d'attente élevés pour la France depuis 2021 :
Depuis l'entrée en vigueur de la loi de bioéthique de 2021, les demandes de procréation médicalement assistée ont fortement augmenté, selon le ministère de la santé. Le nombre de demandeurs est resté stable du côté des couples hétérosexuels. Mais, le nombre de demandes de première consultation pour les couples de femmes et les femmes célibataires est devenu 7,5 fois supérieur à celui des couples hétérosexuels avec 15 000 demandes recensées en 2022. Afin de répondre à l’afflux de ces nouvelles demandes dans les centres de PMA, les pouvoirs publics ont dégagé des crédits exceptionnels d’un montant de 7,3 millions d’euros en 2021 et de 5,5 millions d'euros en 2022.
Malgré la mise en place de ces moyens, les délais d'attente restent élevés pour entamer un parcours de PMA en France. Selon les chiffres du comité de suivi de la mise en œuvre de la loi de bioéthique, il faut 14 mois en moyenne entre la prise de rendez-vous et la première tentative pour une PMA avec don de spermatozoïdes, et 23 mois pour un don d'ovocytes. Le délai moyen de prise en charge pour une autoconservation des ovocytes est de 7 mois à l'échelle nationale et de 24 mois pour l’Île-de-France qui représente 25% des demandes.
Pour réduire ces délais, le gouvernement prévoit d'autoriser de nouveaux centres à conserver les ovocytes afin de libérer du temps pour les parcours de PMA dans les centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS). Les dons de gamètes ne peuvent être pratiqués que dans une trentaine de ces centres publics répartis sur le territoire. Certaines associations réclament l'ouverture des dons de gamètes aux centres privés, ce qui pose des questions concernant la transparence et la protection des données des patients.
Toutefois, comme l'indique l'INED, la hausse du taux de PMA en France est continue et régulière, malgré des tensions sur les dons de gamète, comme le souligne le Ministère de la santé dans Accès pour toutes à la procréation médicalement assistée : point d’étape sur cette avancée sociétale majeure à l’occasion des deux ans de la promulgation de la loi de bioéthique (Ministère de la santé, sante.gouv.fr) :
Deux ans après la promulgation de la loi, les demandes de procréation médicalement assistée (PMA) ont fortement augmenté, témoignant de la volonté des Françaises de s’emparer de ce nouveau droit.
Le recours à la PMA en France augmente chez les femmes de plus de 34 ans :
Les données de remboursement des traitements de l’infertilité montrent que, entre 2007 et 2018, ce sont les traitements après 34 ans qui ont le plus augmenté
Source : Procréation médicalement assistée (PMA) : vers plus de justice reproductive ? (Ined)
L'agence de la biomédecine note ainsi une augmentation entre 2023 et 2024 de l'âge de la première consultation pour la PMA. Les femmes âgées entre 35 ans et 37 ans étant majoritaires (Comité de suivi AMP 2025, de l'Agence de la biomédecine).
Les rapports d’activité AMP de l’Agence de la biomédecine donnent des éléments d'explication de la hausse du volume d'activité PMA en France :
En 2023, le volume d’activité d’AMP a augmenté en raison des nouveaux droits permis par la loi de bioéthique de 2021 : 164 670 tentatives d’AMP (+ 3,1% par rapport à 2022) ont été recensées, regroupant des inséminations intra-utérines (IIU), des fécondations in vitro (FIV) avec ou sans micro-injection (ICSI) et des décongélations d’embryons congelés[3] avec gamètes et embryons issus ou non d’un don de gamètes ou d’un accueil d’embryons (tableau AMP1, tableau AMP3) ; les activités de conservations de gamètes dans un cadre médical ou non médical ont augmenté de 25 % (18 209 personnes ont bénéficié d’une conservation en 2023, dont 79 % pour motif médical). [...]
Au total près de 28 440 enfants[4] sont nés d’une AMP réalisée au cours de l’année 2023 (27 700 en 2022, 28 340 en 2021), dont 12,4 % d’enfants issus d’un don (près de 3 460 enfants[5], tableau AMP1). Ces enfants représentent 4 % des enfants nés en France en 2023. On estime que près d’un enfant sur 24 est issu d’une AMP (1/27 en 2022). [...]
Globalement, les taux d’implantation embryonnaire augmentent progressivement au cours de ces dernières années quelle que soit la technique (tableaux AMP5). Cette évolution peut être liée à la hausse des transferts d’embryons obtenus après culture prolongée (cf. Culture embryonnaire prolongée).
Vous trouverez par ailleurs, sur le site de la Fondation pour la Recherche Médicale, un dossier consacré à l'infertilité. En voici un extrait :
L’infertilité concerne 1 couple sur 8 en France et 48 millions de couples dans le monde. Les causes, parfois inexpliquées, incluent des facteurs hormonaux, génétiques ou environnementaux affectant les hommes comme les femmes. La prise en charge de l’infertilité débute par un diagnostic précis qui précède la mise en place de traitements adaptés, allant de la modification des habitudes de vie à l’assistance médicale à la procréation (PMA), en passant par des traitements hormonaux ou de la chirurgie.
La recherche travaille aujourd’hui sur des thérapies innovantes, sur l’impact des perturbateurs endocriniens et sur l’amélioration des techniques de PMA.
Lire également à ce sujet :
- l'article d'Ameli de 2025 : Baisse de la fertilité et de la fécondité : pourquoi ?
- l'article du ministère de la santé de 2026 : Fertilité et santé périnatale : deux priorités de santé publique renforcées
Vous trouverez sur Archined, archive ouverte institutionnelle et base patrimoniale des publications et autres travaux scientifiques produits par les personnels de recherche de l’Ined, des documents susceptibles de vous intéresser :
- Lenouvel, M., & Malmanche, H. (2025). Devenir mère seule par PMA : quand le désir d’enfant s’affranchit du couple. The Conversation .
- Malmanche, H., & Rozée, V. (2024). Usages et pratiques de la digitalisation des soins et des relations : ce que les outils numériques font à la PMA transfrontière. Anthropologie et Santé , (28), 1‑16.
- Rozée, V., & Malmanche, H. (2023). Pour être « seule aux manettes » : parcours solo de la PMA en France. Enfances, Familles, Générations , (44), 1‑24.
- de La Rochebrochard, E. (2023). L’impact démographique devenu non négligeable de la procréation médicalement assistée en France. Informations sociales , (211), 45‑49.
- Rozée, V., & de La Rochebrochard, E. (2023). La PMA en France : une reproduction des inégalités de genre ? Travail, genre et sociétés , 50 (2), 43‑60.
- Malmanche, H., & Rozée, V. (2022). Révision des lois de bioéthique : quelle démocratisation de l’accès à la procréation médicalement assistée en France ? (p. 10) Présenté à Journée d’étude RePPaMa « Naissances : De la procréation aux premiers mois de vie » (7 décembre 2022), Campus Condorcet, Aubervilliers, France.
- Lenouvel, M. (2022). MEHL Dominique, 2021, La PMA déconfinée. La révision de la loi de bioéthique en 2020 [Medically Assisted Reproduction Deconfined: The Revision of the French Bioethics Law in 2020], L’Harmattan, Logiques sociales, 160 pages. Population (English Edition) , 77 (1), 160‑162.
Pour poursuivre la réflexion, voici des ouvrages issus, pour les deux premiers, de nos collections :
Les secrets de la PMA [Livre] : 100 questions pour mieux vivre ce parcours / prof. Michaël Grynberg chez Marabout, 2022
PMA, procréation médicalement assistée [Livre] : tout ce qu'il faut savoir sur le parcours de PMA / Myriam Alexandre, Marie Barbeault, Raphaële de Vaumas... [et al.], chez Vuibert, 2023
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