Pourquoi n'avons-nous pas tous les mêmes inclinations en tant qu'humains ?
Question d'origine :
Est-ce-que comme nous sommes tous dans la condition humaine et dans ce monde, nous sommes donc confrontes aux memes 'choses de la vie' mais nous mettons chacun differents degres d'importance dans toutes ces 'choses de la vie'? En tant qu'humains nous sommes confrontes aux memes choses mais chaque humain dans sa singularite, dans son identite unique, dans ce qui fait que tout le monde est different et unique, va accorder plus ou moins d'importance a ces choses de la vie? Nous sommes tous confrontes aux memes choses a un moment ou un autre mais chacun hierarchise l'importance de chaque chose differemment? Par exemple pour quelqun penser a la mort est tres important alors que quelqun d'autre n'y pense pas trop...quelqun pensera beaucoup aux experiences sexuelles alors que quelqun d'autre adore etre seul...quelqun essaiera beaucoup d'etre exemplaire alors que quelqun d'autre ne se prendra pas trop au serieux et cherchera a profiter de la vie...quelqun voudra se faire plaisir en mangeant et en buvant beaucoup alors que quelqun d'autre fera beaucoup de sport pour sa sante et son apparence...? J'espere que vous comprenez ma question
Réponse du Guichet
La raison pour laquelle nous n’avons pas les mêmes inclinations (goûts, valeurs, comportements, désirs, croyances…) est un sujet central des sciences humaines. Il n’existe pas une seule cause, mais un ensemble de facteurs qui interagissent : biologiques, psychologiques, sociaux, culturels et philosophiques. Voici une explication structurée autour de ces différentes perspectives.
Bonjour,
La raison pour laquelle nous n’avons pas les mêmes inclinations (goûts, valeurs, comportements, désirs, croyances…) est un sujet central des sciences humaines. Il n’existe pas une seule cause, mais un ensemble de facteurs qui interagissent et qui sont étudiés sous différents angles. Nous retiendrons ici les perspectives psychologique, sociale et culturelle ainsi que l'approche des neurosciences.
La psychologie différentielle étudie les différences psychologiques entre les individus, tant en ce qui concerne la variabilité interindividuelle (entre les individus au sein d'un groupe), que la variabilité intraindividuelle (pour un même individu dans des contextes différents) et la variabilité intergroupe (entre des groupes différents : sexe, milieu social...).
Ainsi, l'étude de la variabilité interindividuelle montre que nos trajectoires personnelles uniques résultent d'une interaction entre différents facteurs : une composante héréditaire favorisant des dispositions, une expérience de vie différente pour chacun.e d'entre nous (éducation, traumatismes, environnement familial), des influences sociales particulières, une variabilité naturelle du cerveau dont les connexions neuronales se modifient à chaque expérience et qui implique un développement singulier.
Si l'aspect psychologiques des différences individuelles vous intéressent, nous vous proposons une sélection d'ouvrages issus de nos collections :
La psychologie différentielle [Livre] / Elsa Eme, 2001
Présente l'essentiel de l'histoire, des courants et des méthodes de ce champ particulier de la psychologie.
Psychologie de la personnalité et des différences individuelles [Livre] / Michael C. Ashton ; traduction [de la 2e édition américaine] par Rob Kaelen ; révision scientifique par Vassilis Saroglou, 2015 :
Ce manuel, qui s'appuie sur les recherches actuelles, cherche à rendre compte des différences au niveau de la personnalité, des capacités mentales et des autres caractéristiques psychologiques : attitudes, valeurs, orientations. Après une introduction générale, il aborde la question de la personnalité sous différentes facettes : sa structure, son développement, ses origines, etc. (c) Electre
Pourquoi faut-il étudier la variabilité intra-individuelle lorsqu’on s’intéresse aux différences individuelles dans le développement cognitif ? Quelle compréhension avons-nous aujourd’hui de la déficience intellectuelle ? Quelles explications évolutionnistes sont proposées à propos des dimensions psychologiques comme les aptitudes ou les traits de personnalité ? A quels modèles statistiques peut-on faire appel pour analyser les différences psychologiques entre individus ? Quelle(s) conception(s) de la cause privilégier dans l’interprétation psychologique des différences individuelles ? C’est à ces questions – et à d’autres – que tentent de répondre des psychologues invités à faire le point sur les avancées théoriques et méthodologiques en psychologie différentielle, apportant ainsi un éclairage actuel à quelques-uns des grands thèmes explorés par cette discipline.
La sociologie insiste sur le fait que nos inclinations sont fortement façonnées par la classe sociale, l'éducation, les normes et les structures socio-culturelles. Le concept d’influence sociale décrit comment nos attitudes et comportements peuvent être socialement construites. Pierre Bourdieu (1930–2002), sociologue français majeur, reconnu pour ses analyses des mécanismes de pouvoir et des structures sociales, a développé un cadre d’analyse articulé autour de l’habitus (dispositions intériorisées) :
C'est chez lui un principe générateur de pratiques individuelles, qui « désigne la capacité des agents à s'orienter dans le monde social, et à adopter des conduites adaptées aux conditions objectives sans obéir explicitement à une règle[4] ». Il permet à un individu de se mouvoir dans le monde social et de l'interpréter d'une manière qui, d'une part lui est propre, et d'autre part est commune aux membres des catégories sociales auxquelles il appartient.
Source : Wikipédia
La différence individuelle est liée en philosophie à la question du sens, de la liberté et de l’identité personnelle. Citons ici Jean-Paul Sartre et sa philosophie de l'existentialisme :
L'existentialisme sartrien est résumé par la célèbre formule : « l'existence précède l'essence », c'est-à-dire que chaque individu surgit dans le monde initialement sans but ni valeurs prédéfinies, puis, lors de son existence, il se définit par ses actes dont il est pleinement responsable et qui modifient son essence.
Source : Wikipédia
Paul Ricoeur, (1913–2005), philosophe français majeur du XXᵉ siècle, développa la notion d’« identité narrative » : l’identité du sujet se construit dans le temps à travers le récit de ses actions et de ses relations :
[Il] se penche sur l’histoire d’un point de vue plus subjectif en abordant les thèmes du récit (Temps et Récit, en trois tomes, 1983-1984-1985), de la narration personnelle et de l’identité (Soi-même comme un autre, 1990), s’intéressant moins à l’objet histoire qu’à la façon dont les historiens la racontent (La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, 2000). Là encore, il est question de détour : Ricœur relève que le sujet ne peut avoir d’accès immédiat à lui-même, qu’il n’y a pas une vérité du sujet, mais que le « je » se construit, via la mémoire et les souvenirs, à l’aune d’un récit de soi.
La notion d’identité narrative met ainsi en lumière le déploiement réflexif du sujet dans le temps. Elle tente d’accorder l’idée d’un sujet-objet qui resterait identique à lui-même (l’identité-mêmeté) avec celle d’un sujet sans cesse sollicité par le regard d’autrui (identité-ipséité). Même en tension, les deux types d’identités se complètent. Un souci de dialogue qui tient Ricœur jusqu’à sa mort en 2005.
Source : Philosophie magazine
Enfin, les neurosciences montrent que le cerveau humain est plastique : il change en permanence sous l’effet des expériences, de l’apprentissage et de l’environnement. Dans Un cerveau pensant [Livre] : entre plasticité et stabilité : psychanalyse et neurosciences (2017) Marc Crommelinck et Jean-Pierre Lebrun :
convoquent la psychanalyse et les neurosciences pour appréhender le fonctionnement du cerveau pensant. Ils prennent appui sur les concepts, aujourd'hui promus, d'émergence, de causalité ascendante et descendante, de plasticité... en maintenant la rigueur d'une position matérialiste devenue désormais incontournable et une volonté de transmettre au plus grand nombre. (source éditeur)
Voici une autre référence intéressante en neurosciences qui traite de la construction de la conscience et de l'identité individuelle :
Le code de la conscience [Livre] / Stanislas Dehaene (2014)
D'où viennent nos perceptions, nos sentiments, nos illusions et nos rêves ? Où s'arrête le traitement mécanique de l'information et où commence la prise de conscience ? L'esprit humain est-il suffisamment ingénieux pour comprendre sa propre existence ? La prochaine étape sera-t-elle une machine consciente de ses propres limites ? Depuis plus de vingt ans, Stanislas Dehaene analyse les mécanismes de la pensée humaine. Dans ce livre, il invite le lecteur dans son laboratoire où d'ingénieuses expériences visualisent l'inconscient et démontent les bases biologiques de la conscience.
Pour conclure, nous vous proposons un article aux perspectives interdisciplinaires :
Lebaron, F. (2018). Vers une bio-psycho-sociologie du développement individuel ? Zilsel, 3(1), 395-410
Spécialiste du développement humain auquel il a consacré plusieurs ouvrages, Ken Richardson livre une synthèse critique des recherches contemporaines sur l’intelligence, le potentiel humain, les gènes et le cerveau, ainsi que de leurs usages tant au sein de la recherche et de la vulgarisation scientifiques que du débat public contemporain, notamment en matière de pédagogie. [...]
Bonnes lectures à vous
Estime de soi et fin du monde