Que sait on des exactions qui se sont produites dans les prisons kurdes en Syrie ?
Question d'origine :
Que sait-on au sujet des exactions qui se seraient produites dans les prisons kurdes en Syrie.?
Réponse du Guichet
Depuis au moins 2019, les exactions commises contre les détenu·es, notamment des djihadistes et leur famille, des centres de détention et camps en Syrie gérés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les forces de sécurité qui leur sont affiliées, sont multiples, inhumaines, violentes, choquantes, intolérables. Elles sont perpétrées par les autorités autonomes de la région qui sont les principaux partenaires du gouvernement américain et des autres membres de la coalition qui ont vaincu Daech dans le nord-est de la Syrie. Cependant, les autorités autonomes ont déclaré qu'elles agiraient sur la base de preuves de telles violations, [et] ont affirmé : « Nous n'avons reçu aucune information ni plainte à ce sujet, et si cela s'est produit, il s'agit d'actions individuelles. »
Bonjour,
Avant de répondre à votre question, nous nous autorisons à recontextualiser les faits car les derniers événements concernant la Syrie ont été peu médiatisés.
Depuis 2011 la Syrie vit dans les conflits et la guerre quand fin novembre 2024, une offensive est lancée par les forces du Hayat Tahrir al-Cham, un groupe islamiste anciennement allié à Al-Qaïda et appuyé par l'Armée nationale syrienne (ANS) et l'Armée syrienne libre (ASL), fondé par Abou Mohammed al-Joulani alias Ahmed al-Charaa, ancien commandant djihadiste. Le régime de Bachar el-Assad (ou Syrie baasiste) chute dans la soirée du 8 décembre, en moins de deux semaines après 54 années de règne de la famille el-Assad. Ahmed al-Charaa prend la tête du commandement général et de l'Administration des opérations militaires avant de devenir président de la République arabe syrienne à titre transitoire le 29 janvier 2025.
En janvier 2026, un combat du régime syrien de Damas visant à reconquérir les territoires sous contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS) contre les Kurdes, est lancé pratiquement sous silence par une actualité internationale alors particulièrement riche écrit Les clés du Moyen-Orient dans Offensive de Damas contre les Kurdes syriens : point de situation au 26 janvier 2026, 26 janvier 2026 :
l’offensive du régime syrien contre les Kurdes, initiée le 13 janvier mais dont les combats d’Alep fin 2025/début 2026 avaient été le prodrome, s’avère pourtant un nouveau jalon historique de la guerre civile syrienne : en l’espace de quelques jours, les forces de Damas ont reconquis la majorité des territoires tenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS), y compris de potentielles places-fortes comme Raqqa ou des infrastructures carcérales éminemment sensibles comme celles regroupant les djihadistes de Daech et leur famille faits prisonniers par les Kurdes ces dernières années.
18 janvier :
un accord est conclu entre l’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, et le président syrien Ahmed al-Charaa prévoyant un cessez-le-feu, l’intégration des FDS dans les nouvelles institutions syriennes et le rétablissement du contrôle gouvernemental sur Raqqa, Deir-ez-Zor et progressivement Hassaké ; il s’agit là de la plus importante concession faite par les Etats-Unis à Damas concernant le sort des Kurdes syriens, dont une large partie a exprimé sa déception et le sentiment d’avoir été abandonnés, voire trahis par les Etats-Unis : cet accord acte non seulement la fin définitive du soutien américain aux Kurdes mais, surtout, la fin de plus d’une décennie d’administration kurde du nord-est de la Syrie et de ce que beaucoup ont appelé le « rêve » d’une région autonome du kurde syrienne, voire du « laboratoire à ciel ouvert » du confédéralisme démocratique, du communalisme et d’une nouvelle forme de démocratie participative.
Malgré l’annonce officielle de cette trêve et les appels de l’armée américaine à ce que les forces syriennes cessent leur offensive, les combats se poursuivent les 19 et 20 janvier, notamment autour de prisons et camps de détention abritant des détenus de l’État islamique.
[...]
L’une des craintes de la communauté internationale - et d’une partie des Syriens - liée aux affrontements de ces derniers jours est celle, tout comme lors de l’offensive turque en 2019, d’un chaos pouvant profiter aux milliers de prisonniers daechis détenus par les Kurdes et qui, pour une large partie d’entre eux, sont passés sous la responsabilité des autorités syriennes à l’aune des affrontements ayant opposé le régime syrien aux FDS. De fait, dès le 19 janvier, des affrontements ont éclaté à proximité de la prison d’al-Shadaddah [27], provoquant, selon les FDS, l’évasion de 1 500 combattants de l’Etat islamique [28] ; un chiffre contenu à 200 par les Etats-Unis, qui ont par ailleurs précisé qu’il s’agissait de combattants « de faible niveau » et qu’une large partie d’entre eux ont été recapturés par l’armée syrienne une fois les Kurdes partis de la ville [29].
Au-delà des épisodiques évasions, la question de la gestion des camps de prisonniers que les forces kurdes ont quitté durant leur retraite a été pris à bras-le-corps par les Etats-Unis : craignant que le régime syrien, lui-même issu d’une mouvance djihadiste, ne parvienne pas à gérer ces détenus, Washington a déjà initié, dès le mercredi 21 janvier, le rapatriement de 7 000 djihadistes et membres de leur famille vers l’Irak, tout en appelant, aux côtés des autorités irakiennes, les pays ayant encore des ressortissants détenus en Syrie - et désormais en Irak - à les rapatrier au plus vite. Une majorité des 6 000 djihadistes restants détenus en Syrie seraient encore aux mains des Kurdes, notamment dans les prisons de Gweiran et Derik [30].
Cet accord entre le président syrien et les forces kurdes prévoyait entre autre la prise en charge par Damas des prisonniers du groupe État islamique et de leurs familles détenus dans des prisons et des camps contrôlés par les Kurdes d'après l'article Les forces kurdes quittent une prison du nord de la Syrie après un accord avec Damas, Ici Beyrouth, 23 janvier 2026.
Mais le sort incertain des djihadistes étrangers préoccupe la communauté internationale selon l'article du Figaro, Syrie : comment Ahmed al-Charaa a défait les Kurdes grâce au lâchage américain du 20 janvier 2026, consultable en ligne dans sa totalité via Europresse avec un abonnement à la BmL :
« Comment le régime de Damas, dirigé par un ancien djihadiste, va-t-il gérer cette question des détenus djihadistes ? s’interroge un diplomate onusien. Va-t-il ouvrir les portes aux femmes et aux enfants qui étaient jusque-là dans des camps ? Va-t-il les renvoyer dans leurs pays d’origine ? »
D’ores et déjà, Damas et les Kurdes s’accusent mutuellement d’avoir contribué à la fuite de 200 djihadistes, selon une estimation américaine. Pour les FDS, les forces gouvernementales ont attaqué lundi la prison de Chaddadi, dans la province de Hassaké toujours sous le contrôle kurde, qui abrite des milliers de djihadistes. Mais pour Damas, au contraire, qui ratisse les abords de la prison à la recherche des fuyards, ce sont les Kurdes qui ont ouvert les portes du centre de détention.
Avant cette situation explosive, des exactions auraient été commises sur des personnes, notamment sur des djihadistes et leur famille, détenu·es dans 27 centres de détention et les camps d'Al-Hol et de Roj qui regroupaient au total 11 500 d’hommes, 14 500 femmes et 30 000 enfants selon Amnesty International dans Syrie : Morts de masse, tortures et autres violations commises contre des personnes détenues après la défaite de l'État islamique – nouveau rapport, 17 avril 2024. Celles-ci auraient été perpétrées par les autorités autonomes de la région qui sont les principaux partenaires du gouvernement américain et des autres membres de la coalition qui ont vaincu Daech dans le nord-est de la Syrie. Les États-Unis sont impliqués dans la plupart des aspects du système de détention. Selon ce rapport, Conséquences : Injustice, torture et mort en détention dans le nord-est de la Syrie (en anglais),
- On estime à 56 000 le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants détenus dans le système de détention ; la plupart sont détenus arbitrairement et indéfiniment.
- Les méthodes de torture comprennent les coups, les positions de stress et les chocs électriques.
Plus de cinq ans après la défaite territoriale de l'État islamique, des dizaines de milliers de personnes demeurent détenues arbitrairement et indéfiniment. Nombre d'entre elles sont détenues dans des conditions inhumaines et ont subi des actes de torture, notamment des passages à tabac, des positions de stress, des chocs électriques et des violences sexistes. Des milliers d'autres ont été victimes de disparition forcée. Des femmes ont été séparées illégalement de leurs enfants.
Parmi les personnes détenues figurent des victimes de l'EI. Des dizaines, voire des centaines, de victimes yézidies sont détenues. De nombreuses autres femmes et filles détenues sont victimes de mariages forcés avec des membres de l'EI, et de nombreux garçons et jeunes hommes détenus sont victimes de recrutement d'enfants par l'EI.
« Les autorités autonomes ont commis les crimes de guerre de torture et de traitements cruels, et ont probablement commis le crime de guerre de meurtre », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International.
« Les enfants, les femmes et les hommes détenus dans ces camps et centres de détention subissent des actes de cruauté et de violence choquants. Le gouvernement américain a joué un rôle central dans la création et le maintien de ce système où des centaines de personnes ont trouvé la mort de façon évitable, et il doit contribuer à le réformer. »
« Ce système de détention viole les droits des personnes soupçonnées d’être affiliées à l’EI et n’a pas non plus permis de rendre justice aux victimes et aux survivants des crimes de l’EI ni d’établir les responsabilités. »
[...]
Le centre de détention de Sini, géré par les FDS, est situé à la périphérie de la ville d'Al-Shaddadi, dans le gouvernorat de Hassaké. Amnesty International a interrogé huit hommes détenus à Sini entre 2019 et 2023.
D’après leurs témoignages, les détenus étaient régulièrement soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements, notamment des coups, des coups de fouet avec des câbles électriques, des suspensions par les poignets dans des positions de stress, des violences sexuelles et des chocs électriques.
Yusuf* a déclaré à Amnesty International : « Il n’y avait ni jour ni heure précis, ni méthode de torture particulière… Le pire, c’était quand ils entraient dans la cellule… munis de tuyaux en plastique, de câbles, de barres d’acier, et qu’ils nous rouaient de coups… Tous les quinze jours, ils nous emmenaient nus dans la cour… [Les gardiens] violaient les gens avec un bâton… Une fois, ils m’ont sorti de la cellule avec un autre homme… Ils ont apporté un câble électrique du générateur et ils ont continué à nous torturer avec de l’électricité… Je crois que mon voisin est mort. Il a cessé de bouger et de crier… J’ai fini par ne plus pouvoir crier. »
Les huit anciens détenus ont tous déclaré que les FDS les avaient privés de nourriture et d'eau en quantité suffisante. Ils ont tous subi des conditions de détention inhumaines : surpopulation, absence d'aération et températures extrêmes. Selon eux, la combinaison de violences physiques, de conditions inhumaines et de manque de soins médicaux a provoqué des épidémies et d'autres problèmes de santé, et a entraîné la mort de centaines de personnes.
Des détenus ont raconté des épisodes où des amis et des codétenus sont morts sous leurs yeux. L'un d'eux a déclaré que 17 personnes de sa cellule étaient décédées un jour de 2020, lorsque les autorités ont coupé le ventilateur d'extraction. Selon trois détenus, les corps des personnes décédées à Sini ont été jetés dans une fosse commune décrite comme un simple « fossé ».
Abbas* a déclaré à Amnesty International que des soldats américains avaient visité l'établissement en décembre 2021 : « Nous connaissons les Américains, ils viennent avec leurs armes et leurs chiens… [Ils] ont inspecté la prison, ils nous ont fouillés, ainsi que toutes nos cellules… Ils ont pu voir le sang sur le mur. Ils ont pu voir les personnes blessées par la torture. »
Le deuxième centre de détention principal des FDS pour hommes et garçons est Panorama, situé à Hassaké. Ce centre a été construit dans le cadre d'un projet géré par la coalition dirigée par les États-Unis. Les détenus de Panorama sont privés d'une alimentation adéquate et de soins médicaux, ce qui entraîne des maladies, notamment une grave épidémie de tuberculose qui sévit depuis des années. Sans traitement, la tuberculose est mortelle dans 50 % des cas.
En août 2023, des représentants des FDS ont indiqué à Amnesty International qu'un pourcentage extrêmement élevé d'hommes et de garçons étaient infectés et qu'un ou deux hommes ou garçons mouraient de tuberculose chaque semaine. Ils ont confirmé qu'ils ne traitaient pas les cas actifs et n'isolaient pas les détenus malades.
D’après les informations disponibles, les hommes adultes atteints de tuberculose n’ont bénéficié que de traitements médicaux limités, voire inexistants, par le passé, et ne recevaient aucun traitement contre la tuberculose au moment de la finalisation de ce rapport. Le département d’État américain a indiqué à Amnesty International qu’il « collaborait avec des partenaires pour répondre aux besoins médicaux, notamment en matière de tuberculose ».
Amnesty International a constaté que la torture est pratiquée de manière systématique dans les centres de détention gérés par les FDS et les forces de sécurité qui leur sont affiliées. L’organisation a mené des entretiens avec 46 hommes, femmes et enfants détenus dans des centres de détention des forces de sécurité autres que Sini et Panorama, qui ont également subi des actes de torture ou d’autres mauvais traitements. La plupart étaient Syriens et avaient été torturés pour leur extorquer des aveux forcés. Amnesty International a également interrogé deux personnes qui ont été torturées immédiatement après leur transfert de la garde de la coalition dirigée par les États-Unis aux FDS et aux forces de sécurité qui leur sont affiliées.
Concernant les conclusions d'Amnesty International sur la torture systématique ou d'autres mauvais traitements, les autorités autonomes ont déclaré qu'elles agiraient sur la base de preuves de telles violations, mais ont affirmé : « Nous n'avons reçu aucune information ni plainte à ce sujet, et si cela s'est produit, il s'agit d'actions individuelles. »
Déjà en septembre 2020, un rapport de l’ONU dévoil[ait] des exactions systématiques dans les régions kurdes occupées par les Turcs en Syrie, Le Monde, 15 septembre 2020 :
Un jour d’hiver, dans un centre de détention installé dans une ancienne école de la ville occupée d’Afrin, les miliciens stipendiés par la Turquie de l’Armée nationale syrienne (ANS) ont hurlé à leurs prisonniers kurdes l’ordre de sortir de leurs cellules. Ils les ont réunis dans le hall du bâtiment pour une occasion spéciale, quelque chose de différent des tortures et humiliations routinières auxquelles ils sont habituellement soumis. Une jeune fille kurde mineure capturée dans cette région kurde syrienne venait d’être arrachée de sa cellule et amenée devant eux. Sous les yeux des détenus rassemblés, les geôliers l’ont violée, puis violée encore, les uns après les autres, en les forçant à regarder son supplice.
Cet épisode, dont Le Monde a pu consulter le compte rendu complet, n’est qu’une exaction parmi tant d’autres commises par des alliés de la Turquie à avoir retenu l’attention des enquêteurs de la Commission indépendante internationale des Nations unies sur la Syrie. Leur rapport sur la situation des droits humains dans le pays, paru mardi 15 septembre, porte sur des violations documentées par l’ensemble des acteurs du conflit syrien et décrit avec une autorité jusqu’alors inédite et en profondeur l’ordre de terreur imposé par la Turquie dans deux régions kurdes de Syrie donnant à voir entre les lignes la responsabilité d’Ankara dans ces atrocités.
Résultat d’offensives menées en 2018 et 2019 contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, dans le contexte du conflit qui oppose sur son territoire Ankara au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la mainmise turque sur ces territoires s’est installée au fil des mois loin du regard des observateurs internationaux.
Sans précédent, du fait de sa précision et de ses implications, le texte rédigé sous le mandat du Conseil des droits de l’homme des Nations unies va désormais jusqu’à décrire, en creux, la Turquie comme la puissance occupante de ces territoires. Une source diplomatique turque a indiqué au Monde qu’Ankara n’avait pas pour l’heure de réaction à apporter, rappelant que la Turquie avait coopéré avec les enquêteurs de la commission.
Politique d’exactions planifiée
Les violations documentées ont été commises dans deux régions distantes de près de 300 kilomètres, Afrin et Ras Al-Aïn, enclaves contrôlées par la Turquie et soumises à des exactions similaires, ce qui pointe vers des pratiques systématiques dont les responsables se trouvent à Ankara. Pour la première fois, le rapport des Nations unies ne se contente pas d’énumérer des actes isolés mais une politique raisonnée dans le cadre de laquelle les exactions visant les populations kurdes ont été organisées, coordonnées, planifiées.
Un trait saillant se dégage : la guerre systématique que les miliciens syriens soutenus par Ankara mènent aux femmes kurdes dans les régions qu’ils occupent.
Les enquêteurs notent ainsi des « pillages systématiques » menés par les supplétifs syriens d’Ankara, des confiscations de propriétés, des détentions arbitraires, le déplacement forcé de familles kurdes fuyant « meurtres, menaces, racket, enlèvements, tortures et détentions », sous les yeux – voire avec la coopération – des autorités militaires et civiles turques qui règnent en maître dans cette zone grise, livrée au chaos et au droit du plus fort.
Dans son rapport, la commission relève que « les forces turques étaient informées et présentes dans les installations contrôlées par l’ANS où les mauvais traitements des détenus étaient généralisés, y compris lors des sessions d’interrogatoires au cours desquelles des actes de tortures ont eu lieu ».
Le viol comme arme de guerre
Un trait saillant se dégage par ailleurs des conclusions des enquêteurs onusiens : la guerre systématique que les miliciens syriens soutenus par Ankara mènent aux femmes kurdes dans les régions qu’ils occupent.
Le rapport publié mardi a pu ainsi confirmer la pratique endémique du viol et d’autres violences sexuelles comme armes de guerre dans la région d’Afrin par des membres des groupes armés pro-Turcs qui forment l’ANS.
Par ailleurs, à Afrin comme à Ras Al-Aïn, « les femmes kurdes (…) ont subi des actes d’intimidation par des membres de brigades de l’ANS, créant un climat généralisé de peur qui les confine dans leur foyer ». Les femmes issues de la communauté yézidie, une minorité religieuse kurdophone et non musulmane ravagée en Irak par l’organisation Etat islamique, comptent parmi les plus vulnérables. L’une d’entre elles, enlevée par des miliciens pro-turcs, a ainsi été intimée de se convertir à l’islam lors d’un interrogatoire, d’après les enquêteurs.
« La région d’Afrin se trouve dans un angle mort depuis que les forces turques en ont pris le contrôle en 2018, relève un expert international proche du dossier. Le climat de peur qui y règne dissuade les habitants de témoigner. Ils savent que si les nouvelles autorités décèlent le moindre signe qu’ils ont communiqué avec l’extérieur sur les conditions de l’occupation, ils risquent la torture ou la mort. » De fait, les moyens de coercition mis en place dans ces territoires dépassent les capacités de simples groupes armés. Ils sont adossés à la toute puissance d’un Etat, la Turquie, membre de l’OTAN.
En décembre 2019, Europe 1 décrivait également une situation catastrophique dans En Syrie, les prisons kurdes où sont enfermés les djihadistes au bord de l'implosion :
"J'ai développé une anémie sévère", glisse dans un souffle un djihadiste américain, qui se trouve dans une salle réservée aux blessés. "Certains sont morts ici en n'ayant plus que la peau sur les os." Leur état de santé tient aussi au fait que les détenus ici sont les terroristes les plus convaincus, ceux restés dans le califat de l'État islamique jusqu'à l'ultime réduit de Baghouz. Mais cela préoccupe les Kurdes. Car depuis l'intervention turque, il est difficile d'assurer la logistique, selon le responsable de la prison. "Notre plus gros problème c'est l'accès à l'eau", explique-t-il à Europe 1. "Au début de l'offensive, les Turcs ont bombardé une grosse station d'eau, et nous avons besoin chaque jours de 2.000 litres pour cette prison. Désormais, il faut faire 90 kilomètres pour l'acheminer, c'est très compliqué."
L'autre gros problème, ce sont les médicaments. "Beaucoup ne sont tout simplement pas disponibles", confie le responsable de la prison. L'offensive turque a également compliqué les rotations des Kurdes qui gardent l'établissement. Dès les premières frappes, beaucoup d'entre eux ont été envoyés au combat sur la frontière, et ne sont donc plus disponibles. Une situation dénoncée une nouvelle fois, mardi, par Emmanuel Macron lors du sommet de l'Otan à Londres. "Les Turcs se battent contre ceux qui se sont battus à nos côtés ", a répété le président français.
En attendant, à Kameshli, la tension est palpable : la frustration des djihadistes se retourne parfois contre les gardes. Plusieurs d'entre eux ont déjà été attaqués. Pour éviter l'émeute, les Kurdes ne leur ont rien dit de la mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi, ancien chef autoproclamé de l'État islamique abattu fin octobre, et encore moins de l'offensive turque.
S'il y a bien eu des exactions commises par différentes autorités, nos sources ne nous disent pas à l'heure actuelle ce qu'il advient de ces détenu·es si ce n'est que certain·es s'échappent, d'autres attendent leur transfert :
L’épineux transfert des prisonniers djihadistes de Syrie, Le Figaro, 25 janvier 2026
Des combattants de l'EI s'évadent de prison tandis que l'armée syrienne affronte les FDS, DW, 20 janvier 2026
Syrie : les forces kurdes quittent une prison du nord du pays après un accord avec Damas, Le Monde et L'AFP, 23 janvier 2026
En Syrie, la situation intenable de la prison d’Al-Hol, devenue un minicalifat de l’EI, Le Monde, 22 janvier 2026
Syrie: les Kurdes et Damas échangent des accusations sur le sort des prisonniers de l'EI, Institut Kurde de Paris,19 janvier 2026
Syrie : après l’abandon des prisons par les Kurdes, la France pressée de rapatrier ses jihadistes, Public Sénat, 23 janvier 2026
Aux dernières nouvelles, les autorités évacuent le camp de proches de jihadistes d'al-Hol, Institut Kurde de Paris et AFP, 17 février 2026.
Bonne journée
Téhéran n’a plus de grenades