Qui est Philippe Lebon qui a donné notamment son nom à une rue de Clermont-Ferrand ?
Question d'origine :
Bonjour Cher Guichet,
Serait-il possible d'avoir des informations sur Philippe LEBON qui a donné notamment son nom à une rue de Clermont-Ferrand ?
Réponse du Guichet
Philippe Lebon, dit d'Humbersin, né le 29 mai 1767 à Brachay (Haute-Marne) et mort le 1er décembre 1804 à Paris, est un ingénieur et chimiste français, inventeur du chauffage et du gaz d'éclairage à partir de la distillation du bois avec le brevet de la "thermolampe" en 1799 et précurseur théorique du premier moteur à combustion interne en 1801.
Bien que Lebon soit mort prématurément à 37 ans dans des circonstances restées controversées (des textes du XIXe parlent d'assassinat tandis que les documents d'état civil parlent de mort naturelle à domicile), ses travaux furent reconnus à titre posthume comme une étape clé vers l’électrification et la motorisation du XIXᵉ siècle et permirent à ses successeurs de poursuivre ses recherches : la première mise en lumière d’une ville au gaz d’éclairage a été réalisée à Londres en 1812 par William Murdoch et il faudra attendre 1824 à Paris.
Apparemment en proie aux difficultés d’argent et à l’indifférence financière des pouvoirs publics mais considéré rétrospectivement comme un symbole du génie inventif français des Lumières appliqué à l’industrie, son nom a été donné à plusieurs rues en France, dont la ville de Clermont-Ferrand.
Bonjour,
Vous souhaitez avoir des informations sur Philippe Lebon dont le nom est un toponyme de plusieurs villes de France, Clermont-Ferrand notamment.
La ville de Clermont-Ferrand, ville du centre de la France, située dans le Massif central en région Auvergne-Rhône-Alpes, compte bien parmi sa toponymie, une rue nommée "Philippe Lebon" cartographiée par Google.
En explorant la carte de la base adresse nationale (BAN) (gérée par l'IGN et la DINUM) sur le site officiel data.gouv.fr, on s'aperçoit qu'il existe plusieurs occurrences de ce nom de rue en France : on dénombre plus d'une cinquantaine d'occurrences à travers la France. Attention toutefois à ne pas confondre la "Rue Philippe Lebon" (l'inventeur du gaz) avec les lieux nommés d'après "Philippe le Bon" (le Duc de Bourgogne, comme la célèbre Tour à Dijon).
D'autres sources peuvent vous aider dans cette recherche toponymique, comme le fichier des entités topographiques (TOPO) de la DGFIP avec 51 occurrences pour la rue "Philippe Lebon". Enfin, OpenStreetMap (OSM) est le "Wikipédia de la carte", un projet mondial où des contributeurs répertorient les rues, les commerces et les monuments.
Si vous souhaitez savoir pourquoi Clermont-Ferrand ou d'autres villes ont choisi ce nom, vous pouvez vous référer aux documents de voiries historiques publiées par les services des Archives locales. Les Archives municipales de Clermont-Ferrand propose ainsi sur son site une page consacrée à la Dénomination des rues et index des rues par canton : on y apprend que la délibération du 28 novembre 1924 est à l'origine de la dénomination de la rue Philippe Lebon à Clermont-Ferrand.
Plusieurs villes de France ont donc décidé d'honorer la figure du progrès industriel du début du XIXe siècle que représentait Philippe Lebon (1767-1804). Nous vous en disons un peu plus !
Philippe Lebon (né le 29 mai 1767 à Brachay, France - mort le 2 décembre 1804 à Paris) était un ingénieur et chimiste français, connu surtout comme l'inventeur du "thermolampe", appareil qui fournit à la fois le gaz pour l'éclairage et la chaleur pour chauffer les appartements :
thermolampe , subst. masc. Appareil de chauffage permettant d'utiliser pour l'éclairage les gaz de combustion qu'il produit. Cokerie-gazière, type actuel de l'usine à gaz de grande production et dernière forme, pourrait-on dire, du thermolampe imaginé par Philippe Le Bon (E. Schneider, Charbon,1945, p. 319).
Source : CNTRL
L'encyclopédie Britannica propose une notice bibliographique au nom de ce scientifique français. En voici un extrait issu d'une traduction Google :
Alors qu'il travaillait comme ingénieur à Angoulême, Lebon fut appelé à enseigner la mécanique à l'École des ponts et chaussées de Paris . En 1797, il entreprit des travaux qui aboutirent à son invention de l'éclairage et du chauffage au gaz. La « thermolampe », qu’il breveta et présenta en 1799, fonctionnait au gaz distillé du bois. Invité à participer aux préparatifs du couronnement de Napoléon Ier en 1804, il fut assassiné par des rôdeurs le jour même de la cérémonie, selon la version la plus répandue de sa mort mystérieuse.
On attribue également à Lebon la conception d'un moteur à essence équipé d'une pompe à carburant électrique et d'un allumage par étincelle. Il pourrait également avoir été le premier à suggérer (1801) l'intérêt de la compression de la charge dans un moteur à combustion interne.
La notice de personne du catalogue de la BnF indique les autres dénominations de ce scientifique utilisée dans la documentation et la littérature historique :
Forme(s) rejetée(s) :
< Lebon d'Humbersin, Philippe (1767-1804)
< Humbersin, Philippe Lebon d' (1767-1804)
Plusieurs fonctions lui sont attribuées :
Ingénieur des Ponts et Chaussées et chimiste. - Inventeur de l'éclairage au gaz. - Ingénieur des ponts et chaussées à Angoulême, puis professeur de mécanique à l'École des ponts et chaussées de Paris.
Source : BnF
Nous vous proposons des biographies et des monographies susceptibles de vous intéresser, issues du catalogue du Sudoc qui vous indique pour chaque titre les établissements documentaires français où le trouver :
- Philippe Lebon : inventeur du gaz d'éclairage / Amédée Fayol ; préface de Jérome Tharaud... et Jean Tharaud, 1943 ;
- Philippe Lebon ou l'homme aux mains de lumière : la vie et l'œuvre de l'illustre inventeur français du gaz d'éclairage et du chauffage au gaz / François Veillerette, 1987 :
La page de titre précise : "Pour tenter de rétablir certaines vérités sur l'un des plus grands savants de notre pays, dont la vie douloureuse et mal connue, le génie longtemps ignoré, l'œuvre incomprise et le destin tragique, se terminèrent prématurément par une mort mystérieuse..." ;
- Les inventeurs du gaz et de la photographie : Lebon d'Humbersin, Nicéphore Niepce, Daguerre / par Le B. Ernouf. - 2. éd., 1884.
Les documents suivants ont été numérisés par Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF :
- Le document suivant de 1862 met en exergue que les droits de l'invention de l'éclairage et du chauffage par le gaz hydrogène sont reconnues sans contestation à "Lebon d'Humbersin", ayant "sa place parmi les célèbres inventeurs et les savants du début de notre siècle". Sont abordés également dans ce document les études de Lebon que nous connaissons moins bien : "Ce qu'on connaît bien moins encore ce sont ses études sur la chaleur, sur les combustibles, sur leur distillation, sur la condensation enfin sur les machines à vapeur qu'il a très certainement aidé à perfectionner par des moyens aujourd'hui consacrés".
Notice sur les travaux de M. Lebon d'Humbersin ingénieur inventeur du thermolampe / par Jules Gaudry, 1862 > consulter en ligne sur Gallica. En voici un extrait :
Une première notice publiée en 1856 sur l'invention de l'éclairage et du chauffage par le gaz hydrogène, a péremptoirement prouvé que l'honneur en revenait à Lebon d'Humbersin, ingénieur des ponts et chaussées. Les droits de cet inventeur ne sont plus contestés ; la plupart des maîtres de la science les ont reconnus dans leurs cours ou dans leurs traités. Le nom de Lebon figura parmi ceux des industriels illustres dans les écussons décoratifs de la salle des pas perdus du palais de justice, où eut lieu la fête publique de 1851. Le nom de Lebon se lit à côté de celui d'Ampère dans le grand escalier du Conservatoire des arts et métiers ; mais on ne connaît encore que la moindre partie dés travaux qui assignent à Lebon sa place parmi les célèbres inventeurs et les savants du début de notre siècle.
A l'égard du thermolampe (appareil qui chauffe et éclaire), la note précitée établit que Lebon n'en eut pas seulement l'idée théorique, mais qu'il en exécuta l'application, jusqu'aux illuminations brillantes qui ont été admirées dans les fêles publiques en ces dernières années : Elle raconte, d'après des documents imprimés du temps, que Lebon et après lui sa veuve décorèrent les bâtiments et jardins de l'hôtel Seignelay, rue Saint-Dominique, de « milliers de jets de lumière sous forme de gerbes, rosaces et fleurs » qui firent l'objet de l'admiration publique. Mais ce qu'on sait moins, ce sont les projets d'application du gaz comme force motrice que conçut M. Lebon et qu'il fit breveter. Ce qu'on connaît bien moins encore ce sont ses études sur la chaleur, sur les combustibles, sur leur distillation, sur la condensation enfin sur les machines à vapeur qu'il a très certainement aidé à perfectionner par des moyens aujourd'hui consacrés. Tous ces nouveaux droits à la reconnaissance de l'industrie nationale sont constatés dans des brevets authentiques auxquels on n'avait pas encore fait attention et que la présente note va tirer de l'oubli.
- Les Inventions illustrées : publication mensuelle, 2012 > à consulter en ligne sur Gallica. Voici un extrait :
Le 28 septembre 1799, Philippe Lebon d’Humbersin, l’auteur de la découverte du gaz d’éclairage et de chauffage, prenait son premier brevet, et, en 1801, il établissait les bases du moteur à explosions (...). Plus d’un siècle avant Lebon, l’abbé Hautefeuille en 1678, et Huyghens en 1680, avaient eu l’idée d’un moteur employant l’air et la poudre à canon...
- Un long article est consacré à la vie et aux inventions de Philippe Lebon d'Humbersin dans le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, de 1906 (à consulter en ligne sur Gallica). Voici des extraits significatifs sur sa vie personnelle et scientifique :
Philippe Lebon d'Humbersin a mérité hautement par ses travaux, son savoir et sa vie, d'être admis au rang de citoyen de Paris. Né le 29 mai 1767 à Brachay (Haute-Marne), assassiné dans les Champs-Elysées le 12 frimaire an XIII, à l'âge de 37 ans, ancien habitant d'une maison sise entre les numéros 50 et 66 de notre bonne rue Saint-Louis-en-l'Ile, ce coin paisible si propice au recueillement des artistes et des savants, on peut dire que Philippe Lebon fut des nôtres et qu'il est demeuré notre bienfaisant concitoyen, puisque durant de longues années, et maintenant encore, les habitants de Paris ont bénéficié des résultats heureux de son invention du gaz inflammable par la distillation du bois.
Tout jeune, Lebon, qui n'avait encore eu pour maître que l'instituteur de Brachay, vint compléter ses études à Paris ; de là, il se rendit à Châlons, où il étudia le dessin et les mathématiques, au lieu même où devait s'élever plus tard l'Ecole nationale d'arts et métiers. Revenu à Paris, il est admis, le 10 avril 1787, à l'Ecole des ponts et chaussées, après examen, avec le n° 10, puis il en sort avec le n° 1 et le titre de major, et il est nommé ingénieur des Ponts et chaussées. En cette qualité, « on lui confie le soin de professer successivement toutes les parties des sciences alors suivies dans l'Ecole des ponts et chaussées ».
Ce n'était là que le prélude de ses succès scientifiques. L'histoire de l'industrie a surtout conservé le nom de Lebon en raison de sa découverte de l'éclairage par le gaz. Mais des documents probants autorisent péremptoirement à le placer désormais parmi les créateurs de la machine à vapeur. Celle-ci, en effet, dont l'antiquité avait eu déjà une sorte de prescience, mais qui n'avait abouti à des données précises qu'avec Salomon de Caus et Papin et, plus tard, avec Watt, ne fonctionnait encore, du temps de Lebon, qu'à l'état rudimentaire. Il faudrait avoir vu avec son monstrueux balancier de bois, sa ferraille de chaînes et de tiges, la pompe à feu de Chaillot, qui exista jusqu'en 1850, pour comprendre à quels tâtonnements et à quels imperfections était restée l'application de la vapeur à lafin du XVIIIe siècle. [...]
Poursuivant toujours ses recherches Lebon ne s'appartenait cependant plus ; il était ingénieur des Ponts et chaussées et, à ce titre, incorporé dans un service public. Il édifia, en qualité d'ingénieur ordinaire, à Angoulême, une écluse favorisant la canalisation de la Charente. Mais il lui arrivait parfois de quitter ses chantiers pour revenir, tantôt à Paris, dans l'Ile-Saint-Louis, dans sa retraite de Brachay, méditer et expérimenter ses découvertes scientifiques. Si bien que des plaintes furent formulées contre lui, ainsi qu'en témoigne un rapport bien administratif en date du 8 thermidor an VII, où l'on signale « l'indispensable nécessité de remplacer le citoyen Lebon qui, plus occupé sans doute de ses affaires de commerce que de celles de son état, ne sera pas fâché que les affaires générales cessent d'être en souffrance par la nomination d'un autre à sa place »
Le 14 prairial an X, Lebon n'en fut pas moins attaché aux travaux du pavé de Paris. Au cours de ses recherches scientifiques, il avait eu la bonne fortune d'être compris de quelques savants de son époque, avec lesquels il s'était lié d'amitié. Fourcroy surtout reçut ses confidences. Encouragé par celui-ci, et bien qu'il eût peu de fortune, Lebon avait pris, le 28 septembre 1799, un brevet ayant pour objet "Des moyens nouveaux d'employer les combustibles plus utilement, soit pour la chaleur, soit pour la lumière, et d'en recueillir les divers produits". Le brevet proprement dit est suivi d'un mémoire où les études théoriques se traduisent en formules, à côté de considérations simples et ingénieuses. Là sont spécifiés l'hydrogène, le thermolampe, leurs divers produits et leurs applications nombreuses, sans oublier les machines motrices, le chauffage des chaudières à vapeur et les aérostats. Toute une fabrique de gaz est décrite, avec fourneau de distillation, appareils condenseur et épurateur, y compris les brûleurs de gaz dans des globes fermés, pour empêcher les émanations de se répandre dans les appartements. Le 30 messidor an VIII, Lebon proposa au gouvernement la construction d'un appareil pour le chauffage et l'éclairage publics. Puis il loua l'hôtel Seignelay, rue Saint Dominique. Il y organisa des ateliers, installa un vaste thermolampe qui « distribuait la lumière et la chaleur dans de grands appartements, dans les cours, dans les jardins décorés de milliers de jets de lumières sous la forme de rosaces et de fleurs. La foule se pressait surtout près d'une fontaine où des urnes versaient de l'eau au milieu de jets de flammes. Lebon paraît s'être borné à distiller le gaz du bois, seul combustible alors en usage à Paris ; les exploitations de houille, d'ailleurs localisées, étaient alors à peine entamées. Mais son brevet ne laisse aucun doute sur la proposition d'extraire indifféremment le gaz « du bois, du charbon de terre, des huiles, des résines, des graisses et autres. » Enfin, la promesse qu'il avait faite aux paysans de son village natal: « Mes amis, je vous chaufferai, je vous éclairerai de Paris à Brachay », prouve qu'il avait déjà des idées arrêtées sur la canalisation souterraine. Il est donc bien le créateur, en France, de l'éclairage par le gaz. Après les illuminations de l'hôtel Saignelay, l'Athénée des Arts invita Lebon à sa séance publique « pour ètre présent aux témoignages « d'estime qu'il voulait rendre à ses talents ». Le ministre de la Marine nomma ensuite une Commission pour examiner ses appareils. Le général de Saint-Aouën, rapporteur, déclara que « les résultats avantageux qu'ont donné les expérience du citoyen Lebon ont comblé et même surpassé les espérances des amis des sciences et des arts. C'est alors que lui fut octroyée une concession de bois de pins à exploiter, pour sa fabrique de goudron, dans la forêt de Rouvray, où il s'installa dans une mauvaise cabane, avec sa jeune femme et ses deux enfants.
Le document sus-cité évoque même la mort tragique et enigmatique de Lebon :
Les affaires de Philippe Lebon, nommé ingénieur en chef des Ponts et chaussées, allaient enfin prospérer, mais, invité à une fête impériale aux Tuileries, il vint seul à Paris ; et le soir, en se retirant, comme il traversait les Champs-Elysées, obscurs et déserts à cette époque, il fut assassiné. On le ramassa sous les quinconces, percé de treize coups de couteau. Ni sa famille, ni ses amis ne purent venir à temps recueillir ses dernières paroles. Un document officiel nous renseigne sur la situation de Lebon, et il est intéressant de relater dans sa triste éloquence la lettre en date du 17 frimaire an 13 de l'ingénieur en chef des ponts et chaussées, M. Blin, chargé de la direction des 1 travaux du pavé de Paris, au Conseiller d'Etat, directeur général des ponts et chaussées, canaux, etc. « Monsieur, vous savez que nous avons eu le malheur de perdre M. Lebon ; sa femme était absente lorsque j'ai été prévenu de son décès. Je me suis transporté chez lui ; l'on était au moment de l'enterrer par charité. J'ai cru, par honneur pour le Corps et par respect pour le défunt, devoir le faire enterrer avec les honneurs funèbres. J'en ai fait les avances. Madame Lebon vient d'arriver ; sa position est déchirant e; elle est dans le plus grand dénûment; je réclame de votre bonté de faire accorder à la veuve le mois entier des appointements de M. Lebon pour lequel il est compris dans l'état des charges du mois de frimaire que j'ai fourni dans vos bureaux. » La dépouille mortelle de Lebon, inhumé loin de sa famille, repose on ne sait où maintenant. Un monument s'élève pourtant qui rappelle, non pas son nom, mais la découverte de l'éclairage par le gaz. Si l'on visite le cimetière du Père Lachaise, on découvre, dominant le panorama de Paris, une pyramide triangulaire montée sur un socle. Ce n'est pas le cénotaphe de Philippe Lebon, mais celui d'un Anglais, Frédéric Winsor, qui, en 1822, s'appropria l'invention de notre compatriote, que la France avait laissé tomber dans l'oubli ; on vit toutefois à cette époque, proclamer par l'autorité de la justice et de la science, les droits incontestables de l'ingénieur français. [...]
Il importe de détruire cette confusion entre les travaux de Winsor et de Philippe Lebon et de réparer envers celui-ci un oubli et une ingratitude déjà séculaires, en lui restituant l'honneur de sa découverte et en rendant un hommage public à son génie scientifique. Il faut observer qu'une rue Lebon (17e arrondissement) a été ainsi dénommée, par décret du 2 mars 1867, en l'honneur de Philippe Lebon, ingénieur et chimiste, inventeur de l'éclairage au gaz (1768-1804), mais il n'existe plus aucun document concernant cette dénomination, en raison de l'incendie de l'Hôtel de Ville en 1871. [...]
Les considérations historiques qui précèdent justifient la proposition ci-après relative à l'érection d'une statue ou d'une plaque dans le quartier de l'Ile-Saint-Louis, dont Philippe Lebon fut, par son savoir et par les services rendus à la nation, l'un des habitants les plus utiles et les plus glorieux. [...]
Source : Gallica
Si le BMO de Paris de 1906, cité ci-dessus, décrit les circonstances tragiques de son assassinat dont le ou les criminels ne sont pas identifiés ("comme il traversait les Champs-Elysées, obscurs et déserts à cette époque, il fut assassiné. On le ramassa sous les quinconces, percé de treize coups de couteau"), L'article Wikipédia parle de légende :
La mort de Lebon comporte une part de légende. Pour Louis Figuier, « Il meurt le 2 décembre assassiné de treize coups de couteau en traversant les Champs-Élysées à Paris, où il s'était rendu pour assister au sacre de Napoléon dans l'église Notre-Dame »[7]. En fait, Lebon est mort chez lui le 1er décembre 1804, il ne pouvait donc pas revenir du sacre. L'acte de décès de Paris 8e arrondissement (ancien) indique « le douze frimaire an XIII… mort la surveille » ce qui ramène au dix frimaire ; par ailleurs, l'acte de décès de la paroisse du Saint-Sacrement à Paris indique « ce jour, trois décembre mil huit cent quatre, a été présenté… décédé d'avant-hier… ». Ces deux pièces ne laissent aucun doute sur la date effective du décès le 1er. Quant à l'assassinat, la servante de Lebon, présente dans l'appartement au moment du décès, ne l'évoque nullement dans sa déposition auprès du juge de paix[8] le samedi 10 frimaire (1er).
Ce récit légendaire est aussi mis à mal dans l'article visible depuis Persée et très complet sur "la vie et la mort de Philippe Lebon" :
Quehen Jacques. L’industrie du gaz de ville en Normandie. In: Études Normandes, livraison 14, n°48, 1er trimestre 1955. L’industrie du gaz de ville en Normandie. pp. 197-224. Voici un extrait concernant la fin de sa vie :
Philippe Lebon, après une courte vie, pénible physiquement et moralement, toujours en proie aux difficultés d’argent et à l’indifférence financière des pouvoirs publics, mourut le 1er Décembre 1804, à l’âge de 37 ans. Les circonstances de la mort restent encore actuellement assez peu précises : c’était la veille du sacre de Napoléon Ier et la mort, à Paris, d’un simple ingénieur des Ponts-et-Chaussées y passa complètement inaperçue. De plus, si son supérieur, l’ingénieur Blin, n’avait payé l’enterrement de ses propres deniers, il aurait eu le 3 Décembre, le convoi funèbre des pauvres en l’absence de sa famille qui continuait d’exploiter l’entreprise de la forêt du Rouvray.
Jusqu’à ces derniers temps avait été admise la version d’un assassinat par 13 coups' de couteau, sur les Champs Elysées, le soir du 2 Décembre, au retour des cérémonies du sacre, avec vol de précieux documents. Toutefois, il est à remarquer que cette thèse ne fut présentée pour la première fois que vers 1870, à la suite d’une interprétation de M. Louis Figuier, dans une encyclopédie dénommée « Les Merveilles de la Science ». Par ailleurs, le plus ancien des biographes de Ph. Lebon, son propre neveu Joseph Gaudry, n’a pas affirmé dans son mémoire de 1856 que son oncle avait été assassiné [...]ll semble prouvé maintenant que la vérité soit tout autre : une simple mort naturelle, dans son lit, à son domicile. En effet, tout récemment, pour commémorer le cent-cinquantième anniversaire de la mort de Philippe Lebon, la Direction des Archives Nationales a eu l’heureuse initiative d’organiser, en l’hôtel de Soubise à Paris, une exposition de souvenirs et documents historiques. Avec une patience sans limite, MM. Gille et Beaujouan, des Archives de France, ont réuni des documents particulièrement significatifs [...]
[Les deux documents réunis : acte de décès et procès-verbal d’apposition de scellés] semblent bien prouver définitivement que Philippe Lebon, miné par la maladie (nombreuses lettres à ce sujet), a succombé dans son lit, de mort naturelle, le ler Décembre 1804 à 10 heures du matin. Mais la mort d’une légende vieille de près de cent ans ne se fera pas de suite et la thèse de l’assassinat survivra peut-être longtemps chez ceux qui croient à un vol de documents au bénéfice d’une nation étrangère et admettent une intervention de police afin d’étouffer l’affaire pour raison d’Etat : la controverse n’est pas close.
Wikipédia met en avant les honneurs qui lui sont consacrés en France :
En 1887, la ville de Chaumont (Haute-Marne), ville de préfecture dont dépend Brachay son village natal, a inauguré une statue de Philippe Lebon, due à Antide Péchiné. Cette statue en bronze a été fondue sous le régime de Vichy et a été remplacée par une copie en pierre.
En 1955, les postes françaises ont émis un timbre à l’effigie de « Le Bon » (en deux mots) d’une valeur faciale de 5 (anciens) francs français, dessiné et gravé par Claude Hertenberger[9],[10],[11].
Une Plaque en l’honneur de Philippe Lebon apposée sur la façade du 12, rue Saint-Louis-en-l’Île (île Saint-Louis, 4e arrondissement de Paris) dit "Dans cette maison, l'ingénieur Philippe Lebon a découvert en 1799, le principe de l'éclairage et du chauffage par le gaz".
Enfin, des articles académiques ou billets de blogs évoquant le scientifique sont visibles depuis des sites de recherches en sciences humaines ("Cairn", "Isidore", "persée"...). Notamment ces deux documents :
- Michel Lette (13 juin 1908). Statue de Philippe Le Bon (carte postale) :
Philippe LEBON met en évidence en 1799 le potentiel du gaz en matière d’éclairage public et de chauffage en brevetant son « thermolampe ». Il développe sa technique de combustion de bois et tente de débarrasser les substances huileuses et goudronneuses du gaz. Il construit son appareil composé d’un fourneau servant à distiller le bois et d’un tonneau plein d’eau dans lesquels les vapeurs acides viennent se laver et se purifier : on parle de « gaz d’hydrogène ». Sûr de sa découverte, il annonce avec conviction aux paysans de son village : « Mes amis, je vous éclairerai et je vous chaufferai de Paris à Brachay ». Ses premiers essais au Havre pour expérimenter l’éclairage de phares sont sans succès. Il réalise une autre expérience en 1801 dans l’hôtel de Seignelay à Paris. Il parvient à alimenter les lampes des différentes pièces, à éclairer le jardin et à profiter de la chaleur du four pour chauffer l’hôtel. Or le procédé n’est pas adopté en raison d’un faible éclairage, de fortes odeurs du gaz de bois et d’importante production de chaleur l’été. Le décès prématuré du savant en 1804 permet à ses successeurs de poursuivre ses recherches. Ainsi, la carte postale laisse une trace de sa mémoire et la voie de la correspondance contribue à ce que son invention ne tombe pas dans l’oubli.
La première mise en lumière d’une ville au gaz d’éclairage a été réalisée à Londres en 1812 par William Murdoch. Il faudra attendre 1824 à Paris. Des usines en périphéries des villes se servent du gaz d’éclairage acheminé par des tuyaux sous terre. Il contribue à alimenter l’éclairage public, à aider à la sécurité dans les villes ou à se chauffer dans les foyers. Le gaz devient la principale source d’éclairage urbain avant que ne s’impose l’électricité à la fin du XIXème siècle. Aujourd’hui encore les appareils alimentés au gaz ne cessent d’être perfectionnés, les gestes du quotidien dans l’usage de l’électricité demeurent anodins et nos espaces publics regorgent d’éclairage.
- Finot, A. (2009). L'éclairage dans les spectacles à Paris du XVIIIe siècle au milieu du XXe siècle. Annales historiques de l’électricité, 7(1), 11-23.
Le monopole gazier pour l’éclairage au cours du XIXe siècle
Mais tandis que la bougie avait supplanté la chandelle, l’huile, qui avait vaincu la bougie, céda à son tour la place au gaz. Un ingénieur français, Philippe Lebon, invente l’éclairage au gaz tiré du bois, mais, assassiné le 2 décembre 1804, – le jour du sacre de Napoléon – le malheureux n’en verra pas l’adoption par les gens de théâtre. Il faudra en effet attendre quinze ans pour qu’une autorisation royale permette la construction du premier gazomètre parisien rue Richer, à proximité de l’Opéra de la rue Le Peletier – non loin de l’Opéra actuel – où tout put être ainsi aménagé au gaz (portants, herses, rampes, lampes mobiles à réflecteurs). [...]
Bien à vous
Métropoles et périphéries : qui les habitent ?