Question d'origine :
Qui a inventé le bisou? (question de Carmen, 7 ans)
Réponse du Guichet
Les bisous remonteraient à des temps très anciens. Les dernières études les font même remonter aux ancêtres des grands singes il y a 17 à 21 millions d’années, et chez les Néandertaliens, nos ancêtres préhistoriques, il y a plus de 100 000 ans !
Personne ne connaît donc vraiment leur inventeur précis, mais plusieurs hypothèses évoquent une origine liée au partage de la nourriture mastiquée par la bouche de la mère à l'enfant. Ce geste serait devenu une manière ritualisée de rassurer l'enfant.
Bonjour Carmen,
Voici une excellente question ! Si nous apprécions tous donner ou recevoir des bisous, tu te demandes qui est la personne qui a eu cette idée la première ? C'est une question à laquelle il semble difficile de répondre car même les chercheurs et les historiens ne sont pas capables de donner un point de départ à la grande aventure du bisou. En effet, les preuves historiques et les avancées scientifiques les plus poussées font remonter cette pratique à très très loin, bien avant Jésus Christ et l'année zéro et peut-être même encore avant, chez nos ancêtres les plus éloignés, lorsque les hommes et femmes n'étaient pas encore exactement ce qu'ils sont devenus.
Déjà, il faut bien se rendre compte qu'il existe toute une panoplie de bisous différents et qu'ils ne partagent pas tous les mêmes significations. On ne peut pas dire que les bisous que l'on fait à son enfant, à son amoureux ou à son amoureuse, où ceux que l'on fait à son papa ou sa maman soient de la même nature. Par ailleurs, le bisou tel que nous le connaissons chez nous en Occident serait loin d'être un comportement unanimement partagé par tous les êtres humains, puisque 10 % de la population humaine ne le pratiquerait pas. Dans certaines parties du monde, donner un baiser avec sa bouche est même jugé parfaitement répugnant et inaproprié :
Dans certaines tribus, on considère qu'il s'agit d'un geste malpropre. Ainsi, les Thonga de l'Afrique du sud jamais ne s'embrassent - à tout le moins sur la bouche. Voir deux personnes s'embrasser suffit à les dégoûter. Lorsque les membres de la tribu Chewa virent pour la toute première fois des Européens s'échanger des baisers, ils furent répugnés à l'idée que le couple "avalait toutes les saletés contenues dans la salive de l'un et de l'autre. Pour quelle raison ? Parce que selon leurs croyances, la bouche symbolise la source de la vie - le lieu où l'âme réside. Or l'âme peut facilement être contaminée si on n'y prend pas garde.
(...)
Pour les Asiatiques en général, le baiser est un geste à proscrire en public, car il fait offence à leur discrétion légendaire. Au Japon, nul ne voudrait être surpris à donner un baiser en public, il s'agit d'un acte très intime qui n'a sa place nulle part, sauf dans l'intimité.
Source : Petite histoire du baiser de Julie Enfield (Les presses libres, 2005) (p. 32-33)
Dans d'autres endroits, on n'utilise pas la bouche mais le nez pour se faire des bisous. Chez les peuples Inuits qui vivent dans le froid polaire de l'Arctique il est d'usage de presser et de frotter son nez sur la joue de quelqu'un pour le saluer, c'est le Kunik. Tu en trouveras une illustration dans cette vidéo.
Sous l'Empire romain il y a 2000 ans, tout était plus compliqué encore, car cohabitaient jusqu'à trois manières de se faire des bisous, chacun ayant une signification bien définie. On les appelait le basium, l'osculum et le suavium :
Avant de devenir l'un des fondamentaux occidentaux de l'amour, le baiser a été, sous l'Empire romain, constitutif d'un code social et politique bien établi. «Il existe alors trois types de baisers différents avec des termes distincts pour les nommer, détaille Alexandre Lacroix. Le basium se pratique entre parents, l'osculum entre personnes du même corps social. Ces deux formes de baisers, qui se pratiquent lèvres contre lèvres, signifient l'appartenance au même corps social ou familial.»
(...)
Enfin, «le suavium désigne, lui, le baiser avec la langue. C'est le baiser échangé entre amants», continue-t-il.
Source : L'étonnante histoire du baiser, qui n'a pas toujours été romantique - Slate (2022)
Pour revenir à l'origine du bisou, parmi les preuves très anciennes de cette pratique chez les humains, les archéologues ont retrouvé en Irak des tablettes, gravées datant d'il y a environ 4500 ans :
Les chercheurs ont étudié en particulier des tablettes d'argile sumériennes et akkadiennes, peuples de l’ancienne Mésopotamie, en écriture cunéiforme datant d'il y a plus de 4 400 ans. D’après leur étude, celles-ci fournissent des preuves écrites des premiers baisers dans le Moyen-Orient ancien. Selon ces analyses, le baiser serait donc une pratique établie dès la fin du troisième millénaire avant J.C. dans le Moyen-Orient ancien. L’un des exemples notables est une tablette babylonienne en argile qui représente une scène intime entre deux personnes.
Source : Depuis quand existe le baiser ? Voici une nouvelle réponse fournie par l’archéologie - Science et Vie, 2024.
Dans des temps encore plus anciens, vers -12 000 avant JC, une personne s'amusa à sculpter un petit galet d'une dizaine de centimètres et représenta ce qui ressemble à une embrassade ou à un baiser entre deux individus. On a surnommé cette sculpture primitive, Les amants d’Aïn Sakhri, du nom de la grotte où l'objet a été exhumé (elle est située près de Bethléem dans l'actuelle Cisjordanie). Le site Astarté parle de "plus vieux baiser du monde gravé dans la pierre".
Enfin récemment, des scientifiques danois se sont intéressés à la présence d'une bactérie trouvée sur les dents de nos ancêtres les hommes et femmes préhistoriques de Néandertal, à qui l'on a donné le nom très compliqué de coccobacille buccal Methanobrevibacter oralis. Sa présence laisserait supposer que des bisous étaient déjà échangés chez l'Homme de Néandertal il y a plus de 100 000 ans !
Les deux scientifiques danois en veulent pour preuve une étude consacrée à une bactérie, la coccobacille buccal Methanobrevibacter oralis. En étudiant des dents d’hommes de Néandertal, des chercheurs ont retrouvé des traces de cette bactérie, également présente dans la bouche des homo sapiens. Ce constat a permis d'émettre l’hypothèse que les néandertaliens et nos lointains ancêtres auraient pu, il y a plus de 100.000 ans, se “rouler des pelles”.
Source : 4 500 ans de baisers : mais pourquoi donc les êtres humains s'embrassent-ils ? - France Culture (2023)
Mais encore plus récemment, des chercheurs se sont intéressés à l'histoire des grands singes, et notamment à ceux chez qui l'on a pu observer des comportements d'embrassement. Une étude intitulée A comparative approach to the evolution of kissing ("Une approche comparative de l'évolution de l'embrassement") a révélé grâce a des recherches en statistiques et biologie de l'évolution que le bisou est un comportement qui serait apparu pour la première fois il y a entre 16,9 et 21,5 millions d’années, probablement chez des ancètres communs de ces grands singes : Le baiser, une histoire vieille de 20 millions d’années (France Culture, 2025).
S'il est donc impossible de dire qui est l'inventeur du bisou, nous pouvons nous demander pourquoi avons nous commencer à nous faire des bisous ?
Les anthropologues (une science qui étudie le fonctionnement de l'être humain en société) estiment que cette pratique remonte aux premiers jours de l’humanité, quand les mères mastiquaient la nourriture pour la transmettre à leurs nourrissons afin qu'ils puissent la manger. Une forme "d'alimentation par le bisou" :
Comment est apparu le baiser ? Certains anthropologues affirment que le baiser sur la bouche est un dérivé de la prémastication, une coutume préhistorique voulant que l'adulte mastique la nourriture et l'attendrisse avant de la mettre dans la bouche de l'enfant à nourrir. (Nombre d'animaux procèdent ainsi, prenant la nourriture de leur bouche pour la déposer dans la bouche de leur nourrison : le chimpanzé mastique une banane avant de la mettre dans la gueule de son petit dans un bouche-à-bouche maternel ; la lionne régurgite dans la gueule de son lionceau la nourriture qu'elle vient d'avaler, en dévorant sa proie).
D'autres savants sont d'avis que le baiser vient plutôt d'un simple plaisir tactile - qui ne se délecte de la douce caresse des lèvres de l'élu(e) de son coeur ?
Source : Petite histoire du baiser de Julie Enfield (Les presses libres, 2005) (p. 32-33)
France Culture rajoute :
De nombreux psychologues évolutionnistes estiment que le baiser pourrait être une résurgence inconsciente du “transfert alimentaire de pré-mastication”, lorsque les mères de nos lointains ancêtres prémâchaient la nourriture avant de la transférer de bouche à bouche. Par extension, presser ses lèvres sur celles de son enfant pourrait avoir été, pour les mères, une façon de les rassurer lors de temps difficiles, voire d’exprimer leur affection afin de les tranquilliser.
Source : 4 500 ans de baisers : mais pourquoi donc les êtres humains s'embrassent-ils ? - France Culture
Pour d'autres, le baiser correspondrait au besoin des Humains de retrouver la sensation de la tétée, au contact du sein de la mère, éprouvée lors de leur plus tendre enfance :
Au plan physique, nous imitons la tétée lorsque nous donnons un baiser. Dans son ouvrage Babywatching (1992), l'anthropologue Desmond Morris définit la tétée comme un "serrement en étau plutôt qu'une succion". Ce serrement exerce une pression qui exprime le lait hors du sein engorgé et profondément enfoui dans la bouche du nourrisson. Nous faisons de même lorsque nous embrassons l'autre sur la bouche, dans un baiser profond et langoureux.
Source : Petite histoire du baiser de Julie Enfield (Les presses libres, 2005) (p.16)
Pour en savoir plus, nous t'invitons à parcourir les sites suivants :
L’art du bisou : Origines et significations à travers les cultures - La Renverse.
Le Bisou : Comprendre cette embrassade française et ses nuances culturalisées - Caree.
- Les bisous - La Ptite Boussole.
Mais également ces ouvrages les bisous disponibles à l'emprunt dans les secteurs jeunesses de nos bibliothèques.
Des bisous !
Petit manuel illustré de l’art de vivre au Japon