Quelle est la position de la Chine dans le conflit qui oppose l'Iran aux USA et Israël ?
Question d'origine :
Quelle est la position de la Chine dans le conflit qui oppose l'Iran aux USA et à Israel?
Réponse du Guichet
La Chine se limite à condamner les frappes israëlo-américaines contre l’Iran sans apporter d’aide militaire concrète à son partenaire iranien, privilégiant la préservation de la détente avec Washington, notamment en vue de la visite officielle à venir de Donald Trump en Chine du 31 mars au 2 avril. Cette retenue est aussi jugée comme un moyen d'obtenir la clémence des Etats-Unis sur le dossier Taïwan. Pour l'heure la priorité des Chinois semble surtout de faire pression sur l'Iran afin de sécuriser leur approvisionnement énergétique dans le détroit d’Ormuz par lequel transite 45% du pétrole importé dans le pays.
Bonjour,
Comme ce fut le cas lors des bombardements massifs des sites nucléaires iraniens par l’aviation américaine en juin 2025 puis lors de la capture du président du Venezuela Nicolás Maduro le 3 janvier dernier par l’armée américaine, la Chine s'est pour l'heure contentée de condamner les attaques israélo-américaines contre l'Iran sans véritablement prendre part au conflit. En effet la diplomatie chinoise ne semble pas prête à dégrader ses relations avec les Etats-Unis tout en s'inquiétant pour son approvisionnement en hydrocarbures du fait du blocage du détroit d'Ormuz par les autorités iraniennes.
Si vous souhaitez comprendre les ressorts de l'alliance de l'Iran, de la Chine et de la Russie face aux puissances occidentales, nous vous recommandons au préalable de visionner le documentaire Arte : Russie, Chine, Iran : la revanche des empires
La Chine et l'Iran sont davantage des partenaires commerciaux que de réels alliés militaires et la nature de leurs relations est ambivalente. Si la Chine condamne fermement l'attaque israëlo-américaine sur le régime des mollahs et l'assassinat du Guide Suprême Ali Khamenei, elle s'inquiète peut-être davantage encore de la destabilisation complète de la région, et notamment par crainte pour ses intérêts économiques.
Déjà en 2025, à la suite des 12 jours de frappe de l'armée américaine contre le programme balistique et nucléaire iranien, la position de la Chine, volontairement très en retrait, avait été perçue comme une défense de ses propres intérêts :
La Chine donne une nouvelle fois l’impression de faire trop peu, trop tard et de rester en retrait en période de crise sécuritaire, comme déjà en juin 2025. « La région est très sensible pour la Chine. Elle doit maintenir un équilibre avec chacun de ces pays qui, entre eux, ont des relations complexes. Donc elle doit faire attention. Elle fustige l’offensive américaine, qu’elle trouve particulièrement inacceptable en pleines négociations. Mais, au-delà de ça, elle ne peut pas faire grand-chose », constate Ma Xiaolin, doyen de l’Institut d’études du pourtour méditerranéen à l’université d’études internationales du Zhejiang
Source : La Chine, soutien du régime iranien et principal acheteur de son pétrole, exprime sa colère après les attaques américaines et israéliennes (Le Monde, mars 2026).
L'Iran est un partenaire stratégique de première plan pour le Chine, notamment grâce à la vente de ses outils et méthodes de surveillance de la population et de contrôle d’Internet, mais aussi et surtout en raison de ses importations d'hydrocarbures. La Chine est le premier pays importateur de pétrole et de gaz naturel liquéfié au monde. 80% du pétrole exporté par l'Iran part en direction de la Chine et 45% du pétrole importé par les Chinois passerait par le détroit d'Ormuz. Ces chargements étaient jusqu'alors acheminés par bateaux et camouflés par des "opérations de transbordement d’un navire à l’autre" pour masquer l'origine des produits et ainsi contourner les sanctions internationales qui planent sur l'Iran. (Le Monde, La Chine, soutien du régime iranien et principal acheteur de son pétrole, exprime sa colère après les attaques américaines et israéliennes, 2 mars 2026)
Le blocage du détroit d'Ormuz est donc un problème pour l'économie chinoise. L’approvisionnement énergétique de la Chine, et à fortiori celui du monde entier (puisque 20% de la production mondiale de pétrole transite par le détroit, le cours du prix du baril s'est envolé jusqu'à atteindre 120 dollars ce 9 mars), est aujourd'hui pris en otage par l'Iran qui utilise sa mainmise sur le détroit pour faire pression sur les États-Unis et Israël.
Cet article du journal Le Monde explique que Pékin joue la carte de la diplomatie dans l'espoir de débloquer la situation. Bien qu'agacée d'avoir été embarquée contre son gré dans une crise qu'elle n'a pas voulue et qui révèle, en creux, sa dépendance aux échanges mondiaux en matière de pétrole, la Chine aurait dépêché un émissaire dans la région pour faire pression sur l'Iran et trouver de nouvelles solutions diplomatiques. En interne le pays aurait aussi mis fin à toutes ses exportations, concentrant ses efforts sur ses raffineries pour répondre en priorité à ses propres besoins énergétiques. Le pays miserait également sur ses réserves pétrolières, d'une importance difficile à quantifier :
La Chine, qui est un importateur net de pétrole, a déjà ordonné à ses raffineries de cesser leur activité d’exportation de fioul, affirme Reuters. Ses réserves stratégiques sont un secret d’Etat, mais la Chine pourrait avoir entre celles-ci et le stock commercial de ses raffineries autour de cent quinze jours environ de marge d’approvisionnement pétrolier, selon Kpler, sans compter la possibilité d’acheter davantage à de grands partenaires tels que la Russie, l’Angola ou le Brésil.
« La Chine va très fortement essayer de plaider pour son approvisionnement, essayer de trouver une forme d’arrangement permettant au trafic la concernant de passer. Plus longtemps le détroit reste bloqué, plus cela va l’agacer », dit Xu Muyu, experte du pétrole pour la société de suivi des flux maritimes Kpler.
Source : La Chine tente de débloquer le trafic la concernant dans le détroit d’Ormuz (Le Monde, mars 2026)
Le cas de l'Iron Maiden, bateau sucrier en provenance du port de Dubaï alerte les observateurs internationaux. Ce navire serait parvenu à traverser le détroit après avoir modifié son signalement en indiquant appartenir à la Chine. Depuis, plusieurs navires d'obédiance chinoise sont soupçonnés d'avoir pu se déplacer grâce à l'indulgence des autorités iraniennes (France Inter, 9 mars 2026), ce qui confirmerait des avancées dans les tractations.
Ce conflit serait aussi révélateur des limites de l’alliance de la Russie, de l'Iran et de la Chine face à l'Occident. Ni la Russie ni la Chine ne semblent décidés à enclencher la riposte pour venir en aide à leur allié. "Les réactions des responsables russes et chinois à l’intervention militaire américano-israélienne en Iran montrent les limites des "partenariats stratégiques" noués avec ce pays." écrit l'Institut Montaigne. Comme pour le Venezuela, les Iraniens se sont contentés de déclarations de la part de leurs deux principaux partenaires. La Russie, déjà trop accaparée par sa guerre en Ukraine et la Chine, qui espère profiter de la situation pour avancer ses pions à Taïwan, ne souhaiteraient s'engager dans une guerre ouverte contre les Etats-Unis.
Dans un article publié par le journal CNBC et cité par l'Institut Montaigne, les analystes estiment que la priorité de la Chine reste de "préserver la détente" avec les États-Unis, notamment en vue de la visite d’État officielle du président Trump à son homologue chinois qui se tiendra du 31 mars au 2 avril prochain. La Chine profiterait donc du conflit avec l'Iran pour obtenir des gains sur Taïwan, négociant plus de souplesse et de compréhension des autorités américaines, en échange d'un soutien très timoré à son allié iranien :
« Pékin pourrait chercher à obtenir des concessions sur des questions plus directement liées à ses intérêts, comme Taïwan et le commerce, en échange d’un discours considérablement atténué sur l’Iran », a déclaré Ahmed Aboudouh, chercheur à Chatham House, un groupe de réflexion politique basé à Londres.
Niutanqin, un compte de réseau social lié aux médias d’État chinois et largement considéré comme un porte-parole de Pékin, a écrit lundi que « l’Iran n’a pas de véritable allié », ajoutant que même les nations les plus proches privilégieront leurs propres intérêts nationaux plutôt que de sortir Téhéran de la crise.
Traduction avec Google.
Source : Why Iran should not count on allies Russia and China to come to its aid (CNBC, mars 2026)
Cette analyse est relayée par l'Institut Montaigne et a aussi été partagée dans le journal anglais The Guardian : Trump’s show of force in the Middle East creates a weakness China can exploit. La situation pourrait en revanche étioler l'image d'une Chine en mesure de défendre ses nouveaux alliés, et en particulier en Afrique et en Asie, où elle s'est construit patiemment de nouvelles alliances ces dernières années :
Pour expliquer la position chinoise, il faut aussi avoir à l’esprit la prochaine rencontre Trump-Xi, fin mars-début avril, soulignent les commentateurs. Le maintien de la trêve douanière et de la détente avec les États-Unis demeure une priorité pour Pékin, indique Cnbc. D’ores et déjà, note Euractiv, la Maison Blanche a décidé du gel de 13 Mds $ d’armes promises à Taiwan. Le nouveau front ouvert par Washington pourrait renforcer la main du Président Xi dans les discussions, avance le Guardian. Toutefois, alors même que la Chine avait agi en 2023 en faveur du rapprochement irano-saoudien, son attitude en retrait dans le conflit actuel avec l’Iran ternit, notamment en Afrique et en Asie, l’image, patiemment construite, d’une Chine, pourvoyeuse de sécurité et alternative aux pays occidentaux, estime The Diplomat, et ce d’autant que les équipements militaires fournis au régime iranien (radars notamment) ont, comme au Venezuela, fait la preuve de leur inefficacité.
(...)
La stratégie de Pékin a toujours consisté, selon la BBC, à maintenir les États-Unis enlisés au Moyen-Orient en veillant cependant à ne pas déclencher un conflit régional qui provoquerait l’envol des prix du pétrole. La Chine pourra aussi tirer des enseignements pour Taïwan des frappes américano-israéliennes qui ont décapité le régime iranien et affaibli la chaîne de commandement, cependant l’évolution du conflit pourrait aussi l’inciter à la prudence, juge pour sa part l'institut Lowy.
Source : [Le monde vu d’ailleurs] - La Chine et la Russie face à la guerre en Iran de Bernard Chappedelaine pour l'Institut Montaigne (mars 2026).
Pour aller plus loin, nous vous conseillons de parcourir les articles suivants. La plupart des articles bloqués sont lisibles grâce au bouquet de presse en ligne inclus dans un abonnement à la BmL :
After the strike: The danger of war in Iran (Brooking.edu)
US-Israel attack: Where are Iran's allies, Russia and China ? (BBC)
After Khamenei: China is watching, and so should Taiwan (The Interpreter)
Guerre en Iran : la Chine sur le qui-vive au Moyen-Orient (Les Echos)
La guerre en Iran est aussi une affaire de gros sous (Mediapart)
La Chine, dépendante du pétrole iranien, discute avec Téhéran pour que ses bateaux circulent dans le détroit d'Ormuz (France Inter)
Face à la guerre en Iran, la Chine choisit le silence (L'Opinion)
Bonne journée.
Tokyo 68