Question d'origine :
Bonjour,
le 27 juillet 1984 debute le creusement du tunnel sous le rhone et la saone a l'aide d'une roue de tunnelier, fin avril 1988, le percement des 2 tubes du tunnel sont finis de percer. la roue du Tunnelier est alors exposé dans les jardins de "la fosse aux ours".. mais qu'est devenu cette Roue ?
merci de votre réponse
cordialement
jean paul de lyon
Réponse du Guichet
La ligne D du métro de Lyon, construite dans les années 1980, nécessite de passer successivement sous la Saône, puis sous le Rhône, dans des terrains alluvionnaires très instables. Pour réaliser ce passage, les ingénieurs choisissent une technique encore peu utilisée en France à l’époque : un tunnelier à pression de boue bentonitique que les lyonnais appellent "la Taupe".
Pour immortaliser cette prouesse, la roue de ce tunnelier a été exposée pendant presque dix ans en contrebas du pont de la Guillotière : passée du sud au nord de la Fosse-aux-Ours, elle surplombe alors le Rhône et fait par la même occasion office de fontaine.
Les aménagements des berges du Rhône des années 2000 entraînent la disparition du square et le démantèlement de la roue, découpée et mise à la ferraille par décision du Grand Lyon, qui nous a confirmé sa destruction ici.
Bonjour,
Le creusement du tunnel sous le Rhône et la Saône à Lyon, débuté en 1984, dans le cadre de la construction de la ligne D du métro lyonnais, a bien été réalisé à l’aide d’un tunnelier, une machine équipée d’une roue de coupe, spécialement conçue pour excaver des tunnels dans des sols variés. Ce type de machine était déjà utilisé pour des projets similaires en Europe, mais son utilisation à Lyon a marqué une étape importante pour les infrastructures urbaines françaises.
À la fin du chantier du métro D vers 1988-1989, un élément du tunnelier — la roue de coupe — a été conservé et installé dans les jardins de la Fosse-aux-Ours, dans le quartier de la Guillotière. Cette roue était un symbole de la modernité technique de l’époque. On trouve plusieurs photos de cette roue de coupe du tunnelier dans la base Photographes en Rhône-Alpes de la BmL, telle que celle-ci :
[Roue de coupe du tunnelier de la ligne D] / Quinones, Marcos, 1948-20.. (photographe) ; éditeur Lyon Figaro ; date de prise de vue [1991-08-18] ;
Localisation : Bibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPTL0113 01 ;
Technique : photographie positive : tirage noir et blanc ; 18 x 24 cm (épr.) ;
Description : La Taupe (1991), roue de coupe du tunnelier de la ligne D. Installation : Daniel Bret. Propriétaire : Ville de Lyon ;
Historique :
Ce qui devait arriver est arrivé. La roue de coupe de la taupe a quitté le bout de gazon où elle croupissait depuis des années pour remplir la noble fonction devant être la sienne : être le monument à la gloire du chantier de la ligne D du métro lyonnais. Passée du sud au nord de la Fosse-aux-Ours, elle surplombe désormais le Rhône et fait par la même occasion office de fontaine... Ce n'est pas franchement hideux, ce n'est pas résolument esthétique non plus. C'est. Et c'est tout. A ceci près que l'édification de la chose a coûté la bagatelle de 450.000 francs. Un peu cher, pour une récupération d'un (gros) déchet industriel. L'histoire commence à la Semaly, maître d'œuvre de la construction du métro et dirigé alors par René Waldmann, par ailleurs président de l'association des travaux en souterrain. Sous le Rhône, la taupe n'en finit pas de creuser son tunnel, de se casser les dents sur d'antiques pieux et, dans le terrain "grossier" où elle évolue, la percée du tunnelier se fait héroïque. La traversée du Rhône se mue en exploit technologique sans précédent. Dans l'euphorie de la victoire, fin avril 1988, René Waldmann demande au tunnelier allemand d'offrir à Lyon, en mémoire du chantier, la dernière roue de coupe. Ce que l'histoire ne dit pas, c'est le probable contentement des Allemands, autorisés par le fait à abandonner sur place l'encombrante pale. Depuis, silence radio. Perturbé seulement par les protestations des riverains de la place Raspail qui apprécient peu le cadeau déposé sous leurs fenêtres. Et passent les années sans que la Semaly abandonne son intention de commémoration monumentale. Un projet est établi, les autorisations municipales semble-t-il toutes obtenues et, après le réaménagement des alentours de la Fosse-aux-Ours, l'hélice franchit quelques mètres, émigre du 7e au 3e arrondissement et devient fontaine. Une grosse fontaine avec petit filet d'eau. "Ce n'est qu'un clin d’œil au passé, il n'y a aucune prétention artistique", tient à souligner Joseph Ferrand, directeur-adjoint à la Semaly. Interrogé sur le coût de l'opération dont la rumeur veut qu'il se situe autour de 450.000 francs, Joseph Ferrand confirme d'un : "C'est à peu près ce que vous me racontez". Daniel Briet, maître d'ouvrage pour le cabinet Pierre Vurpas, justifie la somme notamment par la complexité des armatures nécessaires au soutien du mastodonte... Source : "Il ne faut pas dire Fontaine..." / Sophie Bloch in Lyon Figaro, 21 août 1991, p.20.
Source : [Roue de coupe du tunnelier de la ligne D] (Photographes en Rhône-Alpes)
La roue y est restée exposée plusieurs années, devenant un élément familier du paysage du quartier avant les transformations urbaines ultérieures qui virent arriver les aménagements des berges du Rhône et la réorganisation de la place dans les années 2000. Le Grand Lyon décide alors qu'elle sera découpée sur place et mise à la ferraille, selon l'article du Progrès de Lyon du 23 septembre 2005, disponible en intégralité sur Europresse (base de presse en ligne accessible avec un abonnement BmL). En voici des extraits :
Pour immortaliser cette prouesse, le plateau de ce tunnelier a été exposé dans le petit square situé en contrebas du pont de la Guillotière. Las, le square a été rasé et le « tunnelier » déposé. Exposé telle une œuvre d'art depuis presque dix ans, sur un socle spécialement créé à cet effet, il disparaît sans tambour ni trompette du paysage des berges.
Le Grand Lyon a décidé qu'il serait découpé sur place et mis à la ferraille. Raison invoquée à cette mise au rebut ? Le coût. La masse du tunnelier aurait nécessité des moyens de levage et de transport spécifiques. Ce qui aurait induit des frais jugés trop élevés au regard de l'intérêt (jugé limité) de l'objet. En l'absence de précisions sur le montant de ces coûts, difficile de se faire une opinion. On peut néanmoins douter qu'ils soient significatifs par rapport aux quarante-quatre millions d'euros annoncés pour le projet des berges. Peut-être que le maire de Lyon aurait pu mettre l'objet en vente, tels les morceaux du mur de Berlin ou des escaliers de la tour Eiffel.
Un souvenir pour les lyonnais, une façon de financer (un peu) les travaux pour la Ville !
Source : "Le tunnelier à la ferraille !" (Le Progrès - Lyon. Rhône, vendredi 23 septembre 2005)
Le Grand Lyon nous a confirmé la destruction de la roue, dans la réponse du Guichet du savoir : tunnelier du métro (10 novembre 2017) :
Réponse de la documentation Lyon et Rhône-Alpes
Pour satisfaire votre demande, nous avons fait appel aux services du Grand Lyon, via leur site. Leur réponse nous est parvenue dans des délais fort courts : la fraise du tunnelier a été détruite. N'hésitez pas à les solliciter si vous souhaitez en savoir davantage.
Autres sources susceptibles de vous intéresser :
- Notre réponse Construction métro D à Lyon (1er mars 2017) :
Entre 1981 et 1982, la SEMALY(1) lance un concours pour les travaux de génie civil de la sous fluviale, pour la traversée du Rhône entre Bellecour et Saxe-Gambetta (lot principal), la traversée sous la Saône étant une « tranche optionnelle ». [...]
Après plusieurs mois d’études, la solution d’un tunnelier à boue liquide est acceptée. Il porte le nom de Pascale mais les Lyonnais l’appelle « La taupe ». Un dossier est remis à la presse : « La solution technique proposée par le groupement Dragages consiste à réaliser en souterrain deux tubes séparés, à section circulaire de 5,30 m de diamètre intérieur, au moyen d’un engin d’un type encore jamais employé en France, appelé « bouclier à boue thixotropique »… dont le nom allemand est Hydroschild. » Un dispositif derrière le bouclier permet de mettre en place le béton de revêtement au fur et à mesure.
Le tunnelier est opérationnel le 27 juillet 1984. Le percement du premier tunnel est terminé le 17 avril 1986. Il faudra 2 mois pour retransporter le tunnelier à son point de départ afin de forer le second tunnel, qui sera achevé 9 mois plus tard.
[Source : René Waldmann, directeur de la SEMALY, retrace l’épopée de la construction de la ligne D, dans Les charmes de Maggaly [Livre] / René Waldmann, 1993.]
- Notre dossier de presse conservé au Silo régional : Le Métro lyonnais [Dossier de presse] : articles de presse, qui permet de se remémorer le bouleversement causé par le chantier du métro dans le quartier de la Fosse aux ours avec l'arrivée de ce fameux tunnelier.
- Lire également l'étude de 1988 : Métro de Lyon ligne D - premiers résultats et bilan des chantiers de génie civil :
La ligne D est la quatrième du réseau métropolitain de Lyon. Elle a représenté une opération de très grande importance. Réalisés en tunnel sur 3 000 m, les travaux de creusement au bouclier à boue bentonitique n'ont pas été sans difficultés qui, toutes, furent résolues. L'auteur développe en particulier la réalisation de ce tronçon central, en insistant sur les travaux au tunnelier et sur les résultats techniques obtenus.
Très belle journée à vous.
Lug, pionnier lyonnais des super-héros