Je cherche des informations sur le sanatorium Viktoria à Berne
Question d'origine :
Bonjour,
nous avons retrouvé dans les archives familiales, la correspondance de notre grand-mère née en 1900 dans le Jura (France) et qui en 1919 a passé presque 2 mois au sanatorium Viktoria de Berne (Suisse) du 7 août au 1er octobre ; nous n'avons aucune indication concernant la cause de son hospitalisation, si ce n'est une prise de poids hebdomadaire. Cet établissement était tenu par les soeurs de la miséricorde de la sainte croix. Nous cherchons des informations sur cet ordre, sur les soins proposés dans ces établissements ; nous savons qu'elle était soigné par le Dr Dubois puis le Dr Snydre (orthographe incertaine).
Bien cordialement
Noelle C.
Réponse du Guichet
En l'absence de moyens thérapeutiques efficaces, les séances de cure de repos au grand air des Alpes, en chaise-longue, au soleil, avec un régime diététique adapté semblent avoir constitué le gros des soins prodigués dans les sanatoriums du début du XXe siècle en Suisse. Plusieurs repas quotidiens énergétiques, des horaires stricts, une interdiction de l’alcool, et des règles d’hygiène sévères participaient à la convalescence des tuberculeux et personnes atteintes de pathologiques respiratoires.
Bonjour,
En 1920 la tuberculose fait près de 80 000 morts par an en France. Cette maladie touche principalement les centres urbains qui se sont densifiés tout au long du siècle précédent. Insalubrité, poussière, manque de lumière sont dénoncés par les médecins qui insistent sur la nécessité d'une cure au grand air, du repos dans un environnement sain et de la lumière pour soigner la tuberculose. La grippe espagnole a aussi été particulièrement virulente sur les années 1918-1919, votre grand-mère a pu être affectée par des problèmes pulmonaires et souffrir de séquelles respiratoires.
Nous ignorons les causes précises de l'hospitalisation de votre grand-mère dans ce sanatorium mais pouvons vous indiquer le type de soins prodigués dans ces espaces :
"Les facteurs environnementaux sont désormais reconnus et aboutissent au concept de la cure de plein air, codifiée par les phtisiologues allemands : la Freiluftkur est préconisée par le Dr Brehmer en Allemagne, et précisée sous forme de Liegekur ou Ruheluftkur - cure en position allongée - par son disciple le Dr Dettweiler dès 1859 ; l'héliothérapie, développée en Suisse par les Dr Rollier et Bernhardt, complète la cure d'air par l'exposition du corps aux rayons ultra-violets. Ces principes constituent les fondements de l'espace du sanatorium depuis ses débuts jusqu'aux dernières réalisations des années 1950.
[...]
Comme nous l'avons déjà mentionné, c'est principalement en Allemagne que naît le concept de cure de plein air, entre 1850 et 1870, et qui, malgré son caractère hypothétique, va être à l'origine d'une véritable révolution en matière d’institution officiellement destinée à la guérison. La sécheresse, la pureté de l'air, un certain degré d'hygrométrie, des conditions favorables d'ensoleillement, de luminosité, et surtout le climat de montagne, sont considérés, outre la cure diététique, comme les facteurs principaux de guérison de la maladie, essentiellement la tuberculose pulmonaire.
[...]
La cure en altitude est avant tout mise en exergue par le médecin suisse A.Spengler, qui accueille des malades dès 1865 à Davos, station alpine qui fera l'objet d'un développement sanitaire et touristique considérable. Sans aucune véritable base scientifique, les bénéfices de l'altitude sont mis en valeur et engendreront la construction de milliers de sanatoriums en Europe, suscitant ainsi une véritable ruée vers l'or blanc des cimes alpines, qui précède et annonce la pratique des sports d'hiver, et instaure les premiers jalons d'une modernité alpine. [...] La Suisse, avec notamment les sites de Davos, déjà mentionnés de Leysin et d'Arosa, développe les stations d'altitude réservées à une clientèle étrangère fortunée le plus souvent anglaise ou allemande. Sur le principe de la cure thermale, un nouvel art de vivre est alors proposé en complète opposition avec le mode de vie de la plaine, urbain, bruyant et pollué, où stagnent les redoutables miasmes des classes populaires. [...]
En l'absence de médicaments, de nouvelles hypothèses thérapeutiques sont énoncées par les docteurs Spengler, Burckhard et Turban. Ce dernier crée le premier établissement dit "fermé", doté de soixante lits, où les patients sont soumis à un traitement rigoureux et à une discipline extrême, la cure de repos en position allongée étant obligatoire pendant une durée de cinq à sept heures par jour. Cette règle de la cure sera désormais en vigueur dans l'ensemble des sanatoriums. L'héliothérapie, c'est-à-dire le traitement par la lumière solaire est appliquée en Suisse dès 1899 aux cas de tuberculose osseuse en particulier, et à la guérison des plaies, à partir des théories du Dr Bernhard, par le Dr Rollier qui met notamment en oeuvre à Leysin en 1905 un établissement de soins, nommé l'Ecole au soleil. La gymnastique et la musique sont associées au traitement par le soleil : "la lumière divine est aussi indispensable à l'âme que le soleil est nécessaire au corps. En réalisant cette double héliothérapie, l'être humain trouvera la santé et le bonheur". Le concept de la cure de soleil, contesté dès le début du XXe siècle pour les formes les plus aigues de la tuberculose pulmonaire, trouvera un nouveau développement après la Première Guerre mondiale avec l'actinologie, science qui étudie les propriétés curatives des rayons solaires, et que développe le Dr Jean Saidman, concepteur des fameux solariums tournants, comme nous le verrons plus loin. Ce mouvement atteint son apogée avec la Conférence internationale de la lumière, qui se tient à Leysin et Lausanne en 1928.
[...]
L'instauration d'une discipline
L'espace du sanatorium est également le support d'une discipline totale sur le patient, instaurée par le médecin-chef de l'établissement, qui règne sans partage, tout comme cela était déjà le cas dans les asiles pour aliénés depuis la Révolution française, notamment à Charenton. dès la fin du siècle, le Dr Karl Turban avait établi à Davos un strict emploi du temps, significatif d'une collectivisation outrancière et jusque là inédite, qui précisait pour chaque phase de la journée une activité déterminée, correspondant à une localisation et à une position précise du corps du malade dans l’espace. Son assistant, le Dr Löffler, citait ainsi les injonctions de son maître à ses patients : « Vous devez être à 2 heures moins 3, pas plus tard, sur la passerelle de galerie de chaises longues, montre en main. Lorsque 2 heures sonnent, il ne doit plus y avoir aucun mouvement dans la galerie… ». Les emplois du temps retrouvés notamment à Bligny, ainsi que dans d’autres établissements, confirment ce nouveau rythme de vie, scandé par les séances de cure en chaise longue, où le silence s’instaure. La discipline s’applique également à la lutte implacable contre l’alcoolisme, avec l’interdiction de tout débit de boisson dans un périmètre proche de l’établissement. [...]
En ce qui concerne la séparation des sexes, le discours est homogène dans toute l’Europe, et s’applique particulièrement aux sanatoriums publics et populaires. Les édifices sont de préférence attribués spécifiquement à chaque sexe, et en cas de mixité sur un même bâtiment, la séparation est traitée par niveau, ou de préférence par aile et par partie de l’établissement. Les circulations dans les jardins sont souvent distinctes, et les édifices d’un même sanatorium, comme à Bligny, sont isolés au minimum de 300 m pour éviter tout regard entre hommes et femmes. Il s’agit avant tout d’instaurer une morale hygiéniste qui évite notamment aux jeunes Embrasés (selon l’expression de Michel Corday datée de 1902) atteints des premiers stades de la tuberculose de tomber dans l’« évitement » à la cure de repos, qui pourrait les faire renoncer à la cure et au traitement ou à l’effort qu’ils ont dû abandonner, et également de toute possibilité de contact avec les malades de l’autre sexe. Le sanatorium seul, par son caractère collectiviste exemplaire, possède les compétences pour instaurer une nouvelle microsociété, ou contre-société, où le malade soumis est isolé d’un monde qui ne peut s’embarrasser d’êtres contagieux et non productifs.
source : Architecture et santé : le temps du sanatorium en France et en Europe / Jean-Bernard Cremnitzer ; préface du Professeur Jacques-Louis Binet
Nous n'avons malheureusment pas trouvé mention du sanatorium Victoria ni des médecins Dubois et Snydre en index de cet ouvrage.
Pour en savoir plus sur les sanatoria en Suisse, vous pouvez écouter cette émission de radio : Le sanatorium de montagne / Véronique Raboud - RTS - 14 juin 2025 et consulter cet article sur le quotidien dans un sanatorium pour tuberculeux pauvres : L’histoire d’un pauvre sanatorium en Suisse / Philippe Artières - VIF - 23 Mai 2024
Ce dernier article parle des six repas réglementaires (à sept heures, 10 heures, midi, quatre heures huit heures et demie).
Le fait que vos archives mentionnent une prise de poids hebdomadaire correspond parfaitement à ce type de traitement : le poids était l’indicateur principal de l’amélioration chez les malades pulmonaires ou affaiblis.
L'ouvrage cité plus haut ne parle malheureusement pas du sanatorium dans lequel votre grand-mère a séjourné. Nous avons malgré tout réussi à obtenir quelques informations sur son histoire. Il a été érigé en 1868 sur les hauteurs du Schaenzli. Il a d'abord été un sanatorium, avant de devenir un hôpital. A la fin du XIXe siècle, les médecins contactent la congrégation d'Ingenbohl pour faire venir des sœurs qui donneront les soins aux malades.
L'ancien hôpital « Viktoriaspital », aujourd'hui transformé en maison de retraite, appartenait aux Sœurs Ingenbohl depuis 1901. [...]
Construite en 1868 dans le style italien, elle se dresse sur la colline de Schänzlianhöhe à Berne. La maison d'hôtes Viktoria ouvrit ses portes en 1870 en tant que sanatorium accueillant des curistes sous soins médicaux. En 1897, à la demande des médecins, les Sœurs de la Miséricorde d'Ingenbohl en prirent la direction et la renommèrent « Viktoriaspital » (Hôpital Victoria). Elles en firent l'acquisition en 1901.
La construction de l'aile Art nouveau, toujours visible aujourd'hui, débuta en 1904. Le bâtiment d'origine subsista un temps avant d'être démoli en 1958. Une nouvelle aile, comprenant des salles d'accueil, des salles de soins et une nouvelle chapelle, fut alors érigée.
L'hôpital ferma ses portes en 1990 et le bâtiment rouvrit en tant que maison de retraite et établissement de soins. L'hôpital Viktoria a acquis une certaine notoriété en 2004 lorsque le pape Jean-Paul II s'est rendu à Berne pour les Journées de la jeunesse catholique et y a passé la nuit.
source : Ingenbohler Schwestern verkaufen das Berner «Viktoria» / Andreas Krummenacher - Pfarr Blatt - 30.09.2020
Lire aussi sa page wikipedia : Viktoriaspital (Bern) qui explique :
Construite en 1868 par l'architecte Horace Edouard Davinet sur la colline de Schänzli, la Pension Viktoria devint un sanatorium en 1870 en raison des soins médicaux prodigués à ses pensionnaires. En 1893, un groupe de médecins prit en charge la gestion du sanatorium Viktoria, et des diaconesses de l'hôpital Salem assurèrent les soins aux patients. La pension fut agrandie en 1897 par l'ajout d'une aile de soins et d'une chapelle. À la demande des médecins, les Sœurs de la Miséricorde d'Ingenbohl prirent la direction de l'établissement. Le 1er juin 1901, le sanatorium, désormais appelé « Viktoriaspital », devint la propriété de l'Institut des Sœurs de la Miséricorde de la Sainte-Croix d'Ingenbohl. En 1904, l'architecte Davinet construisit l'aile Art nouveau de l'hôpital, qui existe encore aujourd'hui. En 1958, le bâtiment d'origine « Viktoria », vieux de quatre-vingt-dix ans, fut démoli et remplacé par une nouvelle aile d'entrée abritant des salles de soins, des salles de traitement et une nouvelle chapelle , construite par Bruno Brunoni . L'aile Art nouveau, datant de 1904, fut rénovée en 1973.
Concernant les sœurs de la miséricorde d'Ingenbold, il s'agit d'une congrégation religieuse féminine hospitalière qui se consacre au soin des malades et à l'enseignement. Elle fut fondée par soeur Marie Thérèse Scherer (1825-1888) et par le Père Théodose Florentini en 1856.
Pour en savoir plus, nous vous renvoyons vers son site officiel qui mentionne son histoire ainsi que ces sites :
- Sœurs de la charité de la Sainte-Croix
- Couvent des sœurs d’Ingenbohl
Nous avons contacté cette congrégation pour savoir si elle conservait des archives de cette époque. On nous a renvoyé vers Sœur Agnes Maria Weber dont nous vous transmettons par mail les coordonnées. Vous pourrez peut-être en savoir plus sur les raisons de l'hospitalisation de votre grand-mère.
Nous vous souhaitons le meilleur pour la suite de vos recherches.
Bonne journée.
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