Qui a écrit "Les mots des salauds arment les bras des imbéciles" ?
Question d'origine :
Je cherche l'auteur et le source de cet aphorisme :
"Les mots des salauds arment les bras des imbéciles."
Merci d'avance.
Réponse du Guichet
L'aphorisme "Les mots des salauds arment les bras des imbéciles" est employé par l’écrivain et éditeur français Charles Dantzig, dans son article "Propositions pour une typologie des salauds" rédigé pour le second numéro de la revue Le Courage (Grasset) du 20 avril 2016.
La formule permet à Charles Dantzig de résumer sa réflexion sur la responsabilité intellectuelle et politique des discours de haine dans le passage à l'acte violent : les propos tenus par des "salauds" (responsables politiques, polémistes, idéologues etc.) préparent et "arment" les violences commises ensuite par de "imbéciles" qui passent à l’acte.
La phrase a été reprise récemment par le cinéaste Xavier Giannoli, à propos de son film sur la collaboration "Les rayons et les ombres" (qui sort en salles ce mercredi 18 mars 2026).
Bonjour,
L'aphorisme "Les mots des salauds arment les bras des imbéciles" est de l’écrivain et éditeur français Charles Dantzig, auteur de l'Histoire de l'amour et de la haine (2015) mais aussi directeur de la collection Le courage chez Grasset et de la revue internationale Le Courage.
Cet aphorisme apparaît dans son article "Propositions pour une typologie des salauds", rédigé pour le second numéro de la revue Le Courage (Grasset) du 20 avril 2016.
Des extraits de ce dernier ont été pré-publiés dans La Nouvelle Quinzaine littéraire (n° 1148, 1er avril 2016) :
Charles Dantzig a bien voulu confier à La Nouvelle Quinzaine littéraire le soin de pré-publier ces extraits d’un article qu’il signe dans le prochain numéro de la jeune revue Le Courage (Grasset). Voici donc une esquisse de ses « Propositions pour une typologie des salauds ».
[...]
Les salauds sont des projecteurs de sons. Sons ignobles qui ne peuvent persuader personne ! se disent les gens normaux. Ils oublient que, parmi les auditeurs, il y a des salauds, captant des ultrasons destinés à leurs oreilles et à leurs dents. (…) Les gens bien se taisent, les gens mal déblatèrent. Et c’est comme ça que le mal, parfois, gagne. Le bruit l’a emporté sur la pensée.
Les mots des salauds arment les bras des imbéciles. L’imbécile qui a assassiné Jean Jaurès avait été persuadé par la propagande qu’il était un traître. L’imbécile qui a assassiné Yitzhak Rabin avait été persuadé par la propagande qu’il était un mauvais Juif. L’imbécile qui a assassiné l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche avait été persuadé par la propagande qu’il voulait humilier la Serbie. Ces imbéciles avaient entendu des appels de mort symbolique qu’ils ont mis en acte. En août 2015, on n’en a pas parlé en France, un imbécile a assassiné Malleshappa Kalburgi, professeur de littérature en Inde qui avait osé se moquer de l’idolâtrie hindouiste. Il avait été harcelé de calomnies par les nationalistes hindous. Ces discours indécents, on les supporte. Il faudrait peut-être se rappeler que l’indécence mène au meurtre.
Source : La Nouvelle Quinzaine littéraire (n° 1148, 1er avril 2016)
Charles Dantzig a repris cette formule dans une tribune du 14 juin 2016 publiée dans Le Monde, que vous pouvez retrouver en intégralité dans la base Europresse (accessible avec un abonnement BmL). Voici quelques extraits :
Pour l'écrivain et éditeur Charles Dantzig, l'attaque contre une boîte de nuit à Orlando, en Floride, donne la preuve de la violence de l'homophobie. Cette haine n'est pas, selon lui, le seul fait des islamistes radicaux, elle se répand à cause d'un laisser-faire honteux.
[...]
On peut dire, et sans se tromper, que les deux criminels se sont armés grâce à la facilité à acheter des armes de guerre aux États-Unis ; avant cela, ils avaient été armés par des mots. Je l'ai écrit, je ne le répéterai jamais assez : les mots des salauds arment les bras des imbéciles. Si on attaque les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres, c'est qu'ils ont l'insolence de ne plus avoir l'air modeste et de réclamer leurs droits; si on les attaque, c'est que l'homophobie est devenue électorale.
Source : "Si on attaque les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, c'est que l'homophobie est devenue électorale" (Le Monde, 14 juin 2016)
Cet aphorisme permet donc à Charles Dantzig de résumer sa réflexion sur la responsabilité intellectuelle et politique des discours de haine ou de mépris, en particulier dans le contexte du populisme et de l’extrême droite : les propos tenus par des "salauds" (responsables politiques, polémistes, idéologues) ne restent jamais à l’état de mots selon lui mais préparent, légitiment ou même "arment" les violences commises ensuite par de "imbéciles" qui passent à l’acte.
La phrase a été reprise récemment par le cinéaste Xavier Giannoli, à propos de son film sur la collaboration Les rayons et les ombres (qui sort en salles ce mercredi 18 mars 2026). Un des personnages du film, le magistrat Raymond Lindon, prononce la formule de Charles Dantzig pour insister sur la responsabilité des discours dans le passage à l’acte :
Très précis et documenté, le film livre un récit au plus près de la réalité du Paris collabo des années 1940, qui sombre dans la corruption et l’abjection au fur et à mesure que la défaite se dessine.
La fin est marquée par la fuite vers Sigmaringen, puis le procès de Jean Luchaire et un réquisitoire puissant du procureur Raymond Lindon (le grand-père de l’acteur Vincent Lindon). « C’est l’horizon moral de mon film », explique Xavier Giannoli. Il souligne une phrase prononcée par le magistrat : « les mots des salauds arment les bras des imbéciles ».
Source : "Les mots des salauds arment les bras des imbéciles" (The Times of Israël, 17 mars 2026)
Vous pouvez retrouver de nombreuses publications de Charles Dantzig dans les collections de la BmL.
Très belle journée à vous
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