Quelle est la définition d'un "praticien" en Ardèche au XVIIème siècle ?
Question d'origine :
Définition d'un "praticien" en Ardèche au XVIIème siècle
Réponse du Guichet
Le mot praticien désignait sous l’Ancien Régime et dès le XVIIème siècle une personne exerçant la pratique du droit, de la médecine ou des arts, par opposition au théoricien. Il est celui qui "met en pratique". Dans le contexte juridique, il s’agissait souvent d’un clerc, d'un notaire ou d'un juriste. Ce mot n'apparaissant pas dans les dictionnaires occitans ou vivarois consultés, nous déduisons que la définition de ce mot n'est pas sujette à un particularisme local.
Bonjour,
Le Guichet du Savoir a déjà été questionné sur ce mot dans une ancienne réponse spécifiquement consacrée aux métiers sous l'Ancien régime.
Nous étions interrogés sur le mot "praticien" et notamment sur son sens en France au XVIIème siècle. En nous appuyant sur le Dictionnaire historique de la langue française publié en 2000 sous la direction d'Alain Rey, nous expliquions qu'un praticien désignait généralement une personne qui se livrait dans son domaine davantage à la pratique qu'à la théorie, et ce en particulier dans les domaines de l'art, de la médecine et du droit. Il est celui, ou celle pour "praticienne", qui "met en pratique" :
Practicien :
Le dérivé praticien, ienne n. (1314) désigne le médecin qui exerce la médecine (par opposition au chercheur, au théoricien) ; ce sens est peu attesté entre le milieu du XVe s. et 1715. En droit, il a désigné (1340) la personne qui connaît la procédure, la pratique juridique. Quant à son emploi adjectivité, attesté de la fin du XIVe au XVIe s., pour « qui met en pratique », et au XVIIe s., au sens de chicaneur (1660), il a tout à fait disparu.
Praticien désigne plus généralement (1639) toute personne qui se livre davantage à la pratique de son art qu’à sa théorie et, spécialement en sculpture, l’ouvrier qui ébauche la statue (1835).
Source : Dictionnaire historique de la langue française sous la direction d'Alain Rey (Le Robert, 2000)
Dans le lexique vieuxmétiers.org, les 3 entrées pour "praticien" désignent des métiers en droit et en médecine. A la fois un "jeune juriste qui exerce des fonctions de clerc ou de stagiaire dans un office de notaire", un "notaire seigneurial, personne ayant des connaissances en droit sans avoir de diplômes" et un "médecin".
Dans l'article d'Elie Reyner, La vie municipale de Privas sous l'Ancien régime pour la Revue historique de la Révolution française en 1917, le mot praticien est aussi employé dans ce sens, en tant que personnel de juridiction cette fois :
1° La présidence. - L'assemblée est régulièrement présidée par le juge seigneurial, ou par le bailli ou capitaine châtelain, ou par le lieutenant de juge, ou, à défaut, par le plus ancien « praticien » ou notaire comme la cour de justice seigneuriale.
Source : La vie municipale de Privas sous l'Ancien régime d'Elie Reyner (1917, sur Jstor)
Sur la transformation des vocables de métiers dans la noblesse de robe, suite à la Fronde, et donc en plein XVIIème siècle, cet extrait de l'article de Robert Descimon « Le travail du langage sur la société d’Ancien Régime » dans Noms de métiers et catégories professionnelles (2010) :
La noblesse de robe a désormais acquis une apparente parité dans le langage social avec la noblesse d’extraction. Le jeu des distinctions sociales s’en trouve sans doute aiguisé, mais il ne passe plus par les titres d’honneur, sauf pour les grands seigneurs. Quant à l’honorabilité bourgeoise, elle disparaît purement et simplement dans ces années 1660. Cette évolution enclenchée par la Fronde est très rapide : les marchands ne sont plus « honorables hommes », ils sont « sieur », suivi de leur prénom et nom, et les praticiens de justice « maître »
Source : Robert Descimon « Le travail du langage sur la société d’Ancien Régime » dans Noms de métiers et catégories professionnelles (2010, sur OpenEdition)
Les conclusions du CNRTL sont identiques.
Nous supposons donc qu'il s'agit de ce terme générique français, sans contexte particulier à l'Ardèche, n'apparaissant pas dans les différents dictionnaires occitans ou vivarois consultés.
Bonne journée.
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