Je recherche des renseignements sur une somme attribuée d'une commune du Jura
Question d'origine :
je recherche des renseignements concernant une somme attribuée a la commune de Saint-Didier 39 (jura) par la commune de Kindia ( guinée française ) en 1945 .quels liens pouvait avoir cette commune avec ce village?
Réponse du Guichet
En janvier 1945, le conseil municipal de Saint-Didier (Jura) enregistre un don exceptionnel de 230 000 francs versé par la ville de Kindia, en Guinée française, destiné aux sinistrés, déportés et veuves de fusillés du village. Ce geste fait suite au massacre perpétré par les nazis le 25 avril 1944, en représailles à une action du groupe de maquisards emmené par "Guérin" le chef de la Résitance locale. L’origine précise de cette générosité reste inexpliquée à ce jour. Nous avons donc décidé de poser directement la question à la commune de Saint-Didier dont nous attendons le retour.
Bonjour,
Cet extrait du registre des délibérations du Conseil municipal de Saint-Didier dans le Jura rapporte que lors de la séance du 19 janvier 1945, le maire et les conseillers de la commune prennent acte d'un don de 230 000 francs délivré par la ville de Kindia en Guinée française.
Cette somme semble préalablement fléchée par les donateurs au profit de sinistrés, déportés et veuves de fusillés. Quelques recherches sur le Jura et la commune de Saint-Didier pendant la Résistance nous apprennent que les personnes citées sont les victimes ou familles des victimes des représailles nazies d'avril 1944, aujourd'hui reconnues comme martyrs de Saint-Didier, qui firent 8 morts fusillés, deux déportés et 11 immeubles incendiés. Ces exactions ont été commises en réponse à l'assassinat de tortionnaires nazis par des maquisards, emmenéés par leur célèbre chef Guérin 5 jours plus tôt, le 20 avril 1944 :
Saint-Didier, village isolé dans un secteur très boisé, à proximité de Lons-le-Saunier et des terrains de parachutage du secteur de Bletterans, est soupçonné à juste titre par les Allemands de servir de cache pour les armes et les munitions récupérées lors de ces opérations. Par ailleurs, c’est dans ses bois que cantonne alors le groupe franc départemental « Guérin », pseudo de Jean-Paul Guyot.
Le jeudi 20 avril, repérant deux agents allemands du SD particulièrement dangereux entrant dans la fromagerie, ce dernier décide avec plusieurs de ses camarades de les exécuter. Les Allemands découvrent vite le lieu de l’exécution de leurs deux hommes et ses auteurs. Le SD de Lyon, dirigé par Klaus Barbie, se saisit de l’affaire. Le 25 avril, dès 4 heures du matin, les Allemands en force bouclent le village. Ils ont amené l’inspecteur résistant Gilles qu’ils abattent après l’avoir longuement martyrisé. Son corps est ensuite brûlé ; six habitants du village dont le fromager qu’ils viennent de massacrer subissent le même sort. Les Allemands réservent une fin particulièrement tragique à André Bugnet, responsable local de l’AS à qui ils crèvent les yeux avant de l’abattre, non sans avoir obligé sa femme et ses enfants à assister à cette scène d’horreur. Un autre habitant du village, Jean-Marie Pernin est arrêté ; il sera abattu trois jours plus tard à quelques kilomètres de là. Charles Guillemin, résistant de la Préfecture, originaire du village, est fusillé dans les vignes proches du village. La femme d’Urbain Guillemin, Madeleine, ainsi que Marie-Louise Tissier sont arrêtées ; elles seront déportées à Ravensbrück d’où elles rentreront. Avant de se retirer, les Allemands pillent le village et incendient onze maisons.
Source : Musée de la Résistance en ligne - Monument à la mémoire des victimes de Saint Didier (Jura).
Ces faits sont également relatés dans cette notice du Maitron et racontés en détails à partir de la p. 220 du livre Jura 1940-1944 Territoires de Résistance d'André Robert (Éditions de la Belle étoile, 2024) et à la p. 217 de La Résistance dans la Jura de François Marcot (Cêtre, 1985) tous deux disponibles dans nos collections.
Reste à savoir pourquoi la commune de Kindia s'est montrée si généreuse envers Saint-Didier, petit village du Jura situé en Métropole ? Cela s'explique-t-il par le retentissement international de cette affaire ou bien en raison d'un lien particulier qu'entretenait ces deux communes ?
Les ressources consultées en ligne et à la BmL ne nous permettent pas d'expliquer pour l'heure cet élan de générosité. Nous avions notamment bon espoir de trouver des informations grâce aux coupures de presse numérisées sur RetroNews, mais rien n'est ressorti de nos recherches. A ce titre, nous nous sommes permis de contacter directement la commune par mail (leur permanence téléphonique était fermée aujourd'hui), dans l'espoir d'obtenir des renseignements ou d'être orienté vers les bons interlocuteurs.
Si vous n'êtes pas à l'origine de ce post, sachez que cette question a précisément été posée en 2024 sur l'espace forum du site de généalogie, Geneanet. On optait alors pour des fouilles en direction des archives des ANOM (Archives nationales d'Outre-mer), qui semblent conserver des documents relatifs à la ville de Kindia. L'idéal serait de mettre la main sur les délibérations communales locales ou les archives du pouvoir colonial.
En attendant un retour et d'éventuelles explications, nous plaçons votre question dans la rubrique "Le Guichet Séche" dans l'espoir qu'elle fasse réagir l'un.e de nos internautes.
Bonne journée.
Le pétrole dans la Seconde Guerre mondiale