Quelle a été l'influence des peintres lyonnais ?
Question d'origine :
influence des peintres lyonnais
Réponse du Guichet
Dès la Renaissance, la peinture lyonnaise, au carrefour de plusieurs routes commerciales, connaît des influences italiennes, flammandes et parisiennes. Au XIXe siècle, elle se spécialise dans la peinture de fleurs liée à l'industrie de la soie, dans la peinture de paysages et dans la peinture religieuse face au profond renouveau spirituel, mystique et philosophique. "L'école Lyonnaise" en est l'émanation. Suite à la structuration institutionnelle du métier (création du musée des Beaux-arts, de l'École des Beaux-Arts, de Salons, d'une Biennale, ...) la peinture lyonnaise a pu rayonner hors de Lyon.
Bonjour,
Nous nous permettons tout d'abord de vous demander, pour vos prochaines demandes, de bien vouloir rédiger une question un peu plus développée et précise, cela nous aiderait beaucoup pour répondre à vos attentes. Par exemple, souhaitez-vous savoir quelles ont été les influences des peintres lyonnais ou bien quelles influences ils ont eu sur la profession et la société ? De quels peintres parlez-vous ? Car il peut y avoir autant d'influences que de peintres. Sur quelle époque faites-vous cette recherche ?
Peut-être est-il utile de rappeler que le Guichet du savoir est un service proposé par la Bibliothèque municipale de Lyon et que ce sont des bibliothécaires qui répondent à vos questions. A l'ère des IA nous détonnons certes quelque peu mais résistons, pour le moment en tous cas ! Nous sommes toujours en demande d'éléments de contexte et de précisions pour répondre au mieux à vos attentes.
Nous vous proposons ici quelques éléments d'information et une bibliographie mais n'hésitez pas à nous préciser davantage votre demande en postant une nouvelle question rédigée.
Tout d'abord, voici quelques éléments d'information apportés par Patrice Béghain dans son livre Une histoire de la peinture à Lyon :
Jusqu’au début du 19ᵉ siècle, une évidence s’impose : si Lyon est un important foyer de création picturale, essentiellement lié à la commande religieuse et civile, il n’y a guère de spécificité lyonnaise. La position géographique de Lyon, entre Paris, voire l’Europe du Nord, et l’Italie, où séjournent ou, plus ou moins longuement, la plupart des peintres européens, fait qu’à l’aller ou au retour, nombre d’entre eux s’y arrêtent et parfois y demeurent. Ils y travaillent alors dans l’esprit des grands courants de l’art international, nordique ou italien. C’est le cas, au 17ᵉ siècle, pour Jacques Blanchard, François Perrier, Charles Le Brun, Pierre‑Charles Trémolières, qui peignent à Lyon, y réalisant parfois des ensembles importants, et qui, tout en étant en aucune façon lyonnais, ont de ce fait toute leur place dans cet ouvrage. Certains de ceux qui s’y fixent en implantant et y perpétuent parfois – et c’est incontestablement une particularité –, comme Horace Le Blanc pour le maniérisme ou Blanchet pour le baroque, des styles qui ne sont plus en vogue à Paris. Il est significatif en revanche que le Lyonnais Jacques Stella, devenu après ses années italiennes un parfait représentant du grand style classique français, se soit établi dans la capitale, sa ville natale. L’affaiblissement de la société locale du tout début du siècle et une centralisation renforcée, à la fin du 17ᵉ siècle et dans le cours du 18ᵉ siècle, profitent aux peintres de l’Académie royale, qui dominent alors le marché lyonnais de la commande religieuse.
La création, par Napoléon, de l’École des Beaux‑Arts – qui, plus qu’ailleurs, joue à Lyon un rôle déterminant dans la succession et le renouvellement des générations – et le développement de la Fabrique changent la donne au début du 19ᵉ siècle. Si « l’école lyonnaise », célébrée dans les Salons parisiens de l’Empire et des débuts de la Restauration, notamment dans les Lettres à David sur le Salon de 1819 par quelques élèves de son École, passe vite de mode, il est incontestable que le 19ᵉ siècle est marqué à Lyon par une affirmation spécifique, dans deux genres : la peinture de fleurs, évidemment liée au travail de la soie, et, dans la seconde moitié du siècle, la peinture de paysage, qui est sans doute, avec les artistes qui gravitent autour de Ravier, un des apports majeurs, encore trop méconnu, de Lyon à la peinture française du 19ᵉ siècle, pourtant fortement mis en avant dans les expositions rétrospectives de 1904 et de 1914.
À cela, il convient assurément d’ajouter la dimension spiritualiste et philosophique, tant décrite par Baudelaire, qui caractérise un ensemble d’artistes et d’œuvres, dont les rapports avec les peintres allemands contemporains, trop souvent méconnus, voire déniés, commencent à être mieux établis. Le mysticisme lyonnais, fréquemment évoqué, traverse les siècles, puisqu’on peut en trouver la marque, au siècle suivant, chez Auguste Morisot ou Pierre Combet‑Descombes, comme dans l’inspiration du groupe Témoignage et dans l’accueil favorable que reçoit à Lyon les évolutions d’Albert Gleizes, ou, plus près de nous, dans l’œuvre de Patrice Giorda. C’est, à mes yeux, un caractère permanent du foyer lyonnais de peinture, qui s’inscrit dans un dialogue original avec l’apport tout aussi important des peintres de paysages et des peintres de fleurs, acharnés, eux, à rendre compte de la beauté du monde et de la densité des choses.
De ces éléments rapidement évoqués, que conclure, sinon qu’il n’y a pas de permanence, en peinture, d’une « école lyonnaise », mais des identités lyonnaises, fondées sur l’excellence dans quelques genres ou liées, de façon récurrente, aux fondamentaux spiritualistes d’une ville marquée par une riche histoire religieuse, et surtout des parcours artistiques singuliers, du type de ceux que Delacroix mettait en avant pour combattre la notion d’école : « Ce mot d’école ne signifie rien : le vrai dans les arts est relatif à la personne seule qui écrit, peint, compose, dans quelque genre que ce soit… ». Sans aller jusqu’à écarter aussi radicalement les effets d’une situation politique et d’un environnement culturel particuliers qui, en un lieu et un temps donnés, peuvent favoriser l’apparition de caractères communs à un groupe d’artistes, il n’y a en tout cas rien de comparable, à Lyon, aux foyers structurés et durables que l’histoire de l’art a pu mettre en évidence en Italie, dans un contexte totalement différent.
À Lyon, comme dans les autres grands foyers artistiques français, c’est sans doute, comme le relève justement Pierre Vaisse, « le besoin d’affirmer une spécificité locale face à Paris » qui amène, parfois légitimement, à forcer l’un des traits du développement, au point de inventer, à un souci de communication, un apparent paradoxe, pour les peintres du début du 19ᵉ siècle que pour ce que l’on a appelé, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à l’intention des collectionneurs rebutés par l’abstraction, « la nouvelle école figurative de Lyon ». Mais il faut bien prendre en compte que, de Richard à Saint‑Jean, de Flandrin à Jamnot, de Chenavard à Puvis de Chavannes, sans oublier, dans un contexte national et international d’éclatement des scènes locales, la génération des peintres lyonnais des années 1980, c’est à Paris souvent que, par la volonté des artistes eux‑mêmes, se sont faites ou défaites les carrières et les réputations lyonnaises, au détriment parfois d’un certain nombre d’artistes majeurs qui, comme Combet‑Descombes ou Adilon, chacun sur un versant du 20ᵉ siècle, ayant choisi de demeurer à Lyon, n’ont pas connu l’audience que mérite leur œuvre.
Cette Histoire de la peinture à Lyon s’efforce, sans s’enfermer dans ce débat, au final réducteur, au point qu’il a parfois, du fait même de l’irrédentisme de la critique lyonnaise, favorisé la mise à l’écart des peintres lyonnais dans l’étude de l’histoire de la peinture française, de rendre compte de l’existence et de la permanence, de la fin du 15ᵉ siècle jusqu’au début du 21ᵉ siècle, d’un foyer artistique ouvert et divers, en évoquant autant la peinture qu’on y produit que celle qu’on y voit.
Nous ne saurions trop vous recommander la lecture de l'ouvrage écrit par Madeleine Vincent La Peinture lyonnaise du XVIe au XXe siècle qui présente six siècles de peinture lyonnaise ainsi que celui écrit par Élisabeth Hardouin-Fugier et Étienne Grafe : La peinture lyonnaise au XIXe siècle. Ce livre aborde tous les aspects de la peinture lyonnaise, de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle. Un répertoire de 700 notices complète le texte et apporte des précisions sur de nombreux artistes lyonnais inconnus ou méconnus.
Quelques autres livres en complément :
- L'âge d'or de la peinture lyonnaise : Lyon, 1807-1920 ou Du renouveau de l'Ecole de Fleurs à l'irruption de la modernité cézanienne / Alain Vollerin
- Chefs d'oeuvres de la peinture lyonnaise du XVIIe au XXIe siècle : collection 1 : [exposition, Lyon, Tomaselli collection, 23 novembre 2022-27 février 2023] / [catalogue sous la direction de Jérôme Tomaselli]
- Chefs-d'oeuvre de la peinture lyonnaise, du XVIIe siècle à nos jours : [exposition, Lyon, Tomaselli collection, 30 mai-28 octobre 2023] / [catalogue sous la direction de Jérôme Tomaselli]
voir les autres ouvrages de la collection Tomaselli.
- Le temps de la peinture [Multi-supports] : Lyon 1800-1914 : exposition présentée à Lyon au musée des Beaux-Arts du 20 avril au 30 juillet 2007 / commissaires Sylvie Ramond, Gérard Bruyère, Pierre Vaisse...[et al.]
Quelques sites internet :
- Histoire des arts à Lyon / Wikipedia
- L'école Lyonnaise / Wikipedia
- Exposition Le temps de la peinture Lyon (1800-1914) / musée des Beaux-arts
- "La peinture de fleurs à Lyon est liée à l'industrie de la soierie" / Jérôme Tomaselli - Lyon Capitale - 24 avril 2025
Bonne journée.
Des images entre elles : Thibault Tourmente, artiste...