Prenons nous bien la mesure des violences psychologiques à l'école ?
Question d'origine :
J'ai ete en entretien pour faire du benevolat dans une ecole une fois et j'ai dit 'on parle souvent de violence physique dans l'ecole, mais on parle rarement de violence psychologique' Ils m'ont juste dit 'on fait un peu des reproches quand cela arrive', mais j'en ai garde l'impression que les gens ne savent pas comment traiter les violences psychologiques. Les violences physiques sont fortement punies dans notre societe mais les violences psychologiques semblent etre tolerees ou du moins il y a toujours des violences psychologiques qui ne sont pas vraiment punies donc il y a enormement de gens qui souffrent impunement. Se rend-on compte de la gravite des violences psychologiques dans notre societe et est-ce qu'il est question de reagir mieux pour empecher que ces mechancetes aient lieu?
Réponse du Guichet
Les violences psychologiques, verbales et en ligne représentent aujourd’hui la majorité des incidents graves à l’école. Elles restent cependant difficiles à détecter et à sanctionner. Malgré une politique renforcée (loi de 2022, le programme PHARE, un plan interministériel, des cours d’empathie et l’instauration d'une ligne d'écoute spéciale, le 3018), le harcèlement scolaire demeure très répandu. Les blocages tiennent notamment à des dysfonctionnements administratifs, au manque de moyens humains et à la complexité même d'identifier et prouver ces violences souvent invisibles.
Bonjour,
Si nous comprenons bien votre question, vous vous demandez comment les écoles françaises préviennent et sanctionnent les violences psychologiques ayant lieu au sein de leurs établissements et vous pointez du doigt une justice à deux vitesses, plus ferme envers les violences physiques que les violences verbales et psychiques. Plus largement vous nous questionnez sur la prise en compte du harcèlement en milieu scolaire.
Si la société et le monde politique commencent à prendre conscience de la gravité et de l'ampleur des violences psychologiques, notamment dans les écoles, des lacunes persistent dans leur détection et leur traitement. Il existe pourtant plusieurs plans d'action mis en place par les différents gouvernements et ministres de l'éducation nationale ces dernières années mais les résultats peinent à se concrétiser puisqu'en 2025, 35 % des jeunes auraient été touchés par le harcèlement, dès l’école primaire selon les chiffres l'association E-enfance, reconnue d'utilité publique). Un phénomène aujourd'hui amplifié par le cyberharcèlement et les cyberviolences qui prolongent ces comportements en dehors de l'enceinte scolaire.
Sachez que les statistiques publiques de l'éducation nationale enregistrent davantage de violences verbales (orales ou écrites) que de violences physiques parmi les "incidents graves" relevés lors de l'année scolaire 2023-2024. Sur l'ensemble des établissements étudiés (écoles, collèges, lycées etc.), les violences verbales ayant engendré un "incident grave" notable, sont systématiquement plus souvent verbales que physiques. 45% des incidents signalés à l'école primaire et 46%, aux collèges et lycées confondus, relèvent de ce type de violence.
Voir à ce sujet, Les incidents graves signalés pour les écoles, les collèges, les lycées publics et privés - depp statistique publique de l'éducation nationale. Cette prédominance du verbal sur le physique était déjà constaté quelques années auparavant dans cette enquête de l'INSEE.
La recherche scientifique, notamment le programme international de l’OCDE (Pisa), démontre qu’"un climat scolaire serein influence positivement la réussite des élèves et diminue les risques de décrochage professionnel des enseignants". Pour ramener de la sérénité dans les classes et répondre à ce problème qui nuit autant à l'apprentissage qu'au bien-être des élèves, la loi n° 2022-299 du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire a été promulguée.
Le programme PHARE, obligatoire dans tous les établissements depuis 2021 a lui aussi été initié. C'est un dispositif de lutte contre le harcèlement scolaire. Celui-ci repose sur cinq piliers et sur une série d'outils permettant d'agir plus efficacement :
Éduquer à la prévention,
Former une communauté protectrice,
Intervenir efficacement,
Associer les parents et partenaires,
Mobiliser CVC/CVL et le CESCE.
(...)
Des équipes ressources de 5 personnels formés dans toutes les écoles, collèges et lycées publics.
115 133 collégiens/lycéens ambassadeurs contre le harcèlement.
5 591 941 élèves ont participé à la Journée nationale « Non au harcèlement ».
Une plateforme numérique accompagne le plan de prévention de chaque école/établissement.
Source : Programme national de prévention du harcèlement scolaire - Association Intercamps.
Il s'est accompagné en 2023 d'un plan interministériel de lutte contre le harcèlement :
Trois objectifs sont fixés à travers ce plan : 100% prévention, 100% détection, 100% solutions. Contre le harcèlement et le cyberharcèlement, des pistes très concrètes à destination des élèves, des parents, des professionnels sont rassemblées sur l'espace Non au harcèlement.
Le dispositif vise à :
- doter toutes les écoles et les établissements scolaires d’un plan de prévention structuré et efficient ;
- assurer la sécurité et le bien-être des élèves en agissant directement sur le climat scolaire ;
- apporter de la sécurité aux équipes pédagogiques en garantissant la traçabilité et prévisibilité de l’action publique ;
- former les élèves et les personnels à la prévention et la détection des situations de harcèlement
- garantir la prise en charge de 100 % des situations signalées.
Au-delà des personnels et des élèves des établissements, la politique de lutte contre le harcèlement mobilise plus de 400 référents harcèlement en académie et en département chargés de traiter les situations qui leur sont signalées par les établissements ou les familles, notamment par l’intermédiaire de plateformes d’appels académiques et de la ligne d’écoute nationale : le 3018.
À la rentrée 2023, de nouveaux moyens d’action ont été déployés :
- augmentation des subventions à l’association opératrice de la ligne d’écoute 3018 ;
- durcissement des sanctions pour une meilleure prise en charge des situations de harcèlement les plus graves (décret du 16 août 2023) : dans le premier degré, il est désormais possible de changer d’école un enfant dont le comportement intentionnel et répété fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d’un autre élève de l’école ; dans le second degré, la procédure disciplinaire est étendue aux cas dans lesquels des élèves commettent des actes de harcèlement à l’encontre d’élèves situés dans un autre établissement ;
- nomination d’au moins un référent harcèlement au sein de chaque collège chargé de coordonner et d’animer la politique de lutte contre le harcèlement.
Source : Plan interministériel de lutte contre le harcèlement à l'École - Éducation nationale.
Un numéro de téléphone, le 3018 offre aussi un soutien anonyme 7j/7 pour signaler et prévenir les jeunes victimes et témoins de harcèlement et de violences numériques.
Dès le plus jeune âge des cours d'empathie sont aussi expérimentés dans les écoles maternelles et élémentaires depuis la rentrée 2024. L'objectif est d'améliorer les relations à soi et aux autres des jeunes élèves et développer leurs compétences psychosociales :
Ainsi, des cours d’empathie sont généralisés dans les écoles maternelles et élémentaires à la rentrée de septembre 2024. Ces cours permettent plus généralement de développer les compétences psychosociales des élèves, qui ont pour objectif d’améliorer les relations, à soi et aux autres. Une phase d’expérimentation de séances d'empathie a été conduite de janvier à juin 2024 dans plus de 1000 écoles et a permis de mesurer de premiers effets positifs, dont la réduction du nombre de situations de harcèlement et d’actes de violence.
Former les élèves à l’empathie doit améliorer la qualité des relations entre les élèves et favoriser l’acquisition d’un ensemble de compétences indispensables au vivre ensemble, à l’estime de soi, au respect de l’autre et, in fine, à la réussite scolaire de tous les élèves dans un climat scolaire serein.
Au-delà des cours d’empathie à l’école primaire, l’enjeu est de renforcer la formation des élèves aux compétences psychosociales dont la recherche atteste des effets bénéfiques : réduction des addictions, des phénomènes de violence, amélioration de la santé, du bien-être, de la réussite scolaire, renforcement des relation.
Source : Climat scolaire et prévention des violences
Un premier bilan de ces expérimentations rapporte que "la diminution des conflits du quotidien et des moqueries est relevée pour 64% des académies, notamment grâce à une gestion différente de ces situations par les adultes (79% des académies)."
Mais pour la docteure en sciences, Samah Karaki, il faudrait plutôt stimuler la curiosité que l'empathie des enfants pour obtenir des résultats. Selon la chercheuse : "Nourrir la curiosité plutôt que l’empathie est plus intéressant pour ne pas chercher la similitude à tout prix, argue-t-elle. L’empathie cherche en l’autre ce qui est semblable à moi alors qu’il faut accepter que nous sommes tous et toutes très différentes." (propos extraits de l'article du journal Le Monde, L’empathie, un outil pour lutter contre le harcèlement scolaire ?, 2025).
Mais malgré les bonnes volontés et les moyens déployés, la machine a bien du mal à être enrayée.
Plusieurs explications sont données dans un article du journal Le Monde, qui identifie plusieurs points de blocage. D'abord un blocage administratif, du fait du fonctionnement en silo de l'administration française et des mauvaises adaptations locales du programme PHARE. L'article note aussi la complexité inhérente à la détection de ces comportements, faute de preuves en raison de la nature des faits (violences verbales, en ligne), mais aussi la peur des victimes de prendre la parole par crainte de ne pas être entendues. Il y aurait enfin un manque criant d'effectifs et de ressources humaines, les médecins et infirmiers scolaires étant moins nombreux qu'auparavant tandis que les enseignants et personnels éducatifs sont le plus souvent mal formés à ces questions et connaissent beaucoup de "turn-over".
Voir l'article du Monde : Harcèlement scolaire : pourquoi l’éducation nationale n’arrive pas à enrayer le phénomène (Le Monde, 2023).
Pour rappel, ces articles sont consultables sur la base Europresse avec un abonnement à la BmL.
Bonne journée.
Oh les belles collections !