Question d'origine :
Bonjour,
Je mène un travail de recherche sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le marché du travail et j’aurais besoin d’un d'une synthèse s'appuyant sur des sources viables (institutions publiques, think tanks, organisations internationales, chercheurs) concernant les domaines suivants :
-les métiers menacés ou transformés.
-Les entreprises qui ont licenciés des salariés en raison de l'IA, a ton des statistiques à ce sujet?
Cordialement,
Réponse du Guichet
Les études récentes montrent que l'impact des IA sur le marché de l'emploi commence à se faire sentir notamment sur le recrutement de jeunes cols blancs. Ce serait plutôt les cadres et professions intellectuelles, tels que les ingénieurs, informaticiens ou financiers, qui pourraient être menacés par l'automatisation des tâches. À l'inverse, les métiers manuels et artisanaux semblent mieux protégés de cette transition technologique. Si certaines prévisions redoutent une suppression massive de postes, d'autres experts privilégient l'idée d'une évolution progressive et d'une transformation des compétences. En fin de compte, l'incertitude demeure quant à l'impact réel de l'IA, car cette technologie est encore en pleine mutation.
Bonjour,
Une étude réalisée conjointement par la Coface et l’Observatoire des emplois menacés et émergents paraîtra le 1er avril 2026. Quelques chiffres ont toutefois été dévoilés par le journal Le Monde : 16% de l’emploi français, soit près de 5 millions de travailleurs, seraient menacés par l'intelligence artificielle en France. Voici quelques extraits de cet article :
A l’heure actuelle, 3,8 % de l’emploi est fragilisé par le déploiement de l’IA générative, selon une étude de la compagnie d’assurance-crédit Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM) à paraître le 1er avril. « Cette estimation se base sur ce que vivent aujourd’hui les entreprises françaises : on déploie des chatbots, on se sert d’un modèle de langage plus ou moins encadré », décrit Aurélien Duthoit, économiste chez Coface et coauteur de l’étude.
Score d’automatisation
Si l’impact peut paraître limité, c’est que l’IA n’en est encore qu’à ses balbutiements dans les entreprises de l’Hexagone. Seulement 7 % des salariés français utilisaient quotidiennement l’IA générative au travail en 2025, et 14 % de manière hebdomadaire, tandis que la moitié d’entre eux n’avaient pas utilisé d’outils d’IA générative, selon une étude du cabinet PwC publiée mardi 17 mars.
Mais lorsque celle-ci sera massivement adoptée, l’effet attendu est tout autre. D’ici deux à cinq ans, les travaux menés par Coface et l’OEM montrent que 16,3 % de l’emploi français serait menacé, soit près de 5 millions de personnes. « L’IA agentique [qui permet l’analyse, la planification et l’exécution autonome d’opérations] peut combiner plusieurs actions, et pourrait automatiser des flux de travail entiers de certains métiers, précise Axelle Arquié, économiste du travail et cofondatrice de l’OEM. Dans ce scénario, un métier sur huit a plus de 30 % de ses tâches automatisables.
[...]
Parmi les familles de professions exposées, ressortent en premier celles de l’architecture et de l’ingénierie (26,9 % de l’emploi à risque), de l’informatique et des mathématiques (24,9 %) – avec un pic à 31 % pour l’informatique –, ou celles du soutien administratif et de bureau (23,8 %). Il s’agit d’activités en général très qualifiées, bien rémunérées : ainsi les 10 % des plus hauts revenus de la population française sont menacés à hauteur de 22,1 %.
« Discours alarmistes »
Les métiers créatifs sont aussi dans le viseur : le score s’élève à 23,8 % pour ceux des arts, du design, du spectacle, du sport et des médias. Certaines professions indépendantes comme les traducteurs ont déjà vu les possibilités de travail se raréfier ou se dégrader. « J’ai moins de nouveaux clients. Entre 2023 et 2025, j’ai perdu un tiers de chiffre d’affaires. Et encore, je m’en sors mieux que beaucoup de collègues,illustre Laura Hurot, traductrice indépendante et porte-parole du collectif IA-lerte générale. Aujourd’hui, beaucoup de clients demandent de repasser derrière une prétraduction [réalisée] par l’IA. »
Idem pour les emplois juridiques, exposés à hauteur de 21,6 %. Stéphane Gaillard, avocat spécialisé en droit médical, est friand des outils d’IA juridiques, déjà très déployés dans les cabinets. « Je ne le vois pas comme une solution mais comme un outil performant d’assistance à la gestion documentaire, décrit-il. L’IA remplace l’équivalent d’un stagiaire. Il va falloir changer notre manière d’appréhender la formation des jeunes avocats. »Peu de secteurs sont épargnés. « Dans l’industrie, les métiers manufacturiers sont protégés. Mais il y a aussi des ingénieurs et fonctions support qui sont, eux, menacés,décrypte Aurélien Duthoit. C’est notamment le cas dans la pharmacie et l’électronique. »
source : L’IA est une menace pour 5 millions de salariés en France, selon une étude / Thibaud Métais et Jules Thomas - Le Monde - 18 mars 2026
L'Insee vient de publier une une note de conjoncture indiquant une baisse de l'emploi dans les activités de programmation informatique et montre que l’ajustement de l’emploi de ce secteur serait concentré sur les jeunes entrants...
Une baisse de l’emploi dans les secteurs liés à l’informatique aux États-Unis comme en France…
De fait, l’emploi salarié dans le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques, qui représente 8 % de l’emploi salarié aux États-Unis, décélère depuis 2023 et baisse en 2025 (►figure 8) : -0,2 % en 2025, après +0,3 % en 2024 et +2,5 % en 2023. Dans le secteur plus spécifique des services de conception de systèmes informatiques et services connexes, qui représente 2 % de l’emploi salarié, l’emploi recule même depuis deux ans (-1,6 % en 2025, après -1,2 % en 2024).
De plus, la valeur ajoutée rapportée à l’emploi privé suggère une amélioration récente de la productivité apparente, notamment en 2025, dans les secteurs des activités spécialisées, scientifiques et techniques et des services de conception de systèmes informatiques et services connexes (►figure 9). Même si ce dernier secteur ne recouvre pas l’ensemble des métiers de la programmation, il permet néanmoins d’observer, pour un segment a priori exposé à l’IA, une dynamique où l’activité semble progresser nettement plus vite que l’emploi, principalement depuis un an.En France, une lecture analogue peut être menée en rapprochant l’emploi et la valeur ajoutée du secteur des activités informatiques et services d’information qui regroupe 3 % de l’emploi salarié privé : depuis 2023, l’emploi baisse dans ce secteur, tandis que la valeur ajoutée conserve une trajectoire sans inflexion marquée (►figure 10). Cette divergence signale un regain très net de la productivité apparente dans le secteur sur la période récente.
… et en particulier pour les jeunes entrants sur le marché du travail dans les secteurs informatiques
Plus précisément, les ajustements liés à l’IA pourraient, à court terme, se concentrer moins sur l’emploi total que sur la structure des embauches, en particulier sur les positions d’entrée dans certains métiers (fonctions support, administratif, conseil, certaines tâches de développement et d’analyse), et pénaliser fortement les jeunes.Dans ce cadre, aux États-Unis, ►Brynjolfsson et al., 2025 exploitent des données administratives de paie à haute fréquence (ADP), mensuelles et de grande ampleur, jusqu’à septembre 2025 et mettent en évidence une baisse relative de l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés depuis la diffusion de l’IA générative, de l’ordre de 16 %. ►Hosseini et al., 2025 concluent au même résultat en mobilisant des données de CV et d’offres d’emploi entre 2015 et 2025 : sur la fin de la période, l’emploi des jeunes dans les entreprises utilisant l’IA se contracte nettement, tandis que l’emploi des seniors demeure globalement stable ou continue de progresser. Le mécanisme passe principalement par un ralentissement des embauches plutôt que par une hausse des séparations.
En France, une analyse semblable est possible à partir des séries d’emploi par âge dans les secteurs des activités informatiques et services d’information, de l’édition et des activités des sièges sociaux et conseil en gestion [Ces secteurs sont retenus dans la mesure où la littérature examinée ci-dessus suggère qu’ils sont relativement plus exposés à l’IA]. (►figures 11 et 12). Elle met en évidence un ajustement de l'emploi concentré sur les jeunes : au quatrième trimestre 2025, l’emploi salarié des 15-29 ans (hors alternants) recule en glissement annuel de 7,4 % dans les activités informatiques, de 5,8 % dans l’édition, et de 3,7 % dans les activités de conseil en gestion, quand l’emploi salarié privé de l’ensemble du secteur marchand non agricole baisse de 0,7 %. Sur une période plus longue, entre le quatrième trimestre 2023 et le quatrième trimestre 2025, l’emploi s’est contracté de 3,0 % dans l’information-communication, une baisse entièrement portée par les jeunes (hors alternants), qui contribuent pour -3,8 points à cette baisse. Ce mouvement peut aussi s’observer dans les activités d’édition où la baisse de l’emploi des 15-29 ans (hors alternants) contribue pour -1,7 point à la baisse totale de -1,8 %. Pour les activités de sièges sociaux et de conseil en gestion, qui incluent le conseil aux entreprises, l’emploi affiche une tendance plutôt haussière, mais avec également un repli de l’emploi des 15-29 ans hors alternants (contribution de -1,0 point).
Comme aux États-Unis, ces résultats semblent suggérer que l’ajustement de l’emploi vis-à-vis de l’IA se concrétise d’abord par un ralentissement des entrées et des recrutements sur les positions de début de carrière plutôt que par une contraction généralisée. Il est évidemment impossible d’attribuer directement cette évolution à la seule arrivée de l’IA générative car d’une part, l’emploi est globalement en ralentissement en France et d’autre part, ces secteurs peuvent être concernés par un coup de frein conjoncturel. Toutefois, les indicateurs d’activité continuent d’être correctement orientés dans des secteurs qui connaissaient en outre une croissance régulière de leurs effectifs depuis 20 ans : le retournement paraît ainsi brutal et plutôt concomitant de l’arrivée de cette nouvelle technologie.
C'est à une modification en profondeur de la structure du marché de l’emploi que l'on assiste.
"Contrairement aux idées reçues, l’IA ne réduit pas l’emploi, elle le redéfinit.
C’est ce que révèle le Jobs AI Barometer 2025 de PwC, basé sur l’analyse de près d’un milliard d’offres d’emploi à travers six continents. En France, cette dynamique est particulièrement marquée : avec plus de 166 000 offres d’emploi liées à l’IA publiées en 2024, l’hexagone se positionne en tête des pays européens, devant l’Allemagne (147 000) et le Royaume-Uni (125 000)."
source : PWC
Voici d'autres rapports et études que nous vous invitons à explorer, ainsi que leur bibliographie :
- Le rapport de la Commission de l'IA : IA : notre ambition pour la France dont la partie 1. 4 traite cette thématique "L’IA : créatrice ou destructrice d’emplois ?"
- Les études de l'OCDE sur l"IA, compétences et travail
- Labor market impacts of AI: A new measure and early evidence / Maxim Massenkoff et Peter McCrory - Anthropic - 5 mars 2026, étude présentée dans cet article : Anthropic a mis au point un détecteur pour repérer les métiers que l’IA pourrait faire disparaître ! / Sylvain Biget - Futura Sciences - 7 mars 2026
- une étude d’Oxford Economics : Evidence of an AI-driven shakeup of job markets is patchy est commentée en français par cet article Pas de « job apocalypse » imputable à l’IA, selon cette étude / Lucie Chevron - Hello work place - 19 janvier 2026
- une étude conjointes OIT–NASK sur la GenAI et l’avenir du travail : Generative AI and Jobs: A Refined Global Index of Occupational Exposure (IA générative et emploi: un indice mondial affiné de l’exposition professionnelle) présentée en français dans cet article : Un emploi sur quatre à risque de transformation par l’IA générative, selon un nouvel indice mondial OIT–NASK
- Future of Jobs Report 2025 / Forum économique mondial - rapport 2025 : 78 millions de nouvelles opportunités d'emploi d'ici à 2030, mais un besoin urgent d’acquisition de compétences pour préparer la main-d'œuvre
- Synthèse IA générative et transformation du travail 2025 / Numeum - sept. 2025
- L’impact de l’IA générative sur l’emploi en France / Laurent Benarousse et Alain Chagnaud - Roland Berger - 16 novembre 2023
- Generative AI at Work / Erik Brynjolfsson, Danielle Li & Lindsey R. Raymond - 2023
Quelques articles :
- Comment l'IA influence la productivité et l'emploi en Europe / Inaki Aldasoro Leonardo Gambacorta Rozália Pál Debora Revoltella Christoph Weiss Marcin Wolski - CEPR - 17 Feb 2026
- Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence / Erik Brynjolfsson, Bharat Chandar et Ruyu Chen - Standford digital economy lab - 11/13/2025 - version pdf
- Generative AI as Seniority-Biased Technological Change: Evidence from U.S. Résumé and Job Posting Data / Hosseini S., Lichtinger G. - Harvard University - 2025.
- L'IA et le travail : ce qui se joue vraiment / Ciprian Melian - 7 mars 2026. N'hésitez pas à explorer la bibliographie de cet article.
Bonne journée
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