Les grenouilles en France se portent elles mieux depuis qu'elles sont protégées ?
Question d'origine :
Bonjour,
Les grenouilles en France se portent-elles mieux depuis qu'elles sont protégées ? (la population a-t-elle largement augmenté ou sont-elles toujours menacées ?)
En vous remerciant.
Réponse du Guichet
Selon la Société Herpétologie de France, « les suivis des espèces au niveau national révèlent que les populations sont en déclin ou stables, aucune tendance à l'augmentation n’a été observée. »
Bonjour,
En France, la protection des amphibiens est régie par des arrêtes ministériels qui fixent les listes des espèces protégées et modalités de leur protection (arrêté du 19 novembre 2007 et arrêté du 08 janvier 2021). Ces arrêtés visent à protéger les espèces en raison de leur importance écologique, leur rareté, ou leur caractère endémique. Il est donc interdit de les capturer, de détruire ou nuire à leurs habitats.
Cette protection présente des effets particulièrement bénéfiques. Elle contribue notamment à faire reculer certaines pratiques néfastes, comme le braconnage, tout en favorisant la mise en place de suivis scientifiques rigoureux. Elle permet également de développer des actions locales concrètes, telles que la restauration des zones humides ou encore la création de corridors écologiques.
Mais malgré cela, les données montrent qu'une grande partie des espèces d'amphibiens en France est menacée ou quasi menacée, et certaines espèces sont en danger critique.
Selon la Société Herpétologie de France, « les suivis des espèces au niveau national révèlent que les populations sont en déclin ou stables, aucune tendance à l'augmentation n’a été observée. »
« La France (Hexagone et Corse) compte 35 espèces d’amphibiens dont 25 espèces d’anoures (amphibiens dépourvus de queue) regroupant ce que nous appelons communément les “crapauds”, “grenouilles” et “rainettes”.
À ce jour et d’après la Liste rouge rédigée par la SHF et l’UICN, 3 anoures sont en danger critique (Pélobate brun, Grenouille des champs et Grenouille des Pyrénées), 3 espèces sont évaluées comme vulnérables (Sonneur à ventre jaune, Rainette ibérique et Pélobate cultripède) et 7 espèces sont quasi-menacées (Discoglosse corse, Crapaud vert, Rainette verte et 4 espèces du complexe des “Grenouilles vertes”). Les autres affichent des populations soit relativement stables, soit en régression.
Tous ces animaux ont pour point commun l’utilisation du milieu aquatique (pour la reproduction) et du milieu terrestre (alimentation, repos) pour réaliser leur cycle de vie, ce qui leur vaut leur nom d’amphibiens (« amphi » = double, « biens » = vie).
C’est notamment du fait de ce trait de vie que les amphibiens sont menacés, car leurs habitats de reproduction, les zones humides, font partie des milieux naturels les plus sensibles parmi nos écosystèmes. Par ailleurs, ils sont parfois amenés à parcourir un vaste territoire entre leur site de reproduction et leur site d’hivernation. »
Source : Société Herpétologie de France
Le Bilan 2025 sur le suivi des amphibiens en France hexagonale et en Corse confirme cette tendance inquiétante : les populations (anoures et urodèles) sont majoritairement stables ou en déclin, traduisant un état de conservation globalement moyen à mauvais. Vous pouvez consulter l'intégralité de cette étude sur le site de GéoNat'Idf ou via le lien ci-dessus.
Les résultats montrent notamment :
une tendance significativement négative en milieux agricoles, en zones protégées et dans la région biogéographique atlantique
des variations selon les territoires, liées à l’hétérogénéité des suivis et à la diversité des habitats
Fait notable, le statut de protection des sites ne garantit pas toujours une amélioration des populations. Certaines espèces semblent légèrement favorisées en zones protégées, mais ces effets restent limités et parfois incertains. À l’inverse, certaines espèces présentent des tendances plus positives en zones non protégées.
Ce constat peut s’expliquer par plusieurs facteurs : fragmentation des habitats (routes, urbanisation), pression touristique, ou encore isolement des sites, y compris lorsqu’ils sont protégés.
Dès 2015, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) alertait déjà sur le risque d’extinction de nombreuses espèces d’amphibiens en France.
Les principales menaces identifiées restent aujourd’hui :
la destruction et l’assèchement des zones humides
l’urbanisation
la pollution des eaux
la fragmentation des habitats (routes, infrastructures)
Face à ces obstacles, certaines initiatives locales tentent de limiter les impacts, comme l’installation de dispositifs de franchissement (crapauducs) ou la mobilisation de bénévoles pour aider les amphibiens à traverser les routes lors des périodes de migration.
Voici quelques ressources complémentaires sur ce sujet :
Les Amphibiens | Observatoire de la Biodiversité des Forêts
Grenouilles - Société herpétologique de France | La SHF
Bonne lecture !
Le passé ne s’invente pas