A quelle somme correspond 6 Louis et demi en 1908
Question d'origine :
Bonjour,
Dans sa correspondance, l'écrivaine Colette écrit, en 1908, qu'elle a gagné "6 Louis et demi à la roulette". J'aimerais savoir si c'était une grosse somme ou non, à l'époque. Et à quoi cela pouvait correspondre par rapport à un salaire moyen de l'époque, par exemple. Merci !!
Réponse du Guichet
Par abus de langage, le Louis d’or était le nom donné à la pièce de 20 francs Napoléon. "6 Louis et demi" représenteraient probablement un gain de 130 francs à la roulette pour Colette à savoir un salaire mensuel ouvrier moyen au début du XXe siècle.
Bonjour,
Nous supposons que Colette utilise le terme "Louis" de manière erronée, voulant probablement désigner des pièces de 20 francs Napoléon :
La pièce de 20 francs Napoléon, est une des monnaies françaises les plus emblématiques. Elle est frappée pour la première fois en 1803, par Napoléon Ier, pour remplacer le Louis d’or. Éditée jusqu’au début de la 1ère guerre mondiale, elle est le témoin de la grandeur politique et de la puissance internationale de la France, notamment sous Napoléon III.
L’histoire du Napoléon 20 francs orLe Napoléon est créé le 28 mars 1803. Il désigne les pièces d’or frappées avec une valeur faciale exprimée en franc. Il prend le nom de son fondateur et est logiquement dessiné à son effigie, à l’image des Louis d’or sur lesquels étaient dessinés les profils des rois, depuis des décennies. La pièce la plus renommée est le Napoléon 20 francs, mais il en existe d’autres, qui vont de 5 à 100 francs.
Par abus de langage, on la nomme parfois Louis d’or. Pourtant, pour les numismates, le véritable Louis d’Or est une pièce en métal jaune, frappée durant la royauté, entre 1640 et 1792. Les Napoléons s’inscrivent bien dans cette continuité, mais ils marquent la fin de la royauté et le début de l’empire napoléonien.
[...]
La fabrication des Napoléons a duré jusqu’en 1914. Ils sont les témoins de l’évolution politique de la France entre le 1er Empire et le début de la 1ère guerre mondiale. Les Napoléons représentent un des symboles les plus marquants de la stabilité monétaire que connut la France au XIXe siècle. Le poids, la dimension et le titre n’ont jamais évolué durant toute cette période. Pendant ces 111 années, on estime que 500 millions de pièces de 20 francs or ont été frappées, soit 3 000 tonnes d’or.
source : Tnumis magazine
A-t-elle réellement perçu des Louis d'or ou bien l'équivalent de 6 Louis et demi soit 130 francs ? Nous supposons (peut-être à tort ?) qu'il s'agit de cette somme-là. Elle représenterait à peu près un salaire ouvrier mensuel.
Vous trouverez quelques exemples de salaires dans ces articles de journaux consultables sur Retronews :
Un article du journal L'Humanité daté du 18 juil. 1910 indique que des cheminots gagnent mensuellement "125 ou 130 francs".
Voir aussi un article de L'Humanité du 3 janv. 1907 qui mentionne les salaires des ouvriers de la chaussure, un article de La Démocratie, 12 mars 1911 mentionnant le salaire des clercs ou celui du Bien du peuple de Dijon, du 1 mars 1908 détaillant les revenus des lingères.
Voici en complément quelques extraits de documents qui pourront vous intéresser :
Les ouvriers et ouvrières les mieux payés touchent un salaire hebdomadaire supérieur ou égal à trente francs : les trieurs (36), les fileurs (40-36), les conducteurs d’engins à vapeur (36-30), les rentreurs et les encolleurs (35-30) et les tisserands (34-24).
Puis viennent ceux dont le salaire est inférieur à vingt francs par semaine : les peigneurs (17), les désuinteurs et retordeurs (16-15), les bâcleurs (12).
Considérons dans cette catégorie les femmes (doubleuses, épeleuse, tisseuses, soigneuses) dont le salaire tombe de 10 à 15 francs.De 1884 à 1904, ces salaires n’ont pas variés dans la draperie, ont progressé de 7% dans la filature de la laine, de 10% dans le peignage de la laine et la filature du coton [1].
Un loyer mensuel est d’environ 15 à 25 francs. On calcule qu’il faut au minimum de 1.060 à 1.200 francs par an à un ménage de deux enfants pour vivre, sans viande ni café, au début du XXe siècle. À 25 francs hebdomadaires, il faut travailler quarante-huit semaines.
source : Vie et condition ouvrières / Bruno Simon
L'ouvrage intitulé "La Belle Epoque : la France de 1900 à 1914" de Michel Winock mentionne quelques montants de salaires :
Les salaires relevés varient selon les sexes (en 1901, le salaire journalier d'un ouvrier des sucreries est d'environ 20 francs par jour, moins de 11 francs pour les femmes), mais aussi entre les régions (0,50 franc de l'heure en 1911 pour un ouvrier de l'imprimerie en province, soit environ 1500 francs par an, mais 2400 francs pour son homologue parisien), les entreprises, les corps de métier (le salaire horaire moyen à Paris d'un charpentier, à la même date, est de 1 franc, et de 0,60 franc pour un relieur). A partir de 1900, les progrès techniques tendent aussi à creuser des écarts entre les ouvriers qualifiés de la grande industrie, qui connaissent un niveau de vie en hausse, et les travailleurs non qualifiés, proches de la misère.
Par ailleurs, l'ouvrage de Fabrice Laroulandie "Les ouvriers de Paris au XIXe siècle" indique :
[...] Ces grandes évolutions soulignées, il faut s'empresser d'ajouter avec l'historien Jacques Rougerie, qu'une extrême diversité caractérise les salaires ouvriers qui varient en fonction de multiples paramètres.
Le degré de qualification est un premier critère discriminant : le salaire hebdomadaire des tailleurs s'échelonne de 45 à 140 F à la fin du siècle.
Le poids des mortes-saisons constitue un autre facteur de disparité. Un cordonnier peut gagner la moitié de son revenu annuel en quatre mois de surmenage avec des journées de 16 heures. En bonne saison, les semaines d'une chapelière vont, dans les années 1880, de 30 à 40 F, quelquefois 45 F, dit Jeanne Bouvier ; mais elles redescendent à 12 ou 15 F en saison creuse. Ce phénomène n'épargne pas les travailleurs très qualifiés, pourtant réputés privilégiés : les ébénistes, avec 8 F quotidiens et 2 400 F par an appartiennent à l'élite des salaires ouvriers en faisant de dures journées de 10 heures pendant six jours par semaine et 300 jours par an. Mais l'ébéniste de haut luxe décrit par Pierre Du Maroussem en 1891pour "Les Ouvriers des Deux Mondes" ne fait que 154 journées de travail d'art de 8 F et consacre 152 jours rétribués 6 F à fabriquer des meubles ordinaires, ce qui abaisse son revenu annuel à 2 144 F.
L'âge conditionne également le montant des salaires : si l'ébéniste touche 8 F entre 25 et 60 ans, l'apprenti ne peut guère espérer davantage que 5,60 F et l'ouvrier de plus de 60 ans 6,80 F, d'après un rapport de l'Office du travail sur l'apprentissage dans les industries de l'ameublement (1905).
Le clivage entre Paris et la banlieue est manifeste sur le plan des salaires bien qu'il tende à s'atténuer à la veille de la guerre : alors que la journée est plus longue en banlieue (moins du tiers des ouvriers parisiens travaillent plus de 10 heures à la fin du siècle contre plus de la moitié des ouvriers banlieusards), le salaire quotidien moyen d'un ouvrier est inférieur en banlieue de 10%, selon l'enquête de l'Office du travail sur les salaires et la durée du travail (1893-1897).
Le sexe, enfin, détermine les inégalités majeures : le salaire des ouvriers est deux fois supérieur à celui de leurs compagnes. Le salaire moyen des ouvriers à Paris tourne autour de 3,80 F en 1847, 4,51 F en 1860, 4,98 F en 1872 et 5,66 F en 1882 ; celui des femmes autour de 1,63 F en 1847, 2,14 F en 1860, 2,60 F en 1872 et 2,95 F en 1882. En proportion, l'écart s'est donc réduit : en 1847, le salaire féminin représente seulement 43 % de celui des hommes ; en 1882, il en représente 52 %. La grande dépression de la fin du siècle fige l'inégalité des salaires : l'Office du travail évalue en 1897 le salaire moyen des ouvrières à 3,15 F soit 51% du salaire des ouvriers établi à 6,20 F. Au total, le déséquilibre n'a pas diminué de façon significative, ni régulière ; plus les salaires sont bas ou se déprécient, plus le fossé se creuse au détriment des ouvrières.
Vous trouverez quelques indications de prix dans ce document : Relevé de quelques prix et salaires aux 19ème et 20ème siècles.
Bonne journée.
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