Pourquoi certaines personnes sont-elles méprisées, moins respectées que d'autres ?
Question d'origine :
Meme si la declaration des droits de l'homme dit que tout le monde a de la valeur et que tout le monde doit etre respecte, on a quand meme l'impression que la societe valorise plus certaines personnes que d'autres et meprise plus certaines personnes que d'autres...tout le monde est pas traite avec le meme respect dans la societe...Pourquoi?
Réponse du Guichet
société
Bonjour,
Chacun, chacune n'est pas vu·e de la même manière par tout le monde. C'est une réalité. Mais pourquoi certaines valeurs priment-elles sur les autres sitgmatisant certain·es personnes et en louant d'autres ?
Les valeurs communes reposent sur un consensus social indispensable à toutes société. C'est ce que vous pourrez lire dans L'importance des valeurs dans la construction d'une société harmonieuse de Mateusz Brodowicz publié sur Aithor, un générateur d'essai en ligne, en 2025 :
La construction d'une société harmonieuse repose fondamentalement sur les valeurs qui en façonnent les interactions et les structures. Ces valeurs, qu'elles soient culturelles, morales ou éthiques, jouent un rôle déterminant dans l'établissement de normes de coexistence et de coopération entre les individus
Nous vous en conseillons la lecture simple et accessible dans les concepts exposés comme par exemple les différentes valeurs (morales, culturelles, sociales, économiques) ou l'impact des valeurs sur la société (cohésion sociale, équité et justice, respect et tolérance).
Voici également quelques extraits de Les valeurs parlons-en !, Grand Lyon Mission Prospective et Stratégie d’agglomération, [n.d.], sur cette notion de valeurs :
Les gens agissent en fonction de valeurs qui font sens pour eux. Ils ne sont pas des pantins simplement déterminés par la société ou l’économie. Bien sûr, des conditionnements, des influences sociales jouent : la société marque chacun. Mais les individus ont des moyens de résistance, ils peuvent accepter ou refuser les valeurs que des institutions, des groupes sociaux ou des maîtres à penser proposent.
Tout le monde a donc des valeurs, des principes d’action, un sens de ce qui est bien. Mais les uns peuvent avoir une boussole très rigide, les autres très relative… Chacun peut absolutiser ses valeurs, ou au contraire les considérer avec un certain recul, y croire intensément ou modérément. Il peut aussi être tiraillé entre des valeurs contradictoires. Et chacun peut évoluer dans ses orientations de valeurs au cours de sa vie.Pierre Bréchon, politologue
Les valeurs émanent en grande partie de la personne. Même si elles sont acquises au cours de l’adolescence et de la jeunesse, elles proviennent d’une négociation entre l’individu et son environnement social. Petit à petit, chacun se construit un système de valeurs.
Les normes sont en quelque sorte de représentations qui s’imposent aux individus et sont produites par la société. On peut les admettre ou non. Bien sûr, on peut toujours refuser une norme, mais l’individu n’en est pas le producteur.
Ainsi peut-on dire qu’aujourd’hui le travail, comme norme, est en déclin, alors que le travail, comme valeur, c’est-à-dire comme support de potentialités très importantes pour les individus, ne l’est pas en déclin1.
La discussion, l’échange, la confrontation des points de vue, l’argumentation, permettent d’asseoir nos choix sur des "choses qui vaillent" et non sur des impressions, des émotions : ce sont les valeurs, objet de nos débats.Jean-François Tchernia, sociologue
il convient de soumettre les valeurs à une réflexion critique. C’est une tâche pour chacun. De plus, la réflexion critique sur les valeurs peut être utile à ceux qui ont plus précisément pour tâche l’élaboration de la loi. Une réflexion sur les valeurs ne peut qu’être utile aux politiques et à tous ceux qui ont pour mission de penser et d’encadrer la vie sociale.
Paul Moreau, philosophe
Regardez également cette vidéo Qu’est-ce qui fait valeur dans notre société ? / Albert Ogien Sociologue, directeur de recherches au CNRS, directeur du Centre d’Étude des Mouvements Sociaux et de l’Institut Marcel Mauss de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Université de Lille 1, octobre 2013.
Sur les valeurs vous pourriez lire aussi :
- Les valeurs des Français : évolutions de 1980 à 2000 / dir. Pierre Bréchon, 2003
- Les valeurs dans la société française : enquêtes commentaires débats, Millénaire 3, Grand Lyon, 2003
A la lecture ou l'écoute de ces documents, vous aurez compris (comme nous vous l'avons déjà expliqué dans plusieurs de nos réponses) que tout le monde ne partage pas les mêmes valeurs. Par exemple, un groupe social partagera les valeurs A, B et C, un autre les A, D et E, un autre encore les B, D et A, D et C et un autre les G et K :
Groupe 1 : A, B et C
Groupe 2 : A, D et E
Groupe 3 : A, B, D et C
Groupe 4 : G et K
Vous constatez ainsi que certaines valeurs sont plus souvent appréciées que d'autres. Ici la valeur A. Elle est partagée par trois groupes, le 1 le 2 et le 3. Ce qui n'est pas le cas des valeurs G et K qui n'apparaissent que dans le groupe 4. C'est pourquoi, dès lors qu'une personne appartiendrait à ce groupe 4, elle pourrait être méprisée, mal considérée, moins respectée. Ce n'est pas juste mais c'est ainsi que cela fonctionne. Evidemment les raisons ne sont pas qu'arithmétiques.
Pour comprendre pourquoi certain·es personnes sont ainsi stigmatisées, il est possible de faire une lecture antropologique de ce phénomène et de l'associer au mécanisme du bouc émissaire ou pharmakos dans les sociétés humaines théorisé par René Girard dans La Violence et le Sacré.
Le pharmakos était dans la Grèce antique celui que la Cité désignait pour être sacrifé afin d’expier les fautes de ses habitants et d’éviter ainsi que des calamités ne s’abattent sur elle. Le pharmakos pouvait être un animal, mais habituellement c’était une personne, en soi innocente bien que le plus souvent en marge de la société. Cette notion rejoint celle du bouc émissaire hébreu dans la fonction de déplacement de la faute sur un autre, sur une victime expiatoire dont le sacrifce est supposé traiter le mal qui menace le groupe.
Aujourd’hui, ce ne sont plus les rites expiatoires codifés, mais la stigmatisation de certaines catégories de populations, du religieux, de l’ethnicité, qui pérennisent sous des formes diverses le pharmakos.
Source : Le pharmakos au XXIe siècle / Guy Briole
Lire aussi
Pharmakos de Wikipédia
Bouc émissaire et Pharmakos, Observatoire du bouc émissaire
Moreau Alain. Médée bouc émissaire ?. In: Pallas, 45/1996. Médée et la violence. pp. 99-110.
Le bouc émissaire : du rite au mythe. Entretien avec Lucien Scubla. Propos recueillis par Nicolas Journet, Sciences Humaines, 28 novembre 2014
Bonne journée
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