Quelles sont les 3 voies romaines qui partaient de la rue du Trion à Lyon ?
Question d'origine :
Bonjour,
quelles sont les 3 voies romaines qui partaient de la rue du Trion à Lyon ?
En vous remerciant.
Réponse du Guichet
Bonjour, plusieurs voies romaines se rejoignaient à proximité de la place de Trion : la voie d'Aquitaine en direction de l'ouest, la voie du Rhin et de l'Océan et direction du nord-ouest, la rue dite d'Aquitaine (actuellement rue Roger Radisson) qui relie le carrefour à la cité , la rue du Trion qui rejoint le sud-est, et selon certains plans la Narbonnaise, en direction du sud-ouest. Voici ce que nous avons pu trouver à ce sujet.
Un article sur les Voies romaines de Lyon publié sur Lyonhistorique.fr présente les choses de la manière suivante :
« La place de Trion : un carrefour des voies
La place de Trion (trivium, « les trois routes ») se situe à l’emplacement d’un carrefour antique important. A cet endroit, la voie romaine descendant de Fourvière se séparait pour donner naissance à la Voie de l’Océan (qui suivait le vallon jusqu’à Gorge de Loup puis Vaise par les rues Pierre Audry, Sergent Michel Berthet, place Valmy, puis rue de Bourgogne), à la Voie d’Aquitaine (rue de la Favorite) , et à une voie desservant les quartiers sud de la ville (rue de Trion).
Ce carrefour, situé à l’extérieur de l’enceinte présumée de la cité, était bordé de nombreux tombeaux et constituait la plus grande nécropole de Lugdunum, celle de Trion. »
Voir le Plan de Lyon antique – tracé des voies d’après les hypothèses de A. Desbat et localisation des ensembles funéraires (DAO M. Monin) reproduit dans l’article. Sur les plans, la voie de Narbonnaise semble également très proche de ce carrefour, mais n'est pas mentionnée dans l'article.
Dans le Guide du Lyon gallo-romain (2004), Jean Burdy et André Pelletier écrivent, p. 42 :
« Au col entre les vallons de Choulans et de Gorge de Loup, au point haut le plus commode pour l’accès à Fourvière, se situe la place de Trion – trivium, les « trois routes » - carrefour des voies d’Aquitaine en direction de Feurs, du nord – Océan et Rhin – par la vallée de la Saône, de Roanne (avenue Barthélémy-Buyer) et une voie venue du quartier sud de la ville (Saint-Just). Toutes ces voies sont au départ parfaitement attestées par les alignements des tombeaux retrouvés en grand nombre dans ce qui est considéré comme la plus grande nécropole de Lugdunum, celle de Trion. »
Dans Quand Lyon s’appelait Lugdunum (2016), André Pelletier, lire p. 40-45 le chapitre 3 Les voies romaines de Lyon, qui donne quelques indications sur le réseau d’Agrippa, dont font partie les voies d’Aquitaine, du Rhin, de l’Océan et de Narbonnaise. Y est reproduit un schéma figurant ces voies, issu d’un article d’Armand Desbat La colonie de Plancus, p. 62 et suivantes dans Lugdunum, naissance d’une capitale (2005). Ce plan très schématique ne reprend pas les tracés des rues actuelles. Il s’agit d’une reconstitution hypothétique de Lugdunum vers 40 avant notre ère par A. Desbat et G. Macchabeo.
Quittons là les ouvrages de vulgarisation pour des ouvrages plus scientifiques.
Dans la Carte archéologique de la Gaule, 69/2 Lyon (2007), vous pouvez lire la contribution d’Armand Desbat La topographie historique de Lugdunum, p. 179-191. On y retrouve un plan schématique un peu plus complexe, voir p. 181 fig. 55, La colonie de Plancus, nouvelle hypothèse (A. Desbat [dir], 2005). Celle-ci comporte notamment différents tracés possibles pour la voie de Narbonnaise, dont l’un rejoint le secteur de la place de Trion.
L'Atlas topographique de Lugdunum. Vol. 1. Lyon Fourvière ne traite pas en détail le secteur de la place de Trion, qui apparait en marge des zones analysées. On retrouve cependant dans la partie introductive p. 14-16 des plans des représentations du Lyon antique de Wuilleumier (1953), Audin (1964), ainsi qu’à la p. 88, Fig. 73 un Plan de synthèse des vestiges antiques du IIe siècle sur le plateau de Fourvière, avec le tracé des voies.
Le document le plus précis – et le plus récent - que nous ayons trouvé est sans doute la contribution de Michel Lenoble et Philippe Thirion dans Lugdunum et ses campagnes : actualité de la recherche (2018) :
Trame et réseaux viaires à Lugdunum : l’apport de l’atlas topographique / Michel Lenoble, Philippe Thirion, p. 43-67 (téléchargement possible sur academia.edu)
La encore, l’article s’intéresse principalement à la trame urbaine et non à la zone de la place de Trion, située en lisière. Mais la comparaison des figures 2, 3 et 5 (p. 46, 47 et 53) vous donneront un aperçu plus précis des tracés supposés des voies antiques dans le secteur de la place de Trion. A proximité du point de rencontre entre la voie de l’Océan, la voie d’Aquitaine et la rue de Trion, se trouve également un tracé de la voie de Narbonnaise. Voir :
p. 46 fig. 2 Lyon, plan des différents secteurs et localisations des trames urbaines antiques repérées. PCR Atlas topographique de Lyon antique, Michel Lenoble, 08/2014
p. 47 Fig. 3 Essai de reconstitution des voiries et îlots urbains de Lugdunum, époque coloniale.
p. 53 - Figure 5 : Essai de restitution des voiries et îlots urbains de Lugdunum au milieu du Ier siècle après J-C. PCR Atlas topographique DAO ML 01/2015 1/2500 : le plus précis car on y situe aisément les rues actuelles.
Voici en outre quelques extraits susceptibles de vous intéresser :
P. 52 : « La rue d’Aquitaine (rue Roger Radisson), à son extrémité ouest, près des piles de l’aqueduc du gier, observée sur toute sa largeur, mesurait 12m et était couverte de dalles de granite (Fabia, Montauzan, 1925, p. 119-124). (...) Cette rue constitue un des axes majeurs du plateau ; le decumanus maximus de Lugdunum (Desbat, 2008, p. 236) qui en se dirigeant vers l’ouest permettait de sortir de la ville, d’atteindre la nécropole de Trion et au delà de constituer la voie d’Aquitaine.
P. 60 : « Les voies permettant les liaisons entre les différents quartiers de la ville.
Elles sont documentées à des degrés divers ; leur connaissance reposant souvent sur des observations anciennes. (…)
La rue qui prolongeait vers l’ouest l’actuelle rue Roger Radisson, le decumanus maximus présumé, se dirigeait hors de la ville, vers les mausolées de Trion, où elle se divisait en deux chaussées : l’une vers l’ouest et la nécropole de la Favorite où elle constituait la voie d’Aquitaine et l’autre vers le nord, se dirigeant vers Vaise, le long de l’actuelle rue Pierre Audry pour former la voie de l’Océan et du Rhin. Elle était bordée de tombes et de mausolées (Audin, 1964, p. 49-51 ; Delaval, 1995b). (...)
Une voie, dont le tracé correspond sensiblement à la rue de Trion, contournait la ville haute de Fourvière par le sud et reliait la voie conduisant à la nécropole de Saint-Just et la voie d’Aquitaine à Trion. Des dalles de granite ont été mises au jour de différents travaux dans la rue (Le Mer, Chomer, 2007, p. 629, n°563). (...)
Certaines de ces voies se prolongaient hors de la ville et constituait le réseau mis en place par Agrippa, cité par Strabon Livre IV, 6, C208 (Lucas, Decourt, 1993, p. 39). Ce dernier mentionne qu’Agrippa a fait tracer les routes à partir de Lyon : celle qui aboutit chez les Santons et en Aquitaine, celle du Rhin, celle de l’Océan et celle qui conduit en Narbonnaise. Il mentionne également une autre voie qui permettait de gagner les plaines des Helvètes. Les tracés de certaines ont été repris par les réseaux routiers modernes ; il est par conséquent difficile de les documenter par l’archéologie. »
Nous n’avons pas trouvé d’extrait pertinent relatif au passage de la Narbonnaise à proximité de la place de Trion. Nous sollicitons le service archéologique de la Ville de Lyon sur ce point et nous vous fournirons des informations complémentaires le cas échéant.
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