Quels sont les titres de robinsonnades écrites par des autrices ?
Question d'origine :
Bonjour,
Pourriez-vous me partager les titres de robinsonnades écrites par des autrices et qui sont accessibles à un lectorat jeunesse (collégien.nes)?
Par avance, je vous remercie pour votre réponse.
Marie-Laure
Réponse du Guichet
Vous cherchez des titres de robinsonnades écrites par des femmes et accessibles à un lectorat de collège. La robinsonnade en littérature de jeunesse est étroitement liée aux conceptions de l'enfant et de l'éducation et a longtemps été associée à un didactisme indéniable.
C'est le roman Robinson Crusoé de Daniel Defoe qui est à l'origine du genre littéraire de la robinsonnade. Le héros se retrouve isolé de sa civilisation, généralement sur une île déserte, et doit improviser les moyens de sa survie dans un univers hostile. Le terme de "robinsonnade" a été créé et utilisé pour la première fois en 1731 par l'écrivain allemand Johann Gottfried Schnabel dans l'introduction de son ouvrage Die Insel Felsenburg. Le succès du roman de Defoe est immédiat et durable. Robinson est fortement exploité au XIXe siècle — on compte plus de 40 robinsonnades en France entre 1840 et 1875 — à des fins d'édification morale : un enfant seul, abandonné, luttant pour sa survie, devient un modèle pour les jeunes lecteurs.
Ce mouvement est loin d'être exclusivement masculin. Rapidement traduit à travers toute l'Europe, le Robinson Crusoé de Defoe sert de matrice à un modèle romanesque essentiel des débuts de la littérature de jeunesse. Des autrices s'en emparent dès le début du XIXe siècle : d'un dialogue plein de liberté avec les prescriptions rousseauistes chez Isabelle de Montolieu, on passe à l'expression d'un engagement politique, discret chez Eugénie Foa, plus combatif chez les autrices catholiques Mme Mallès de Beaulieu et Mme Woillez.
Au XXe siècle, le genre se renouvelle profondément. Dans la production contemporaine, la place de la robinsonnade est remise en cause, et le genre évolue de pair avec les conceptions sociales de l'enfance et de l'éducation. Des autrices le réinvestissent alors par un angle critique et féministe : Marlen Haushofer, avec Le Mur invisible (1963), subvertit le genre traditionnellement masculin et colonialiste. Contrairement à Robinson Crusoé, dont la logique est celle de l'expansion et de la domination, sa narratrice ne cherche ni à dominer ni à reconstruire la civilisation, mais à s'intégrer humblement à son milieu.
Quelques titres repérés qui pourraient vous convenir :
Le Mur invisible / Marlen Haushofer : une femme se retrouve isolée dans un chalet alpin derrière une paroi invisible après une catastrophe. Roman écoféministe majeur, il décrit la reconstruction d'une vie organisée par une femme au sein d'une nature tantôt violente, tantôt nourricière. Le livre est aujourd'hui au programme de classes prépa, mais reste lisible dès la 4e/3e pour des lecteurs motivés.
L'Île des dauphins bleus / Scott O'Dell. Inspirée d'un fait réel, l'histoire d'une jeune fille laissée seule pendant 18 ans sur une île au large de la Californie. À signaler : O'Dell est un homme, mais l'héroïne est centrale et le roman est souvent cité dans le contexte des robinsonnades au féminin. Accessible à partir de la 6e.
Manuel de survie à l’usage des jeunes filles / Mick Kitson. Deux sœurs fuient un foyer violent et vont vivre cachées dans les bois, dans une logique de survie et d’auto-organisation qui rappelle Robinson. C’est un texte très proche de l’ado/young adult, avec une forte dimension de fuite, d’apprentissage et d’émancipation.
Dans la forêt / Jean Hegland. Comme dans le précédent roman, on retrouve tous les codes du genre : la catastrophe qui isole, l'apprentissage de la survie par étapes, la nature à la fois hostile et nourricière, la reconstruction d'un monde à partir de rien. Il est souvent inscrit dans les programmes scolaires et il existe une adaptation BD.
Soudain, seuls / Isabelle Autissier. Navigatrice, scientifique et écrivaine, Isabelle Autissier raconte l'histoire d'un couple de trentenaires dont le bateau coule lors d'une escale sur une île déserte. Accessible en style, mais le sujet (couple adulte, questionnements de la trentaine) convient mieux à partir de la 3e.
Sans panique / Coline Hégron. Romie, seule rescapée d'un accident, se retrouve sur une île dont toute la population est apathique. Ce n'est pas une robinsonnade au sens strict (il s'agit d'une île habitée), mais le motif de l'isolement et de la survie émotionnelle y est central. Pépite Bande Dessinée 2023 du Salon du livre jeunesse de Montreuil. Très recommandé à partir de la 5e.
Paola Crusoé / Mathilde Domecq. BD jeunesse où Paola se réveille sur une plage déserte après un naufrage avec sa famille ; l’histoire suit l’installation de la survie, les tensions familiales et la découverte d’une autre naufragée, Rachel.
Pour aller plus loin :
La robinsonnade, une affaire de femme engagée au début du XIXe siècle
Les robinsonnades en littérature de jeunesse contemporaine
La robinsonnade pour la jeunesse et la question de l’altérité au XIXème siècle
Les robinsonnades (podcast)
Les robinsonnades avec de plus grandes variantes
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