Les soldats furent-ils tous secourus lors du passage des troupes de Richard Coeur de Lion ?
Question d'origine :
Bonjour,
lors du passage des troupes du roi Richard Coeur de Lion à Lyon en 1190, le pont du Rhône céda sous le poids de l'armée anglaise...
Les soldats furent-ils tous secourus, ou dût-on déplorer des pertes ?
En vous remerciant.
Réponse du Guichet
Cet événement tragique survenu à l'été 1190 aurait certainement fait beaucoup de morts et peu de secourus... Aucune source ne parle de personnes rescapées des eaux du Rhône. Elles sont en revanche plusieurs à mentionner des "pertes énormes" sans pouvoir les quantifier précisément. Les armées conjointes des rois de France et d'Angleterre représentant probablement plusieurs dizaines de milliers d'individus lancés dans une nouvelle Croisade, il est certain que l'effondrement du pont de la Guillotière a fait des dégâts humains considérables. Un nouveau pont en pierre sera reconstruit à partir du 13ème siècle.
Bonjour,
L'été 1190 représente un moment particulièrement tragique pour la Guillotière. A l’occasion d'une nouvelle Croisade pour reprendre Jérusalem au Roi Saladin, les armées du roi de France et du roi d'Angleterre (et même peut-être de l'empereur du Saint-Empire romain germanique, mais rien de moins sûr), se sont associées pour un mouvement de troupes considérable direction la Terre Sainte, qui comprenait probablement plusieurs dizaines de milliers de soldats.
L'itinéraire prévoyait de traverser le Rhône avant d'embarquer à Marseille et/ou à Gênes. Il fut décider qu'il serait franchi à la Guillotière. Mais lors de la traversée du pont celui-ci, construit en bois, s'est effondré sous le poids conjoint des armées livrant aux eaux tumultueuses du Rhône plusieurs milliers de soldats.
Profondément affecté par ce drame, Le roi d'Angleterre Richard Coeur de Lion aurait fait par la suite plusieurs donations pour la reconstruction d'un pont, en pierre cette fois. "Une grande partie de la suite des deux rois et leurs bagages fut engloutie" selon Claude-Émile Perret de La Menue dans Histoire du Pont de la Guillotière et recherches sur les principaux faits... (p. 13 sur Google Livres). La notice Wikipédia Pont de la Guillotière, qui s'appuie sur l'ouvrage de référence Rues de Lyon, de Louis Meynard (Éditions des Traboules, 2003, 412 p.) fait aussi état de la "mort d'une parie de la suite" et des remords du roi d'Angleterre.
L'article de la Tribune de Lyon parle de "pertes énormes" (dans "Le jour où Richard Cœur de Lion a marché sur Lyon", 2023).
Les mêmes conclusions tragiques sont consignées dans un vieil article du Progrès publié le samedi 17 juillet 2004 et intitulé "Été 1190, catastrophe à la Guille" (lisible en intégralité sur Europresse). L'auteur parle de "trente mille soldats français et vingt mille autres anglais". Le pont mesurait selon lui près de 500 mètres.
Mais rien de moins sûr. Car cette histoire d'effondrement serait paradoxalement l'un des premiers éléments historiques qui nous soient parvenus sur l'histoire des ponts de la Guillotière. Si un relatif consensus s'affirme autour de sa date de construction peut s'établir grâce à son effondrement (autour de 1183), nous ne savons par exemple que peu de choses sur son véritable emplacement d'après cette fiche du patrimoine en Auvergne Rhône-Alpes et les auteurs de l'ouvrage collaboratif de référence Le pont de la Guillotière : franchir le Rhône à Lyon : approche interdisciplinaire (1991), numérisé en intégralité sur OpenEdition :
Le premier document daté faisant explicitement allusion au pont du Rhône est, paradoxalement, le récit relatant son effondrement lors du départ pour la Croisade des armées de Philippe Auguste et de Richard Cœur-de-Lion en 119021. Cités par Guigue et Croze, ces deux textes, extraits de chroniques contemporaines, indiqueraient donc que le pont du Rhône était en fonctionnement à la fin du XIIe s., ce qui s’accorderait avec les deux chartes d’Ainay 72 et 73, relatives à la préparation du chantier autour de 1185. Ainsi, la construction de l’ouvrage se placerait au cours de la décennie 1180-1190, plus probablement dans la seconde moitié de celle-ci.
Un relatif consensus se fait donc sur la construction d’un pont à la fin du XIIe s. ; en revanche, des divergences nombreuses portent sur son emplacement. La compilation des documents et l’analyse de la topographie environnante amènent les historiens à formuler trois théories : les deux premières envisagent un déplacement du pont entre sa fondation et le début du XIVe s. et, donc, l’existence d’un pont initial, dont le site serait sensiblement différent de celui connu entre le début du XIVe s. et 1953 ; la troisième, au contraire, suppose une permanence du pont sur le même site depuis sa fondation.
Source : Burnouf, Joëlle, et al. « Chapitre I. Un fleuve, un passage : contraintes et enjeux ». Le pont de la Guillotière, Alpara, 1991.
Si la catastrophe est bien mentionnée, aucune estimation du nombre de personnes décédées n'est indiquée. On ne parle pas non de personnes potentiellement secourues. Par ailleurs, certaines irrégularités historiques méritent d'être rapportées au sujet des trois rois qui ont traversé ce pont en 1190. L'identité du troisième roi demeure incertaine. Voici ce qu'en dit le blog Lyon Historique et qui mérite, après vérifications, d'être rapporté :
Une grande confusion règne encore sur le passage de ces trois rois à Lyon :
- on lit parfois que Conrad de Bavière aurait été le troisième souverain accompagnant Philippe Auguste et Richard, et qu’il mourut dans la chute du pont… Or Conrad est simplement duc de Bavière (et non roi) et de plus il décède en 1055, donc bien avant le passage du Rhône par les croisés en 1190… cette hypothèse ne tient pas.
- quant à Frédéric Barberousse, empereur germanique, il mène la croisade germanique initiée en 1088, distincte de la croisade franco-anglaise, légèrement postérieure. Son passage à Lyon en juillet 1190 nous parait difficile dans la mesure où Frédéric s’est noyé le 10 juin 1190 dans le fleuve Saleph (actuellement Göksu), en Turquie.
- Quant à Richard Coeur de Lion, on lit qu’il aurait suivi un itinéraire différent de Philippe Auguste : Philippe s’embarquant à Gênes et Richard à Marseille… Est-ce à partir de Lyon que les deux souverains se séparèrent ?
Source : L’Hôtel et la rue des Trois Rois - Lyon Historique.
Une rue des Trois Rois à la Guillotière porterait pourtant bien leurs noms.
Bonne journée.
Laissez le feu brûler