Je cherche des informations sur le peintre, graphiste Rémy Gully (1897-1980).
Question d'origine :
Bonjour,
et mille mercis pour vos réponses, très documentées. Nouvelle question concernant un peintre, graphiste de Schiltigheim, Rémy Gully (1897-1980), très doué et qui a réalisé de nombreuses affiches pour le cortège du Messti dont la célèbre affiche de 1933 sur Hitler (”Reichskanzler in Schilike”) ci-jointe qui lui valut d’être poursuivi par la Gestapo en 1940. Je ne trouve pas grand chose sur sa formation, ses autres réalisations. Pourriez-vous me renseigner ?
Merci
Réponse du Guichet
Il semblerait que Rémy Gully ait été marié à Marie Maglott et que naquit de leur union un fils nommé Raymond en 1925. Nous avons déniché deux autres affiches de ce graphiste méconnu puisqu'il n'est pas mentionné dans les principales sources d'art que nous avons consultées.
Bonjour,
Vous recherchez des informations sur Rémy Gully, peintre graphiste alsacien né en 1897 et décédé en 1980 dites vous. Celui-ci aurait réalisé une affiche caricaturale d'Hitler ce qui lui aurait valu d’être poursuivi par la Gestapo en 1940.
Pour commencer, n'étant pas alsacien·ne, nous avons dû nous pencher sur la signification de messti. Selon le Dictionnaire des régionalismes de France le messti est une fête foraine annuelle du village ou de la ville.
Puis nous avons cherché dans la presse ancienne le nom de Rémy Gully. Celui-ci est apparu plusieurs fois.
Une promesse de mariage entre Remy Gully et Marie Maglott est publiée dans Freie Presse (Strasbourg), Freie Presse : sozialistisches Organ für den Nieder-Rhein und für Lothringen, du 6 juin 1925 :
Promesses de mariage
Du 26 mai 1925. Richard Schumacher, technicien. et Georgette Schwartz. — Emile Bilger. fondé de pouvoirs. et Virginie Wurtz-Bottemer. Bischheim. — George Pfitzer. grutier. et Eugenie Steinmann. — Joseph Kimmel, agent |aux chemins de fer. et Marie Jung. — Remy Gully. dessinateur. Schiltigheim. et Marie Maglott.
Schiltigheimer Messti 1936.
Die Seestadt hatte am gestrigen Sonn tag ihren traditionellen Messti mit dem nicht minder berühmten „S c h i 1 k e m e r M e s s t i z u g”. Von weit und breit hatte man sich teils am Ausgangspunkt in der Poststrasse, teils in den anderen, für den Umzug vorgesehenen Strassen eingefunden, um „dabei” zu sein. Der «Cortège” stand diesmal ganz im Zeichen der einheimischen Hauptindustrie. Auf prachtvoll hergerichteten Wagen zeigten stàmmige Brauer die «Bierfabrikation im Wandel der Zeiten".
Um 2 Uhr setzte sich der Zug unter den Klângen der «Fanfares” in Bewegung. Voran schritten zwei waekere Pompiers, gefolgt von fünf Herolden hoch zu Ross, mit den Standarlen der ortsansâssigen Brauereien «Adelshoffen", «Zum Fischer", «Zur Hoffnung", «Zur Perle" und «Schützenberger". Dann kamen die Claironsektionen der Sapeurs-Pompiers, des Arbeitervereins «Olympia” und des Arbeitersportvereins Schiltigheim. Dahinter der erste Wagen, auf dem ein Mônch von anno 1400 nach damaiiger primitiver Art Bier branle, eine Arbeit, die er schmunzelnd verrichtete. Auf drei weiteren Gefâhrten, gezogen von prachtvollen Rossen, wie man so krâftig wohl nur vor Bierwagen zu sehen bekommt, thronten ein aller Braukeller, wo ebenfalls einige Mônche mit der Herstellung des würzigen Trankes beschaftigt waren, ein Biergarten der Biedermeierzeit und ein moderner Braukessel. Dazwischen ein aller Transportkarren und ein «neuer Transport", auf dessen schônen Rossen muskulôser Bierfaxen mit der alten malerischen Zunftmütze ritten. In einer Kutsche in der Mille des Zuges freuen sich Herren vom Comité am Erfolg ihres Untcrnehmens. Ein Wagen mit dem Gambrinus, ein solcher mit ; einer riesigen Zunftkappe, die Claironsek.
tion des Turnvereins «Concordia”, der Arbeitermusikverein «Liberté”, ein Wagen mit dem berühmten Paragraphen 11, zwei an dere Gefâhrten mit einer Bierflasche von respektablem Format und einem «Stamm” von nicht minder ansehnlichem Format, und dann ein Wagen, der Schiltigheim als Bierstadt versinnbildlichte, beschlossen den originellen Zug. Die Rundfahrt durch zahlreiche Strassen dauerte gute zwei Stunden.
Dann wurde der Zug aufgelôst und Teilnehmer und Zuschauer verloren sich bis spat am Abend auf dem Messti und in den zahl reichen Wirtschaften, wo der edlc Gersten saft in Strômen floss.
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Bei einem kleinen Empfang, der nach Beginn des Umzugs in den Etablissements Ott stattfand, sah man H. Maire Sorgus, Mitglied des Generalrats, den 1. Adjoint H. Kieffer, den 2. Adjoint H. Metzmeyer, den 3. Ad joint H. Pfotzer, Prâsident des Festcomités.
Diesem Comité gehôrten auch an die H.. Linck, Charles Roth, Charles Fuss, Emile Riehl, Ch. Heinrich, Krauskopf, Remy Gully, Fritz Meyer, Zetzner, Hoff, Stoeckle, Barthel, Litzelmann, Bauer und Félix. In einer kurzen Ansprache béton te der Herr Maire, Schiltigheim halte trotz des Wandels der Zeiten die alte Tradition des Messtizuges hoch, an dem alljâhrlich nicht nur die Einheimischen, sondera auch die auswârtigen Gâste ihre Freude haben. Es sei übrigens nicht zuletzt das Verdienst der Brauereien, wenn auch heuer der Zug mit dem herkômmlichen Glanz veranstaltet werden konnte. Hoffentlich werde man den «Cortège” noch vicie Jahre hin durch erleben 1
Ein Wunsch, der allgemeinen Anklang fand.
Traduction Google
Foire de Schiltigheim 1936.
La ville lacustre a célébré hier, dimanche, sa traditionnelle foire, avec son célèbre défilé. Des gens venus de loin se sont rassemblés, certains au point de départ sur la Poststrasse, d'autres le long des rues aménagées pour le défilé, afin de participer aux festivités. Cette année, le défilé était entièrement consacré à l'industrie brassicole locale. Sur des chars magnifiquement décorés, les brasseurs de la région ont présenté « la production de bière à travers les âges ».
À 14 heures, le cortège s'est élancé au son des fanfares. Deux pompiers agitant la main ouvraient la marche, suivis de cinq hérauts à cheval, portant les étendards des brasseries locales « Adelshoffen », « Zum Fischer », « Zur Hoffnung », « Zur Perle » et « Schützenberger ». Suivaient les clairons des Sapeurs-Pompiers, de l'association ouvrière « Olympia » et du Club sportif des ouvriers de Schiltigheim. Derrière eux se trouvait le premier chariot, sur lequel un moine du XVe siècle brassait de la bière à la manière rudimentaire de l'époque, une tâche qu'il accomplissait avec le sourire. Sur trois autres véhicules, tirés par de magnifiques chevaux, du genre de ceux qu'on ne voit tirer avec autant de puissance que les chariots à bière, se trouvaient une cave de brasserie miniature, où plusieurs moines s'affairaient également à produire la boisson épicée, un jardin à bière de style Biedermeier et une cuve de brassage moderne. Entre eux se trouvaient une charrette de transport miniature et un « nouveau transport », sur lesquels chevauchaient de robustes maîtres brasseurs coiffés des anciens et pittoresques chapeaux de guilde. Dans une calèche en tête du cortège, des messieurs du comité célébraient le succès de leur entreprise. Une calèche transportait le Gambrinus, une autre portait un immense chapeau de guilde, le Claironsek.
Le défilé, avec le club de gymnastique « Concordia », le club de musique ouvrière « Liberté », un char arborant le fameux paragraphe 11, deux autres chars portant une bouteille de bière de taille respectable et une malle tout aussi impressionnante, et enfin un char symbolisant Schiltigheim comme ville brassicole, fermait la marche. Le cortège, traversant de nombreuses rues, dura deux bonnes heures.
Le défilé se dispersa ensuite, et participants et spectateurs se retrouvèrent tard dans la soirée sur le champ de foire et dans les nombreuses tavernes, où la bonne bière coulait à flots.
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Lors d'une petite réception donnée après le départ du défilé dans les établissements d'Ott, on put apercevoir le maire Sorgus, un membre du Conseil général, le premier adjoint au maire Kieffer, le deuxième adjoint au maire Metzmeyer, et d'autres personnalités. 3. Ad joint H. Pfotzer, président du Comité du Festival.
Ce comité comprenait également H. Linck, Charles Roth, Charles Fuss, Emile Riehl, Ch. Heinrich, Krauskopf, Remy Gully, Fritz Meyer, Zetzner, Hoff, Stoeckle, Barthel, Litzelmann, Bauer et Félix. Dans un bref discours, le maire a souligné que Schiltigheim, malgré l'évolution des temps, perpétue la vieille tradition du Messtizug (cortège de la foire), apprécié chaque année par les habitants comme par les visiteurs. C'est d'ailleurs en grande partie grâce aux brasseries que le cortège a pu se tenir cette année encore dans toute sa splendeur. Espérons que le « Cortège » se poursuive pendant de nombreuses années.
Un souhait partagé par tous. Il a été bien accueilli.
Nous avons la profonde douleur de faire part à nos amis et connaissances de la perte cruelle que nous venons d’éprouver en la personne de
Madame Vve Deschler-Gullydécédée le 20 mai 1947, après une courte maladie, dans sa 76e année, munie des Saints. Sacrements de l’Eglise.
Strasbourg-Neudorf, le 21 mai 1947.Rémy Gully et famille.
L’enterrement aura lieu le vendredi 23 mai, dans la plus stricte intimité.
Nos recherches sur Geneanet confirment que Rémy Gully et Marie Maglott étaient conjoints et nous amènent à la naissance de Raymond, fils de Rémy Gully, dessinateur, et de Marie Maglott qui est listée dans Der Elsässer du 28 octobre 1925 mais aucun acte d'état civil et aucun autre renseignement ni sur Rémy ni sur Marie ni sur Raymond ni sur madame Vve Deschler-Gully n'est donné. Filae, autre site de généalogie, n'est pas plus bavard.
Grâce à Land un Sproch : Les Cahiers du bilinguisme n°214, Juillet 2020, qui évoque l'affiche que vous nous soumettez, nous avons trouvé une autre affiche de Gully sur Archi-Wiki :
Autre cortège, celui du Messti (fête patronale) dont le plus célèbre est celui de Schiltigheim, cortège à thème lors de la fête foraine chaque mois d’août, cité dès le début du XIXe siècle. Il sera le plus souvent critique à l’égard de la politique prussienne en Alsace avant 1914 puis avec le retour à la France plus timoré et franchouillard comme s’il fallait plaire à la mère-patrie retrouvée ou se faire pardonner une si longue absence… L’esprit contestataire mis en sourdine rejaillit en 1928 dans l’affiche du Messti qui représente un ouvrier à genoux portant sur son dos les industries de la ville, puis en 1933 avec le cortège «d’r Reichskanzler in Schilike» et son affiche représentant Hitler coiffé d’un pot de chambre (dessins de Rémy Gully).
Le catalogue de la BnF nous en fournit deux autres : Schilkemer Messti 1925 [Image fixe] : le 9-10-15, 16 et 17 août : exposition internationale des arts décoratifs et modernes à Schiltigheim... / R. Gully, numérisée par Gallica et Schilkemer Messti. L'industrie en tableaux vivants. Grand cortege le 11 aout 1929 [Image fixe] / R. Gully, également digitalisée par Gallica.
La signature au bas de ces affiches est clairement R. Gully. Le fait que ces affiches datent respectivement de 1925, 1929 et 1933 indique que l’artiste était actif à cette époque. Cependant la graphie et le style indiquent plutôt un affichiste-dessinateur qu’un peintre académique strict.
A cette époque, le fabricant de foie gras et mécène Auguste Michel organisait un Kunschthafe, marmite des artistes ou creuset aux arts, qui réunissait écrivains, peintres, musiciens, intellectuels, mais aussi industriels… (source : Mémoire et patrimoine de Schiltigheim) mais Gully n'est pas cité parmi eux.
Par ailleurs, ni le Service Inventaire et Patrimoines de la Région Grand Est ni le Bénézit (Dictionnaire critique et documentaire des peintres sculpteurs dessinateurs et graveurs) ni le catalogue du Kunsthistorisches Institut in Florenz ne mentionnent d'artiste au nom de Rémy Gully.
Sur Filae, nous avons trouvé une personne nommée Marie Maglott née à Strasbourg le 10 mais 1901 et décédée dans la même ville le 10 juin 1985.
Ce sont là les seuls éléments que nous avons pu réunir sur et autour du graphiste Rémy Gully. Par curiosité et peut-être pour relancer la recherche plus tard, pourriez-vous nous indiquer les sources des informations que vous nous donnez (dates et Gestapo) ?
Bonne journée
Des images entre elles : Thibault Tourmente, artiste...