Je cherche des informations sur Ambroise Courtois
Question d'origine :
Bonjour,
je suis journaliste pour le média Tribune de Lyon et je réalise un portrait journalistique sur le conseiller municipal, assasiné sous l'occupation allemande, Ambroise Courtois. Je me demandais si vous aviez des éléments sur sa vie à me diffuser, les informations que j'ai trouvé étant assez maigres...
Merci à vous et belle fin de journée !
Cordialement.
Réponse du Guichet
Ambroise Courtois, né à Lyon en 1877 et mort en 1944 à Feyzin, servit dans l'armée de 1914 à 1919. Fils d'un tailleur d'habits, il fut chapelier au 61 Grande rue de la Guillotière. Il aurait créé une casquette large et plate, spécialement pour les boulistes. Impliqué dans sa profession autant qu'en politique, il fut président du comité des commerçants, président du Syndicat des chapeliers de Lyon, conseiller d’arrondissement, conseiller municipal, conseiller général et a été candidat aux élections muncipales en 1935. Il appartenait au parti radical-socialiste. En réponse aux attentats commis contre les « collabos », il a été l'une des victimes choisies parmi des notables considérés comme complices ou proches de la Résistance et exécuté par le Mouvement National Anti Terroriste, un groupuscule d’extrême-droite collaborationniste, le 7 janvier 1944, la veille de l'exécution de Joseph Serlin par cette même milice.
Bonjour,
La notice du dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Le Maitron, est sans doute ce que nous avons trouvé de plus complet sur la vie d'Ambroise Courtois. D'autres documents apporteront quelques détails ou précisions mais sans plus.
Né le 28 décembre 1877 à Lyon 3e arr. (Rhône, aujourd’hui Métropole de Lyon), massacré par des membres de la police allemande, dont des Français, le 7 janvier 1944 à Feyzin (Isère, aujourd’hui Métropole de Lyon) ; commerçant, homme politique ; victime civile.
Ambroise, Jules Courtois était le fils de Jean, Pierre, tailleur d’habits, et de Geneviève Mugnier, son épouse.
Il effectua son service militaire au 22e RI entre le 14 novembre 1899 et le 25 septembre 1900. Son incorporation avait été repoussée car son frère ainé était également sous les drapeaux en 1898.
Il épousa Marie Duverne le 20 août 1910 à Lyon 2e arr. (Rhône, aujourd’hui Métropole de Lyon).
Rappelé à l’activité le 1er août 1914, il servit dans différents régiments d’Infanterie avant d’être affecté le 21 août 1917 à la 3e section d’Infirmiers sur proposition d’une commission de réforme, en raison d’un emphysème.
Il passa ensuite à la 15e section d’Infirmiers militaires le 17 octobre 1917.
Il fut rendu à la vie civile le 11 février 1919.
Ambroise Courtois tenait une chapellerie située 61 Grande rue de la Guillotière. Il fut élu conseiller d’arrondissement en 1931 puis conseiller municipal en 1935, et conseiller général. Il appartenait au parti radical-socialiste.
Il était également président du comité des commerçants et président du Syndicat des chapeliers de Lyon.
Durant la guerre, la famille Courtois habitait 9 place de Monplaisir à Lyon.
Le 7 janvier 1944 vers 17 heures, 3 hommes se disant de la police allemande se présentèrent au magasin d’Ambroise Courtois, l’arrêtèrent et l’emmenèrent en automobile.
Le même jour vers 21 heures, son corps fut retrouvé à Feyzin (Isère, aujourd’hui Métropole de Lyon), au lieu-dit « La descente des morts », sur la RN 7 entre Feyzin et Saint-Symphorien-D’Ozon (Isère, aujourd’hui Rhône).
Il avait été abattu de deux balles de revolver 9 mm, l’une traversant le corps de part en part de la pointe de l’omoplate gauche jusqu’au dessus du mamelon droit, l’autre tirée dans la tempe gauche et ressortant au dessus de la pommette droite.
Dans la poche gauche de son pardessus les gendarmes qui cherchaient des éléments d’identification trouvèrent un billet ainsi rédigé :
« TERREUR CONTRE TERREUR
CET HOMME PAIE DE SA VIE L’ASSASSINAT D’UN NATIONAL
COMITE NATIONAL ANTITERRORISTE REGION LYONNAISE ».
Des documents de la même teneur avaient été trouvés sur les corps de plusieurs victimes de la Saint-Barthélémy grenobloise.
Le même jour et dans les mêmes conditions, Joseph Serlin, ancien secrétaire général de la mairie de Lyon et homme politique, fut arrêté à son domicile et abattu quelques heures plus tard.
L’enquête menée après la Libération permit d’identifier deux des auteurs de ces meurtres : Rolph Moritz, policier allemand, Obersturmführer SS, et René Mazot, membre de l’équipe de Francis André, fondateur et chef du Mouvement National Anti Terroriste (M.N.A.T.), un groupuscule d’extrême-droite collaborationniste et exécuteur de basses besognes pour les Allemands.
Les obsèques d’Ambroise Courtois furent célébrées en l’église Saint-Maurice le 11 janvier 1944, au même instant que celles du sénateur Joseph Serlin à l’église Saint-Louis.
Il fut enterré au cimetière de la Guillotière à Lyon.
Une plaque à sa mémoire est apposée au 61 de la Grande rue de la Guillotière.
La place de Montplaisir porte son nom depuis le 30 octobre 1944. Une stèle à sa mémoire y est érigée.
Source : COURTOIS Ambroise, Jules par Jean-Luc Marquer, LE Maitron - Sources des Arch. Dép. Rhône et Métropole, Mémorial de l’oppression, 3808 W 473 ; RMM, 1RP99, p. 201-202. — AVCC Caen, AC 21 P 328938 (nc). — Arch. Dép. Isère RMM, — Geneanet. — Wikipedia. — État civil, naissance, Arch. Mun. Lyon, 2E934, p. 271 ; décès, ville de Feyzin,
Geneanet nous a procuré sa fiche matriculaire. Celle-ci confirme que son père se nommait bien Jean Pierre Courtois. Le nom de sa mère est un peu différent, Muguier. La fiche renseigne sur sa taille, 1m72, la couleur de ses yeux, bleus, et ses sourcils, blonds. Elle donne également le détail de ses services et mutations diverses que nous lisons avec difficulté. Le site donne aussi plusieurs photos de son mémorial.
Il est recensé dans la base des victimes civiles de 1939-1945 du portail des Armées, Mémoire des hommes.
Lyon passion indique d'autres informations dont quelques unes différentes à propos du lieu et de l'heure de son enlèvement :
...a été enlevé à son domicile le jeudi 6 janvier 1944, à 18 heures, par quatre inconnus venus en automobile et qui s'étaient fait passer pour des policiers allemands. Quelques jours avant il avait reçu un courrier spécial de fort mauvais goût: un cercueil.
Le lendemain il est tué. Son corps est retrouvé entre Saint Symphorien d'Ozon et Feyzin. II s'agit d'un attentat commis par des « anti-terroristes »
Le Progrès du 9 août 2013 consacre aussi un petit article à celui-ci, Ambroise Courtois, c'est qui ? :
Ambroise Courtois est né à Lyon (7e), le 28 décembre 1877. Il a été assassiné sous l'occupation allemande, le 7 janvier 1944, par la milice ou par les Allemands. Un doute subsiste sur ce point. Conseiller d'arrondissement dans le 7e, où il habitait depuis 1931, il est devenu conseiller municipal en 1935 et conseiller général. L'homme exerçait le métier de chapelier à Lyon, et présidait le comité des commerçants. Selon la légende, il créait des casquettes très larges et aplaties qui étaient portées par les joueurs de boules lyonnais dans les années 1940.
Quelques événements de la vie d'Ambroise Courtois sont rapportés par la presse de l'époque, numérisée par Gallica et RetroNews, bases numériques de la BnF.
Grâce à l'article de Lyon républicain du 14 mai 1933, on apprend que Courtois était sportif :
BALLON ROND
Coupes Courtois et Romette
à Boiron-Granger
Pour terminer sa saison 1932-1933, qui fat assez satisfaisante, l'A. S. Lyonnaise, que président les députés P. Massimi et Paul Richard, organise, aujourd'hui, un beau tournoi de onze au cours duquel seront en jeu les coupes Courtois et Romette.
La coupe Courtois, troisième année, est un bel objet d'art, offert par le sportif conseiller d'arrondissement, M. Ambroise Courtois, président de la section de football aséliste. Elle a réuni les 4 équipes suivantes : A. S. Villeurbanne, C. S. Croix-Luizet, U. S. Italienne et C. O. Saint-Fons, tenant. La finale parait devoir opposer Villeurbannais et Banlieue lyonnaise, qui ne manqueront pas de construire un football ardent, homogène.
La coupe Eugène Romette, Instituée pour perpétuer la mémoire du secrétaire général de l'A. S. L... est en compétition pour la quatrième saison. Elle se jouera entre l'A. C. Espagnol, le Lyon O. U., la J. S. Lyonnaise et l'A. S. L. En finale se trouveront probablement Espagnols et Olympiens. C'est dire tout l'attrait de cette ultime et éventuelle rencontre.
Celui de Lyon républicain, 14 avr. 1935 indique qu'il était candidat aux élections municipales :
Septième arrondissement
Le Comité radical-socialiste du 7e arrondissement a désigné au cours de son assemblé plénière du 13 courant, les citoyens dont les noms suivent, comme candidate aux élections municipales des 5 et 12 mai prochain ; Paul Massimi, député, conseiller municipal sortant ; Paul Richard, député, conseiller municipal sortant ; Eugène Jullien, conseiller général ; Louis Sutty, conseiller général ; Raoul Thouin, conseiller d'arrondissement ; Ambroise Courtois, conseiller d'arrondissement; Louis Dansart, ancien conseiller d'arrondissement ; J.-M. Chavant, directeur d'école honoraire Charles Wiber, ouvrier électricien ; A. Bonnet, métallurgiste ; Emile Longeron, commerçant, François Roux, représentant.
Le Comité espère que les électeurs du 7e arrondissement renouvelleront aux candidats du parti radical-socialiste la confiance qu'ils ont toujours manifestée aux élus sortante.
La mort de l'homme politique et chapelier fait l'objet de petits encarts dans L'Action française, 10 janv. 1944 et Le Journal du 10 janvier 1944. Deux jours plus tard, Le Journal du 12 janvier 1944 publie un encart plus long à propos des obsèques de Joseph Serlin suivi d'une courte digression sur celles de Courtois :
Deux nouveaux meurtres
Vienne. - On a découvert sur la route nationale no 85, au lieu dit « La Chicotière », commune de Dommartin, le cadavre de M. Serlin Joseph, demeurant à Lyon, 5, avenue Maréchal- Lyautey. M. Serlin était maire de Crachier et sénateur de l'Isère. Il a été tué d'un coup, de feu à la tête.
Vendredi soir, on a découvert entre Saint-Symphorien-d'Ozon et Feyzin, le cadavre de M. Ambroise-Jules Courtois, C6 ans, chapelier, 61, grande rue de la Guillotière. Une blessure située derrière la tête attestait qu'il s'agit d'un attentat.
Source : L'Action française, 10 janv. 1944
Les obsèques de M. Serlin
Les obsèques de M. Joseph Serlin, ancien sénateur de l'Isère et ancien secrétaire général de la mairie de Lyon, qui a été assassiné samedi à La Chicotière, ont été célébrées hier matin en l'église Saint-Louis de la Guillotière, en présence d'une très nombreuse assistance, où l'on reconnaissait M. l'adjoint Polasson, M. Tissot, secrétaire général de la mairie ; M. Jules Jullien, ancien ministre ; M. Rolland, ancien sénateur ; MM. Elmiger et Maurice Rolland, anciens députés ; M. Cohendy, ancien premier adjoint ; M. Thibaud, ancien secrétaire général de la mairie ; M. Lebrousse, secrétaire général honoraire du Sénat ; des représentants des oeuvres lyonnaises, des sociétés diverses, du personnel municipal, etc.
Aucun discours n'a été prononcé. Après la cérémonie, le corps a été transporté à Crachier, où a eu lien l'inhumation.
A la même heure ont été célébrées, à l'église Saint-Maurice, les obsèques de M. Ambroise Courtois, ancien conseiller municipal du 7e arrondissement, assassiné vendredi dernier....et de M. Courtois
Les obsèques de M. Courtois, ancien conseiller municipal du septième arrondissement, ont eu lieu hier matin en l'église Saint-Maurice-de-Montplaisir. La cérémonie, très brève, s'est déroulée en présence des nombreux amis que le défunt comptait, notamment dans les milieux sportifs et commerçants. Après la cérémonie religieuse, le corps a été inhumé au cimetière de la Guillotière.
Source : Le Journal du 12 janvier 1944
En tout petit à droite en bas de page, L'Humanité, 10 oct. 1945 donne l'identité de l'assassin d'Ambroise Courtois et Joseph Serlin :
Le P.P.F. Francis André a révélé, au cours de son interrogatoire, que René Mazot, P.P.F., actuellement en fuite, est l'auteur de l'assassinat de deux personnalités lyonnaises, Joseph Serlin et Ambroise Courtois.
Sur Gallica, le Bulletin intérieur des mouvements unis de résistance : publication MUR : origine CID-VX / Mouvements unis de résistance (France). Auteur du texte, [Centre d'information et de documentation], 1944-02-01, indique :
- A St Symphorien d’Ozon, les gendarmes ont découvert le corps de M. Ambroise Courtois, 66 ans, commerçant à Lyon. Il avait été abattu à coups de revolver. Sur le cadavre un papier épinglé portait ces mots ”Cet homme paie de sa vie l'assassinat, d’un national” Signé : Comité national antiterroriste de la région lyonnaise. Terreur contre terreur.
Le jeu de piste A la découverte des quartiers de Monplaisir et Sans Souci réalisé par le musée Gadagne pour des enfants de CE2, indique qu'Ambroise Courtois habitait une maison sur la place Monplaisir qui porte aujourd'hui son nom et où se trouve sa stèle commémorative. Il est également mentionné qu'il a participé à la résistance lors de la seconde guerre mondiale et qu'il fut assassiné pour cela. La casquette spéciale pour les boulistes y est aussi évoquée.
Voici les résultats de nos recherches menées dans des ouvrages proposant des biographies de lyonnais·es et traitant de la Résistance à Lyon, conservés dans les collections de la BmL.
Ambroise Courtois nous semblait un peu jeune début 1900 pour paraître dans la Galerie des Lyonnais célèbres : de 1850-1903 / Joseph Manin, que nous avons pu consulter en ligne sur Numelyo. Effectivement, il n'est pas cité. Il ne l'est pas non plus dans le Dictionnaire historique de Lyon / Patrice Béghain, Bruno Benoit, Gérard Corneloup, Bruno Thévenon, d'où nous n'avons tiré que cette information supplémentaire à propos de Joseph Serlin, lui aussi victime de la milice :
Comme le docteur Jean Long, il a été victime du Mouvement national anti-terroriste dirigé à Lyon par Francis André et qui regroupe des forcenés de l'ultra-collaboration avec les nazis ayant décidé de répondre aux attentats commis contre les « collabos » par l'exécution de victimes choisies parmi des notables regardés comme complices ou proches de la Résistance.
L'ouvrage Lieux secrets de la Résistance [Livre] : Lyon, 1940-1944 / Serge Curvat, Denise Domenach-Lallich, Chantal Duprat-Odet... et al. ; Association des Amis du CHRD, 2015, nous livre d'autres pistes de recherche mais sans plus :
7 janvier
Assassinat par la Milice de Joseph Serlin, ancien sénateur, ancien secrétaire-général de la mairie de Lyon, et Ambroise Courtois, ancien conseiller municipal. (GARCIN, 199; AMORETTI, 218)
Nous n'avons pas trouvé plus d'informations dans les ouvrages cités, Lyon capitale. 1940-1944 / Henri Amoretti, 1964 - Lire sur Google livres et Interdit par la censure, 1942-44 / Paul Garcin. Ce dernier est un recueil de faits divers dont la publication était interdite par la censure (4eme de couverture). Nous ne pensons pas qu'il délivrera plus de renseignements sur Ambroise Courtois. Ce qui n'est peut-être pas le cas de l'ouvrage de Garcin dont il vous faudrait approfondir la lecture pour vous en assurer.
Autres ouvrages consultés sans succès :
Dictionnaire des grands Lyonnais. 01 / Claude Chevally, 2008, n'en dit pas plus que les informations déjà mentionnées plus haut.
Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire / rédigé par MM. Bréghot du Lut et Péricaud aîné, 1981
Les Lyonnais dans l'histoire / sous la direction de Jean-Pierre Gutton, 1985
Treize Lyonnais célèbres / Henri Hours (archiviste de la Ville de Lyon), 1997
Lyonnais célèbres. 05 / Jean Butin, 2001
Ces Lyonnais qui ont fait l'histoire / Claude Ferrero, 2020
Ces Lyonnais étranges / Félix Benoît, 1984
Lyonnais de l’aventure / Jean Butin, 2005
Histoire des hommes célèbres du Lyonnais : Petit panthéon régional / Jacques Bruyas, 1982
La Lyonnitude : dictionnaire historique et critique / Bruno Benoit, 2020
Nous avons survolé l'article Politique de la mémoire : la fondation Grognard ou la galerie des lyonnais célèbres / Bulletin de la Société historique, archéologique et littéraire de Lyon ; t. 29, 1999, p. 213-262 mais n'avons pu y consacrer plus de temps à sa lecture complète.
Chronique de la Résistance / Alain Guérin ; préf. de Marie-Madeleine Fourcade et de Henri Rol-Tanguy, 2010, accessible à la lecture sur Google livres, un extrait n'en dit pas plus.
Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours : 2824 engagements / Bruno Permezel ; Préface de Jean-Paul Garin, 2003
Résistance et Contre-Résistance à Lyon et en Rhône-Alpes / Marcel Ruby, 1995
Vous pourriez peut-être vous diriger vers le centre de documentation du CHRD, Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation, pour mener vos recherches plus avant.
Bonne journée
Enfances prolétaires et instruction publique, entre...