Je cherche des informations au sujet du résistant Louis Eugène Cézard
Question d'origine :
Bonjour,
Je suis à la recherche d'informations concernant un cousin de ma grand mère, tué lors de la seconde guerre mondiale pour ses actes de résistances. Il se nommait Louis Cézard ou Cézar... Je ne trouve seulement que de succintes infos via internet à son sujet.
Merci
Réponse du Guichet
Louis Eugène Cézard, né en 1924 à Saint-Symphorien-sur-Coise, était un étudiant lyonnais entré très jeune dans la Résistance. Il est le fils de Pierre Cézard et de Marie Gandit, eux aussi résistants. Agent de renseignements, actif sur Lyon comme dans le maquis du Sud-Vercors, il fut arrêté à Lyon en juin 1944 puis torturé par la Gestapo à la prison de Montluc sans jamais parler. Il fut fusillé à Saint-Didier-de-Forman dans l'Ain le 16 juin 1944, en compagnie de trente autres résistants dont le célèbre historien Marc Bloch. Mort à 20 ans, il a été décoré de la Légion d’honneur à titre posthume et reste honoré à Lyon et dans la région.
Bonjour,
Louis Eugène Cézard était un étudiant et résistant français né le 27 avril 1924 à Saint-Symphorien sur Coise (Rhône). Élève au lycée Du Parc à Lyon, bachelier en 1942 puis étudiant en classe préparatoire de l'école de Saint-Cyr, il entre dans l'Armée secrète en 1942 aux côtés de son père, Pierre Cézard. Son action dans la Résistance comme agent de renseignements à Lyon, mais aussi dans le maquis du Sud-Vercors, puis son mutisme face à la torture de la Gestapo lors de son passage à la prison de Montluc lui valurent d'être décoré de la Légion d'Honneur à titre posthume. Probablement dénoncé et arrêté le 8 juin 1944 à Lyon alors qu'il émettait des messages vers Londres, il est mort fusillé, avec une trentaine d'autres résistants, le 16 juin 1944 à Saint-Didier de Formans (Ain). Il avait 20 ans et nous célébrons son 102ème anniversaire aujourd'hui.
Louis Cézard est le fils de Pierre Henri Cézard, instituteur puis directeur d’école et de Marie Gandit. Sa sœur est Rosette Giroud née Cézard, elle est la donatrice du fonds de la Famille Giroud-Cézard (434J 1-434J24) déposé aux archives départementales du Rhône et que nous vous invitons à parcourir.
Sa jeunesse est peu documentée. Hormis l'obtention d'un baccalauréat avec mention en 1942 et une scolarité passée entre Tarare (Rhône) et le lycée Du Parc à Lyon, nous savons qu'il préparait l'examen d'entrée à l'école militaire de Saint-Cyr avant de s'engager en Résistance, d'abord en tant que réfractaire au STO (service du travail obligatoire) puis en rejoignant un groupe franc de l'Armée secrète, sous les ordres du capitaine Jules Lesage à partir de juillet 1942 (France Archives et Le Maitron). En décembre il est blessé par balle à la cuisse au cours d'une opération. Par chance, la balle ne lui transperce pas l'artère fémorale. Il choisit alors de se réfugier chez sa grand-mère dans sa commune natale où il est soigné par le docteur Margot, refusant l'hospitalisation à Grange-Blanche, réputé pour sa trop grande proximité avec l'occupant.
Remis de sa blessure, il aurait poursuivi son action à Combovin, dans la Drôme, au sein du réseau Broadcastle du maquis du Sud-Vercors où il se serait occupé de missions de radio et de déchiffrage. Il y aurait risqué "plusieurs fois sa vie" d'après l'article hommage du Progrès : Il y a 80 ans, Louis Cézard était fusillé par les Allemands à tout juste 20 ans (2024).
Son père, Pierre Cézard l'aurait ensuite recruté dans le réseau Cosmo-Buckmaster, sous le pseudonyme de Louis Coffrant. Il travailla sous les ordres d'Alcide Beauregard ou André Beauregard, lieutenant canadien parachuté en France en 1944 et chargé de monter un réseau de résistance en Saône et Loire sous le commandement de Jules Lesage.
Les réseaux Buckmaster, du nom du colonel anglais Maurice Buckmaster, étaient des réseaux des services secrets britanniques qui aidaient les branches résistantes des pays d’Europe occupés. Plus de 95 réseaux auraient été organisés en France par l'intermédiaire d'agents parachutés sur le territoire français. Ils étaient chargés d'action de sabotages, parachutages, de livraisons d’armes etc. Voir sur Wikipédia la page Liste des réseaux de la section F du SOE qui dresse une liste non exhaustive de ces réseaux, dont le réseau Cosmo.
Attention toutefois. Le dictionnaire en ligne Le Maitron, dictionnaire biographique des fusillés exécutés et massacrés 1940-1944 émet quelques réserves sur son effectivité : "le réseau Broadcastle mentionné dans son dossier à Caen n’apparaît nulle part quant au réseau Cosmo, selon Michael R.D. Foot, il ne fonctionna jamais. En revanche, toujours selon cet auteur, André Beauregard travaillait avec Ditcher, responsable du réseau F."
Alcide Beauregard et Louis Cézard sont arrêtés ensemble par des soldats allemands et des miliciens le 8 juin 1944 dans une maison située au 23 Jean Desparmet (Lyon 8ème), alors qu'ils émettaient des messages vers Londres. Pour Le Maitron, il s'agissait du dépôt d’armes du réseau Broadcastle, d'autres disent qu'ils se trouvaient dans la maison de la famille Cézard. Le Progrès parle d'une probable dénonciation, tandis que Wikipédia (page d'Alcide Beauregard) indique que les Allemands auraient repéré des émissions répétées depuis cette zone.
Interné à la prison de Montluc, il est condamné à mort dès le lendemain par un tribunal allemand. Il sera torturé une semaine durant par la Gestapo sans jamais parler, avant d'être transféré en camion avec trente autres détenus résistants au lieu-dit de Roussille sur la commune de Saint-Didier de Formans (Ain). Tous furent fusillés dans un champ de blés, 2 d'entre eux survécurent.
Assumant seul ses responsabilités face aux terribles interrogatoires allemands, son courage et sa ténacité auraient sauvé la vie de ses proches et de ses camarades de lutte.
Un hommage et un récit de ces derniers instants est lisible sur le site du Musée en ligne de la Résistance à la page consacré au monument commémoratif de Saint-Didier de Formans. C'est avec surprise que nous apprenons que Louis Cézard a été exécuté aux côtés de l'immense historien et résistant Marc Bloch, dont la panthéonisation au mois de juin prochain rendra autant hommage au courage de l'homme qu'elle louera la qualité et l'exigence de son travail universitaire : Marc Bloch, historien et résistant juif, entrera au Panthéon le 23 juin (Le Monde, 2025).
Cette page en ligne du Musée de la résistance, en plus d'une description précise, permet également de recontextualiser ce moment tragique dans des contextes de représailles, au lendemain du débarquement allié de Normandie :
Trente résistants détenus dans la prison de Montluc de Lyon (Rhône) furent exécutés sommairement par les Allemands. Deux hommes survécurent à la fusillade.
Les deux rescapés furent, d’une part, Jean Crespo mort le 17 avril 1948 à Marseille des suites de ses blessures, et, d’autre part, Charles Perrin, mort le 10 mars 1975 à Villeurbanne. Leurs témoignages permirent de connaître avec précision le déroulement des faits.
Le massacre
Trente résistants – dont l’historien Marc Bloch - détenus à la prison de Montluc à Lyon (Rhône), furent extraits de leurs cellules le 16 juin 1944 vers 20 h. Menottés deux par deux, ils furent transportés en camion bâché escortés par une vingtaine de militaires dans deux voitures jusqu’au lieu d’exécution, un pré clos de haies et d’arbres au lieu-dit Roussille, sur la commune de Saint-Didier-de-Formans (Ain). « Les voitures escortant les prisonniers se positionnent en travers de la route, devant et derrière le camion. Sur ordre, quatre prisonniers descendent du camion et sont dirigés vers l’entrée du pré où on leur enlève leurs menottes. A peine ont-ils le temps de parcourir quelques mètres qu’ils sont abattus par quatre tueurs postés deux par deux de chaque côté de l’entrée, derrière la haie, à l’intérieur du pré. Les autres prisonniers vont subir le même sort ; cependant deux d’entre eux, grièvement blessés vont survivre à ce massacre et sont soignés par des familles du village et conduits ensuite dans deux familles de résistants à Trévoux. » (site web de la commune de Saint-Didier-de-Formans). Ce massacre est un acte de représailles contre la Résistance à l’endroit même où, le 11 juin, elle avait contraint un convoi allemand à s’arrêter en disposant des arbres en travers de la chaussée. Un peu plus loin, le convoi tomba dans une embuscade. Au lendemain du débarquement allié, l’action de la Résistance s’intensifiait et les Allemands y répondirent par des mesures de répression extrajudiciaires draconiennes, des exécutions pour terroriser la population et vider les prisons des éléments que la Résistance pourrait tenter de libérer.
Les victimes.
Le site mentionné ci-dessus en dresse un portait de groupe : « Ces détenus de Montluc étaient incarcérés soit par simple dénonciation, soit pour activité anti-allemande ou faits de résistance. Ils sont natifs des Bouches du Rhône, de la Drôme, de l’Isère, de la Haute-Garonne, de l’Hérault, de la Loire, de la Haute-Loire, de la Manche, de Paris, du Rhône, de la Savoie, de la Haute-Savoie, des Vosges, d’Italie ; seuls quatre d’entre eux ne purent être identifiés. Ils sont ouvrier, artisan, militaire, mineur, avocat, fonctionnaire, professeur, universitaire… le plus jeune à dix-neuf ans et le plus âgé cinquante-huit ans. »
La liste des vingt-six victimes identifiées est la suivante :
ADAM Louis, BAC Marcel, BERTOLINO Martin, BLOCH Marc, BONNET Lucien Alexandre Émile, BOUREAU Marc ,BRIBAUD Francisque ,CACHON Armand ,CÉZARD Louis Eugène ,CHAPURLAT Henri, CHAWALSKI Joseph ,CLOUET Marcel ,CRESPO Jean-Baptiste (rescapé), DAVSO Francis, Aimé Paul, FURBY Georges, GAYET Marius, INCONNU 20, INCONNU 24, ISABELLA Hector, JOMARD Francisque, MIGNARD Étienne, PERRIN Charles (rescapé), PUCILOWSKI Antoni (ex inconnu n°4), RIBAUD Maurice, ROCHE Jean-Marie, ROCHE Mathieu, ROUSSEL Fabien, VEYRIER Félix, WALUS Valentin (ex inconnu n°16), ZENEZINI Antoine. Les quatre victimes non identifiées furent inhumées dans la nécropole nationale de La Doua, à Villeurbanne (Rhône).
Des représailles aux exécutions du 16 juin 1944
La violence appelle la violence. « L’horreur de ces exécutions va entraîner, à son tour, une volonté de représailles. Le 26 octobre 1944, dix prisonniers de guerre de l’armée allemande, en uniforme portant le sigle PG dans le dos, sont exécutés dans ce même pré par quelques personnes. Pour rendre impossible l’identification des corps, les papiers et objets personnels leur ont été retirés. En cette période où la débâcle de l’occupant commence à se faire sentir, cette exécution sommaire ne semble pas avoir été commanditée par quelque autorité que ce soit de la Résistance. » (site de la commune de Saint-Didier-de-Formans).
Source : Monument commémoratif de Saint-Didier de Formans sur le musée de la Résistance en ligne.
Sur le même site, nous vous invitons aussi à lire la page : Tombes des 28 patriotes fusillés à Saint-Didier-de-Formans.
A Lyon, une rue porte son nom dans le 8ème arrondissement pour lui rendre hommage. Il existe aussi un passage Louis Cézard à Saint-Symphorien-sur-Coise. Le document de description du fonds Famille Giroud-Cézard par les archives départementales du Rhône est riche en informations et contient plusieurs documents numérisés, dont une photo ou un certificat de validation des services, campagnes et blessures des déportés et internés de la Résistance.
Le Mur peint qui ceinture la prison de Montluc et rend en hommage aux personnes décédées ou torturées en ces lieux, rend hommage à Louis-Eugène Cezard dont le nom est cité parmi une longue liste de noms de résistants célèbres. Depuis 2017, une cellule porte son nom dans le musée de la prison. Une cérémonie d'hommage avait eu lieu en 2017 en compagnie de certains descendants de sa famille : Louis Cézard, résistant torturé et fusillé, honoré à la prison Montluc (Le Progrès).
Enfin, si vous utilisez Geneanet, une recherche au nom de Cézard Louis Eugène, vous permettra de visualiser une partie de son ascendance mais aussi de parcourir un dossier composé d'une cinquantaine de pièces d'archives numérisées à son sujet.
Bonne journée :)
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