Quelle est la matière de construction des murs mitoyens de cet immeuble construit en 1843 ?
Question d'origine :
Bonjour,
Je cherche à connaître la matière de construction des murs mitoyens d'un immeuble construit en 1843 situé au 28 rue jacquard 69004 Lyon (parcelle AO58)
Je sais que la façade est en pierre.
Et je sais que les murs mitoyens du 24 rue jacquard sont en pisé et la façade de ce dernier en pierre.
la rue jacquard est appartient en 1839 et toute la rue a été construite en même temps apparemment .
Dans l'attente de votre retour, je vous remercie.
La photo en pièce jointe montre la rue construite en 1843 et les bâtiments construits ensemble sont de la même couleur
arnaud
Réponse du Guichet
Pour un immeuble de cette époque et de cette localisation, les murs mitoyens sont très probablement constitués de pisé (terre crue compactée) reposant sur un soubassement en pierre. En revanche, les façades principales et les murs porteurs des immeubles canuts étaient généralement en maçonnerie de moellons de calcaire, enduits à la chaux.
Souvent dépourvus de fruit, les murs en pisé à Lyon ont une épaisseur semblable à celle de la maçonnerie de moellon de pierre, ce qui les rend difficiles à distinguer sans sondage, d'autant que l'architecture lyonnaise a une grande tradition de maçonnerie enduite, quels que soient les supports (moellons de pierre, pisé ou mâchefer).
Pour savoir avec certitude s'il s'agit bien de pisé, nous vous proposons des pistes et notamment la consultation aux Archives municipales de Lyon des dossiers d'autorisations de construction à la voie publique et des dossiers de travaux relatifs à la rue Jacquard. Vous trouverez également des conseils avisés auprès de structures comme le CAUE du Rhône, la Maison de l'architecture Rhône-Alpes, ou encore le Service urbanisme appliqué de la Mairie du 4e.
Bonjour,
Vous cherchez à connaître la matière de construction des murs mitoyens d'un immeuble construit en 1843 situé au 28 rue jacquard 69004 Lyon (parcelle AO58 sur cadastre.gouv.fr).
La rue Jacquard est au cœur du plateau de la Croix-Rousse, quartier emblématique des ouvriers tisserands de la soie. L'urbanisation de la colline de la Croix-Rousse lors de la relance de l'industrie de la soie (1818–1845) a donné naissance à un type d'habitat singulier : l'immeuble-atelier dit « immeuble canut », s'élevant quasiment tous sur 5 niveaux avec une hauteur de 3,70 m à 4 m par étage pour l'installation des métiers à tisser jacquard.
L'immeuble du n°28 qui nous intéresse, édifié en 1843 durant la période de densification maximale du plateau et après les révoltes des Canuts de 1831 et 1834, répond à une demande accrue de tissus de haute qualité qui amène les fabricants à chercher à loger les ouvriers tisseurs dans des bâtiments adaptés aux nouveaux métiers Jacquard.
Source : Secteur d'étude du 4ème arrondissement de Lyon. Études urbaines du 4e arrondissement : les immeubles-ateliers vecteur du développement urbain du Plateau de la Croix-Rousse (Patrimoine Auvergne Rhône-Alpes)
À cette date -1843- la Croix-Rousse est encore une commune indépendante de Lyon (elle ne sera rattachée qu'en 1852). La rue Jacquard vient d'être nommée ainsi en hommage à Joseph Marie Jacquard, l'inventeur du métier à tisser mécanique mort en 1834.
Le fichier des voies de Lyon du site des Archives municipales de Lyon, nous apporte ces éléments sur la rue Jacquard située à la Croix-Rousse et qui est encore actuelle :
Crée en 1839
Nouvelle voie
Délibération du Conseil municipal de la Croix-Rousse du 9 février 1839
Source : Rues de Lyon à travers les siècles de Maurice Vanario, 2002
Ci-dessous l'image de l'immeuble depuis le site Google Street View :

Pour un immeuble de cette époque et de cette localisation, les murs mitoyens sont très probablement constitués de pisé (terre crue compactée) reposant sur un soubassement en pierre.
En effet, du pisé de terre a été identifié dans plusieurs dizaines d'immeubles de canuts. Les façades principales, en pierre, sont très ouvertes afin de laisser entrer un maximum de lumière. Certains murs pignons ou refends sont en revanche réalisés en pisé, vraisemblablement pour réduire les coûts de la construction.
Les élévations en pisé de terre enduit peuvent ainsi atteindre 25 mètres de haut ! Souvent dépourvus de fruit, les murs en pisé à Lyon ont une épaisseur semblable à celle de la maçonnerie de moellon de pierre, soit 40 à 50 cm, ce qui les rend difficiles à distinguer sans sondage, d'autant que l'architecture lyonnaise a une grande tradition de maçonnerie enduite, quels que soient les supports (moellons de pierre, pisé ou mâchefer).
Les deux publications suivantes permettent d'étayer ce propos :
CONSTRUIRE LA VILLE EN TERRE : le pisé, matériau essentiel de l'extension urbaine de Lyon (XVe-XIXe siècles) / Emmanuel Mille. Art et histoire de l'art. Université Grenoble Alpes, 2023.
Le pisé dans la métropole lyonnaise : si présent, si méconnu. Un bâti remarquable à découvrir, valoriser et pérenniser / Emmanuel Mille. Architecture, aménagement de l’espace, 2016.
En revanche, les façades principales et les murs porteurs des immeubles canuts étaient généralement en maçonnerie de moellons de calcaire, enduits à la chaux :
Construire en hauteur permet aux entrepreneurs de valoriser leurs terrains en superposant les logements-ateliers. Il faut donc un matériau solide et on décide de construire en maçonnerie. La pierre permet de réaliser de solides et hauts immeubles, ce que ne permet pas le pisé. Par ailleurs, l’utilisation du pisé est interdite depuis 1817 sur le Plateau de la Croix-Rousse car « les bâtiments neufs doivent être en bons matériaux et bonne maçonnerie afin de lutter contre les incendies et permettre de grandes hauteurs »46. Avec le règlement de 1841, le pisé est totalement interdit47. Toutefois, il continue parfois à être utilisé à l’intérieur pour les derniers niveaux ou pour les façades sur cour.
46 BERTIN Dominique et MATHIAN Nathalie, Lyon : silhouettes d’une ville recomposée, éd. ELAH, Lyon, 2008, p. 173 ;
47 MONNET Thierry, Étude de l'architecture mineure de la Croix-Rousse du XVIIIème siècle à la moitié du XIXème siècle : d'après un fonds de Mr Vanario sur des demandes d'alignement de constructions croix-roussiennes de 1800 à 1850, Université Lumière Lyon 2, 1990, p.
Source : Secteur d'étude du 4ème arrondissement de Lyon. Études urbaines du 4e arrondissement : les immeubles-ateliers vecteur du développement urbain du Plateau de la Croix-Rousse (Patrimoine Auvergne Rhône-Alpes)
Avec Go-Rénove, vous pouvez accéder aux données bâtiment issues de la BDNB (Base de Données Nationale des Bâtiments) : informations sur le bâtiment, DPE (diagnostic de performances énergétiques) réels ou estimés, visualisation des parcs et territoires, et outils d'analyse, etc.

Malheureusement, nous ne parvenons pas à accéder aux informations relatives au n°28, alors que l'on peut en savoir plus sur le n°26 et n°30. Vous aurez peut-être plus de chance que nous...
Le site Géoportail (geoportail.gouv.fr) vous permet d'activer la couche "Carte de l'état-major" (1820-1866) et le cadastre napoléonien pour voir la parcelle AO58 telle qu'elle existait à l'époque de la construction. Vous pouvez superposer les couches pour comparer l'évolution.
Les plans parcellaires des Archives municipales de Lyon vous permettent de consulter plusieurs vues de cette parcelle, avec les différents noms des propriétaires pour les années suivantes :
Vue 1 : 1867
Vue 2 : 1890
Vue 3 : 1901-1974
Vue 4 : 1930
Vue 5 : 1946
Vue 6 : 1964
Vue 7 : 1974
La recherche "Autorisations d’urbanisme", sur le site des Archives municipales de Lyon, vous permet d’explorer une partie des archives : permis de construire de plus de 10 ans (1891-2014), autorisations de constructions neuves et arrêtés d'alignement (qui ont précédé les PC), permis de démolir, déclarations de travaux, etc.
En entrant l'expression exacte "rue jacquard" dans le formulaire de cette recherche, nous trouvons un dossier, concernant cette rue et les numéros avoisinants le n°28, notamment la façade du n°26 et le hangar au n°30 :
Cote 315W/434
Date : 1852-1896
Présentation du contenu : dossiers d'autorisations de construction à la voie publique- 1852 : maison au n° 24 (1 plan).
- 1853 : maison et trottoir (1 plan) ; maison.
- 1854 : maison au n° 20.
- 1855 : façade au n° 26.
- 1857 : bâtiment au n° 16.
- 1859 : maison au n° 22.
- 1861 : maison au n° 15, Farfouillon architecte.
- 1862 : mur au n° 18.
- 1863 : maison et mur.
- 1865 : mur et maison au n° 18.
- 1868 : mur angle rue Villeneuve ; maison au n° 22.
- 1869 : mur et maison au n° 36.
- 1872 : maison au n° 10.
- 1874 : maison au n° 42 ; maison au n° 36 ; hangar au n° 30.
- 1875 : maison au n° 34.
- 1877 : portail au n° 38.
- 1878 : maison angle rue de l'Enfance (1 plan).
- 1879 : murs rue Jacquard, rue Denfert-Rochereau et avenue des Tapis (1 plan) ; ouverture et enseigne au n° 24 ; maison (1 plan).
- 1880 : maison au n° 18 (1 plan).
- 1883 : mur angle 25 rue de l'Enfance (1 plan) ; mur et façade de maison angle 11 rue Denfert-Rochereau (1 plan).
- 1884 : hangar rue Jacquard ; maison au n° 4 ; maison au n° 2.
- 1889 : porte au n° 40.
- 1890 : porte ; entrée charretière au n° 1.
- 1894 : entrée charretière et crépissage au n° 70.
- 1896 : croisée et badigeonnage au n° 86.
En entrant l'expression exacte "28 rue jacquard", nous trouvons 2 dossiers de déclarations de travaux :
Cote : 2449W/17
Date : 2003
Dossier "492/2003" : 24-26-28 rue Jacquard 69004
et
Cote : 2654W/54
Date : 2006-2007
Dossier "2006/1171 ": 28 rue Jacquard (2006)
Nous vous conseillons vivement de consulter ces dossiers d'archives en salle de lecture des Archives de Lyon ou de contacter les Archives directement par mail, comme précisé sur leur site :
Puis-je vous contacter si je ne trouve pas ?
Oui bien sûr. Vous orienter dans les fonds fait partie des missions d’un service d’archives.
Voici les coordonnées :- formulaire de contact (à privilégier) - courrier : 1, place des Archives – 69 002 Lyon - téléphone : 04 78 92 32 50
De quoi avez-vous besoin pour me répondre ?
Les informations sur l’objet de votre recherche doivent être précises : thème, dates, adresses, noms de personnes, contexte de recherche, etc.
Si des dossiers conservés aux AML sont susceptibles de vous intéresser, vous recevrez une liste ou un lien vers la liste de résultats dans la salle de lecture virtuelle. Vous pourrez ainsi mieux cibler votre recherche et sélectionner ce que vous souhaitez consulter en salle de lecture.
[...]
En combien de temps répondez-vous ?
Cela dépend du type de recherche, de la précision de votre demande, de sa complexité et du nombre de demandes en cours. Les AML répondent à de très nombreuses demandes à distance par an (entre 1 600 et 2 200 selon les années), la plupart en moins de 72 h (sauf pendant les périodes de fermeture du service ou d’équipe réduite).
[...]
Les recherches sont-elles gratuites ?
Oui en très grande majorité.
Les services payants sont liés à la sélection et l'envoi de copies de documents dans certains cas : voir les pages dédiées aux recherches dans l’état civil et dans les permis de construire.
> Retrouvez la grille des tarifs des AML.
Source : Rechercher à distance (Archives municipales de Lyon)
Pour connaître avec certitude la nature des murs mitoyens de la parcelle AO58, un sondage de paroi serait utile : il s'agit d'un grattage de l'enduit sur une surface de 20 à 30 cm² pour observer la matière en dessous (le pisé se reconnaît à sa texture de terre compactée par couches horizontales). Vous trouverez des conseils avisés auprès de ces structures :
- CAUE du Rhône (Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement) : ils peuvent vous orienter gratuitement vers les bons professionnels ;
- Maison de l'Architecture Rhône-Alpes (Archipel).
Il serait également pertinent de joindre le Service urbanisme appliqué de la Mairie du 4e pour vous orienter éventuellement vers le dossier de l'immeuble.
Nous vous souhaitons une bonne poursuite dans vos recherches et associons cette réponse à la rubrique "SOS le guichet sèche" pour maximiser vos chances de résultat !
Lug, pionnier lyonnais des super-héros