Pourquoi le blocage du détroit d'Ormuz permet aux compagnies pétrolières de faire des bénéfices ?
Question d'origine :
Bonjour! Madame, Monsieur,
Voici ma question: Comment se fait-il que le blocage du Détroit d'Ormuz puisse permettre aux compagnies pétrolières de réaliser des bénéfices aussi faramineux?
Merci de votre réponse!
Réponse du Guichet
Depuis le début de la guerre et à cause du blocage du détroit d'Ormuz, les cours du pétrole ont flambé. Or, les prix montent beaucoup plus vite que les coûts de production. C'est ce qui explique l'origine des profits d'aubaine autrement appelés « superprofits ». Opérations de trading lucratives et diversification des activités sont d'autres paramètres expliquant les bénéfices records de compagnies pétrolières comme TotalEnergie. La France et plusieurs pays d'Europe réfléchissent à une taxation mais les compagnies pétrolières ont placé leurs bénéfices dans des paradis fiscaux.
Bonjour,
Le blocage du détroit d'Ormuz par lequel transite 20% de la production de pétrole mondial perturbe les exportations ce qui a pour conséquence une envolée des cours du baril de pétrole. Or, les coûts de production de l'extraction et du raffinage restent inchangés à court terme ce qui explique l'origine des superprofits. Voici comment le magazine Alternatives économiques présente les causes de ces profits d'aubaine :
ce n’est pas parce que les cours de l’or noir s’envolent que les coûts de production des compagnies pétrolières, eux, évoluent, du moins à court terme. L’extraction d’un baril de brut en avril ne coûte pas plus cher qu’en janvier. Idem pour les opérations de raffinage. Et, forcément, quand le prix de vente explose mais pas les coûts, le bénéfice du producteur grimpe en flèche.
Profits d’aubaine« Lors d’un choc énergétique, les prix du pétrole et du gaz peuvent monter beaucoup plus vite que les coûts de production à court terme. C’est ce type d’écart entre hausse des prix et inertie des coûts qui explique ce qu’on appelle les profits d’aubaine », résume Valérie Mignon, économiste à l’université Paris Nanterre.
La crise énergétique de 2022-2023 en avait donné un exemple flagrant. En 2022, les profits des cinq plus grandes majors pétrolières privées avaient triplé par rapport à la moyenne de leurs résultats des années d’avant-crise (2016-2019). En 2023, ils en représentaient encore plus du double.
source : Taxer les superprofits pétroliers est indispensable, et c’est possible / Justin Delépine - Alternatives économiques - 22 Avril 2026
En guise d'exemple, la compagnie TotalEnergie a réalisé 5 milliards d'euros de bénéfices au premier trimestre 2026. Non seulement elle a généré des marges importantes sur ses produits raffinés mais récolte aussi les fruits de sa politique de diversification, profitant d'une hausse de sa production de gaz naturel liquéfié dont le prix a lui aussi grimpé depuis la guerre. Une opération de trading lucrative lui a également été très bénéfique. Mais elle n'est pas la seule compagnie pétrolière à réaliser des superprofits.
Voici quelques extraits d'articles expliquant cela :
Traders, production, raffinage… La machine Total a extrêmement bien fonctionné. Malgré des sites à l’arrêt, le pétrolier français est parvenu à injecter autant de pétrole sur le marché grâce aux démarrages et à la montée en puissance de nouveaux projets. Des barils qu’il a pu vendre très cher.
Côté raffinage, les unités ont tourné à plein régime, avec un taux d’utilisation de plus de 90 %, « capturant ainsi les marges exceptionnelles au mois de mars », quand les cours des produits raffinés s’envolaient, a souligné le groupe. TotalEnergies peut également remercier ses traders, que ce soit pour le gaz ou le pétrole, qui ont réussi à tirer « parti de la volatilité des marchés ».
Début avril, le Financial Times avait révélé que la compagnie avait généré plus d’un milliard de dollars de gains en achetant au Moyen-Orient la quasi-totalité des cargaisons de pétrole exportables, sans passer par le détroit d’Ormuz. Cette opération hors norme n’a pas été démentie par l’entreprise, qui avait seulement dit devoir « sécuriser ses approvisionnements ».
source : Profits de TotalEnergies : une manne à redistribuer / Le Télégramme (Bretagne) - jeudi 30 avril 2026
Le géant pétrolier TotalEnergies est parvenu en mars à acheter au Moyen-Orient la quasi-totalité des cargaisons de pétrole exportables sans passer par le détroit d’Ormuz. Cette opération hors norme lui aurait rapporté d’importants bénéfices.
Cette frénésie d’achats pourrait lui avoir fait gagner plus d’un milliard de dollars en quelques semaines, selon le Financial Times, un montant qui rejoint les estimations des experts interrogés par l’AFP.
Contacté par l’AFP, TotalEnergies ne dément ni ne confirme. Mais il explique devoir sécuriser ses approvisionnements pour elle-même comme pour ses clients , rappelant qu’environ 15 % de sa production mondiale d’hydrocarbures est à l’arrêt dans la région du Golfe.
Un milliard de bénéfices
Le groupe aux 13,1 milliards de dollars de bénéfices en 2025 souligne que le trading comporte aussi des pertes dans un contexte aussi volatil. La guerre, déclenchée le 28 février par l’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, a entraîné en réaction le blocage par Téhéran du détroit d’Ormuz, corridor stratégique où transite habituellement environ 20 % du brut mondial, provoquant une flambée des prix et une chute brutale de l’approvisionnement. C’est dans ce contexte, que la filiale de TotalEnergies dans le négoce de pétrole s’est lancée dans l’une des plus vastes opérations d’achat jamais réalisées par un acteur unique.
Selon des données publiques de S & P Global Energy, TotalEnergies a acquis courant mars 77 cargos de brut produit aux Emirats arabes unis et à Oman, presque la totalité des 82 cargaisons livrables en mai. Le journal Financial times, affirme, selon une personne proche du groupe , que cette stratégie combinant achats physiques et titres papiers [virtuels] lui aurait permis de réaliser plus d’un milliard de dollars de gains, un chiffre complexe à établir, mais jugé crédible.
source : TotalEnergies aurait gagné 1 milliard de dollars avec le conflit en Iran / 20 Minutes avec AFP - jeudi 2 avril 2026
Les bénéfices records engrangés par TotalEnergies au cours des trois premiers mois de l'année relancent le débat : sur cette période marquée par le déclenchement d'un nouveau choc pétrolier avec un baril de brut propulsé à plus de 100 dollars en raison du blocage du détroit d'Ormuz (112 dollars mercredi contre 75 dollars début mars), la multinationale française a vu ses profits s'envoler à 5,4 milliards de dollars (4,6 milliards d'euros). Une progression de 51 % par rapport aux 3,9 milliards de dollars de résultat net trimestriel dégagés il y a un an. Le groupe a fait le plein de cash puisque sa marge brute d'autofinancement, soit sa capacité à investir sur sa trésorerie, a bondi de 20 % à 8,6 milliards de dollars. [...]
La major française a bénéficié des performances de sa branche exploration-production (avec un résultat net opérationnel en hausse de 43 % à 2,43 milliards par rapport au quatrième trimestre 2025). La croissance de sa production de gaz et de pétrole a permis de compenser ses pertes dans la région du Golfe, équivalentes à 15 % de son activité pétrogazière mondiale. Et avec l'accalmie dans les tirs de missiles et de drones, le groupe reprend maintenant sa production sur place : sa raffinerie saoudienne de Satorp, qui avait été mise à l'arrêt le 8 avril après des frappes iraniennes, vient de redémarrer. Mais TotalEnergies doit surtout sa bonne fortune à ses activités de raffinage dont le résultat net a bondi de 60 % à 1,59 milliard de dollars. «Les unités de raffinage ont retrouvé leur pleine performance opérationnelle, capturant ainsi des marges exceptionnelles au mois de mars», reconnaît le groupe.
Et «les activités de négoce de brut et de produits pétroliers ont également réalisé ce trimestre une très bonne performance». Un euphémisme : Totsa, la filiale négoce de TotalEnergies, a gagné plus d'un milliard de dollars après avoir raflé toutes les cargaisons de brut du Golfe disponibles au début du conflit pour les revendre à prix fort un mois plus tard. Au final, ce sont les actionnaires de Total qui peuvent se frotter les mains: «Le conseil d'administration du groupe a décidé d'augmenter de 5,9 % le premier acompte sur dividende à 0,90 euro par action, la plus forte croissance de dividendes parmi les majors pétrolières», précise l'entreprise. [...]
TotalEnergies n'est pas la seule «Big Oil» à se remplir les poches à la faveur du conflit au Moyen-Orient. La britannique BP a annoncé mardi avoir quintuplé son bénéfice net à 3,842 milliards de dollars au premier trimestre, par rapport à la même période de 2025. Les majors américaines Exxon, Chevron et ConocoPhillips devraient annoncer elles aussi en fin de semaine des profits stratosphériques pour les mêmes raisons.
«De nombreuses raffineries traitaient encore des cargaisons de pétrole brut d'avant-guerre le mois dernier, ce qui signifie qu'elles payaient des prix inférieurs tout en vendant des produits raffinés à des niveaux gonflés, générant ainsi des bénéfices exceptionnels», explique ainsi Ron Busso, le chroniqueur énergie de Reuters. Une manière polie de pointer du doigt la manière dont les majors du pétrole ont profité de ce nouveau choc pétrolier pour se faire des montagnes de dollars sur le dos des automobilistes.
L'association Oxfam a ainsi calculé que les six principales compagnies pétrolières mondiales (Chevron, Shell, BP, ConocoPhillips, Exxon et TotalEnergies) gagnaient actuellement «près de 3 000 dollars par seconde» et allaient encaisser 94 milliards de dollars de profits cette année, 14 milliards de plus qu'en 2025. Si le prix du Brent poursuit sa folle ascension (certains analystes n'excluent pas un baril à 150 dollars), TotalEnergies est donc bien partie pour exploser le record de profits qu'elle avait engrangé en 2023 à 21,4 milliards de dollars : entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026, son résultat net ajusté culmine déjà à plus de 17 milliards de dollars selon les documents financiers publiés mercredi. Dans ces conditions, la question de la taxation des superprofits du pétrole revient comme un boomerang sur le bureau de Patrick Pouyanné (lire ci-contre).
source : TotalEnergies grand vainqueur de la guerre / Jean-Christophe Féraud - Libération - Jeudi 30 Avril 2026
Il est aujourd'hui question de réfléchir à une taxation des superprofits. Cinq pays européens (Espagne, Autriche, Allemagne, Italie et Portugal) appellent à taxer les bénéfices exceptionnels réalisés par les entreprises du secteur énergétique et une proposition de loi a été déposée en France par l'opposition. Mais cette taxation s'avère difficile dans la mesure où les bénéfices des groupes énergétiques s'échappent vers des paradis fiscaux. La taxe européenne sur les superprofits mise en œuvre en 2022 qui devait rapporter 3 milliards d’euros à la France (estimation des économistes de l'Institut des politiques publiques) ou 200 millions (d'après Bercy) n'en a rapporté finalement que 69 millions d'euros :
Seulement voilà, une partie de ces superprofits s’échappent vers les paradis fiscaux, où ils sont très peu imposés, montre une nouvelle étude, « The Global Allocation of Extractive Windfalls », publiée mardi 7 avril par l’Observatoire international de la fiscalité, le laboratoire de recherche dirigé par l’économiste Gabriel Zucman au sein de l’Ecole d’économie de Paris.
« Lorsque les prix de l’énergie explosent, les gouvernements sont souvent tentés de mettre en place des taxes sur les profits exceptionnels, détaillent les autrices Alice Chiocchetti et Ninon Moreau-Kastler. Mais comme le montre notre étude, les entreprises extractives enregistrent davantage de bénéfices dans des paradis fiscaux pendant les périodes de boom des matières premières, ce qui réduit l’efficacité de ces taxes. »
source : Les superprofits pétroliers en partie logés dans les paradis fiscaux / Marie Charrel - Le Monde - Economie & Entreprise, mercredi 8 avril 2026
Voir cet article pour en savoir plus : Taxe sur les superprofits pétroliers : les raisons d'un échec / Sébastien DUMOULIN - Les Echos - 30 mai 2024
Lire aussi : Face à la crise du pétrole, Sébastien Lecornu est contraint de naviguer au près / Isabelle Ficek - Les Echos - 4 mai 2026
Nous vous invitons à consulter notre base Europresse dans laquelle vous retrouverez les articles cités en texte intégral.
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