Pourquoi trouve-t-on avenue Leclerc à Gerland une statue en hommage à Jean de Verrazane ?
Question d'origine :
Bonjour
J'aimerai savoir pourquoi Jean de Verazane a une statut à Gerland Novotel vers le pont Pasteur ?
En vous remerciant
CDT
Severien
Réponse du Guichet
Cette statue de Jean de Verrazane (Giovanni da Verrazzano) est une œuvre de la sculptrice Mick Micheyl. Elle a été inaugurée en 1997 avenue Leclerc à Gerland (Lyon 7e) en l'honneur de cet explorateur florentin méconnu, qui vécu avec sa famille à Lyon et y finança une partie de son voyage. Au service de François Ier, il est le découvreur en 1524 de la côte atlantique américaine et de la baie de New York (Nouvelle-Angoulême). Un pont et une statue portent son nom à New-York et il a été intégré depuis 1994 à la fresque des Lyonnais.
Bonjour,
L'explorateur Giovanni da Verrazzano, dit Jean de Verrazane (1481-1528) en français, est effectivement honoré d'une sculpture le représentant en bordure de l'avenue Leclerc dans le quartier de Gerland (Lyon 7ème). Elle est l'oeuvre de la chanteuse sculptrice sur acier lyonnaise Mick Micheyl et a été inaugurée le 7 décembre 1997 par le député maire de Lyon Raymond Barre. On y apperçoit le navigateur représenté en compagnie d'un globe terrestre, d'un navire et de vagues tumultueuses. Elle s'inspire de cette gravure connue du navigateur. Sous la statue un petit écriteau apporte quelques explications sur sa présence à Lyon :
Jean de Verrazane (1481-1528)
Florentin de Lyon.
Navigateur de François 1er.
Découvreur de la côte atlantique des Etats-Unis et de la baie de New-York en 1524.
Si cet homme largement oublié du grand public est aujourd'hui encore célébré dans ce quartier de Lyon c'est qu'il serait, pour certains, né à Lyon de deux parents italiens. Cette thèse est soutenue par l'historien Jacques Habert (1919-2012) dans son ouvrage La Vie et les Voyages de Jean de Verrazane, Montréal, Cercle du livre de France, 1964, p.182. En réalité nous n'en savons rien, les registres de naissance n'existaient pas au XVème siècle. Mais il est certain qu'il a vécu à Lyon et que son expédition vers les Indes fut en partie financée par des marchands et banquiers florentins établis dans cette ville. C'est donc à un Italien, dont la famille a émigré à Lyon et qui y vécu lui-même, que nous devons la découverte de la future baie de New-York, elle qui fut dans un premier temps renommée "Nouvelle-Angoulème" en hommage au roi de France François 1er, né François d'Angoulème. Un article de l'Influx, le webzine des bibliothécaires de la BmL, sur Lyon et les Etats-Unis, synthétise toutes ces informations et même davantage :
Comment ne pas songer au navigateur Giovanni da Verrazano, francisé en Jean de Verrazane (1485 ?-1528) qui découvrit, le premier, le site de l’actuelle New York en avril 1524 ? Si son lieu de naissance reste inconnu, il vécut cependant en partie à Lyon où il avait de la famille d’origine florentine. Missionné par le roi François Ier pour trouver un passage vers l’Asie, il s’embarqua sur le bateau « la Dauphine ». Son expédition fut pour une grande part financée par de riches marchands et banquiers florentins établis à Lyon comme nous pouvons le lire dans l’article de Michel Mollat du Jourdin : Attaches lyonnaises du premier explorateur de la côte atlantique de l’Amérique du nord : Verrazano. L’ouvrage de Jacques Habert Verrazane : quand New York s’appelait Angoulême fait revivre cette passionnante aventure. Jean de Verrazane baptisa « terre d’Angoulême » le lieu qui allait devenir New York, en l’honneur de François Ier dont c’était le nom de famille. Aujourd’hui, à New York, le grand pont suspendu entre Staten Island et Brooklyn, porte le nom de Verrazano. A Lyon, 2 places et un collège rappellent son souvenir. Il figure aussi sur La fresque des Lyonnais, quai Saint-Vincent, dans le 1er arrondissement.
Source : Lyon et les Etats-Unis : la conquête de l'Ouest et réciproquement, l'Influx (2009)
Son exploration devait permettre de rejoindre l'Asie et d'enfin trouver une brêche dans le commerce des épices alors monopolisé par les marchands arabes et africains. Pour ce faire, il frappa à la porte des Gadagne, les plus puissants banquiers de la ville qui acceptèrent de financer une partie de son voyage avec l'espoir de réaliser de bons retours sur investissement. C'est donc en compagnie d'une cinquantaine de marins et de son frère, le cartographe Girolamo da Verrazzano, qu'il s'engagea vers l'Amérique depuis le port du Havre à bord de la caravelle "Dauphine" en juin 1523. Dans un article qui lui est consacré le journal La Tribune de Lyon fait le récit de sa traversée et de ses explorations. Il parvient à revenir en France en juillet 1524, reussissant notamment l'exploit d'accoster avec l'entiereté de son équipage encore vivant :
C’est en juin 1523 que le fraîchement nommé « capitaine de la flotte pour l’Inde », son frère et cartographe Girolamo da Verrazzano, et son équipe de 52 marins quitte le port du Havre en direction des Indes à bord de la Dauphine. Empruntant la route du Nord, il perd trois de ses bateaux (sur quatre) et décide de revenir sur l’île de Madère pour se ravitailler avant de repartir le 7 janvier 1524.
Là il trace une ligne droite qui le fait arriver au nord de la Floride espagnole, en Caroline du Nord, à Cape Fear. Suivant la côte, il remonte vers le nord en quête d’un chemin lui permettant d’atteindre les Indes. Dans son journal de bord, il consigne chacune de ses journées, et chaque fleuve et reliefs côtiers sont répertoriés.
L’un des endroits qui séduit le plus l’explorateur est une terre séparée par deux collines, qu’il décrit ainsi le 17 avril 1524 : « Nous arrivâmes en un lieu très beau, situé entre deux collines séparées par un très grand fleuve, qui se jetait dans la mer ». Le fleuve évoqué, c’est l’Hudson river (que le Lyonnais nomme Vendôme), les deux collines : Brooklyn et Staten island, et au milieu, la presqu’île qui deviendra Manhattan des années plus tard.
Cette terre dont Jean de Verrazzane tombe amoureux va prendre le nom de Nouvelle Angoulême en hommage à François 1er, né François d’Angoulême, pendant une centaine d’années : « du nom de l’apanage que possédait votre majesté lorsqu’elle était de moindre fortune ». Ensuite elle portera le nom de la Nouvelle Amsterdam, puis New York en 1664.
Avec son équipage, il remonte ce grand et large fleuve, suscitant la curiosité des indigènes « vêtus de plumes d’oiseaux de diverses couleurs », qui lui indiquait où naviguer plus facilement sa barque. Mais au bout de ce fleuve, De Verrazzane ne trouve aucun passage pour les Indes.
Le 6 mai 1524, il lève l’ancre en direction du nord, « suivant le rivage sans jamais perdre la terre de vue ». Son périple l’emmène jusqu’en Nouvelle Angleterre, et même jusqu’à Terre-Neuve. Mais face à des populations « moins hospitalières » et la pénurie de vivres, l’explorateur lyonnais se voit obliger de revenir en France. Il débarque en juillet 1524 au port de Dieppe, bredouille, mais avec l’intégralité de son équipage, ce qui est un exploit pour l’époque.
Source : Jean de Verrazzane, le Lyonnais qui a découvert New York, article de Veronique Lopes pour La Tribune de Lyon (2024)
Une place à son nom, située juste à côté de la statue est aussi là pour célébrer la mémoire de cet explorateur. Une seconde place porte le nom italien Verrazzano et se trouve dans le 9ème arrondissement. D'après Maurice Vanario, relayé par RuesdeLyon, ce n'est pas lui mais son frère Girolamo Verrazzano que le conseil municipal a voulu ici honorer. On affirme que ce dernier aurait survécu à la mort de son frère, probablement assassiné lors de sa dernière expédition dans les Antilles en 1528, et serait mort en Italie.
- C'est un cas curieux, le grand homme a été oublié des Lyonnais durant presque cinq cent ans, puis la ville lui a attribué une place sous son nom francisé Verrazzane et l'entreprise Atari lui a attribué un campus sous son nom italien, Giovanni da Verrazzano qui s'est étendu à la place. Il signait aussi Janus ses lettres en latin.
- Pour concilier les parties, je l'appellerais Joannès. C'est un navigateur connu pour avoir découvert le site de la nouvelle Angoulême, qui est ensuite devenue la plus puissante cité du monde sous le nom de New York, mais aussi toute la cote, du cap Breton à la Floride. Il a vécu de 1481 à 1528. Il était Florentin mais a organisé ses voyages depuis Lyon avec l'aide des banquiers lyonnais dont les Gadagne. Cela donne un peu plus de corps à une légende qui l'aurait fait naître à Lyon de Jeannette Gadagne.
- Maurice Vanario indique que ce n'est pas lui, mais donc son frère que le conseil municipal du 14 septembre 2001 a voulu honorer. Girolamo Verrazzano, né en Italie, il a accompagné Jean lors de ses explorations et a dessiné une carte de l'Amérique en 1529. Il était présent quand son frère s'est fait tuer au large des Antilles et l'a raconté à son retour. Il est mort en Italie.
- En 1502, Francesco da Verazano a fait partie des participants au dépôt des statuts des Florentins de Lyon. La revue d'histoire de Lyon de 1912 a un article sur la nation florentine de Lyon donc Jean Baptiste de Verraziano a été en charge en 1548.
Source : Place Verrazzano - RuesdeLyon.net
Toutes les informations regroupées ci-dessus sont également consignées dans l'ouvrage de Alain Dreyfus, Secrets des rues de Lyon (2021) qu'il présente à la page sur l'avenue Leclerc comme le plus grand explorateur lyonnais, découvreur de la baie de New-York.
Pour revenir sur cette statue, sachez qu'elle n'est qu'un des moyens déployés par les autorités publiques, en France comme aux Etats-Unis, pour commémorer la mémoire de ce pionnier de la navigation transatlantique. Encore dans ce très bon article de la Tribune de Lyon (que nous remercions pour leur travail et qui est disponible en intégralité avec un abonnement à la BmL grâce aux ressources Cafeyn et Europresse), est listée une partie des lieux et des batîments renommés à son nom. On note par exemple son incorporation à la fresque des Lyonnais en 1994 où encore de récentes célébrations au pied de la statue Verrazzane, à New-York en 2024, organisées par le Consul général de France à New-York en son hommage :
À New York comme à Rouen, au Havre et à Angoulême, on célèbre le grand navigateur d’origine florentine, à l’occasion du 500e anniversaire de sa découverte. Le 17 avril 2024, le Consul général de France à New York a convié les maires du Havre, Édouard Philippe, et d’Angoulême, Xavier Bonnefont, a une cérémonie au pied de la statue de Verrazzane, à Battery park (à la pointe de Manhattan), non loin du long pont suspendu qui porte son nom depuis 1944.
La ville d’Angoulême organise huit mois de festivités consacrés au navigateur. Au Havre, le musée d’art et d’histoire lui consacre une exposition, tout comme le musée maritime fluvial et portuaire de Rouen, où depuis une dizaine d’années, une réplique de sa caravelle, la Dauphine, est actuellement en construction à l’échelle 1/5e par des bénévoles encadrés par le maître charpentier de marine, Patrice Mabire.
En Toscane, un projet de réhabilitation d’une demeure de la famille Verrrazane est en cours ; projet pour lequel le musée associatif maritime fluvial et portuaire de Rouen réalise aussi une maquette de la Dauphine.
À Lyon, le fantôme de Jean de Verrazzane rôde à Gerland, où en 1985 son nom a été donné à une place un peu « cachée », à deux pas du pont Pasteur qui enjambe le Rhône, et où l’on peut voir une sculpture le représentant à côté d’un globe et d’un navire (l’œuvre de la chanteuse et sculptrice sur acier lyonnaise Mick Micheyl). Sa silhouette a été peinte sur la fresque des Lyonnais en 1994. Et enfin, en 2001, son nom fut donné aux bâtiments en forme de bateaux du quartier de l’industrie qui ont accueilli notamment la société de jeux vidéo Infogrames, le Campus Verrazzano, et en 2008, à l’ancien collège Ferber.
Source : Jean de Verrazzane, le Lyonnais qui a découvert New York, article de Veronique Lopes pour La Tribune de Lyon (2024)
Et enfin, n'hésitez pas à explorer ces documents si vous souhaitez aller plus loin dans vos recherches sur cet explorateur :
Verrazane : quand New York s'appelait Angoulême de Jacques Habert (1993)
Les Français en Amérique pendant la première moitié du XVIe siècle / introd. par Ch.-A. Julien ; textes des voyages de Gonneville, Verrazano, J. Cartier et Roberval ; éd. par Ch.-A. Julien, Herval, Th. Beauchesne (1946)
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