Comment étaient organisés les repas de Valéry Giscard d'Estaing chez les Français ?
Question d'origine :
Bonjour le Guichet du Savoir,
Sous la mandature de Valéry Giscard d'Estaing, des Français étaient choisis pour accueillir le président de la République à dîner. Auriez-vous des informations sur les modalités d'organisation de ces dîners ?
Merci beaucoup !
Réponse du Guichet
Sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing les "dîners chez les Français" étaient organisés à partir d’invitations envoyées par les volontaires à l’Élysée qui les sélectionnaient ensuite minutieusemement. Les familles étaient bien évidemment prévenues à l’avance. Pensés comme des rencontres simples et conviviales, ils relevaient d’une forme de mise en scène, parfois médiatisée, à mi-chemin entre l'échange sincère et la stratégie de communication politique. Ces dîners se sont maintenus à intervalles irréguliers pendant son mandant avant de se raréfier puis de disparaître totalement en 1980.
Bonjour,
Pendant son septennat, Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) avait pris l'habitude de dîner régulièrement chez les Français. Lui qui souhaitait "regarder la France dans les yeux" (phrase prononcée durant sa compagne présidentielle de 1974), avait imaginé ces moments comme un moyen convivial de rencontrer ses concitoyens autour d'un bon repas. Les consignes de l'Elysée étaient claires, n'achetez pas de nouvelle vaisselle ou ne vous endettez pas auprès de votre marchand de vin, le président et sa femme Anne-Aymone, souhaitent être reçus simplement, comme on recevrait un couple amis. Ainsi à intervalle irrégulier et jusqu'en 1980, une poignée de Francais ont eu l'honneur (et l'appréhension) de recevoir dans leur salon ou leur cuisine le président en exercice, profitant de cette proximité pour parler de leurs problèmes et de politique mais aussi et surtout de tout et de rien lors d'un repas qui s'éternisait parfois jusqu'aux petites heures de la nuit.
À partir de janvier 1975, Giscard s’invite à dîner, avec sa femme, tous les trois mois environ, dans un foyer de Français moyens, devant les photographes et les journalistes, pour s’entretenir des différentes questions d’actualité. Après avoir suscité un fort écho médiatique, cette opération se banalise et, peu à peu, se raréfie mais ne disparaît pas totalement : le dernier dîner a lieu en 1980
Source : Mathias Bernard - Valéry Giscard d'Estaing, les ambitions déçues (A. Colin, 2014) (p.209)
Si la caractère artificiel voir démagogique de ces diners a beaucoup été critiqué par la presse et par la classe politique, ces méthodes nouvelles symbolisent aujourd'hui encore la présidence VGE. L'Auvergnat souhaitait faire de la politique différemment, à la manière de son mentor le président américain John. F. Kennedy, et n'a eu de cesse de renouveler la communication politique durant son mandat. Et ici réside peut-être tout le débat autour de l'organisation de ces diners. Pouvaient-ils être sincères où servaient-ils une stratégie de communication politique ? Quid de leur mise en scène et la présence des médias ? Et surtout comment étaient choisis les Français qui devaient ouvrir leurs portes au président ?
Pour vous replonger dans l'atmosphère de ces diners, regardez cette archive de l'INA, dans laquelle sont interviewés les hôtes du couple présidentiel au lendemain de leur rencontre. Premier Indice, l'une des intervenantes confie avoir "écrit en douce", sans le dire à ses parents.
Nous trouvons dans cette biographie de Valéry Giscard d'Estaing la confirmation que l'Elysée recevait bien les invitations de Français qui se portaient volontaires pour recevoir le président. Dès 1975 (au summum de popularité de Giscard d'Estaing), plus de 3000 courriers seraient parvenus à la présidence pour examen :
Ses "diners à la fortune du pot" chez les "Français moyens" malgré quelques trois mille trois cents invitations reçues à l'Elysée début 1975, vont aussi lui attirer quelques commentaires amusés de la part de la presse et les foudres d'une partie de la classe politique. "Gadget publicitaire" dira le PS."
Source : Valéry Giscard d'Estaing - Jean-Pierre Corcelette et Frederic Abadie (Nouveau monde éditions, 2009) (p.260)
Dans un article de 2020, paru à l'occasion du décès de l'ancien président et des hommages qui lui étaient rendus, le journal Le Figaro republiait un extrait de ses archives. C'est une retranscription du premier "diner chez les Français" de Valéry Giscard d'Estaing et de son épouse. Celui ci s'est tenu le 30 décembre 1974 chez M. et Mme Cucchiarini, demeurant au 26 rue Malar dans le 7ème arrondissement de Paris. Le journaliste y explique que c'est bien Elysée qui recevait les invitations des Français volontaires pour recevoir le couple présidentiel. S'opérait ensuite une sélection minutieuse où rien n'était laissé à l'improviste, autant pour la réussite de l'opération de communication que pour garantir la sécurité du président. Pour qu'aucun imprévu ne gâche la soirée, la première famille a été retenue était déjà connue des services de l'Elysée et les cartons d'invitations envoyés plusieurs semaines à l'avance, histoire de laisser le temps à la famille de se préparer et de confectionner le menu :
Premier dîner du président «chez les Français»: très peu de politique
Fidèle à sa promesse du 30 décembre dernier, M. Giscard d’Estaing a pris mercredi soir son premier repas chez l’habitant. Pour ce dîner inaugural à la table des familles françaises, le président de la République et Mme Giscard d’Estaing avaient choisi, parmi les quinze cents invitations en bonne et due forme qu’ils ont déjà reçues, de répondre à celle de M. et Mme Cucchiarini, demeurant 26, rue Malar, dans le septième arrondissement de Paris.
La surprise n’a été totale ni pour les invités ni pour les hôtes. D’abord parce que M. Cucchiarini n’était pas tout à fait un inconnu pour les Giscard d’Estaing. Encadreur d’art, il a effectué plusieurs fois des travaux soit à l’Elysée soit au domicile personnel du président qui a même visité une fois son atelier. Ensuite parce que la famille Cucchiarini était officiellement avertie depuis trois semaines. Ce qui laissa tout le temps à la maîtresse de maison de composer un menu à la fois simple et de qualité: champagne pour l’apéritif, potage au cresson, bar, côte de bœuf et jardinière de légumes, salade, fromage et une charlotte pour le dessert.
Arrivé rue Malar à 20h30, le couple présidentiel, faute d’ascenseur, a gravi à pied les quatre étages qui conduisent au petit appartement de l’artisan. Serrés autour de la table ovale qui occupait toute la salle à manger, douze convives: outre M. et Mme Giscard d’Estaing, M. et Mme Cucchiarini et leur fils, un étudiant en droit de 21 ans, et trois couples amis: M. Gauthier, métreur en couvertures, sa femme et leur fils, un étudiant de 20 ans; M. Chevin, contremaître imprimeur en banlieue et son épouse; M. Pillet, kinésithérapeute, et sa femme.
Bien sûr, Mme Cucchiarini gardera de cette soirée -immortalisée par une photo de famille- un souvenir éblouissant. Encore toute émue, elle l’a confié hier à des journalistes venus t’interroger:
«Le président nous a mis tout de suite à l’aise. Il a l’art de mener agréablement les conversations et nous avons bien ri.»
La preuve qu’il n’a pas été du tout question de politique ni d’économie. On a surtout parlé de voyages et de problèmes touchant à la profession des convives. Pour sa part, Anne-Aymone Giscard d’Estaing a complimenté Mme Cucchiarini pour sa toilette et pour ses talents culinaires.
Mais à peine avait-elle eu le loisir de respirer qu’hier elle avait d’autres hôtes à déjeuner: une équipe de télévision venue les filmer en direct pour que toute la France, à la suite de son président, puisse regarder au fond des yeux la famille la plus célèbre du jour.
Source : En 1975, le premier dîner de VGE à la table des Français - Le Figaro (2020)
Evidemment, qui dit sélection exige des hôtes une parfaite tenue lors la rencontre. Mais connaissant à l'avance le profil des individus à qui on aura affaire, aucune crainte. Et il n'est pas rare justement que les maîtres de maison s'épanchent de commentaires élogieux, autant à l'égard du président que de l'homme qu'il vienne de recevoir. C'est ce que rappellait avec une pointe d'ironie cet article de BFM :
Le point d'orgue de cette tournée des popottes si soigneusement organisée prend place sous un toit d'Orléans, comme le souligne ici France Bleu, au soir du 31 décembre 1975. Ce sont les époux Baschou, Jean et Annick, parents de six enfants alors âgés de 5 à 21 ans, qui reçoivent le président de la République et la première dame. Un couple d'amis, également invités ce soir-là, tombe des nues en découvrant les arrivants surprises. Pour l'ORTF, Annick Baschou insiste: la stupeur dissipée, tout s'est passé à la bonne franquette.
"Cela s'est passé très amicalement, comme lorsqu'on reçoit des amis chez soi. Monsieur et madame sont arrivés vers 20h45, nous avons pris l'apéritif, nous nous sommes mis à table et nous avons bavardé de choses et d'autres à bâtons rompus. Ils sont repartis vers 1h30", dit-elle. Puis, on détaille le menu: "Alors nous avons commencé par un plat de jambon, offert par le président. Nous avons ensuite mis du lapin, avec des haricots verts du jardin."
Car c'est bien là l'un des attendus du sujet bien sûr: les Français ayant accueilli le chef de l'État, charmés, flattés et sans doute un peu intimidés, sont toujours dithyrambiques à l'égard des Giscard. Pourtant, ces sorties disparaissent bientôt de l'agenda présidentiel. Et en 1981, le maintien rigide de Valéry Giscard d'Estaing est remplacé par la rondeur apparente de François Mitterrand, à l'âme plus marmoréenne pourtant. Ces opérations de communication parfaitement huilées n'auront pas réussi à convaincre les Français que le président de la République était de leur monde.
Source : Côte de bœuf et opération de com': quand Giscard d'Estaing allait dîner chez les Français (BFM, 2020)
Mais tout ne se passe pas toujours au mieux. En septembre 1976 un couple d'agriculteurs morbihannais qui reçevait le couple présidentiel a subi longtemps les conséquences de son accueil. La côte du président est en chute libre à cette époque et le voisinnage, comme des courriers injurieux de toute la France, accablent la famille d'avoir joué le jeu de la communication de l'Elysée. Et pendant très longtemps le nom de Giscard sera associé à la famille...
Ici la rencontre avec le couple d'agriculteurs serait partie d'une carte de voeu envoyée sur le ton de la plaisanterie mais qui aurait fini par plaire au président :
Les choses se corsent dès le lendemain matin, pas pour le président, mais pour ceux qu’il laisse derrière lui. Dès 6 h du matin, on nous a appelés pour nous traiter de pourris , relate la mère de la famille. Les agriculteurs morbihannais reçoivent des courriers injurieux et menaçant de toute la France , dont des menaces de faire sauter la baraque . Les enfants ont été harcelés à l’école. Ça a été tellement dur pour tout le monde…
« Aujourd’hui encore, notre nom est associé à Giscard »
Pourquoi ? La famille n’a toujours pas de réponse à cette question 34 ans plus tard. Si ça avait été un autre président, ou même le pape, ça aurait été la même chose , estime notre interlocutrice, désabusée. Le président était au courant. On lui a dit ce qui nous était arrivé.
Christophe Echelard avait 7 ans à l’époque. L’agriculteur – qui a aujourd’hui repris la ferme familiale – se souvient des brimades à l’école. Ce sont surtout les plus grands qui en ont bavé, même les enseignants les prenaient à partie, c’était de la bêtise gratuite et méchante. Il y a aussi eu des dégradations dans l’exploitation, des menaces de mort, ça a été très long. Aujourd’hui encore, notre nom est associé à Giscard.
(...)
Tout était pourtant parti d’une carte de vœu envoyée à Giscard sur le ton de la plaisanterie ; mais qui avait visiblement plu au président. Sa venue, « un secret d’État » a déplu à certains notables du coin qui n’ont pas compris qu’un « paysan » reçoive la crème de la politique française. Mon père était investi au niveau syndical, mais aussi à la mairie, il se donnait à fond. Il y a toujours eu des jalousies. On lui a coupé les ponts, notre famille a connu des soucis financiers , relate Christophe Echelard, qui garde toutefois un souvenir inoubliable de ce président qui a débarqué un beau soir chez lui. L’occasion de parler de choses concrètes, du terrain, de la vie de paysan, de la sécheresse.
Mais le jeu valait-il la chandelle ? Ce rendez-vous qui aurait pu être super a été un calvaire, autant pour nos parents que pour nous. On nous a fait passer pour des riches, on ne nous a pas aidés, on nous a écrasés , résume Catherine Echelard. Il aura fallu la mort du président français pour qu’elle assume enfin son nom de famille.
Source : Morbihan. Après la visite de Valéry Giscard d’Estaing en 1976, cette famille a vécu un cauchemar (Ouest-France) 2020
Pour conclure, donnons la parole au principal concerné. Selon Valéry Giscard d'Estaing ces diners étaient organisés après qu'un appel à candidature ait été jugé favorablement par les services de l'Elysée. Il était important que le lieu, comme la catégorie socio professionnelle des hôtes, puissent varier. En revanche, il nie toute organisation préalable avec la presse pour médiatiser l'événement. Les réceptions n'étaient jamais filmées et seules les familles conservaient des photos de la rencontre. Pour l'ancien président, la presse scrutait ses déplacements, pour mieux interroger les familles au lendemain de leur rencontre. On vous laisse sur cet échange avec la journaliste Agathe Fourgnaud publié en 2001, dont une anecdote savoureuse avec le président chinois :
VGE : J'ai croisé une jeune femme récemment, qui m'a dit : "Ce qui était formidable avec vous, c'est que vous alliez chez les Français. J'appartiens à une famille ouvrière, nous étions dix enfants, et l'idée que vous veniez dîner chez les gens et que vous leur parliez, c'était formidable." Pourtant, tous les médias étaient à fond contre ! C'est ce que j'ai répondu à cette femme. Les journalistes et la puissance de la télévision y étaient opposés. Pourquoi ? Parce que la télévision et de manière générale les médias veulent être l'intermédiaire obligé entre les dirigeants et le public. Ils ne supportent pas le tête à tête ! Or, quand les dirigeants se mettent en rapport avec le public, c'est toujours très intéressant. Si rencontre il y a par le biais des médias, il doit toujours y avoir mise en scène.
(...)
Au contraire il y avait des choses que je voulais pouvoir continuer à faire même en étant président de la République : je voulais rester moi-même, je voulais pouvoir marcher sans me sentir observé, pouvoir me promener, je voulais pouvoir parler aux gens, aller chez eux simplement. Les médias m'en ont empêché.
(...)
Journaliste : Vous n'étiez pas obligé d'avoir un photographe.
VGE : Mais il n'y avait pas de photographe, c'étaient les gens qui prenaient les photos.
Journaliste : Il y avait des photographes d'agence.
VGE : Non, jamais ! Le lendemain, les photographes d'agence cherchaient à nous tracer.
Journaliste : Il y a pourtant des photos de ces repas.
VGE : C'étaient les gens chez qui nous allions qui prenaient ces images, pour leurs souvenirs. Il n'y a jamais eu un journaliste dans une salle à manger. Vous pouvez facilement le vérifier.
(...)
VGE : Quand je suis allé en Chine en 1980, j'avais été reçu par Deng Xiaoping, que j'avais moi-même reçu à Paris avant qu'il ne soit président. Nous étions à Beijing, dans le grand palais du Peuple, sur la place Tien An Men, quand il m'a dit : "Je voudrais vous demander quelque chose : j'ai vu que vous alliez chez les Français, c'est très bien. Je voudrais savoir comment il faut procéder. " Je lui ai tout expliqué : "Ce n'est pas nous qui nous invitons, nous répondons à des invitations. Quelqu'un s'occupe de les trier, pour faire en sorte que ce ne soit pas toujours la même région, ni la même catégorie socio-professionnelle. Une fois que cette personne a choisi, on téléphone aux gens, et nous nous rendons chez eux, mon épouse Anne-Aymone et moi, sans prévenir les médias. Après, on fait un petit communiqué de deux lignes disant que nous avons dîné à tel endroit tel jour etc". Cela dit, je crois que Deng Xiapoing n'a jamais mis la méthode en pratique.
Journaliste : Vous pouviez demander à ces Français chez lesquels vous vous rendiez un devoir de confidentialité.
VGE : Non, cela aurait été gênant, mais on ne leur imposait rien. Et puis de toute façon, il y avait les voisins. Nous avions en attente soixante-quinze mille invitations de personnes qui nous avaient écrit. Un jour, nous sommes allés déjeuner dans une caserne de pompiers à Paris, dans le XVIIIème arrondissement. Vous imaginez que si le président de la République se rend dans une caserne de pompiers, on ne peut pas l'annoncer, mais on ne peut pas le cacher ! Un autre jour, nous sommes allés chez les agriculteurs victimes de la sécheresse dans le Morbihan, l'année où il y a eu cette grande sècheresse en 1976, qui a été une calamité pour l'agriculture. Nous sommes arrivés à Vannes, et jusqu'à cette petite ferme. Les gens le savaient, mais on ne l'annonçait pas. Vous n'aviez aucune image de télévision de nous arrivant chez quelqu'un. Alors, après coup, oui bien sûr, cela se savait.
Journaliste : Mais tous ces gagets, était-ce digne d'un président de la République ? Le rôle d'un chef d'Etat est-il de faire copain-copain avec les Français, ou de gouverner ?
VGE : Vous retombez dans la contradiction pure (...) Mais moi j'aimais, quand j'étais élu, aller chez ces gens. C'était un bonheur - et cela le reste, puisque nous faisons régulièrement des dîners chez nos amis du Puy-de-Dôme. Cela se passait toujours de façon très naturelle et très gaie, et je ne voyais pourquoi un président de la République devait se priver de la simplicité que pouvaient vivre les autres.
Source : Valéry Giscard d'Estaing : entretien / Valéry Giscard d'Estaing avec Agathe Fourgnaud (Flammarion, 2001 p. 180-186).
En 2018, Le Monde revenait sur l'incompréhension parfois suscitée par ses dîners, et confirmait le goût de VGE pour ces moments particuliers :
Parmi ses déconvenues, il a évoqué les dîners chez les Français, qu’il avait sollicités dans le but de briser la glace et qui ont été ressentis comme un signe supplémentaire de condescendance. Lui, pourtant, les avait appréciés.
Source : Le Monde - 1981, Valéry Giscard d’Estaing, l’espérance du retour (2018)
Sachez qu'une pièce de théâtre s'est même amusée à tourner en dérision ces rencontres si étranges entre le monde des puissants et les classes moyennes françaises : Le Dîner chez les Français de V. Giscard d’Estaing
Bonne journée.
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