Je recherche la liste des Eden-Bar qui ont ouvert à Lyon
Question d'origine :
Bonjour,
Je recherche la liste des Eden-Bar qui ont ouvert à Lyon (suite à la Brasserie des Brotteaux, qui était un ancien Eden-Bar jusqu'en 1948. Je crois que Lyon en a compté jusque 25.
Je me demande si la Brasserie des Deux Avenues (au 93 cours Vitton) en était une?
Cordialement,
ND
Réponse du Guichet
La Société des Eden-Bars était une entreprise lyonnaise de la fin du XIXème et au début XXème siècle, exploitant jusqu’à 25 débits de boissons à prix unique (10 centimes), identifiables à leur décor soigné de style art nouveau. Dirigée par Joseph Béras, elle a marqué le paysage des cafés lyonnais avant de disparaître progressivement après la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs noms de ces établissements nous sont parvenus et demeurent identifiables malgré les années. Cependant la brasserie du 93 cours Vitton, malgré ses ressemblances stylitiques et sa date de création, ne semble pas avoir appartenu à ce réseau.
Bonjour,
La Société Anonyme des Eden-Bars était une entreprise lyonnaise de débits de boissons apparue à la fin du XIXème siècle, principalement active au tournant et au début du XXème siècle. Elle était dotée d'un réseau pouvant compter jusqu’à 25 établissements à Lyon et dans sa périphérie (ce chiffre s'accorde parmi les diverses sources consultées). Le gérant de la société s'appellait Joseph Beras.
Avec son fonctionnement en réseau et ses nombreux points de vente, les Eden-Bars étaient clairement identifiés des Lyonnais. On y venait uniquement pour boire du café, de la bière ou du vin. Le concept était simple, chaque consommation était vendue au tarif de 10 centimes et les lieux étaient réputés pour leur élégance et leur raffinement dans un style art-déco. Des pièces en forme de "bon de consommation" ont été tirées pour payer dans ces établissement, vous pouvez toujours en appercevoir sur des sites spécialisés comme Numista.
La plus célèbre des enseignes qui a su résister à l'usure du temps et à la disparition progressive de ces établissements est la brasserie des Brotteaux. Vendue en 1948 par le fils de Joseph, Henri Beras, comme le reste de la société liquidée au compte goutte, la brasserie a perduré malgré des changements de propriétaires et s'est maintenue dans dans un état proche de qu'elle était au début du XXème siècle.
Eden
Enseigne fréquemment adoptée au XIXème siècle par des bistroquets en mal d'originalité. Ainsi existaient à cette époque, "l'Eden Lyonnais", "l'Eden de Mephisto", "l'Eden du Progrès" (rien à voir avec le journal). On vit ensuite apparaître, au début du siècle, la société des Eden-Bars qui exploita vingt-cinq établissements. Ceux-ci, tels des magasins à prix unique, débitaient n'importe quelle consommation au tarif de 10 centimes et toujours dans un décor de modern-style".
Source : Bistrots de Lyon - Histoires et légendes de Bernard Frangin (Le Progrès, 1983) (p. 200)
C'est aussi la période où les brasseries sont légion à Lyon. Les architectes Maurice Vilboeuf et Louis-Auguste Bobenrieth construisent l'un de ces immeubles, hauts de cinq étages, à l'angle de la place Jules Ferry. Vilboeuf réserve le rez-de-chaussée de ce bâtiment à son ami Joseph Béras, gérant de la société des Eden-Bars, qui va ouvrir une bonne vingtaine d'Eden-Bars à Lyon, dont celui-ci en 1913. On ne vient pas à l'Eden-Bar pour se restaurer, mais uniquement pour boire du café, de la bière Rinck et des pots de Beaujolais sur le bar somptueux qui orne l'établissement. Le décor Art nouveau prône le retour à la nature, et s'exprime partout sous la forme d'une exubérance de décors floraux, de faunes, de stucs et de faïences émaillées. L'un des principaux promoteurs de cet Art nouveau, Henri Guimard, ayant réalisé les entrées du métro parisien, avait un céramiste attitré, Louis Muller, à qui l'Eden-Bar doit ses superbes céramiques ornementales classées. C'est Henri Beras, le fils, qui prend la succession de la société des Eden-Bars. N'étant pas doué en affaires, il va être amené à revendre peu à peu tous les Eden-Bars. L'Eden-Bar des Brotteaux est cédé en 1948 à la famille Blanc-Brude qui en profite pour le rebaptiser Brasserie des Brotteaux. Les familles Simon en 1971, Daumas en 1984, et Passerat-Testard en 1989 contribuent à la destinée de la brasserie jusqu'en 1991. Elle est alors une brasserie où les serveuses, en tenue alsacienne, servent de la choucroute et de la bière aux voyageurs.
Source : Histoire de la gastronomie lyonnaise de Yves Rouèche (p. 228 - p. 229) (Ed. Libel, 2018)
La Société des Eden Bar exploita donc jusqu'à 25 établissements. Difficile de dresser une liste exhaustive de leurs noms et de leurs adresses mais nous pouvons citer :
L'Eden Bar (place Jules Ferry - Brasserie des Brotteaux)
L'Eden Lyonnais
L'Eden de Méphisto
L'Eden du Progrès (rien à voir avec le journal)
Sur Numelyo on peut voir un de Eden Bar photographié entre La rue Puits-Gaillot et le débouché de la rue du Griffon. Un autre est visible sur la presqu'île rue Terme.
Dans la notice Brasserie des Brotteaux, l'encyclopédie en ligne liste, sans les nommer, plusieurs autres "comptoirs" Eden-Bar aux adresses suivantes : un comptoir à l’angle de l’avenue Thiers et du cours Vitton, mais aussi cours Morand (à l’angle du quai Saint Vincent et de la rue d’Algérie), avenue Jean Jaurès (angle de la rue de la Guillotière) place de la Comédie et rue Victor Hugo.
L'angle de l'avenue Thiers et du cours Vitton correspond parfaitement à la Brasserie des deux avenues du 93 cours Vitton dont l'histoire vous intéresse. Mais malgré des ressemblances en matière de décoration, notamment dans le style art déco de la brasserie, nous ne pensons pas qu'elle faisait partie du réseau Eden Bar. Cette précédente réponse du Guichet du Savoir, Je cherche des informations sur la Brasserie des Deux Avenues, expliquait que malgré leurs similarités architecturales et stylistiques et leur contemporanéité, les deux établissements n'étaient pas liés par leurs propriétaires :
Ce n'est qu'en 1948 que l'Eden-Bar prendra le nom de Brasserie des Brotteaux. (source: Histoire(s) de la gastronomie Lyonnais). A l'origine, le lieu est donc occupé par une "chaîne" commerciale, ce qui ne semble pas le cas de la Brasserie des Deux-Avenues. La similarité des décors s'explique sans doute par la mode de l'époque, typique de l'"Art Nouveau".
On ne possède en revanche pas le nom du propriétaire de la brasserie des Deux Avenues en 1913, mais on trouve dans le Salut Public des annonces de vente de celle-ci : dans l'édition du 15 janvier 1937, elle passe des mains de M. J-P MARIN à celles de M. François REYNAUD ; dans celle du 3 février 1944, c'est Yolande TUDICO qui remet les clés à Mlle Yvonne DOUSSON.
La Brasserie des Deux Avenues est contemporaine de l'Eden-Bar. Cafés et Brasseries de Lyon en date la construction autour de 1913. Son décor est aujourd'hui le plus complet qui soit resté en place à Lyon :
La Brasserie des deux Avenues, toujours dans le même quartier, fut construite à la même époque que la Brasserie des Brotteaux à l’angle du cours Vitton et de l’avenue Thiers. Un élément permet de rapprocher leurs décors : les comptoirs sont en effet pratiquement identiques, avec leurs frises de céramique représentant des fruits, leurs glaces biseautées et surtout les têtes sculptées en guise de consoles. On peut y reconnaître cet alliage de cuivre connu sous le nom de cuivre jaune et apprécié pour sa couleur agréable et son entretien facile. Les deux visages qui alternent sont ceux de Bacchus, le premier sous les traits d’un vieillard, le second sous celui d’un jeune adolescent, ces deux représentations étant traditionnellement utilisées.
En plus de ce comptoir, la Brasserie des Deux Avenues présente le décor le plus complet qui soit resté en place à Lyon, comprenant stucs, peintures, et céramiques d’origine.
— Le décor céramique est signé H.B. et Cie Choisy-le-Roi, les initiales étant celles d’Hippolyte Boulenger, directeur de la fabrique depuis 1863. Les faïenciers de Choisy-le-Roi possédait un magasin à Paris, 18, rue de Paradis (c’est aujourd’hui le Musée de l’affiche où de nombreux panneaux et échantillons sont encore en place...) et une succursale à Lyon où fut commandé ce décor. Ce dernier se compose d’une mince frise de roses bordant le plafond et de panneaux très longilignes qui s’inscrivent dans les pilastres ioniques séparant les glaces. Ces panneaux sont tous identiques et il est curieux d’y retrouver divers attributs de sociétés secrètes, en particulier francs-maçons et rose-croix, tels que fruits, compas, urne funéraire et trois marguerites.
— Les peintures, réparties en onze petits panneaux rectangulaires dont deux ont disparu, sont également signées. La signature F. Vigne est lisible sur quatre d’entre eux, mais aucune date ne l’accompagne. Il s’agit de peintures à l’huile sur toile pour lesquelles aucun programme iconographique précis ne semble avoir été adopté. La plupart de ces panneaux représente des femmes nues, sans doute des Allégories, ou des Amours accompagnés de divers attributs : fleurs, oiseaux, coq, croissant de lune ou trompette. Un seul reproduit un paysage - un château en ruine au bord de la mer - tandis que les deux petits panneaux surmontant la porte de service sont ornés d’un oiseau sur une branche et d’un cygne à col noir, également sur fond de ruines. Chaque panneau surmonte une glace en plein cintre dont il est séparé par un entablement rectiligne. Cet entablement est lui-même relié à l’arc par le décor de la clef où l’on retrouve les mêmes fruits que dans la frise céramique du comptoir.
— Palmettes, feuillages et oves constituent le répertoire ornemental en stuc qui complète, dans les volutes de chaque pilastre, une fleur de lys composite (gland, feuille de chêne). Suivant le plan en L de la brasserie, le plafond est divisé en trois parties cloisonnées où s’inscrivent des glaces ovales et de petits médaillons circulaires imitant le marbre.L’ensemble du décor de la Brasserie des Deux Avenues est dans un état parfait que des travaux récents, pour déplacer le comptoir, ont fort bien respectés.
Nous n'avons pas trouvé plus d'informations quant à l'architecte du bâtiment, mais c'est la décoration d'intèrieur qui confère au lieu sa singularité. L'extrait précédent révèle qui en sont les responsables.
Source : Je cherche des informations sur la Brasserie des Deux Avenues - Guichet du Savoir (2022)
Nous avons essayé localiser d'autres établissements grâce aux Annuaire Fournier et Indicateur lyonnais Henry mais sans grand succès. De nombreuses coupures de presse liées au capital de l'entreprise et ses réunions d'actionnaires sont lisibles sur RetroNews, mais nous ne sommes pas parvenus à retrouver d'autres enseignes par ce biais.
Aussi, les plans parcellaires numérisés de la ville de Lyon sur le site des Archives municipales vous permettront de retrouver le nom des propriétaires de l'immeuble où se trouvait le bar des deux avenues. Pour cela il suffit de cliquer sur le secteur 123 et de choisir la carte qui vous intéresse. L'emplacement se trouve tout à droite de la carte, à l'angle du cours Vitton et de la rue de Genève.
Bonne journée.
Caramel : 150 recettes, gestes techniques