Certaines personnes prennent elles du plaisir en s'imaginant subir des choses négatives ?
Question d'origine :
Un ami m'a donné à lire une de ses fanfictions pour avis. Je l'ai lue et certains passages m'ont beaucoup interrogé. Avant de lui répondre, j'aimerais avoir votre éclairage.
Certains passages sont un peu érotiques. Pour se masturber, un de ses personnages imagine des scènes où il lui arrive des choses négatives. Une fois, elle imagine qu'elle subit des maltraitances médicales, une fois qu'elle mange compulsivement et devient énorme, une fois qu'elle est blessée au cours d'un règlement de compte...
J'ai trouvé ça un peu glauque et perturbant, d'autant plus que je ne vois pas trop l'intérêt dans le reste de son récit (mais ça c'est encore un autre problème !). Avant de lui répondre, je voulais quand même avoir votre avis car ce qui me parait bizarre relève peut-être plutôt d'une pruderie et d'une ignorance totale de ma part du fonctionnement humain.
Est-ce qu'il existe des témoignages de personnes qui trouvent du plaisir en imaginant des choses négatives qui pourraient leur arriver ? Est-ce que ça reflète un désordre psychologique ou pas nécessairement ? Comment expliquer ce phénomène ? Y a-t-il des écrits scientifiques sur la question ?
Le mieux sera ensuite que j'en parle avec mon ami pour comprendre pourquoi il a imaginé cela pour son personnage mais... ça m'intriguait ! Merci pour vos lumières !
Réponse du Guichet
L'imagination orientée vers l’érotisme, le désir ou l’excitation, qu'elle comporte des choses positives ou négatives, relève du fantasme sexuel. Le fantasme sexuel s'inscrit dans l'enfance et revêt plus tard plusieurs réalités ou scénarios propres à chacun·e. Certains fantasmes sexuels peuvent mener à des fantasmes de jeux sexuels, de soumission mais aussi de maltraitance et de violences sexuelles. Il est possible voire logique que ces fantasmes de violence sexuelle soient entretenus par la culture du viol et de l'inceste souvent représentés dans les films, les livres, les séries. Culture du viol elle-même perpétuée par des agresseurs qui font des victimes de violences sexuelles. Celles-ci racontent souvent leur besoin d’être violentées, humiliées, souillées pendant l’acte sexuel en raison de l'excitation traumatique résultant du viol. Ces pensées malsaines ne sont en réalité qu’un symptôme de la mémoire traumatique des violences sexuelles subies qui amène les victimes à confondre l’excitation morbide de son bourreau avec son plaisir.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir s'il est possible de prendre du plaisir en s'imaginant subir des choses négatives. L'imagination de choses positives ou négatives, lorsqu'elle est orientée vers l’érotisme, le désir ou l’excitation, relève du fantasme sexuel. Mais qu’est-ce qu’un fantasme sexuel ?
Pour comprendre, voici quelques réponses au travers d'ouvrages dont l'accès en totalité via Cairn est conditionnel.
Journet, N. (2013). Qu’est-ce qu’un fantasme ? Dans N. Journet et V. Bedin Le sexe : D'hier à aujourd'hui (p. 160-164). Éditions Sciences Humaines :
Mais qu’est-ce donc qu’un fantasme sexuel ? Le dictionnaire Larousse dit : « Représentation imaginaire traduisant des désirs plus ou moins conscients. » D’autres sources parlent de « scénario érotique provoquant une excitation sexuelle », de « croyance irraisonnée », de « fixation mentale », de « sorte de rêve éveillé ». Vous ne voyez toujours pas ? En voici un exemple historique. Jean-Jacques Rousseau, le philosophe, rapporte que dans son âge tendre, il reçut deux fessées de la main de la demoiselle Lambercier, sœur de son tuteur. Miracle : chaque fois, le plaisir fut plus grand que la douleur… Sa vie sexuelle en fut très affectée : jouir, pour Rousseau, resta lié à cette scène, qu’il rappelait à sa mémoire ou même tentait de reconstituer en s’humiliant auprès des femmes qu’il séduisait, n’osant toutefois pas réclamer de front la salutaire déculottée. Plutôt que le simple produit d’une imagination vagabonde, le « fantasme » de Rousseau était donc lié à un épisode infantile vécu, dont le souvenir, dit-il, le hantera toute sa vie et le poussera à agir de manière embarrassante, au moins pour lui.
L’usage large qui est fait aujourd’hui, chez les spécialistes comme dans les médias, de la notion de « fantasme » recouvre des réalités assez variées.
Delion, P. (2013). Qu'est-ce qu'un fantasme ? Le développement de l’enfant expliqué aux enfants d’aujourd’hui (p. 69-76). érès :
Le fantasme est l’héritier du jeu que l’enfant a créé pendant toute la période au cours de laquelle son plaisir est un but affiché et recherché en priorité, avec l’aide de ses parents le plus souvent. Mais il arrive un moment où la réalité s’impose ; le plaisir est alors encore possible bien sûr, mais surtout dans ta vie intérieure, précisément dans tes fantasmes. L’idée habituellement répandue est que les fantasmes contiennent des histoires d’amour plus ou moins excitantes. Bien sûr que c’est vrai, mais dans les fantasmes, en fonction des désirs de chacun, il existe toutes sortes de possibilités, y compris de celles dont nous ne sommes pas toujours fiers !
C’est pourquoi il est intéressant de considérer l’évolution des jeux de l’enfant pour comprendre comment chacun de nous conserve en lui, à côté de la capacité au plaisir, une agressivité, voire une violence potentielle qui peut surgir à tout moment...
Le fantasme s'inscrit dans l'enfance et revêt plus tard plusieurs réalités propres à chacun·e. La magazine Psychologies l'explique ainsi :
Le fantasme est considéré comme une forme de scénario mental où une personne imagine des situations idéales, souvent irréalisables, pour satisfaire des pulsions ou des désirs refoulés. Ce sont des impulsions inacceptables pour la conscience, rejetées dans l'inconscient. Lorsque les pulsions sont refoulées, elles ne disparaissent pas, mais cherchent d'autres moyens d'expression. Ce refoulement crée une tension psychique qui peut se manifester par divers symptômes et complexes morbides, comme l'anxiété, les phobies, les visions hallucinatoires ou les obsessions.
[...]
Qu'est-ce qu'un fantasme ? Définition psychanalytique
Selon Sigmund Freud, père fondateur de la psychanalyse, le fantasme joue un rôle central dans la vie psychique. Il s'agit d'illusions, de scénarios imaginaires exprimant des désirs, des peurs ou des conflits internes.Freud considère le fantasme comme une expression de la vie pulsionnelle et des conflits refoulés. Ces représentations imaginaires permettent donc de satisfaire symboliquement des désirs qui ne peuvent être réalisés dans la réalité. Ils agissent comme un exutoire pour les tensions psychiques, offrant une forme de compensation pour les frustrations vécues. Le fantasme est donc une voie par laquelle l'inconscient trouve une expression, influençant ainsi le comportement et les émotions de l'individu.
Carl Jung considérait le fantasme comme une manifestation de l'inconscient collectif et personnel. Selon lui, les fantasmes sont des expressions spontanées de l'imagination qui révèlent des archétypes, c'est-à-dire des motifs universels présents dans l'inconscient collectif. Ces archétypes sont des images et des symboles primordiaux partagés par toute l'humanité, tels que le héros, l'ombre, et le vieux sage. Dans l'interprétation de Jung, les fantasmes jouent un rôle crucial dans le processus d'individuation, qui est le développement de l'individu en un être complet et unique.
Source : Fantasme : Comprendre ce mécanisme psychique complexe, Psychologies, 16 août 2024
La suite de l'article poursuit sur les différents types de fantasmes :
Les fantasmes peuvent porter sur une multitude de sujets et varient grandement d'une personne à l'autre. Ils incluent souvent des scénarios romantiques, érotiques, héroïques ou même agressifs. Par exemple, certains peuvent fantasmer sur des situations de pouvoir et de domination, où ils exercent un contrôle total sur les autres, tandis que d'autres peuvent imaginer des scénarios où ils sont sauvés, adorés ou chéris, répondant ainsi à des besoins affectifs profonds. Freud a identifié des thèmes récurrents dans les fantasmes, tels que le désir de retour à l’enfance, symbolisant une quête de sécurité et d'innocence, ou encore la recherche d’amour et de reconnaissance, où l'individu se sent apprécié et valorisé.
D'autres fantasmes peuvent inclure des scénarios de revanche ou de réparation, où l'individu imagine des situations où il triomphe sur ceux qui l'ont blessé ou négligé. Ces images permettent de réparer symboliquement des blessures psychiques et d’apaiser des sentiments d'injustice ou de frustration. Freud souligne que ces produits de l'imagination ne sont pas simplement des échappatoires, mais des moyens par lesquels l'esprit cherche à résoudre des tensions et des désirs non satisfaits dans la réalité.
Source : Fantasme : Comprendre ce mécanisme psychique complexe, Psychologies, 16 août 2024
Cette multitude de scénarios a conduit des chercheurs canadiens à étudier la norme en matière de fantasmes sexuels. Cette étude en anglais a été publiée dans The Journal of Sexual Medicine sur Wiley Online Library : Joyal, C.C., Cossette, A. and Lapierre, V. (2015), Sexual Fantasies in the General Population. J Sex Med, 12: 328-340, et résumée en français dans Fantasme sexuel : à partir de quand faut-il s’inquiéter ?, Planète Santé, 10/02/15. Il en découle que très peu de fantasmes peuvent être considérés comme statistiquement «rares», «inhabituels» ou «atypiques». Il n'en reste pas moins que des fantasmes peuvent mener à des comportements sexuels problématiques et à des violences sexuelles. Un projet de recherche limité aux jeunes entre 18 et 25 ans, lancé en 2021 par l'ANR (Agence Nationale de la Recherche) et porté par l’université de Tours (QualiPsy) est en cours :
Après avoir mieux établi les différences entre les fantasmes normophiliques ou paraphilique et leurs liens avec les comportements sexuels problématiques, les prochaines étapes du projet seront les évaluations psychologiques et neuropsychologiques de ces comportements, avec le recours à l’imagerie cérébrale (IRM structurelle et fonctionnelle). Il s’agira in fine d’obtenir des modèles explicatifs des violences avec les vulnérabilités et les facteurs de risque en cause.
Sources :
Robert Courtois (18 novembre 2023). Étude nationale sur les fantasmes des jeunes de 18 à 25 ans. Fantasmes et comportements sexuels problématiques.
Projet de recherche ANR "FRIDA" en cours, CRIAVS Centre-Val de Loire, 02/01/2023
Aussi les fantasmes de violence sexuelle et de soumission sont ils courants comme le rapporte la présentation de l'épisode Que faire de nos fantasmes de violence ? du podcast Un podcast à soi | ARTE Radio Podcasts, 30 oct. 2025 :
Nous sommes nombreuses à connaître des fantasmes de violence, et de soumission. Parfois, à ressentir de l'excitation devant des scènes de violences sexuelles dans les films, les livres, les séries. Ca n'a rien de contradictoire. C'est plutôt très logique. Nous grandissons dans la culture du viol et de l'inceste. On nous apprend à désirer la violence. Mais qu'est-ce qu'on fait de ça pour se sentir justement alignée avec soi même, ses aspirations, ses valeurs et ses désirs ? Est-ce qu'on essaye de ne plus penser à ses fantasmes, de les garder pour soi, dans un coin de notre tête ? De les remplacer ? Est-ce qu'on les met en pratique, on les joue, on s'en moque ? Qu'est ce que tout cela raconte ? C'est ce que je me suis demandée dans cet épisode aux côtés de femmes qui pratiquent le BDSM et d'autres qui cherchent des voies pour désirer en dehors de la violence.
Ou Elle dans l'article Fantasmer la violence après un viol : le mécanisme pervers de l'excitation traumatique, 25 septembre 2025 :
Des victimes de violences sexuelles racontent souvent une expérience troublante : le besoin d’être violentées pendant l’acte sexuel ou au moins de le fantasmer. Ce phénomène d’excitation traumatique reflète une confusion entre la mémoire de la victime et de l’agresseur.
Fantasmer le viol : pour certaines femmes victimes de violences sexuelles, c’est une sentence silencieuse. Toutes racontent généralement ce même sentiment d’avoir besoin d’être violentées, humiliées, souillées pour avoir la sensation de prendre du plaisir dans leur sexualité. Un mécanisme bien connu des spécialistes du psychotrauma : l’excitation traumatique. Un symptôme qui témoigne d’une confusion entre la mémoire traumatique de la victime et celle de l’agresseur. Résultat : les victimes en viennent à penser qu’elles veulent subir des violences.
Prisonnières du silence et de la honte, beaucoup n’osent pas parler. Pourtant, mettre des mots est souvent le début de la déconstruction. Pour ELLE, la psychiatre Muriel Salmona revient sur les origines de l’excitation traumatique et les moyens d’en guérir.
ELLE. - Les femmes qui souffrent d’excitation traumatique ont la sensation d’accéder au plaisir uniquement en s’imaginant revivre ces violences. Comment est-ce possible ?
Muriel Salmona. - Le phénomène est très pernicieux. En réalité, toute leur sexualité est contaminée par l’angoisse des violences. On recense deux mécanismes qui font partie du trauma et qui se mélangent. Théoriquement, le trauma devrait provoquer une conduite d’évitement. Mais pour que la sexualité soit possible, certaines victimes mettent en place inconsciemment une conduite dissociante. En d’autres termes, elles se détachent mentalement, émotionnellement pour supporter l’acte sexuel. Ce qui se met en place, c’est un état de stress intense, confondu avec une excitation, et un état de disjonction confondu avec une forme de jouissance mais qui n’en est pas une. De fait, l’excitation traumatique peut surgir dans une situation qui rappelle les violences. Cela fait croire à la victime qu’elle est excitée, alors qu’en réalité elle est face à un danger qu’elle devrait fuir.
ELLE. - Quand les femmes parlent d’orgasme, est-ce vraiment le cas ?
MS. - L’orgasme ressenti n’en est pas vraiment un. Quand une femme subit les violences, elle est dans un état de stress très important… Elle perçoit aussi l’excitation de son agresseur, et les deux finissent par se confondre dans sa mémoire. Le trauma empêche les fonctions supérieures d’intervenir pour décrypter ce qui se passe. Plus tard, quand une victime vit ce genre de « fantasmes », ce qui est recherché, c’est l’arrêt du trauma. Elle se replonge dans un stress intense qui permet une disjonction, donc une forme d’anesthésie émotionnelle souvent confondue avec un orgasme. Mais il ne s’agit pas de jouissance : c’est un soulagement brutal, une coupure face à l’insupportable.
ELLE. - Face à ce phénomène, certaines femmes finissent par croire que c’est ce qu’elles sont, qu’elles aiment cette violence...
MS. - Le principal problème, c’est qu’on vit dans une société qui normalise ces conduites dissociantes. Le porno hardcore, par exemple, les valorise. Alors, certaines femmes pensent qu’elles sont « comme ça », qu’elles sont perverses, qu’elles aiment qu’on les maltraite… Mais ce n’est pas ce qu’elles voudraient vivre. Elles le savent et sont prises au piège. Leur sexualité est comme colonisée par les violences. Et le problème, c’est que ces conduites dissociantes entretiennent le traumatisme originel. Elles le renforcent même. In fine, cela peut dériver vers une addiction, parce qu’il y a une forme de soulagement au moment où le cerveau disjoncte.
Lire aussi Excitation traumatique : quand le viol façonne la sexualité des femmes, Elle, 19 septembre 2025 où il est noté que pour certaines victimes de violences sexuelles, la honte s'accompagne d’hypersexualisation, de conduites à risque voire d’autodestruction :
En réalité, ces pensées malsaines, ce prétendu fantasme du viol, ne sont en réalité qu’un symptôme de la mémoire traumatique des violences sexuelles subies. Une mémoire traumatique qui, en vérité, appartient tout entière à l’agresseur : ses mots, sa posture, ses gestes, tout est enregistré et vient envahir la personne agressée. De sorte que la victime en vient à confondre l’excitation morbide de son bourreau avec son plaisir.
[...]
Chez les victimes de violences sexuelles, il peut exister un besoin compulsif de se blesser au niveau des parties intimes, de se scarifier ou de mettre en scène de manière répétitive le trauma, disent les spécialistes.
Pour aller plus loin nous vous proposons une sélection d'ouvrages présents dans les collections de la BmL et d'articles sur l'histoire de la sexualité, les fantasmes et les troubles sexuels :
Livres
Histoire de la sexualité
Parus dans les années 1980, les 3 volumes de Histoire de la sexualité de Michel Foucault pourraient vous intéresser :
Histoire de la sexualité. 1. La volonté de savoir / Michel Foucault
Nommé au Collège de France, Michel Foucault a entrepris, durant la fin des années soixante-dix, un cycle de cours consacré à la place de la sexualité dans la culture occidentale : l'Histoire de la sexualité, articulée en trois volumes (La volonté de savoir, L'usage des plaisirs et Le souci de soi). Il y prolonge les recherches entreprises avec L'archéologie du savoir et Surveiller et punir, mais en concentrant ses analyses sur la constellation de phénomènes que nous désignons par le «sexe» et la sexualité. L'axe de cette entreprise n'est pas de s'ériger contre une «répression» de la sexualité afin de la «libérer», mais de montrer comment la vie sexuelle a enclenché une volonté systématique de tout savoir sur le sexe qui s'est systématisée en une «science de la sexualité», laquelle, à son tour, ouvre la voie à une administration de la vie sexuelle sociale, de plus en plus présente dans notre existence. Foucault fait ainsi l'archéologie des discours sur la sexualité (littérature érotique, pratique de la confession, médecine, anthropologie, psychanalyse, théorie politique, droit, etc.) depuis le XVIIe siècle et, surtout, au XIXe, dont nous héritons jusque dans les postures récentes de «libération sexuelle», l'attitude de censure et celle d'affranchissement se rencontrant finalement dans le même type de présupposé : le sexe serait cause de tous les phénomènes de notre vie comme il commanderait l'ensemble de l'existence sociale. © 4e de couverture
Histoire de la sexualité. 2. L'usage des plaisirs / Michel Foucault
Dans ce deuxième volume, Foucault poursuit son enquête historique sur les sources de noîre sexualité occidentale. Il a dû infléchir son projet initial pour s'intéresser aux sources antiques, grecques et surtout romaines, c'est-à-dire à la période préchrétienne où se sont élaborés les cadres et les formes essentielles de cette sexualité.
La recherche se développe selon tous les aspects concernés par la sexualité et prend ainsi les dimensions d'une anthropologie générale du plaisir, qu'il s'agisse d'abord de la manière dont la morale définit les différentes modalités de ce plaisir, ou des aspects apparemment annexes et préparatoires du plaisir : la diététique, ainsi que toutes les précautions envisagées pour écarter les risques et les dangers encourus par ceux qui se livrent aux plaisirs. Mais Foucault ne néglige pas non plus l'économie de la sexualité et son inscription dans un cadre social et juridique, et il étudie le statut du mariage, ainsi que l'organisation des foyers. Enfin, l'ouvrage se conclut sur un traité d'érotique et une réflexion sur ce que serait l'amour véritable. © 4e de couverture
Histoire de la sexualité. 3 : Le souci de soi / Michel Foucault
Le troisième et dernier volume de l'histoire de la sexualité est consacré à un thème à la fois antique et très contemporain : la formation de l'individu telle qu'elle a été développée à travers des textes souvent peu analysés - Artémidore, Galien, le Pseudo-Lucien -, mais déterminants dans la mise en place d'une finalité générale de la culture qui culmine dans l'émergence d'une personnalité singulière, capable de faire le meilleur usage de son corps et de son esprit harmonieusement éduqué pour le rendre à même d'assumer les fonctions politiques auxquelles il est d'emblée destiné. La formation du corps, la perspective du mariage, les relations avec la femme comme celles avec les autres garçons, les représentations du plaisir s'inscrivent toutes à l'horizon politique et culturel de la Cité, et toutes se confrontent à l'idéal de la vie bonne. Le souci de son corps, de son éducation au plaisir ne sont pas compris d'un point de vue naïvement eudémoniste d'un culte du moi, mais toujours interprétés en fonction d'un idéal de vie qui n'est absolument pas celui de l'excellence chrétienne du saint où l'ascèse préfigure le détachement du monde. Le souci de soi n'est pas égoïsme étroit, mais recherche de la vie selon un ordre qui assure la pérennité de la Cité, et que l'on cherche à déduire de la nature telle qu'on en comprend les lois. Foucault se révèle ainsi en quête de rétablir certains liens, rompus par la modernité, avec une tradition antique classique qu'il nous fait redécouvrir. © 4e de couverture
Le sexe : d'hier à aujourd'hui / ouvrage coordonné par Nicolas Journet et Véronique Bedin, 2013
La pulsion sexuelle obéit à bien d'autres appels qu'à celui de la survie de l'espèce, et témoigne, par les actes qu'elle induit, d'une grande diversité d'objets, de formes et de sens. Quelques repères dans l'histoire des moeurs humaines, allant de l'Antiquité à nos jours, permettent de le constater : en dépit de l'universalité des pratiques, ni leur forme, ni leur signification, ni les limites qu'on leur donne ne sont restées les mêmes, à travers l'histoire et les cultures, comme le montre la première partie de cet ouvrage.
Aujourd'hui, beaucoup de pratiques sexuelles qui, avant les années 1970, restaient problématiques voire réprouvées, sont ouvertement revendiquées et font l'objet de nombreuses études. On s'interroge sur la libido du mâle nouveau et sur les formes de la sexualité féminine. On scrute les pratiques des adolescents comme celles des personnes âgées. On inventorie les comportements pornomaniaques, les paraphilies... Ces nouveaux comportements sont tantôt qualifiés comme les éléments nécessaires d'une libéralisation des moeurs, tantôt, au contraire, comme un danger menaçant l'intégrité de chacun, et même de la société.
Cet ouvrage croise les regards de spécialistes de toutes disciplines - historiens, sociologues, sexologues, psychologues... - pour former un panorama de la sexualité à travers les âges. © 4e de couverture
Une histoire des sexualités / avec les contributions de Christine Bard, Sandra Boehringer, Gabrielle Houbre... [et al.] ; sous la direction de Sylvie Steinberg, 2018
Accessible et riche, inventive sur le plan de la recherche documentaire comme dans la réflexion, cette histoire des sexualités propose de retracer les grandes étapes et les évolutions des normes et des mentalités. « Fait social total », la sexualité est à l'intersection de plusieurs types d'approches historiques : sociales, anthropologiques, culturelles, linguistiques. Sous les projecteurs croisés de la démographie historique, de l'anthropologie culturelle et de l'histoire sociale, son histoire pose l'hypothèse que les comportements humains qui lui sont liés - fantasmes et représentations, pratiques érotiques et procréatives - sont eux aussi des objets qu'il s'agit d'étudier sans les détacher des autres pans de l'histoire humaine. Maison ne saurait aujourd'hui s'intéresser à la sexualité sans y faire également entrer des outils forgés dans le champ de l'histoire du genre. Plus que jamais, la sexualité est devenue un domaine incontournable en histoire. © 4e de couverture
Fantasmes sexuels
Les fantasmes, l'érotisme et la sexualité : l'étonnante étrangeté d'Eros / Claude Crépault, 2007
Quels sont les fantasmes érotiques conscients des hommes et des femmes ? Que sait-on des fantasmes latents, ceux qui n'accèdent habituellement pas à la conscience ? Quel lien établir avec le monde souterrain des rêves, que nous ne contrôlons pas ? Et avec nos conduites sexuelles réelles, dont nous sommes les acteurs conscients ?
Notre érotisme est fait de fantasme, de rêve, de réalité. S'appuyant sur de nombreux témoignages, Claude Crépault nous montre ici comment ces ingrédients se combinent, comment ils se contrarient aussi parfois. Surtout, il nous invite à essayer de comprendre cette part de nous-mêmes que nous préférons souvent occulter alors qu'elle fait partie intégrante de l'histoire de chacun, homme ou femme. © 4e de couverture
Le désir en mémoire : traumatismes et fantasmes / Michel Dorais, 2022
Quelles sont les origines de nos désirs ? Qu'est-ce qui relie nos traumatismes et nos fantasmes ? Comment les traces d'événements déjà vécus influencent-elles notre érotisme ? Pourquoi avons-nous parfois l'impression de revivre toujours la même histoire, voire les mêmes échecs, avec des partenaires pourtant différents ? Pouvons-nous nous libérer des empreintes laissées par notre passé ? Ce sont là quelques questions abordées dans Le désir en mémoire, passionnante incursion dans les zones les plus secrètes de notre cerveau et de notre sexualité. © 4e de couverture
Dans la cage : une autobiographie socio-pornographique / Océan, 2023
« On pense souvent nos fantasmes sexuels comme le lieu de l'intime et du secret. Ce que nous imaginons quand nous faisons l'amour ou quand nous nous masturbons ne regarde a priori que nous. Et pourtant. »
À l'heure de la lutte contre toutes les violences sexuelles, comment expliquer la survivance de fantasmes de domination dans notre imaginaire érotique ? Quelle en est la fonction réelle ? Dans ce récit autobiographique libérateur, l'artiste et militant Océan analyse ses propres contradictions à l'aune de son histoire intime. © 4e de couverture
King Kong théorie / Virginie Despentes, 2006 et 2017
"J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas". En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l'auteur de Baise-moi conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme. (source éditeur)
Désirer comme un homme : enquête sur les fantasmes et les masculinités / Florian Vörös, 2020
Comment se noue la domination masculine dans les fantasmes ? Et par quels moyens cette domination pourrait-elle se dénouer ? À partir d'entretiens approfondis avec des hommes, Florian Vörös explore les imaginaires sexuels masculins à l'aune d'une pratique très courante, mais peu étudiée par les sciences sociales : le visionnage de pornographie. En mêlant conversations entre hommes sur le plaisir sexuel et réflexion d'inspiration féministe sur les normes, les hiérarchies et les violences de genre, cet ouvrage décrit avec minutie la fabrique sexuelle de la masculinité blanche. La comparaison des cultures sexuelles gay et hétéro permet aussi d'aborder un large éventail d'images, de discours, de pratiques et de sociabilités qui alimentent le désir.
Qu'est-ce qu'être un homme, un « vrai » ? Être actif, puissant et pénétrant ? Se contrôler et se montrer invulnérable ? Se prétendre adulte et responsable ? Au plus près des paroles et des affects des participants à l'enquête - des hommes âgés de vingt à soixante ans, blancs et issus des classes moyenne et supérieure -, le sociologue interroge leur adhésion à un modèle hégémonique de masculinité, fondé sur une conception de la virilité comme force « naturelle » à « civiliser ». © 4e de couverture
Fantasmes au féminin : laissons vivre nos imaginaires / Maud Serpin, 2025
« Fantasme » : le mot évoque encore de nos jours un territoire délicat. Jugé transgressif, le fantasme effraie. Absent, il interroge la libido. Conventionnel, il joue le jeu du « script patriarcal ». Alors, pour nous les femmes, qu'est-ce que fantasmer aujourd'hui ? Est-il possible d'inventer des chemins qui nous ressemblent, en nous affranchissant des injonctions et des croyances ?
Maud Serpin aborde les fantasmes comme des espaces mentaux de liberté, essentiels à l'épanouissement personnel et sexuel, qui méritent d'être reconnus, choyés et nourris. L'ouvrage présente des entretiens avec des femmes de tous âges, qui parlent de leur rapport aux fantasmes, ainsi que des professionnelles, sexologues et autrices de littérature érotique. Maud Serpin propose également des exercices de créativité et outils pratiques testés en atelier, qui permettront aux lectrices de vivre une véritable expérience de découverte et de (re)connexion à leurs fantasmes... même si elles étaient persuadées qu'elles n'en avaient pas ! © 4e de couverture
Dictionnaire des fantasmes, perversions et autres pratiques de l'amour / Brenda B. Love ; Préface du docteur Pierre Marie ; Traduit de l'américain par Philippe Olivier ; Adaptation française de Franck Spengler, 2000
Si les comportements humains sont multiples et complexes, les pratiques érotiques comme les perversions sexuelles le sont tout autant et dessinent un univers répondant à des codes, des signes et des usages très précis. Devant une telle profusion de pratiques sexuelles, l'étude réalisée par une équipe de sexologues américains constitue un travail capital explorant tous les aspects de la nature humaine dans ses zones les plus secrètes. Car si des perversions peuvent susciter la dérision, le dégoût ou l'horreur, il est important de les appréhender pour en connaître les usages mais aussi les risques.
Tout d'abord, il convient de distinguer perversion de "pratique perverse". La perversion est une monomanie où le plaisir ne peut être obtenu qu'au travers et exclusivement par la réalisation de sa perversion. En revanche, si un individu se livre, avec le consentement de son partenaire, à un jeu érotique qualifié de "pervers", mais qu'il peut par ailleurs connaître le plaisir sexuel par une relation dite "normale", il ne s'agit pas d'un pervers. Donner du piquant à sa relation amoureuse en "jouant" un jeu pervers, ne constitue pas une perversion sexuelle. De même, le rêve à connotation perverse est à exclure du champ de la perversion : il exprime des pulsions, des fantasmes contenus en chacun de nous sans pour autant s'inscrire dans notre réalité sexuelle.
Ce dictionnaire, qui a nécessité des années de travail à toute une équipe, recense, commente et explique tout ce qui peut exister en matière de perversions et de pratiques amoureuses. Dans un langage clair, précis et jamais vulgaire, il décrit les pratiques, leur histoire, les risques qu'elles peuvent faire courir à leurs adeptes. © 4e de couverture
Le sexe en solitaire. Contribution à l'histoire culturelle de la sexualité / Thomas Laqueur ; Traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat ; Ouvrage traduit avec le concours du Centre national du livre, 2005
D'ouvrages en recherches, patiemment, Thomas Laqueur élabore une histoire culturelle de la sexualité, marquée par la disjonction des représentations sociales et morales d'avec les éventuelles découvertes médicales : le discours sur la sexualité, aussi libre qu'un jeu de l'esprit, ignore l'entrave des faits. Le cas de la masturbation vient à nouveau l'illustrer.
1712 : dans les bas-fonds littéraires de Londres, paraît une brochure anonyme. De l'habituel flot d'écrits pornographiques, rien ne la distingue. Sinon son titre, étrange, interminable, dérivé d'un épisode, mineur et interprété à contre-sens, de la Bible : Onanie ou L'odieux péché de pollution de soi-même, et toutes ses effroyables conséquences, considéré chez les deux sexes, accompagné de conseils spirituels et physiques à tous ceux qui se sont déjà blessés par cette abominable pratique.
Comment expliquer que ses thèses connaîtront, en moins d'un siècle, un succès mondial, traduites et relayées dans les principales langues, appuyées par les autorités théologiques de toute confession, promues au rang du mal social extrême sous la plume des plus grandes autorités pédagogiques, médicales, puis psychanalytiques ?
Il faut suivre Thomas Laqueur dans sa vaste enquête. Il perce d'abord l'identité de l'auteur, John Marten, chirurgien et charlatan. Il montre ensuite que, des Anciens aux Pères de l'Église, le plaisir en solitaire était condamné uniquement parce qu'il ne donne pas lieu à enfantement. Ce sont les Lumières qui font de l'onanisme un problème majeur. C'est l'époque où naît l'économie politique, qui pose que la satisfaction des plaisirs individuels, par le jeu du marché, permet à l'égoïsme forcené de chacun de contribuer au bien-être de tous et d'oeuvrer, par sa limitation, à l'émergence de la société. Or, de tous les plaisirs, le solitaire est le seul à ne connaître ni limite ni satisfaction sociale contribuant à l'enrichissement de tous. C'est aussi le temps du Contrat social, de la citoyenneté naissante, du rapport de l'individu à la société par les droits et les devoirs. Or la masturbation isole l'individu de toute socialisation, dans les fantaisies galopantes d'une imagination qui échappe à la logique politique. L'Occident va donc faire de cette pratique une menace majeure pour l'ère de l'individu.
Quitte à ce que, lorsque reflue la terreur de l'onanisme, celui-ci devienne chez certains contemporains la forme suprême et revendiquée du plaisir. © 4e de couverture
Troubles sexuels
La démesure érotisée : sur quelques défis techniques posés par le narcissisme et les perversions / Michael & Batya Shoshani ; traduit de l'anglais par Pierre-Henri Castel, Véronique Godfroy, Gyorgy Katzarov... [et al.], 2025
Dans ce recueil d'essais écrits à quatre mains, deux analystes israéliens, Batya et Michael Shoshani, livrent une version personnelle du tournant récent de la psychanalyse des perversions : son déplacement de la sphère sexuelle, comme chez le premier Freud, vers celle du narcissisme. Mais narcissisme s'entend ici en un sens nouveau : radicalement destructeur, comme meurtre du tiers, de la croissance psychique et, finalement, de la mortalité même.
Comment, dès lors, la cure pourra-t-elle leur ménager à nouveau une place, et laquelle ?
Deux dimensions rendent ce recueil singulièrement attachant. Les longues citations d'extraits de cure ne se contentent pas de rapporter les propos des patients, mais plongent en même temps le lecteur dans le processus d'élaboration associative du thérapeute. Au motif classique de la « rêverie » bionienne s'ajoute alors une approche consciemment existentielle du psychisme. Les Shoshani, enfin, expliquent comment ils incorporent les références esthétiques (films, littérature) à leur pratique concrète, afin d'accroître leur empathie à l'égard de ces patients si difficiles, et parfois hostiles. © 4e de couverture
Aide-mémoire psychosexologie : en 40 notions / Joëlle Mignot, Patrick Blachère, Audrey Gorin... [et al.], 2023
La psychosexologie fait partie des fondamentaux que tous les professionnels de la santé confrontés dans leur pratique à la sexualité humaine et à ses interactions avec la santé physique et psychique doivent connaître, quelle que soit leur profession de base. Cet ouvrage s'appuie sur une rigueur scientifique, de nombreuses références, une expérience de praticiens sexologues, psychologues et psychiatres. Il éclaire la part la plus profonde dans une perspective inclusive et la plus complexe de la prise en charge des troubles sexuels, de l'homme, de la femme et du couple. Il met en évidence l'originalité et la spécificité de la prise en charge des troubles sexuels dans son aspect pratique. Cette nouvelle édition est intégralement revue et mise à jour avec une actualisation des données et ouvrages de référence. (Source éditeur)
Psychosexologie / sous la direction de Joëlle Mignot ; Patrick Blachère, Audrey Gorin, Cyril Tarquinio, 2018
La psychosexologie fait partie des fondamentaux que tous les professionnels de la santé confrontés dans leur pratique à la sexualité humaine et à ses interactions avec la santé physique et psychique doivent connaître, quelle que soit leur profession de base. Cet ouvrage s'appuie sur une rigueur scientifique, de nombreuses références, une expérience de praticiens sexologues, psychologues et psychiatres. Il éclaire la part la plus profonde et la plus complexe de la prise en charge des troubles sexuels, de l'homme, de la femme et du couple. Il met en évidence l'originalité et la spécificité de la prise en charge des troubles sexuels dans son aspect pratique. Cette nouvelle édition est intégralement revue et mise à jour avec une actualisation des textes juridiques et ouvrages de référence. Public : sexologues, psychologues, médecins, personnel paramédical, travailleurs sociaux. (Source éditeur)
Anomalies et perversions sexuelles. Geschlechts Anomalien und Perversionen / Magnus Hirschfeld ; traduit de l'allemand par Anne-Catherine Stier, 2008
Magnus Hirschfeld tient une place particulière, au tournant des XIXe et XXe siècles, parmi les grands noms de la sexologie.
Simultanément scientifique et homme d'action, il créa en 1897 (soutenu par Tolstoï, Zola, Einstein, Buber, Rilke, Hess, T. Mann, Krafft-Ebing, Freud - qui le tenait en grande estime - et, au total, plus de 6 000 personnalités !) le Comité Humanitaire Scientifique pour l'abolition du « paragraphe 175 » du Code pénal. Ce dernier condamnait dans tout le Deutsch Reich, depuis Bismarck, les relations sexuelles entre hommes adultes consentants (Hirschfeld était lui-même homosexuel). Sa pétition fut rejetée par le Reichstag en 1898 (le § 175 ne fut définitivement aboli qu'en 1994). En 1919, il fonda à Berlin un Institut de Sexologie qui servit de modèle mondial, visité par de nombreuses personnalités (dont Nehru), et qui lui valut, aux États-Unis, le titre journalistique d'« Einstein du sexe » !
Humaniste militant, il lutta en faveur de la décriminalisation de l'avortement, de la protection maternelle et de... l'autorisation du mariage des institutrices et des servantes.
L'acharnement des nazis (qui en firent l'emblème de « l'éternel juif criminel »), l' autodafé en 1933 de ses archives et de la grande bibliothèque de son Institut (qui contenait les oeuvres de B. Brecht, de S. Zweig, et de tant d'autres), les tentatives de meurtre dont il avait souvent fait l'objet, le contraignirent à s'exiler en France où il mourut subitement à Nice, le jour de son soixante-septième anniversaire. Il laissait partiellement inachevé son dernier livre dont l'essentiel était prêt pour l'impression. Cet ouvrage - ici réédité - fut complété (d'après les notes qu'il avait laissées) par des collaborateurs dévoués de l'Institut, partageant son exil mais restés anonymes, estimant qu'ils ne faisaient que sauvegarder son oeuvre.
D'abord facile, par son style clair et dénué d'artifices, ce livre n'appartient pas qu'à l'histoire. Il reste actuel, tant pour les spécialistes des Sciences Humaines et de la Psychiatrie que pour le grand public. © 4e de couverture
Recueil de confessions et observations psycho-sexuelles tirées de la littérature médicale et présentées avec un avant-propos / Maurice Heine, 2000
Ce recueil prend sa source dans le fonds Lacassagne de la Bibliothèque municipale de Lyon, catalogue complet et illustré des perversions, anomalies et aberrations sexuelles. Les textes se répartissent en deux catégories : les observations, rédigées et classées par le clinicien ; de l'autre, les confessions avouées et racontées par le patient. Publié pour la première fois en 1936.
Articles
Crystal Tomaszewski, Aziz Essadek, Héloïse Onumba-Bessonnet, Christophe Clesse, Rose-Angélique Belot / Violences sexuelles, traumatismes et mentalisation : étude de la dynamique psychique à partir du cas Hélène, L'Évolution Psychiatrique, Volume 90, Issue 1, 2025, Pages 13-28
Objectifs
Les vécus de violences sexuelles entraînent un large panel de psychopathologies, qui peuvent être associées à un état de stress post-traumatique. Les capacités de mentalisation, développées en étayage sur la relation aux figures d’attachement, sont un facteur important dans le développement du traumatisme psychique. Nous explorons l’idée que les faibles capacités de mentalisation, associées à un attachement craintif, gênent l’élaboration psychique du traumatisme. Cet article vise à identifier les mécanismes psychiques en jeu chez notre participante et affiner cliniquement l’exploration de notre hypothèse, tout en isolant le rôle pertinent de l’utilisation d’outils cliniques (AAI, RSQ, RFQ et Rorschach) dans l’élaboration de la prise en charge des patients ayant vécu des violences sexuelles.Méthode
Des liens théorico-cliniques sont proposés afin de mettre en parallèle l’emploi de ces outils avec les problématiques psychiques portées par la participante.Résultats
La participante présente un traumatisme psychique à la suite d’un vécu de violences sexuelles dans l’enfance, un profil d’attachement craintif, ainsi qu’une défaillance dans la mentalisation avec une rigidification des processus de mentalisation.Discussion
L’entrave des capacités de mentalisation est perceptible au Rorschach, avec une pensée figée, des difficultés de symbolisation, un envahissement des vécus infantiles précoces et un évitement relationnel important. À cause du risque que représente la mise en place d’une nouvelle relation, la création de la relation thérapeutique devrait être au centre du travail psychothérapeutique initial. Dans un second temps, le travail peut se diriger vers les vécus de violence et le traumatisme.Conclusion
Ce cas apporte un éclairage sur la prise en charge du trauma, à travers la remobilisation des processus de mentalisation et de symbolisation chez un sujet avec un profil d’attachement insécure craintif. Dans la prise en charge psychothérapeutique des patients présentant les mêmes caractéristiques métapsychologiques, ces éléments permettent de penser un parcours de soin adapté.
Pelladeau, É. et Marchand, J.-B. (2016). La perversion transitoire, un aménagement défensif ? L’exemple de la violence sexuelle. Revue de l'enfance et de l'adolescence, 93(1).
L’adolescence, du latin adolescere, signifie « pousser », « croître ». Cette croissance est d’abord signée par l’apparition des premiers signes de la puberté, comme nous le rappelle De Kernier (2015). Les remaniements inhérents au pubertaire tel que le décrit Gutton (1991), à savoir comme autant de bouleversements internes potentiellement traumatiques, réveillent le conflit œdipien et auront à cœur d’être liés par le travail de l’adolescens : comme processus de liaison corollaire au travail du pubertaire. Cette période de remaniements psychiques, particulièrement coûteuse sur le plan économico-dynamique dans ce qu’elle convoque de reviviscence des fantasmes incestueux et parricidaires, est également propice à des mouvements de déliaisons pulsionnelles (De Kernier, 2015), voire à des décompensations psychopathologiques souvent ponctuelles. À cette période de vie, où les changements somatiques sont d’abord au premier plan (Birraux, 2013), il n’est pas rare que l’adolescent tente, plus ou moins consciemment, de tester les limites de son corps, d’en éprouver le fonctionnement, et notamment par le recours à l’agir. L’hypothèse d’un agir « ponctuel » comme celle d’une craquée psychopathologique éphémère semblent alors de mise pour rendre compte du coût particulièrement important des remaniements psychiques à l’œuvre et de leurs potentiels achoppements. Or, comment situer l’acte du sujet dans le transitoire, au-delà du transitionnel tel que le définit Winnicott (1971), mais en deçà d’une organisation psychopathologique installée ?
Pour tenter de répondre à cette interrogation, dans le cadre de cet article nous nous intéresserons à une modalité spécifique du passage à l’acte de l’adolescent : la violence sexuelle. À partir de deux vignettes cliniques qui nous sont apparues assez significatives, nous questionnerons les potentielles modalités de fonctionnements pervers transitoires (Bonnet, 2006), ou de potentialités perverses (Marty, 2001), chez des adolescents incarcérés pour des agressions sexuelles. D’autre part, nous mettrons ces fragilités psychiques et/ou psychopathologiques en perspective des états-limites de l’adolescent, pour envisager l’adolescence comme processus limite, et penser des stratégies de prise en charge « au-delà de la limite ».
Dembri, N. A., Lusignan, R., & Marleau, J. D. (2004). Violence ou troubles sexuels. Aspects pervers comparés chez de jeunes patients. Forensic: Revue de psychiatrie et psychologie légales, 23-30.
La signification nouvelle accordée au lien social, l’apparition dans les champs sociaux et cliniques d’actes violents sur fond parfois d’horreur, de cruauté ou d’aberrations sexuelles (Balier, 1996), forcent depuis ces dernières années les théoriciens et les cliniciens à repenser certaines catégories et concepts nosographiques (Dubret, 1996). Le domaine qui se voit actuellement de plus en plus associé à cette “clinique de l’horreur”, sans toutefois faire consensus, est bien celui de la perversion (Zagury, 1996). En effet, dans le champ médico-légal, depuis sa description et sa classification en actes délictuels par R. von Kraft-Ebing et Havelock Ellis (Bloch et al., 1999), cette entité clinique qui soulève les passions ou, au contraire, qui suscite la répulsion, se voit l’objet de controverses ou de remises en questions quand elle surgit dans le cadre d’une pathologie avec passages à l’acte spécifique (Zagury, 1996) ou de problématiques adolescentes singulières (Langevin et al., 1983 ; Lewis et al., 1983).
E. Loonis. L’IMAGINAIRE ÉROTIQUE, 2014
Dans le cadre de l’activité professionnelle auprès d’usagers enfants, adolescents, jeunes adultes et leurs familles, les professionnels sont parfois confrontés à des faits, des comportements, des aspects, des contenus, des idées, touchant à la sexualité et son imaginaire, qui peuvent être troublants, dérangeants, voire déstabilisants. L’objectif de cet article est d’apporter des éléments théoriques de connaissance concernant l’imaginaire érotique et ses effets, en prenant appui sur les données scientifiques les plus récentes. A côté de ces éléments théoriques, l’article comprend aussi des approches pratiques et concrètes de l’imaginaire érotique, destinées à permettre au professionnel de dédramatiser, de prendre de la distance et de réfléchir sur ces contenus. Au final, outre le renforcement des connaissances et de la culture sur ce sujet délicat, cet article vise à permettre au professionnel d’adopter une attitude plus neutre, distanciée et dans la maîtrise, face aux éléments érotiques qu’il pourrait rencontrer à l’avenir dans le cadre de son travail et de ses missions.
Bonne journée
Radio FG