En quelle année cette manufacture de soierie s'est-elle installée à la Croix-Rousse ?
Question d'origine :
Bonjour,
La manufacture de soierie de la société Atuyer - Bianchini - Ferier s'est installée au début du XX° siècle à la Croix-Rousse sur un vaste tènement situé entre la rue Vaucanson, la rue Calliet et la rue Jean-Baptiste Sève. Durant la première guerre mondiale ses productions ont cessé , et le bâtiment principal a été transformé temporairement en hôpital militaire dénommé « Hôpital de la Soie ».
Pourriez-vous me préciser en quelle année la fabrique s'est installée Boulevard de la Corix-Rousse et en quelle année ses bâtiments ont été démolis ?. Un plan cadastral des archives de Lyon daté de 1995 la mentionne toujours en place !.
Cordialement.
Réponse du Guichet
En 1900, la maison de soierie "Atuyer Bianchini Férier" s'installe à la croix-Rousse sur un vaste tènement situé entre la rue Vaucanson, la rue Calliet et la rue de Sève. Avec la Première Guerre mondiale, le bâtiment principal est transformé en hôpital militaire, jusqu'à sa fermeture définitive en mars 1919. En 1987, l'usine est en partie démolie pour la construction d'une école maternelle, l'actuelle école maternelle Raoul Dufy, qui porte le nom du célèbre peintre ayant collaboré avec la maison de soierie dès 1912.
Pour confimer ces dates, nous vous conseillons de prendre contact avec les Archives municipales de Lyon (AML) qui conservent les autorisations d'urbanisme, et notamment la demande d'autorisation de constructions neuves pour la fabrique de soierie Férier et cie (cote 344W/108).
Sur la plan parcellaire de 1995, numérisé par les AML, l'emplacement en question apparaît sous la dénomination "Férier". Il arrive qu'après la disparition physique d'une usine, les services d'urbanisme continuent à désigner une parcelle sous le nom de son ancien propriétaire historique. De plus, ces plans parcellaires de la ville de Lyon, établis par les services de la Voirie, étaient dressés dans des buts variés. Enfin, les mutations de propriété et les mises à jour papier prenaient parfois de nombreuses années de décalage.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir en quelle année la fabrique s'est installée à la Croix-Rousse et en quelle année ses bâtiments ont été démolis.
Le tènement de la manufacture Atuyer - Bianchini - Ferier, devenue Bianchini-Férier en 1913, a profondément marqué l'histoire industrielle de la Croix-Rousse. L'historien Pierre Vernus, dans sa thèse de 1997 Bianchini Férier : fabricant de soieries à Lyon (1888-1973) note dans son résumé que :
fondée en 1888, bianchini ferier (atuyer bianchini ferier jusqu'en 1913) fut une des principales maisons de soieries lyonnaises specialisées dans les articles de qualité, de haute-nouveauté. Cas exceptionnel dans la fabrique lyonnaise, elle fut aussi le coeur d'un groupe issu d'une stratégie d'intégration verticale, de l'ouvraison des fils à la commercialisation des tissus. On s'est interrogé sur les raisons de la reussite initiale et de la pérennité de ce groupe en les replaçant dans le cadre de l'évolution plus générale des industries de la soie et en étudiant la succession des combinaisons productives qui l'ont constitué.
Dans son article de 2007, Bianchini Férier : essor et déclin d'une fabrique de soieries lyonnaises (1888-1992) Une trajectoire idéal-typique dans le monde du luxe français ? Entreprises et histoire, no 46(1), 98-111, Pierre Vernus précise aussi que :
l’entreprise est fondée par Pierre-François Atuyer (1861-1912), Charles Bianchini (1865-1944) et François Férier (1864-1955). La raison sociale initiale Atuyer Bianchini Férier devient Bianchini Férier en 1913, après le décès de P.-F. Atuyer.
On trouve, sur la base POP (Plateforme Ouverte du Patrimoine), une notice "usine textile dite Bianchini Férier, actuellement école maternelle et immeuble" réalisée par l'historienne Nadine Halitim-Duboi qui donne des éléments historiques et chronologiques : l'installation à la Croix-Rousse en 1900 sur un vaste tènement situé entre la rue Vaucanson, la rue Calliet et la rue de Sève, la transformation en Hôpital de la Soie durant la Grande Guerre, et la démolition partielle en 1987 pour laisser place à l'école Raoul Dufy.
En 1888, François Atuyer, Charles Bianchini, et François Férier trois employés de commerce signent l'acte de formation d'une société en nom collectif Atuyer Bianchini Férier d'une nouvelle maison de soierie. Début modeste dans un local situé au 22 et 23 place Tolozan mais médaillé d'argent à l'exposition universelle de 1889, la maison devient vite renommée pour les étoffes façonnées. Les trois fondateurs se connaissent bien, ils ont débutés ensemble dans la maison Devaux-Bachelard. En 1900, la maison s'installe à la croix-Rousse sur un vaste tènement situé entre la rue Vaucanson, la rue Calliet et la rue Jean-Baptiste Sève. La maison installe ses services ainsi qu'un atelier de finissage où sont manipulés les tissus. C'est là qu'a lieu la visite (le contrôle des tissus). Raoul Dufy entre chez Bianchini Férier en tant qu'artiste décorateur en 1912, il est agé de 58 ans et a déjà une certaine renommée. Il doit réserver sa production à Bianchini Férier qui est propriétaire de tous les dessins créés pendant la durée du contrat. Rapidement le style Dufy s'affirme et finit par dominer les collections Bianchini Férier. Il faut souligner l'importance de cette expérience pour le peintre dans la mise au point de la technique utilisée pour les gravures sur bois. Avec la Première Guerre mondiale les productions lyonnaises cessent, et le bâtiment principal est transformé en hôpital militaire qui aura pour nom l'hospital de la soie. Il comprend deux cents lits et emploie 99 personnes dont une partie des employés de Bianchini Férier. L'espace hospitalier s'elève sur quatre niveaux desservis par ascenseur électrique, avec une entrée rue Calliet destinée aux blessés et aux visiteurs. Jusqu'à sa fermeture définitive en mars 1919, l'hôpital accueillit 3489 blessés ou malades. En 1987, l'usine est en partie démolie pour la construction d'une école maternelle et de logements.
Source : usine textile dite Bianchini Férier, actuellement école maternelle et immeuble (Plateforme POP).
Vous pouvez voir le dossier complet sur le site du Service régional de l'Inventaire, qui précise qu' :
en 1899 un permis de construire est déposé par la société Atuyer Bianchini et Férier pour la construction d'une usine réalisée par le cabinet d'architecture Chevallet et Buret. Cette société s'installe à la Croix-Rousse sur un vaste tènement situé entre la rue Vaucanson, la rue Calliet et la rue Jean-Baptiste Sève. En 1905, cette entreprise fait appel à l'architecte Paume (AC Lyon 344W/108) pour la construction d'un garage dans la cour de l'usine.
Et de souligner que
les fondations, seules éléments restant de l'usine sont d'origine, le mur de soutènement est en pierre calcaire. Les fondations du bâtiment sont impressionnantes (+ de 5 m), pour accompagner la pente importante de la rue Vaucanson. La porte d'entrée de l'usine correspond au même modèle que la porte d'entrée des usines Berliet localisés à Monplaisir.
Source : Soieries Atuyer Bianchini et Férier actuellement école maternelle et immeuble (Inventaire général en Auvergne-Rhône-Alpes).
Le dossier sus-cité cite la documentation suivante :
Documents d'archives
- AC Lyon : PC, 344W/108 : 1905, fabrique de soierie Férier et cie rue des Ecoles, rue Vaucansson, Paume architecte ;
- AC Lyon : 344W/108.
Bibliographie- VERNUS, Pierre. Bianchini Férier, fabricant de soierie à Lyon (1888-1973). Thèse de doctorat d'histoire, Université Lyon 2, décembre 1997 ;
- VERNUS, Pierre. Art, luxe & industrie, Bianchini Férier, un siècle de soieries lyonnaises, PUG, Histoire industrielle, 2006 (publication thèse).
Pour confimer ces dates, nous vous conseillons de prendre contact avec les Archives municipales de Lyon (AML) qui conservent les autorisations d'urbanisme, et notamment la demande d'autorisation de constructions neuves pour fabrique de soierie Férier et cie (cote 344W/108).
Les AML conservent également un dossier documentaire biographique sur Raoul Dufy coté 3C/344, comprenant notamment un "extrait du Conseil municipal pour donner son nom à l'école maternelle située au 4, rue Vaucanson".
Vous pouvez contacter les AML via ce formulaire.
La démolition de la quasi-totalité de l'usine s'étant faite en 1987, pourquoi le plan cadastral des archives de Lyon daté de 1995 la mentionne toujours en place ?
Parcourons donc les plans parcellaires numérisés (1861-1995) des Archives municipales de Lyon, en ciblant notre recherche sur l'emplacement du vaste tènement de l'usine, situé entre la rue Vaucanson, la rue Calliet et la rue de Sève. Le fichier des Voies de Lyon des AML, nous apprend que la rue Vaucanson fut dénommée ainsi dès 1829, tandis que la rue Calliet était anciennement rue des Écoles de 1878 à 1911, et que la rue de Sève, attestée en 1838, fut renommée en 1937 "rue Général-de-Sève".
Ces précisions étant données, le secteur 103 de l'année 1880 fait apparaître la propriété Vuillermoz à cet emplacement. Dans le plan 1901 de ce secteur, cet emplacement apparaît avec la simple dénomination "usine". Il apparaît sous le nom de l'usine "Atuyer Bianchini Férier" dans celui de 1914. Pour l'année 1935, l'emplacement en question est dénommé "Férier". Il en est de même pour l'année 1946, l'année 1964, l'année 1974, et l'année 1995 !
En réalité, même après la disparition physique d'une usine, le cadastre et les services d'urbanisme continuent très longtemps à désigner une parcelle ou un îlot sous le nom de son ancien propriétaire historique (on parle du « Tènement Bianchini-Férier »).
Les historiens et géographes appellent cela la rémanence toponymique : "la toponymie fait partie des indices laissés par les sociétés, généralement passées, sur les territoires. Ainsi, de nombreux espaces urbanisés au cours du XXe siècle portent les noms des paysages qui les ont précédés : rue des Vignes, quartier des Charmilles, rue des Grands champs, etc." (Source : Géoconfluences).
Dans son article Le temps dans l’espace des villes, ou l’espace des villes comme accumulation des produits matériels de phénomènes sociaux » (Géocarrefour [En ligne], vol. 89/4, 2014), Bernard Gauthiez théorise que l'espace urbain est régi par trois types de temporalités : superficielle, structurelle et rémanente. Il démontre précisément comment des limites de parcelles, des formes d'îlots et leurs dénominations traversent les siècles et survivent aux démolitions concrètes des bâtiments. Bernard Gauthier de conclure dans cet article :
On peut donc conclure sur l’identification de trois temporalités bien distinctes, même si leurs domaines peuvent se recouvrir pour partie :
La temporalité superficielle : celle des surfaces fréquemment refaites, ou usées par le temps, des dispositifs comme les fenêtres et les devantures, de la végétation annuelle. C’est, surtout, la peau de ce que nous voyons, sa surface.
La temporalité structurelle : celle des constructions, des aménagements de voies, des arbres, de la géologie. Cela correspond principalement aux formes perçues.
La temporalité rémanente : celle des structures disparues dans leur matérialité, mais encore lisibles par les contraintes qu’elles ont données et les continuités qu’elles ont générées. Nous la percevons soit indirectement par une lecture informée de l’espace, soit par les représentations, plus ou moins justes, qui en sont véhiculées culturellement.
De plus, les plans parcellaires de la ville de Lyon, établis à partir des années 60, sont dressés dans des buts variés : limites administratives, levée des impôts, conflits juridiques, fortifications, alignement des immeubles, percement de voies, etc. Ce qui peut expliquer que la priorité ne soit pas donnée à la mise à jour de l'habillage textuel et du nouveau contour des bâtiments, d'autant plus si la ville de Lyon est devenue propriétaire du terrain pour y faire une école mais a gardé la parcelle globale intacte.
Enfin, les mutations de propriété et les mises à jour papier prenaient parfois de nombreuses années de décalage si la parcelle globale n'était pas immédiatement morcelée. C'est ce dont met en garde le site guide-genealogie.com, parmi les difficultés ou pièges pouvant perturber le généalogiste.
Vous pouvez aussi consulter les plans du cadastre Plans rénovés et remaniés (1931-2004) numérisés par les Archives Départementales du Rhône de la Métropole de Lyon (ADML) :
La rénovation du plan du cadastre napoléonien a permis non seulement la mise à jour ou la refonte du plan napoléonien mais aussi la mise à jour régulière du plan minute de rénovation. C'est le principe de conservation des plans posé par la loi de 1930. Ces mises à jour constituent les "plans minutes de conservation (PMC)". Ils existent pour les opérations de rénovation, remaniement et remembrement.
Ces PMC sont des tirages des plans originaux et sont mis à jour chaque année par le service du cadastre : indication de nouvelles constructions, nouveaux tracés, suppressions. Ils sont en noir et blanc et comportent la mention « Ce plan ne peut être vendu ».
Ils sont d'abord sur support papier puis, dans la première moitié des années 1980, ils sont passés sur support transparent (calque plastique ou polyester).
Le site des ADRML nous aide à comprendre les dates inscrites sur ces PMC :
La date la plus récente est la date d'impression du plan. C'est donc à partir de cette date que les mises à jour ont été apportées. Si bien que ce que représente le plan est postérieur à cette date d'impression. Pour connaitre la date de ce qui est représenté il faut connaître la date de la réédition du plan qui est assez souvent indiquée sur le plan.
Dans cette collection de plan rénovés et remaniés, nous avons trouvé le calque numérisé correspondant au secteur qui nous intéresse : la Section 01 AL. Réfection numérique pour 1982.09561, 5638W133. Nous constatons la présence de l'inscription "Groupe scolaire" au niveau de l'emplacement de l'ancienne usine. Ce calque présente une situation parcellaire postérieure à 1982 mais sans date connue d'une réédition.
Bien à vous
Lug, pionnier lyonnais des super-héros