Que savons-nous de la Conférence Ampère qui se tenait rue Duquesne jusque dans les années 50 ?
Question d'origine :
Bonjour,
J'espère que vous allez bien.
Je suis en train de consolider une biographie de mes parents, à titre de mémoire familiale. Mon père me parle beaucoup de la Conférence Ampère, qui dans les années 50-60 était établie rue Duquesne. Animée par les pères jésuites, c'était un peu comme les scouts mais sans l'uniforme.
J'en viens à ma question. J'aimerais en connaitre les tenants et les aboutissants, son origine (pourquoi ce nom de Conférence Ampère), ses "faits d'armes", son histoire de manière générale. éventuellement les connexions avec d'autres entités locales de l'époque. Y'avait il d'autres "conférence Ampère" dans d'autres villes. Quelles étaient ses activités principales. Y compris les camps organisés un peu partout en France, selon les années. Mon père conserve une empreinte positive et émue de cette période de sa vie.
Merci d'avance pour les éclairages que vous pourrez m'apporter sur cette tranche de vie.
Bien à vous
Nicolas B.
Réponse du Guichet
La Conférence Ampère était une association jésuite fondée à Lyon en 1905 pour former intellectuellement et moralement les élèves et anciens élèves du lycée Ampère, puis plus largement les lycéens lyonnais, à travers diverses activités religieuses, sportives et culturelles et un bulletin, Le Trait d’Union. Installée rue Duquesne à partir de 1933 et dirigée notamment par le père Léon Chaine, elle joua un rôle notable dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs de ses membres s’y engageant et y laissant leur vie. Elle aurait cessé ses activités en 1958.
Bonjour,
La Conférence Ampère était une association loi 1901 créée en 1905 par des Jésuites qui s'adressait spécifiquement aux élèves et anciens élèves du lycée Ampère de Lyon, ex-collège jésuite (Lyon 2ème), puis à l'ensemble des lycéens de Lyon après 1914. Le nom de ce lycée provient du physicien, chimiste et philosophe lyonnais André-Marie Ampère.
La Conférence a été fondée par le père Mayet mais son principal dirigeant fut le père Léon Chaine. Outre ses enseignements religieux, ce foyer de lycéens dispensait des activités culturelles et sportives et mettait à disposition de ses membres une bibliothèque ou encore une salle de lecture, pour accueillir les élèves en dehors de leurs heures de cours. Elle éditait aussi régulièrement un bulletin appellé le Trait d'Union. C'est à partir de 1933 que la C.A (comme elle est parfois appelée ) s'est installée rue Duquesne, au numéro 17.
Malgré les pressions exercées par l'Occupant, plusieurs membres de la Conférence Ampère entrèrent pendant la Seconde guerre mondiale dans des réseaux de Résistance, et nombreux périrent de leurs engagements et en déportation.
«Créée en mars 1905 à l’instigation de la Compagnie de Jésus, la Conférence Ampère a pour objectif affiché d’améliorer la formation intellectuelle de ses membres.
Association conforme à la loi de 1901, officiellement déclarée à la préfecture du Rhône ou cours de l’année 1908, elle permet également aux jésuites de contourner la loi qui écarte alors les congrégations religieuses de l’enseignement.
A l’origine la Conférence Ampère s’adresse de préférence aux élèves et anciens élèves du lycée Ampère de Lyon. Elle fonctionne en dehors des heures de cours, notamment le dimanche. Outre des activités religieuses, la Conférence Ampère propose des conférences générales.. une salle de lecture, une bibliothèque, une préparation aux concours, des répétitions, des camps, du sport, du théâtre, du cinéma… et édite Trait d’Union.
Installée depuis 1933 dans un immeuble situé 17, rue Duquesne à Lyon, la Conférence Ampère est dirigée par le père Léon Chaine, à partir de 1925. En janvier 1941, elle comprend 265 jeunes et 266 grands, auxquels il faut ajouter 212 anciens. Contacté en août 1943 par Jean Alziary de Roquefort (un ancien), le père Chaine présente à celui-ci Jacques Bonvalot et Jean Naville, membres de la Conférence, qui acceptent d’apporter une aide au Réseau Jacques-OSS alors en constitution, pour la recherche de locaux d’émission.
Cette entrée de plusieurs membres de la Conférence Ampère dans un réseau de la Résistance n’est pas fortuite, selon le témoignage de Ferdinand Desmurs, résistant connu et qui, d’octobre 1941 à octobre 1943, fut l’adjoint du père Chaine, directeur de la Conférence Ampère . « Ainsi, dès l’automne 1941, les fondements nationaux et religieux de l’esprit de résistance sont posés, avec leurs composantes républicaine, démocratique et les exigences du laïcat catholique soucieux de participation, d’initiative, de responsabilité et de sa propre prise en charge. Ils demeureront l’élément moteur de l’implication, dés le printemps 1943, des étudiants de la Conférence Ampère dans l’action résistante par l’engagement dans les réseaux, dans les maquis, dans les armées de libération. »
Au-delà de l’esprit de résistance : passage à l’action. L’on ne se satisfait plus de transporter et diffuser le Témoignage Chrétien, les messages de la radio de la France libre, et ceux de René Fayot à Radio Genève – déjà très risqués – l’on se porte désormais vers les réseaux de la France combattante, ceux des alliés, vers le maquis. »
D’où ce nombre (54) impressionnant de fusillés, tués ou maquis, morts en déportation, morts avec l’armée de la libération… pour continuer la lutte contre l’idéologie nazie.Pour aller plus loin sur ce dossier, nous vous conseillons la lecture de Golias n°71 de mars-avril 2000 (disponible à la consultation sur place à la BmL)
Source : Les résistants ordinaires de la conférence Ampère (Golias éditions, 2007)
L'association était principalement composée d'enfants de la bourgeoisie lyonnaise. On les préparait à devenir des meneurs et des hommes "bons" pour eux comme pour leur entourage. Ceci expliquant peut-être cela, beaucoup s'engagent dans la Résistance quand survient la guerre :
Cette association, apparue en 1905, ne se déclare officiellement qu’en 1908. Elle a pour mission d’aider au perfectionnement intellectuel et moral des élèves, les anciens peuvent aussi en faire partie, du lycée Ampère jusqu’en 1914, puis des lycées de Lyon après cette date. Cette association spirituelle, fondée par le père Mayet, pour résister à la laïcisation de la société, propose toute une série d’activités religieuses et non religieuses. Elle dispose d’un journal, Le Trait-d’Union. En août 1925 est nommé à sa tête un jeune jésuite lyonnais, le père Chaine, qui va, par son charisme, faire rayonner cette association. En 1941, elle dépasse les sept cent membres, dont deux cent soixante-cinq jeunes, deux cent soixante-dix grands et deux cent douze anciens. C’est avec le père Chaine que la conférence Ampère traverse la deuxième guerre mondiale.
Sociologiquement, cette conférence Ampère regroupe des fils de la bourgeoisie lyonnaise, groupe social qui à l’époque envoie ses fils au lycée. Cette association repose sur une pratique religieuse commune (messe, retraite, cercles d’études, apostolat auprès des pauvres, voire action catholique au sein de la J.E.C.) et prépare ses membres à être des hommes de bien dans leur milieu, mais aussi à être des meneurs d’hommes. En 1939-1940, la conférence Ampère est perturbée par le départ de beaucoup de ses membres. La défaite en ramène beaucoup, dont le père Chaine. Le cap de la spiritualité est maintenu. Si un esprit maréchaliste anime ses dirigeants, le désir de libérer spirituellement et matériellement la France apparaît vite. La conférence Ampère devient un vivier de résistants et une plaque tournante de la Résistance permettant à de nombreux lycéens, mais aussi à des anciens, de jouer un rôle de première importance : Jean Naville, Jacques Bonvallot, Henri Deplagne, André Beau, René Gendre et tant d’autres qui vont animer, par la suite, le réseau Jacques O.S.S. dirigé par Jacques Alziary de Roquefort.
Source : Lycéens et étudiants résistants lyonnais de Bruno Benoît dans Chrétiens et sociétés, 3 | (1996), p. 47-60.
Une notice est consacrée à Jean Naville dans Le Maitron, dictionnaire biographique des mouvements ouvriers des mouvements sociaux. La résistance des mouvements jésuites lyonnais est aussi étudiée dans cet article de Bernard Comte paru dans Les jésuites à Lyon, édité par Étienne Fouilloux et Bernard Hours, ENS Éditions, 2005.
Des échanges épistolaires compilés par le journal Le Monde dans un article des années 1970 témoignaient des échanges entre le Père Ducret, dominicain et M. Ferdinand Desmurs, professeur de lettres et de sciences humaines. Ils évoquaient par courriers le rôle de Paul Touvier dans les perquisisitions menées au C.A et estiment à 55, le nombre de leurs membres exécutés par la milice.
Quelques informations supplémentaires sont lisibles dans l'ouvrage Vie et mort des Lyonnais. En guerre 1939-1945 de Bernard Aulas (paragraphe p. 220) et numérisé sur Google Livres.
Cette notice de la Bibliothèque nationale de France nous indique que l'association aurait cessé ses activités en 1958.
Par ailleurs, la CA a publié deux ouvrages commémoratifs au sujet de ses membres morts pendant les deux guerres mondiales que l'association a traversé. Ces deux livres sont conservés à la BmL. Celui sur la Première guerre mondiale a été entièrement numérisé sur Numelyo.
Bonne journée.
Lug, pionnier lyonnais des super-héros