Question d'origine :
Je crois que je suis gros. Y-a-t-il beaucoup de personnes grosses comme moi dans le monde ou y-a-t-il plus de personnes avec un corps athletique? Est-ce-que les personnes grosses comme moi sont consideres comme des marginaux, des cas sociaux, des personnes que beaucoup de gens meprisent? J'ai l'impression d'etre juge tres negativement parce que je suis gros et je voulais savoir si il y avait beaucoup d'autres personnes grosses dans le monde ou si il y avait beaucoup plus de gens avec un corps athletique/sportif?
Réponse du Guichet
Les causes multiples de l'obésité et du surpoids, maladie chronique résultant d’interactions complexes entre la génétique, la neurobiologie et l'environnement au sens large, ont engendré une crise mondiale de santé publique, avec une personne sur huit obèse aujourd’hui, soit plus d’un milliard de personnes dans le monde, et une prévalence ayant plus que doublé entre 1990 et 2022. En France, près d'un français sur deux est concerné.
Autrefois considéré comme un problème concernant uniquement les pays à revenu élevé, le surpoids est en augmentation également dans les pays à revenu faible ou intermédiaire et concerne les adultes comme les enfants. Depuis les années 1990 des voix se sont élevées pour dénoncer la grossophobie et lutter contre les normes esthétiques. Malgré cela, les études montrent que les discriminations envers les personnes corpulentes se systématisent que ce soit au travail, à l'embauche ou même dans la famille.
Bonjour,
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dresse un état des lieux de l'obésité et du surpoids (publié le 8 décembre 2025) dans le Monde.
L'institution donne en préambule des éléments de cadrage et de définition, insistant sur l'extension à l'échelle mondiale et au cours des dernières décennies de l'obésité, définie comme maladie chronique résultant d'interactions complexes. Les causes sont multiples : amélioration de la sécurité alimentaire, développement socioéconomique, changements en matière d’alimentation, d’activité physique et de comportements sociaux et individuels engendrés par la mondialisation et l’industrialisation des systèmes alimentaires :
Le surpoids résulte de l’excès de dépôts graisseux.
L’obésité est classée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme une maladie chronique et récurrente résultant d’interactions complexes entre la génétique, la neurobiologie, les comportements alimentaires, l’accès à une alimentation saine, les forces du marché et l’environnement plus large.
Au cours des dernières décennies, l’obésité s’est étendue à l’échelle mondiale au fil de l’amélioration de la sécurité alimentaire, du développement socioéconomique et des changements observés en matière d’alimentation, d’activité physique et de comportements sociaux et individuels engendrés par la mondialisation et l’industrialisation des systèmes alimentaires.
Ces forces ont créé des environnements de plus en plus obésogènes, contribuant à ce qui constitue aujourd’hui une crise mondiale de santé publique, avec plus d’un milliard de personnes obèses et une prévalence en hausse dans presque tous les pays (1).
Le diagnostic de surpoids et d’obésité repose sur la mesure du poids et de la taille des personnes et sur le calcul de l’indice de masse corporelle (IMC) : poids (kg)/taille² (m²). L’indice de masse corporelle est un marqueur de substitution de l’adiposité, et d’autres valeurs, telles que le tour de taille, peuvent aider à poser le diagnostic d’obésité.
Chez l’adulte, l’adolescent, l’enfant et le nourrisson, les catégories de l’IMC définissant l’obésité varient selon l’âge et le genre.
Et l'OMS de s'intéresser à la prévalence du surpoids et de l’obésité dans le Monde, touchant les adultes, comme les enfants :
En 2022, 2,5 milliards d’adultes (à partir de 18 ans) étaient en surpoids, soit 43 % des adultes (43 % des hommes et 44 % des femmes), dont 890 millions d’obèses (1). En 1990, 25 % seulement des adultes (à partir de 18 ans) étaient en surpoids. La prévalence du surpoids variait selon les Régions de l’OMS, dans une fourchette allant de 31 % dans la Région de l’Asie du Sud-Est et la Région africaine à 67 % dans la Région des Amériques.
Environ 16 % des adultes (à partir de 18 ans) dans le monde étaient obèses en 2022. La prévalence de l’obésité a plus que doublé au niveau mondial entre 1990 et 2022.
En 2024, on estimait que 35 millions d’enfants de moins de cinq ans étaient en surpoids (2). Autrefois considéré comme un problème concernant uniquement les pays à revenu élevé, le surpoids est désormais en augmentation dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. En Afrique, le nombre d’enfants de moins de cinq ans en surpoids a augmenté de près de 12,1 % depuis 2000. Près de la moitié des enfants de moins de cinq ans en surpoids ou obèses en 2024 vivaient en Asie.
Plus de 390 millions d’enfants, ainsi que d’adolescentes et adolescents âgés de 5 à 19 ans étaient en surpoids en 2022. La prévalence du surpoids (obésité comprise) chez les enfants, ainsi que chez les adolescentes et adolescents âgés de 5 à 19 ans a considérablement augmenté, passant de 8 % en 1990 à 20 % en 2022. L’augmentation a suivi la même courbe chez les garçons et chez les filles : en 2022, 19 % des filles et 21 % des garçons étaient en surpoids.
Il y avait 8 % d’enfants, ainsi que d’adolescentes et adolescents (plus de 160 millions de jeunes) obèses en 2022, contre 2 % à peine de jeunes de 5 à 19 ans (31 millions) en 1990.
Lors de l’Assemblée mondiale de la Santé en 2022, les États Membres ont adopté le plan d’accélération de l’OMS pour mettre fin à l’obésité (en anglais), qui vient appuyer l’action menée au niveau national jusqu’en 2030.
Les principales interventions sont les suivantes :
- mesures visant à favoriser des pratiques saines dès la naissance, telles que la promotion et la protection de l’allaitement maternel et l’appui connexe ;
- réglementation des pratiques nuisibles de marketing des aliments et des boissons à l’intention des enfants ;
- politiques relatives à l’alimentation et à la nutrition dans les écoles, y compris les initiatives visant à réglementer la vente de produits riches en matières grasses, en sucres et en sel à proximité des écoles ;
- politiques fiscales et tarifaires visant à promouvoir une alimentation saine ;
- politiques en matière d’étiquetage nutritionnel ;
- campagnes d’éducation et de sensibilisation du public en faveur d’une alimentation saine et de l’exercice ;
- normes relatives à l’activité physique dans les écoles ; et
- intégration des services de prévention et de prise en charge de l’obésité dans les soins de santé primaires.
Source : Une personne sur huit est obèse aujourd’hui (Communiqué de presse de l'OMS, publié le 1er mars 2024)
Nous vous invitons à lire également une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) : L’obésité sous l’angle démographique (publié le 4 mars 2026).
L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (l'Inserm) a publié le 20 février 2023 un dossier Obésité et surpoids : près d’un Français sur deux concerné. État des lieux, prévention et solutions thérapeutiques.
Vous pouvez lire également l'article de Joane Matta, Claire Carette, Claire Rives Lange et Sébastien Czernichow, initulé Épidémiologie de l’obésité en France et dans le monde. La Presse Médicale, 2018, 47 (5), pp.434-438.
La deuxième partie de votre question porte sur la grossophobie définie sur Wikipédia comme
l'ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes perçues comme grosses. Elle repose sur un ensemble de préjugés et de stéréotypes négatifs à l'égard des personnes en surpoids ou obèses, notamment en relation avec de supposées caractéristiques comportementales qui leur seraient attribuables ou dont elles seraient coupables. Le terme en lui-même est un néologisme apparu en français en 1994.
La grossophobie se traduit par des discriminations dans plusieurs domaines de la vie, comme l'accès à l'emploi, aux soins médicaux et à l'éducation, et affecte également les relations interpersonnelles par le biais de critiques verbales et d'agressions humiliantes. Cette attitude a des répercussions physiques et psychologiques délétères sur les personnes qui en sont victimes : risque de dépression plus élevé, moindre estime de soi, augmentation de la probabilité de développer des troubles du comportement alimentaire, défaillance du suivi médical. La souffrance occasionnée par la discrimination subie par un individu souffrant de surcharge pondérale peut être aggravée du fait de l'intersectionnalité, cette discrimination s'ajoutant alors à d'autres formes de discriminations comme le sexisme, le mépris de classe, l'homophobie ou encore le racisme.
Nous vous proposons une sélection bibliographique, issue de nos collections, abordant la question de la grossophobie, relatant des témoignages et donnant des outils pour combattre les discriminations :
Grossophobie [Livre] : sociologie d'une discrimination invisible / Solenne Carof, 2021 :
Depuis les années 1990, des voix se sont élevées pour dénoncer les discriminations liées au poids et lutter contre les normes esthétiques et pondérales dominantes. Malgré cela, les études montrent que les discriminations envers les personnes très corpulentes se systématisent que ce soit au travail, à l'embauche ou même dans la famille. Cette étude met en évidence l'ampleur de cette stigmatisation. ©Electre
Lutte contre l'obésité, lutte contre la grossophobie [Livre] / Alessandrin Arnaud, Blandine Cherifi, Maud Monsaingeon-Henry... [et al.], 2025 :
Une approche pluridisciplinaire et scientifique des questions de grosseur, d'obésité et de grossophobie. S'appuyant sur les sciences médicales et sociales, la communication ou encore les sciences politiques, les auteurs analysent le traitement réservé aux personnes en surpoids à l'école, dans les médias, dans les arts de la scène, entre autres. ©Electre 2025
Gros/se, et alors ? [Livre] : connaître et combattre la grossophobie / Edith Bernier, 2022 :
Bien qu'il semble concerner davantage les femmes, le phénomène de la grossophobie touche tout le monde. L'aversion envers les personnes grosses et les préjugés nocifs qu'on leur associe à tort sont à la base de discriminations, volontaires ou non. Grosse, et alors ? permet une meilleure sensibilisation aux enjeux liés à cette question. Du grand public aux autorités, sans oublier les émetteurs des nombreux messages auxquels nous sommes exposés quotidiennement, il est possible, en en prenant conscience, de diminuer les biais hostiles qui visent les personnes grosses. Lutter contre la grossophobie ne signifie pas faire l'apologie de l'obésité. C'est trouver une cohabitation proportionnelle des corps différents en taille et en silhouette, à l'image de la société. (Source éditeur)
Montez d'abord sur la balance ! [Livre] : se soigner malgré la grossophobie médicale / Aline Thomas ; illustrations de Mathou, 2024 :
Quand on est gros·se, la majorité des consultations médicales commencent par le même rituel : "Bonjour, enlevez vos chaussures et montez sur la balance." Quel que soit le motif de votre visite, le seul fait de passer la porte suffit dans la grande majorité des cas, à déclencher cette injonction. S'en suivent bien trop souvent une série de remarques, dans le meilleur des cas maladroites et infantilisantes, dans le pire, humiliantes. Alors, petit à petit, pour ne pas souffrir, pour ne pas être humilié.e ou infantilisé.e, on espace les rendez-vous. Ne pas se faire soigner parce que l'on a peur, cela porte un nom : l'évitement des soins de santé. Et si la surmortalité des personnes grosses n'était pas seulement dues aux comorbidités, mais aussi aux discriminations et à cet évitement des soins de santé ? D'où vient cette grossophobie médicale institutionnalisée qui éloigne du soin ? Comment la reconnaître ? D'où vient ce lien implicite entre minceur et santé ? Soigne-t-on un corps gros comme on soigne les autres corps ? Comment prendre soin d'un corps gros si on ne sait rien de ses spécificités ? Ce sont à ces questions que répond Aline Thomas dans ce livre, qui s'appuie sur les recherches les plus récentes et fruit d'une enquête minutieuse auprès de professionnel.les de santé autant que d'un engagement personnel et associatif. Son objectif : inciter les patient.e.s gros.ses à retrouver le chemin des cabinets médicaux et sensibiliser les soignants à leur souffrance. (Source éditeur)
Je n'ai pas choisi d'être gros.sse [Livre] / Anne-Sophie Joly, Richard Zarzavatdjian, 2024 :
"Mon obésité m'a fait toucher le fond, le désespoir, la solitude, la souffrance physique et psychologique, le rejet des autres... J'ai décidé de m'engager, il y a plus de vingt-cinq ans, afin de lutter contre les nombreuses discriminations auxquelles nous sommes confrontés dans notre quotidien. Ce combat a donné un sens à ma vie et m'a rendue plus résiliente, et aujourd'hui je souhaite le partager avec vous." Anne-Sophie Joly. On ne se réveille pas un matin en se disant : "Aujourd'hui, je vais rajouter 50 à 70 kg à mon corps, exposer ma santé à de gros risques, être exclue de la société et humiliée, voire harcelée quasi quotidiennement par les petites phrases et regards assassins." Non, on ne décide pas d'être gros·se. L'obésité n'est pas un choix, c'est bel et bien une maladie reconnue par l'OMS, aux facteurs multiples et aux conséquences dévastatrices. Alors même qu'elle entraîne dans son sillage de nombreux problèmes de santé, et que la moitié des Français est concernée par le surpoids ou l'obésité, celle-ci n'est toujours pas considérée comme une maladie chronique. Outre l'éclairage qu'ils apportent sur la maladie elle-même, Anne-Sophie Joly et Richard Zarzavatdjian s'attaquent ici à la discrimination antiobèses : dans le milieu scolaire, la vie professionnelle et privée, la prise en charge médicale et dans les représentations. Ils amorcent les pistes de solutions à grande échelle. Une réflexion rendue émouvante par de nombreux témoignages, dont celui de personnalités médiatiques (Marianne James, Laurent Ournac, Valérie Damidot...) sur leur rapport à leur obésité. Il est plus que temps de changer de regard sur l'obésité et de la considérer avec plus d'empathie et de bienveillance ! (Source éditeur)
Bonne journée !
Trahir et être trahi. Analyse psycho-sociale du coup...