Toute personne peut-elle communier au Sang du Christ en apportant son calice à la Messe ?
Question d'origine :
Bonjour, ma question concerne l'Église Catholique Romaine.
Lorsque j'assiste à la Messe (messe en forme ordinaire je précise, pas en latin) une fidèle de ma paroisse apporte avec elle un petit calice qu'elle dépose sur l'Autel avant la Messe. Lors de la mise en place de l'Eucharistie, le célébrant remplit d'eau et de vin le petit calice et la Prière Eucharistique se déroule. Lorsqu'il est le moment de communier, cette fidèle communie au Sang du Christ à partir de son petit calice que le célébrant lui donne comme il lui donne l'hostie consacrée. Puis à la fin de la Messe, elle repart avec son petit calice.
Mes questions sont donc les suivantes :
- Toute personne peut-elle communier au Sang du Christ si elle apporte, comme cette fidèle, son petit calice à la Messe et qu'elle repart avec ? Sur quels éléments s'appuient cette pratique ?
- Je n'ai pas précisé mais la paroisse est gérée par la Communauté de l'Emmanuel : est-ce une pratique spéciale liée à cette communauté spirituelle en particulier ?
Merci de votre aide.
Réponse du Guichet
Le calice est un objet sacré réalisé dans un matériau noble et consacré par un évêque. Il ne semble pas y avoir de coutume du calice individuel mais les choses ont pu changer notamment depuis le COVID-19. Le mieux serait de vous adresser au prêtre de votre paroisse qui autorise le calice personnel.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir si un·e fidèle peut communier avec son propre calice.
Le Thésaurus de la désignation des objets mobiliers du Ministère de la Culture, novembre 2014, donne cette définition du calice :
Vase sacré dans lequel le célébrant consacre le vin pendant la messe. Il a la forme d'une coupe sur pied avec une tige comportant en général un nœud médian. Rituellement, la coupe, au moins, est en matériau précieux et, si elle n'est pas en or, l'intérieur doit en être doré ; elle est souvent doublée extérieurement d'une fausse-coupe, ajourée et indépendante. Le calice forme souvent un ensemble avec une patène et parfois un ciboire. Il existe quelques types rares de calice à anses, à clochettes.
Wikipédia explique que le calice, du mot grec kulix, est un vase sacré de la liturgie chrétienne, présentant la forme d'une coupe évasée portée sur un pied élevé. Il est employé dans la célébration eucharistique pour la consécration du vin, qui devient le sang du Christ. Le calice rappelle la coupe de vin de la Cène, le Saint Calice (source : Calice (liturgie)).
Le calice étant un objet sacré recevant le vin (naturel, c’est-à-dire sans additifs, et non corrompu) qui deviendra le Sang du Christ, il doit être réalisé dans un matériau noble et un évêque doit le consacrer :
Dès le début du IIIe siècle, Rome décide que les calices, jusque-là fabriqués avec toutes sortes de matériaux, devaient être d’or ou d’argent. L’intérieur, parce qu’il recueille le Sang du Christ, doit être en or. Destiné à un usage exclusivement liturgique, le calice est traditionnellement consacré par un évêque avant sa première utilisation. La patène est indissociable du calice : c’est sur cette petite assiette, elle aussi traditionnellement consacrée par un évêque, que repose l’hostie consacrée.
Source : Autel, calice, encensoir… quel est le sens des objets de la messe ?, France Catholique
Dans Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage ordinaire des paroisses, Cérémoniaire, Les règles liturgiques, est précisé comment Le calice doit être préparé et manipulé mais nous ne trouvons rien à propos de calice personnel pour les fidèles. Idem dans La communion des autres fidèles qui met en garde contre les mauvaises manipulations :
Si on juge opportun, rien n’interdit au prêtre célébrant d’utiliser plusieurs calices. Toutefois, après la consécration, il faut absolument éviter de verser le Sang du Christ d’un calice à l’autre, afin de ne pas commettre d’outrage à l’égard d’un si grand mystère. Pour recueillir le Sang du Christ, on ne doit jamais utiliser des cruches, des vases ou d’autres récipients, qui ne sont pas entièrement conformes aux normes établies. [302] En outre, Redemptionis Sacramentum met en garde contre le risque de profanation du Sacrement lorsqu’il s’agit d’un grand nombre de communiants, et exige une catéchèse appropriée et continuelle...
L'article de cette revue Études d'histoire et de philosophie religieuses, Numéro 29, 1935, p. 250, aurait peut-être répondu à votre question mais nous ne sommes pas en mesure d'obtenir plus que cet extrait même en passant par Google livres :
Nous considerons la coutume du calice individuel comme un rétrécissement regrettable de la communion sacramentelle. Le poids des arguments qu'on a fait valoir contre la coupe collective (4) ne pourra jamais contre-balancer l'importance du symbole unitif.
Et depuis 1935, ce rite peut avoir changé, surtout depuis le COVID. C'est en tous cas ce que nous pouvons lire dans cet article en anglais, Individual vs. Shared Communion Cups: Pros and Cons, ici traduit :
L'utilisation de calices individuels pour la communion est un phénomène relativement récent dans les églises. Avant le XIXe siècle, la plupart des églises utilisaient un calice commun, conformément à une tradition chrétienne séculaire. Cependant, avec l'essor de la médecine moderne et une meilleure compréhension des maladies contagieuses, de nombreuses églises ont adopté les calices individuels pour la communion.
Aujourd'hui, de nombreuses églises ont adopté l'utilisation de coupes individuelles pour la communion, considérée comme l'option la plus sûre. Cette mesure est notamment due à la pandémie de COVID-19, qui a rendu encore plus nécessaire le strict respect des règles d'hygiène lors des offices.
Certains utilisent même des coupes de communion jetables à usage unique , tandis que d'autres optent pour des coupes de communion réutilisables afin de minimiser les déchets et de préserver la tradition.
Quel que soit le choix, la communion moderne dans l'Église a certainement mis l'accent sur la santé sans pour autant compromettre le caractère sacré du sacrement.
En Angleterre, alors que le COVID s'est répandu, la question de coupe individuelle pour l'Eucharistie a fait l'objet de discussions. Sur Thinking Anglicans, Coupes individuelles pour la Sainte Communion, 27 August 2020, on peut lire :
Mme Mary Durlacher a posé une question à ce sujet lors de la réunion en ligne des membres du Synode général en juillet et on lui a répondu que la réponse était « non ».
Mme Mary Durlacher (Chelmsford) interroge le président de la Chambre des évêques :
Q68 La Chambre des évêques reconsidérera-t-elle l’interdiction d’utiliser des coupes individuelles comme solution provisoire et de bon sens pour la communion, compte tenu des contraintes actuelles ?
Réponse de l’évêque de Londres au nom du président de la Chambre des évêques :
La Commission consultative juridique a déclaré qu’« il est contraire à la loi d’utiliser des coupes individuelles pour chaque communiant » et que « la doctrine de la nécessité ne peut être invoquée pour justifier l’utilisation de coupes individuelles, même en cas de crainte de contagion liée à l’utilisation d’une coupe commune. […] La loi de 1547 sur les sacrements prévoit les cas où il est nécessaire de ne pas distribuer de coupe commune : dans ce cas, l’exigence normale de la distribution du sacrement sous les deux espèces est écartée par la loi. Même si une coupe commune ne peut être utilisée pour des raisons médicales, l’utilisation de coupes individuelles demeure contraire à la loi… Dans ce cas, la communion doit se faire sous une seule espèce. » La Chambre ne peut autoriser ni encourager une pratique contraire à la loi.
Lire aussi Individual cups are allowed for communion, argue Evangelical clerics = Les ecclésiastiques évangéliques affirment que les coupes individuelles sont autorisées pour la communion, Church Times, 21 janvier 2022 :
Le docteur Atherstone et le chanoine Goddard soulignent que « la communion dans une coupe commune est idéale et il est bon d’y revenir dès que possible pour le plus grand nombre de fidèles possible ». Cependant, ils observent que « même après la fin de la pandémie, certains communiants pourraient encore choisir de ne pas communier dans une coupe commune, en raison des risques pour leur santé … »
« Lorsque la coupe commune est restreinte ou non sûre pour tous les communiants, la meilleure façon d’obéir au commandement du dominicain est de distribuer le vin dans des coupes individuelles. »
Dans une étude historique, les auteurs affirment que « l’institution du sacrement par Jésus confère aux Églises une grande liberté pour décider elles-mêmes de la quasi-totalité des aspects pratiques ». Tout en constatant que le Livre de la prière commune « parle partout de la coupe au singulier », ils recensent cinq évolutions historiques qui, selon eux, ont « dilué l’idéal, bien que toutes soient aujourd’hui largement acceptées comme compatibles avec la pratique anglicane ». Il s’agit des rassemblements où seulement un ou deux communiants rejoignent le ministre ; des tables fixes et des files d’attente pour la communion (« ce format a trop tendance à privatiser l’expérience ») ; de la présence de plusieurs coupes ; de l’utilisation d’hosties ; et de la prise en compte des allergies et des dépendances, notamment par la proposition de vin sans alcool.
La position officielle de la Commission consultative juridique de l'Église d'Angleterre, réaffirmée dans un avis aux évêques en 2020, est que les coupes individuelles sont « illégales », en référence à la loi sur les sacrements de 1547. Cette position a toutefois été contestée dans un avis rédigé par un groupe de six avocats ( Actualités, 28 août 2020 ). Les auteurs de cet avis, publiés dans Grove, soutiennent qu'« aucun canon, mesure ou rubrique du Livre de la prière commune anglican ne s'oppose aux coupes individuelles, et aucune décision de justice ne les a déclarées illégales. Dans ces circonstances, où la question juridique reste incertaine, les paroisses sont libres d'utiliser des coupes individuelles si elles le souhaitent. »
Nous n'avons rien trouvé à propos de la Communauté de l'Emmanuel qui autoriserait cette pratique. Pourquoi ne pas vous adresser directement au célébrant de votre paroisse lors de votre prochaine messe ?
Bonne journée