En quoi le lambrequin est-il une spécificité de l'architecture lyonnaise ?
Question d'origine :
Bonjour,
En quoi le lambrequin est-il une spécificité de l'architecture lyonnaise ?
Merci par avance.
Bien cordialement,
luc laurent.
Réponse du Guichet
Le lambrequin n’est pas propre à Lyon, mais il est devenu une spécificité de son architecture par la généralisation de son usage entre le XIXᵉ siècle et les années 1930. Initialement conçu pour protéger les stores à la lyonnaise (ou jalousies), hérités de l’influence italienne et adaptés aux façades denses de la ville, il a progressivement acquis une fonction décorative et participe aujourd’hui à l’identité visuelle et au patrimoine architectural lyonnais.
Bonjour,
Le lambrequin est un dispositif ornant le haut des fenêtres et servant à masquer les jalousies. Encore souvent utilisés à Lyon, ces stores à lamelles de bois sont héritées de la présence italienne durant la Renaissance et constituent aujourd'hui un élément identitaire important du patrimoine architectural de la ville.
Il ne s'agit pas d'une exclusivité lyonnaise puisqu'on retrouve des lambrequins dans de nombreuses villes françaises (notamment à Nîmes ou à Grenoble) mais leur usage s'est tellement développé sur Lyon qu'il est vrai qu'ils font partie du paysage et du patrimoine architectural lyonnais.
Voici la définition du lambrequin apportée par le Dictionnaire historique de Lyon de Patrice Béghain, Bruno Benoit, Gérard Corneloup, Bruno Thévenon :
Le lambrequin a pour vocation de protéger le store à la lyonnaise, qui est composé de lamelles de bois orientables et mues par un système de cordelettes et de chaînes métalliques. Il se situe à l'extérieur et en haut de la fenêtre pour protéger le store quand il est relevé. Le lambrequin peut être en bois, en fonte, voire en tôle. Parallèlement, le lambrequin devient, de la fin du XIXe siècle aux années 1930, un objet de décoration des immeubles, au même titre que les garde-corps, les balcons ou encore les marquises. Il y en a donc des festonnés et des ajourés, des bourgeois et des populaires, des richement ornés et d'autres tout simples.
La particularité lyonnaise réside dans la généralisation de son usage lors des constructions hausmaniennes du XIXe siècles jusqu'aux années 1930.
Nous vous renvoyons vers les deux bulletins SEL (Sauvegarde et embellissement de Lyon) :
- n° 101 - décembre 2012 : L'abat jour à la lyonnaise et son lambrequin : un petit patrimoine urbain méconnu à sauvegarder
A la fin du XVIIIe siècle, pour occulter les fenêtres, Lyon a fait le choix de privilégier le store plus adapté aux façades « percées » que le volet ou la persienne qui se rabattent sur le mur et nécessitent de larges trumeaux.
L’abat-jour à la lyonnaise, store à lamelles qui s’empilent verticalement, que l’on trouve en nombre depuis la mi-XIXe siècle a perduré dans la ville et se pose encore sur des réhabilitations modernes malgré l’apparition de la persienne métallique pliante dans les années 1890 et les multiples présentations contemporaines de la persienne.
Pour protéger le store on installe en haut de la fenêtre un lambrequin appelé parfois baldaquin, dont la fonction première est de protéger, du vent et de la pluie, les lamelles de bois du store remonté ; d’abord une simple planche de bois dont le bord libre est festonné, puis chantourné, incisé, pour remplir une seconde fonction esthétique de décoration de façade.
- n° 104 - novembre 2013 : Ferronneries et fontes d'ornement des façades lyonnaises
Cintrés ou droits, les lambrequins s’adaptent à la forme des fenêtres. Ils soulignent les lignes horizontales de la façade. Le « Plan bleu » initié par Michel Noir et conçu par l’architecte Michel Roz en 1992, va mettre en valeur cet effet de continuité horizontale le long des quais du Rhône, en préconisant une unité de couleurs : gris pour les façades, bleu pour les fontes.
Ils jouent ainsi un rôle essentiel dans l'équilibre des façades de la ville.
L'ouvrage de Nicolas Jacquet intitulé Façades lyonnaises consacre quant à lui tout un chapitre à « l’évolution des baies et l’apparition des stores » (pages 66 et suivantes) au XVIIe siècle. C’est à la disparition de la traditionnelle pièce à tout faire qu’on doit les plus grandes transformations de la physiologie des habitations : l’attribution d'une fonction aux différents espaces composant le logis entraine progressivement un besoin d’intimité plus important.
Caractéristique de ce besoin d’intimité et de cette évolution, la jalousie fait son apparition. Ce store en lamelles de bois d’inspiration orientale est placé à l’extérieur et peut être incliné, et donc orienté ; la jalousie s’enroule dans la partie supérieure autour d’un axe dissimulé sous une plaque de métal ou de bois, souvent ornée, appelée lambrequin. Cette jalousie s'intègre parfaitement à la morphologie des façades lyonnaises, filtrant la lumière chaleureuse du climat local toute en préservant l'intimité derrière les baies rapprochées et multiples. Les considérations architecturales priment néanmoins, l’étroitesse, la profondeur des parcelles et la densité d’occupation des logements ne laissant en effet guère d’espace à des volets qui auraient doublé l’ouverture des fenêtres.
Particularité lyonnaise, cet objet décoratif et fonctionnel a été généralisé à l’ensemble des ouvertures et perdure jusqu’à nos jours tout en suivant les évolutions stylistiques propres aux modes de chaque époque. C’est ainsi qu’il constitue un patrimoine exceptionnel puisque seule Venise possède un art des baies aussi développé. Le classicisme méridional s’exprime ici dans cette architecture de moucharabiehs qui couvre les façades et en constitue un relief essentiel.
Bonne journée.
Lug, pionnier lyonnais des super-héros