Pourquoi la durée des relevailles était de 80 jours pour l'accouchement d'une fille au lieu de 40 jours pour un garçon ?
Question d'origine :
Pouvez-vous me renseigner sur la raison pour laquelle la durée des relevailles était de 80 jours pour l'accouchement d'une fille au lieu de 40 jours pour un garçon ?
Réponse du Guichet
Les relevailles étaient un rituel lithurgique accompagné de célébrations sociales. Elles concernaient les femmes qui, considérées impures après un accouchement, devaient observer une période de purification de 40 jours si l'enfant né était un garçon, 80 si c'était une fille selon le chapitre 12 du Lévitique à l'origine de cette coutume. Dans un mémoire couvrant la période du Ve au XIVe siècle sur le territoire français, Flora Laperche a étudié cette tradition. D'après l'autrice, pour Hésychius de Jérusalem, la durée changeait en raison du temps de formation intra-utérine de l'enfant. D'abord une ou deux semaines d'impureté des accouchées pour trois raisons : le péché originel, la femme a davantage péché donc elle aura des menstruations et enfantera dans la douleur et parce qu'elle a reçu la semence d'Adam. A cela s'ajoutaient trente-trois jours si l'enfant était un garçon car c'est le temps qu'il faut à l'embryon mâle pour se former dans le ventre de la mère et la purifier ; soixante-six jours si c'était une femelle car la fille se développe deux fois plus lentement. Les relevailles servent donc à rétablir l’erreur qu[e la femme] commettait sans le savoir en allant à l’église tout en portant une fille. Selon la Bible TOB, la période était plus longue pour une fille car sa naissance était généralement considérée comme une bénédiction moins grande que celle d'un garçon. Selon Laperche entre le Ve et le XIVe siècle, cette règle n'était plus forcément respectée. Le temps des relevailles dépendaient des coutumes locales, des prescrits ecclésiastiques, du choix des femmes et de la durée des saignements. Pour les femmes les plus pauvres dans les campagnes qui ne pouvaient se permettre de ne pas travailler pendant plusieurs semaines, il était accepté que les relevailles ne durent que trois jours. La coutume locale pouvait aussi prévaloir autorisant ainsi les femmes à être purifiées à l'église dès qu’elles souhaitaient y entrer. A noter que ce rite aurait permis à l’Eglise de construire la nouvelle institution du mariage, d'encadrer la sexualité en son sein et de contrôler la sexualité des femmes.
Bonjour,
Les relevailles sont une cérémonie d'action de grâces lorsqu'une femme retourne à l'église pour la première fois après ses couches selon le CNRTL :
A. − LITURG. CATH. Cérémonie d'action de grâces lorsqu'une femme retourne à l'église pour la première fois après ses couches. Cérémonie des relevailles; messe de relevailles. Les églises donnèrent en fief leur casuel, les revenus des baptêmes, des relevailles des femmes en couches (Guizot, Hist. civilis., leçon 4, 1828, p. 7).Relevailles de Jeanne. Tout est devenu si médiocre que la prescription du rituel, exigeant que le prêtre aille chercher, « hors de l'église, la femme agenouillée sur le seuil et tenant à la main un cierge allumé », et qu'il l'introduise, (...) est maintenant inobservée, à Paris, du moins (Bloy, Journal, 1895, p. 208).B. − Vieilli. Fait de relever de couches; fête donnée à cette occasion. Un repas de relevailles (Lar. 19e). Les ridicules de cette paysanne jouant à la madame, et qui, dans l'orgueil de sa maternité, reçut les visites de relevailles avec son chapeau dans son lit, un chapeau de Paris! (Goncourt, Ch. Demailly, 1860, p. 11).Des accouchées masquées fêtaient leurs relevailles (Apoll., Alcools, 1913, p. 129).Prononc. et Orth.: [ʀ əl(ə)vɑ:j], [-aj]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Fin xiies. « cérémonie qui a lieu à l'église la première fois qu'une femme s'y rend après avoir fait ses couches » (Landri de Waben, Cantique des Cantiques, éd. C. E. Pickford, 2810); 1690 « festin qui se donnait à cette occasion » (Fur.). Dér. de relever*; suff. -aille*. Fréq. abs. littér.: 14.
Plusieurs sources sur internet indiquent que les relevailles duraient quarante jours :
Pour bien dormir, après un souper mesuré, une veillée paisible est donc recommandée pour un sommeil d’une durée maximale de 8 heures, coiffé d’un bonnet, nu, si possible allongé sur le côté et jamais sur le ventre. L’excès de sommeil est en effet jugé nocif : il engendre des maladies « froides ». Seuls les malades et les femmes accouchées ont le droit de rester au lit. Après un accouchement, ces dernières, jugées impures, doivent patienter quarante jours alitées, le temps des relevailles.
Source : Au lit au Moyen Âge : exposition à la tour Jean Sans Peur à Paris jusqu’au 13 novembre 2011 / Régis Mayer, Senioractu, 11/07/2011 | mis à jour le 24/06/2015
Dans la religion catholique, le 2 février est le jour de la Présentation de Jésus au Temple, 40 jours après sa naissance, à Noël et de la Purification de la Vierge. Cette fête trouve son origine dans la tradition hébraïque des relevailles. Selon la loi de Moïse, 40 jours après la naissance de leur enfant, les mères juives devaient se présenter au Temple avec leur enfant nouveau-né, pour se purifier. Des chandelles étaient allumées pour l’occasion.
Source : Fête des femmes, Guichet du savoir, 07/03/2013
Remarque : Nous avons modifié les deux premiers liens qui ne fonctionnaient plus dans la réponse du Guichet du savoir.
Mais le chapitre 12 du Lévitique, troisième des cinq livres de la Torah ou Pentateuque, sur lequel repose la coutume des relevailles, indique bien 40 jours pour l'accouchement d'un garçon et 80 pour celui d'une fille :
2. Purification de la femme accouchée o
Le Seigneur adressa la parole à Moïse : Parle aux fils d'Israël : Si une femme enceinte accouche d'un garçon, elle est impure pendant sept jours, aussi longtemps que lors de son indisposition menstruelle. Le huitième jour, on circoncit le prépuce de l'enfant ; ensuite, pendant trente-trois jours, elle attend la purification de son sang ; elle ne touche aucune chose sainte et ne se rend pas au sanctuaire jusqu'à ce que s'achève son temps de purification. Si elle accouche d'une fille, pendant deux semaines elle est impure comme dans le cas de l'indisposition ; ensuite pendant soixante-six jours, elle attend la purification de son sang q. Lorsque s'achève son temps de purification, pour un fils ou pour une fille, elle amène au prêtre, à l'entrée de la tente de la rencontre, un agneau âgé d'un an, pour un holocauste, et un pigeon ou une tourterelle servant à un sacrifice pour le pêché ; le prêtre les présente devant le SEIGNEUR, et quand il a fait sur elle le rite d'absolution, elle est purifiée de sa perte de sang.
Telles sont les instructions concernant la femme qui accouche d'un garçon ou d'une fille.
« Si elle n'arrive pas à se procurer un agneau, elle prend deux tourterelles ou deux pigeons, l'un servant à un holocauste et l'autre à un sacrifice pour le pêché ; quand le prêtre a fait sur elle le rite d'absolution l'expiation, elle est purifiée.»
Source : La Bible : traduction œcuménique : TOB : comprenant introductions générales et Pentateuque révisés - 10e édition ; Les Ed. du Cerf ; Villiers-le-Bel : Société biblique française, 2004
En note de cette Bible nous trouvons des indications dont l'une d'elle (q), en lien avec votre question, est des plus intéressante :
o) Pour comprendre l'impureté occasionnée par l'accouchement, il faut se rappeler la notion primitive d'impureté, différente de la notion de faute morale (cf. Introd). L'accouchement est cause d'impureté parce qu'il s'accompagne d'une perte involontaire de sang, ce qui est toujours ressenti comme un phénomène inquiétant. Un rite a paru nécessaire pour marquer ce renouveau de vie dans le groupe social.
q) La naissance d'une fille était généralement considérée comme une bénédiction moins grande que celle d'un garçon. Il fallait donc un temps plus long de purification.
Le mémoire de Flora Laperche, Le contrôle ecclésiastique de la coutume des relevailles dans le territoire français entre le Ve et le XIVe siècle / Master en histoire à finalité didactique, UCLouvain - FIAL, 2024-2025 apporte quelques nuances et précisions sur cette tradition qui se perpétue plus tard :
INTRODUCTION
...au Moyen Âge. Le temps suivant l’accouchement est synonyme de mise à l’écart pour la mère. Pendant cette période, elle est impure, hors du monde. A son terme, elle est relevée et réintroduite dans la société. Si dans un premier temps, les relevailles ne désignent que le temps de purification, elles signifient également à partir du XIIe siècle le rituel liturgique le clôturant. La question de l’origine de l’impureté, et du rôle purificateur des relevailles, sont parmi les premières que l’historiographie a abordées. Les historiens en ont d’abord fait la principale raison de la persistance du rite, une expiation religieuse de la souillure des femmes imposée par une religion chrétienne misogyne.
p.3
[...]
Dans le Lévitique, les relevailles durent quarante à quatre-vingts jours selon que l’enfant est un garçon ou une fille. Mais il n’est pas évident de déterminer sa durée dans la pratique. Paula Rieder relève un statut de Cambrai datant du XIIIe siècle précisant qu’il était interdit de relever une femme avant un mois. Le temps d’écart dépendait des coutumes locales, des prescrits ecclésiastiques, du choix des femmes et de la durée des saignements. Monica Green estime d’ailleurs la durée totale à six semaines, le temps que les saignements post partum – les lochies – s’achèvent. La pensée médiévale lie en effet les écoulements de sang à l’impureté des accouchées. Enfin, si Fernand Leroy avance que la quarantaine ne durait parfois que trois jours dans les campagnes (au vu de la difficulté des plus pauvres à la respecter), les sources manquent pour corroborer son propos. La durée des relevailles a pourtant longtemps préoccupé les théologiens médiévaux. Les justifications et interprétations des quarante jours bibliques se multiplient et varient selon les époques. Nous analyserons en détail ces textes, ce qui permettra une meilleure compréhension non seulement de l’origine de l’impureté des femmes sortant de couches, mais aussi à quel point l’Église choisit d’encadrer leur temps de purification et de quelle manière c’est appliqué en pratique.
p. 14
Pour Charles de Miramon, le XIIe siècle est à part dans les craintes des menstruations de l’accouchée. À ce moment, le sang menstruel devient valorisé. On passe d’un fluide honteux à « une purge naturelle du corps, une purge saine » grâce à la médecine de Salerne. Cela ne dure qu’un temps puisqu’au XIIIe siècle, on redécouvre la pensée d’Aristote chez qui les menstruations sont marginales.
[...]
Paula Rieder estime qu’avoir accusé les femmes d’une impureté sexuelle n’est pas un hasard. L’auteure a argué que l’Eglise a profité de la popularité du rite pour construire la nouvelle institution du mariage et encadrer la sexualité en son sein. Les deux rites sont similaires dans leur déroulement, à l’église et en public. La purification signalait la reprise du devoir conjugal. Elle note également les discussions cléricales autour d’une purification nécessaire à cause des rapports sexuels. La question de l’impureté du sexe au sein du mariage n’était pas tranchée entre ceux pour qui le désir souillait et ceux pour qui le devoir conjugal menant à la conception n'était pas un péché.
p. 16
[...]
1.3.2 Un moyen de contrôle de la sexualité des femmes
La sexualité est interdite pendant les relevailles, au même titre que lors des menstruations. Le sang est sale, mais surtout contagieux. Il risquerait de porter atteinte à l’homme. L’abstinence est donc prescrite aux femmes. Mais l’Eglise a conscience de l’importance sociale qu’ont les relevailles par leur signification et leur banalité. Au XVe siècle, elles vont devenir un moyen efficace de contrôle de la sexualité, avant même la conception de l’enfant.
p. 19
[...]
1.3.3 Les célébrations sociales
Outre le rituel liturgique, les relevailles sont aussi un événement social. C’est l’occasion de festivités, d’un banquet pour les plus riches, à la mesure de l’angoisse générée par les accouchements.
[...]
L’attitude à avoir face au chapitre 12 du Lévitique trouble les médiévaux. Dès le VIe siècle et Grégoire le Grand, la mise à l’écart de l’église est abandonnée sous prétexte qu’il faut comprendre l’Ancien Testament spirituellement. Dans cette lignée, Bruno de Segni dit des Juifs – qui la suivent à la lettre – n’en saisissent pas le sens. Mathieu d’Aquasparta abonde dans ce sens : l’ombre de la loi Mosaïque est chassée par la lumière du Christ, les femmes peuvent donc rentrer à l’église. Pourtant, le Moyen Âge a néanmoins conservé l’ancien rite des relevailles. Jonas d’Orléans a remarqué et souligné cette tension. Certes, le peuple juif est accablé du fardeau de la Loi qu’il ne comprend pas. Mais il existe certains points auxquels les chrétiens se conforment sans que cela porte atteinte au sens mystique et notamment les prescrits à propos du post-partum et des menstruations. Il estime les relevailles cohérentes et nécessaires étant donné l’impureté commune entre ces deux états. Quatre siècles plus tard, Alexandre de Halès l’exprime autrement. Le Lévitique est certes dépassé, mais pas les relevailles. On l’interprète différemment, non pas de manière littérale – et d’ailleurs on ne respecte plus leur durée légale – mais comme une purification à la nécessité commune.
p. 24
[...]
Les médiévaux ne font pas de distinction entre le sang menstruel et le sang de l’accouchement et post partum. Leurs pollution, utilité et nature sont décrites sans distinction. Ce sang, appelé menstruum, sert de matière inerte sur laquelle le sperme viendrait apporter la forme de l’embryon. Lors de son développement, celui-ci se nourrit du sang menstruel et après la naissance, le sang se change en lait et garde cette fonction nourricière86. L’embryon est mâle par défaut, mais un sperme trop aqueux peut l’altérer et le rendre femelle. Dans le même ordre de pensée, le lait de la mère sera plus épais si l’enfant est un fils. Cette hiérarchie des fluides en faveur d’une viscosité épaisse est visible dans le traité d’Albert le Grand De animalibus libri : « Mais tant que le lait coule abondamment, les menstruations sont rares, car il se transforme en lait. Cependant, certaines femmes qui allaitent ont parfois leurs règles, mais le sang est très humide et aqueux, et il sort ensuite de nombreux endroits dans les veines de l'utérus, comme cela se produit lors de l'émission de sang qui coule dans les hémorroïdes. Et la purification de telles femmes est lente et laide, car leur sang est aqueux, comme s’il était sain, et coule longtemps. […] »
pp. 30-31
[...]
Pour Hésychius, les sept premiers jours d’impureté rappellent évidemment la semaine de changement avec à son terme le sabbat, le repos. À son terme le huitième jour, est célébrée la circoncision, apport de lumière et symbole de temps sans péchés ni œuvres de la chair. La mère n'est plus impure mais devra néanmoins rester dans le sang de sa purification trente-trois à soixante-six jours. Augustin se contentait d’attribuer cette période à la durée de l’écoulement de sang. Mais Hésychiusit voit une autre raison, plus médicale, aux temps totaux de quarante à quatre-vingts jours. En effet, ils équivaudraient aux temps de formation d’un garçon et d’une fille dans le ventre de leur mère. Après la semaine ou les deux semaines d’impureté (selon le rite des menstruations et parce qu’elle a reçu la semence d’Adam), l’enfant mâle, étant à l’image de Dieu, purifie sa mère pendant trente-trois jours le temps d’être formé dans son ventre. Quant au cas où l’enfant est fille, il corrobore cette interprétation selon Hésychius. La fille se développe deux fois plus lentement car la femme a été condamnée deux fois par Dieu à sa sortie de l’Eden : la première condamnation est appliquée à Adam et Eve qui ne verront pousser les fruits de leur travail qu’à la sueur de leur front ; la seconde ne concerne que la femme et la condamne à enfanter dans la douleur. Dès lors, la semaine d’impureté devient quatorze jours, et le temps de purification passe de trente-trois à soixante-six jours. Comme la petite fille ne purifie pas sa mère comme le ferait un fils dans le ventre, ce temps long sert symboliquement à purifier l’enfant a postériori. En effet, Hésychius pousse sa pensée plus loin : dans cette logique, la femme enceinte qui attend une fille ne devrait pas non plus pouvoir entrer dans les lieux saints. Mais comme une femme ne peut connaitre le sexe de l’enfant pendant la grossesse, elle ne peut pas savoir combien de temps elle est interdite d’accès aux lieux saints. Les relevailles servent donc à rétablir l’erreur qu’elle commettait sans le savoir en allant à l’église tout en portant une fille. Raban Maur justifie comme Hésychius avant lui la durée des relevailles et la comparaison avec la période de menstruation. La douleur et l’affliction que connait la femme notamment lors de l’accouchement et ses règles n’existe que parce qu’Adam et Eve sont chassés du jardin d’Eden. Pour cette raison selon Raban Maur, l’accouchée devra rester impure sept jours, tout comme lors de ses règles. Sang des règles (et donc sang de l’accouchement) et péché originel sont intrinsèquement liés et forment ensemble les justifications de la purification. Le huitième jour sera la purification de la mère et du fils, par la circoncision. Par la suite contrairement à son fils, la mère reste impure encore trente-trois jours, en raison de la plus grande responsabilité d’Eve dans le péché originel et de la durée de formation des bébés dans le ventre. L’explication devient commune chez les canonistes et les théologiens. Au XIIe siècle, Rufin de Bologne comme Pierre le Mangeur justifie la durée des relevailles par la durée de formation des enfants, garçons et filles. Dans la traduction française de La Légende dorée, Jean de Vignay reprend dans le détail cette théorie médicale désormais bien installée. Il cherche en effet à vulgariser les enseignements de l’Église pour la noblesse bourguignonne. Pédagogue, il ne cesse de justifier ses propos par une énumération en trois points. La loi autour des relevailles est telle qu’elle est pour trois raisons. Premièrement, la quarantaine dure ce temps car c’est le temps que met l’enfant à être matériel. Deuxièmement, une purification par les sacrifices permet à l’âme encore maculée du corps d’être nettoyée. Enfin, il s’agit de respecter les dix commandements. La durée est doublée si l’enfant est fille car la formation de son corps dure deux fois plus longtemps. À cela aussi, on trouve trois causes. Dieu a pris la forme de l’homme, la femme a davantage péché (son malheur est donc double) et enfin, car les accouchées ont reçu la semence de leur mari.
pp. 37-39
2.4.2 Les applications
Les documents théologiques et canonistes cherchaient une raison à la durée prescrite dans le Lévitique mais s’accordaient sur les quarante à quatre-vingts jours d’écart. On pourrait croire que les sources laïques reprendraient à l’unisson ces nombres, mais il n’en est rien. Elles ne sont pas nombreuses, seulement quatre, mais seule l’une d’entre elle mentionne la quarantaine traditionnelle. Il s’agit de la Chronique de l’abbaye de Saint-Gall, dans l’ajout écrit par le moine Conrad de Pfäfers entre 1261 et 1265. Il relate les accomplissements de l’abbé Ulrich II de Saxe (1072-1076) qui aurait coutume d'aider les femmes pauvres à nourrir leurs enfants pendant les 40 jours après l'accouchement. La Chronique est une fenêtre rare vers les difficultés des femmes les plus pauvres. Une autre source, une charte de 1265, décrit une solution vers laquelle les plus pauvres pouvaient se tourner. Lors de la fondation d’un hôpital approuvée par le comte Guy III de Châtillon et son épouse Mahaut comtesse d’Artois, le protocole d’accueil des femmes enceintes sont décrits. Elles recevront les soins appropriés ainsi que leurs enfants (qui seront baptisés et nourris) les trois semaines suivant l’accouchement. On est loin des quarante jours théoriques ici. Ces deux témoignage sont précieux : il est évident qu’une partie non négligeable de la population ne pouvait pas se permettre de cesser de travailler aussi longtemps. Mais les sources sont bien souvent muettes à ce propos.
Grégoire le Grand avait laissé les femmes choisir si elles désiraient rester à l’écart de l’église. Certains l’interprètent comme laissant le choix de la durée des relevailles. Un manuel liturgique de Salisbury édité à Rouen en 1543 (et tirant ses sources de documents du XIIIe siècles) détaille la liturgie des relevailles à l’adresse des prêtres. Mais on ajoute dans une note que les femmes peuvent être purifiées dès qu’elles souhaitent entrer dans l’église ou s’en abstenir un certain temps sans désapprobation de la part des autorités. On retrouve la même interprétation dans la Chronique d’Erfurt (1261-1265) qui reprend la lettre de Grégoire le Grand. Il aurait décrété qu’une femme pouvait être purifiée à l’église quand elle le voulait. Il semble donc que la coutume prévale et que les différences se fassent localement, et non individuellement. L’évêque Hugues d’Ostie effectue une enquête sur les droits et privilèges de l’abbaye de Compiègne en 1214. Plusieurs prêtres témoignent de la pratique de la purification. Ils s’accordent à dire que les femmes de Compiègne ont l’habitude de venir aux églises le trentième jour après l’accouchement.
pp. 39-40
[...]
La durée des relevailles dépend des habitudes locales, ce qui n’est d’ailleurs pas un problème pour l’Église. Si elle s’évertue bien à réglementer certains aspects des relevailles, le nombre des jours de quarantaine n’en fait pas partie.
p. 40
Bonne journée
Trahir et être trahi. Analyse psycho-sociale du coup...